{"id":167931,"date":"2024-07-31T15:49:30","date_gmt":"2024-07-31T13:49:30","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=167931"},"modified":"2024-07-31T20:00:42","modified_gmt":"2024-07-31T18:00:42","slug":"anthologie-36-triumph","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-36-triumph\/","title":{"rendered":"#anthologie #36 | Triumph"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Marco, tu te rappelles, tu te souviens, Marco notre joyeux tintamarre de jeunes fous lanc\u00e9s dans la vie au triple galop, Marco, nous ne sommes plus que deux s\u00e9par\u00e9s par huit-cents kilom\u00e8tres de campagnes, de for\u00eats, de vignobles, de montagnes. [ D\u00e9cider un voyage, pour te revoir enfin, cinq ou sept ans apr\u00e8s ma cr\u00e9maill\u00e8re, ta derni\u00e8re visite, quand je t\u2019avais log\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4tel du coin o\u00f9 la douche coulait froid, t\u2019avertir ou pas\u00a0; si je ne dis rien, n\u2019\u00eatre pas assur\u00e9 de ta pr\u00e9sence \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e, condamn\u00e9 \u00e0 te chercher dans les bars de la petite ville, combien peut-il y en avoir\u00a0? cinq, dix, plus de dix \u2013 peu probable -, ou aller d\u00e9ranger les voisins, demander o\u00f9 Marco occupe sa place habituelle, \u00e0 l\u2019Esp\u00e9rance, au Bar des Amis\u2026 te retrouver dans quel \u00e9tat, entendre ta voix \u00e9raill\u00e9e s\u2019\u00e9crier que\u2026 mais je r\u00eave, mais c\u2019est mon pote Max, toi appuy\u00e9 au comptoir devant ton \u00e9ternel pastis, occup\u00e9 \u00e0 pr\u00e9parer la prochaine f\u00eate votive, de la plus belle fa\u00e7on, en anticipant sur la cuite qui ne manquera pas de te saisir aux cheveux sur le coup de trois heures du matin\u00a0; je m\u2019approcherais, plongerais mon regard dans les cicatrices toujours vives violac\u00e9es qui me raconteraient pour la ni\u00e8me fois ton histoire, notre histoire, incapable de repousser, de finir notre \u00e9treinte si douce et violente de tant de larmes rentr\u00e9es.]<\/p>\n\n\n\n<p>Dispers\u00e9s des ann\u00e9es durant, vies \u00e0 construire, pens\u00e9es divergentes, enfants \u00e0 \u00e9lever, couples \u00e0 casser, \u00e0 reconstruire, deuils intimes auxquels nous nous sommes associ\u00e9s de loin en loin. Plus encore que moi, tu t\u2019es retrouv\u00e9 face \u00e0 des dizaines de verres vid\u00e9s sur des comptoirs d\u2019oubli, je ne suis pas s\u00fbr que tu en sois revenu moins alt\u00e9r\u00e9 par l\u2019horreur des distances, des nuits, moins seul pour nous avoir un moment l\u00e2ch\u00e9s\u00a0; [ tu es devant moi, tu descends l\u2019escalier du ch\u00e2teau o\u00f9 nous donnions nos f\u00eates sauvages, tu sais qu\u2019il est l\u00e0, par la fen\u00eatre tu as vu la voiture rouge, rac\u00e9e, il t\u2019ouvre la porti\u00e8re, le moteur tourne au ralenti, parfois il donne un coup de p\u00e9dale qui le fait vrombir, pas de cl\u00e9, deux fils rabout\u00e9, chatterton, \u00e7a part, vous partez, \u00e0 peine un mot \u00e0 Albert, il t\u2019a dit non, tu as dit que tu t\u2019en fous. ] Luc, Hube dit Louis, dit Albert, Jiel, Clairette dite Roger, Max dit moi-m\u00eame, j\u2019en oublie, bien s\u00fbr, vacherie de m\u00e9moire\u00a0; du trou sur une hauteur o\u00f9 j\u2019ai plant\u00e9 ma hutte partent des signaux de fum\u00e9e, trop vite dissip\u00e9s pour y lire mon d\u00e9sespoir\u00a0; je ne suis pas certain de conna\u00eetre les codes \u00e0 employer, trois cumulus pointill\u00e9s, trois cirrus \u00e9tal\u00e9s, trois nimbus pointill\u00e9s pour SOS, sauvez ogre solitaire, non, plut\u00f4t Solitude \u00f4 Solitude comme dans le divin Purcell\u00a0; [ mais vous deux, lanc\u00e9s \u00e0 120 km\/h sur les routes en lacets de la Suisse Normande, dans le pur-sang anglais carross\u00e9 Triumph TR4, vol\u00e9 dans le seizi\u00e8me, talon-pointe comme pour un rallye sans co-pilote, virage, contre braquage, coul\u00e9, cisaill\u00e9 \u00e0 la corde, fr\u00f4ler l\u2019orni\u00e8re, glisser comme en r\u00eave, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019impact, Blaaam\u00a0! contre les poteaux de b\u00e9ton couch\u00e9s, invisibles, stock\u00e9s dans les hautes herbes. Dans la voiture morte, deux passagers vivants, celui que j\u2019ai oubli\u00e9, et toi, Marco, la gueule bien amoch\u00e9e, ton sang que je ne verrai que coagul\u00e9 le lendemain, quand j\u2019arriverais dans ma vieille AMI 6, rien de tr\u00e8s grave mais plaies, plaies multiples \u00a0que la m\u00e8re de Claire (dite Roger), chez qui je t\u2019ai d\u00e9pos\u00e9, l\u2019infirmi\u00e8re dipl\u00f4m\u00e9e d\u2019\u00e9tat, comme elle aime \u00e0 le r\u00e9p\u00e9ter \u00e9pongera, \u00e9pongera, d\u00e9sinfectera patiemment au Daquin, sur lesquelles elle collera des strips \u00e0 tenir en place entre deux pansages. Votre fuite, abandonnant la TR4, jusqu\u2019au village o\u00f9, une gare, voies de garage, wagons d\u00e9saffect\u00e9s, vous vous glissez jusqu\u2019au jour, pas de bruit, deux heures du matin, l\u2019attente jusqu\u2019\u00e0 huit heures \u00e0 ruminer les cons\u00e9quences, le coup de t\u00e9l\u00e9phone de l&rsquo;autre, ce fils de\u2026 il pense que son p\u00e8re paiera, l\u2019autre, a-t-il seulement son permis\u00a0? sans doute pour cela qu\u2019il voulait prendre des petites routes, la peur du gendarme, Marco, tu n\u2019oses m\u00eame pas lui demander, tu le connais \u00e0 peine, une partie de poker jou\u00e9e au bahut et roulez, mais tu entends, sa fa\u00e7on de phraser que vous n\u2019\u00eates pas du m\u00eame monde, dans la voiture d\u00e9capot\u00e9e, on ne pouvait gu\u00e8re parler. Je t\u2019ai ramen\u00e9 \u00e0 Bougival, l\u2019autre a pris le train, pas amoch\u00e9, regardable, foulard de soie. Le p\u00e8re a pay\u00e9, comme pr\u00e9vu, son gandin de fils a \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 en Angleterre dans un coll\u00e8ge urf, o\u00f9 se garent Rolls, Aston-Martin et Triumph, plus un mot, c\u2019\u00e9tait aussi bien.]<\/p>\n\n\n\n<p>Nous ne savions pas, perch\u00e9s sur les murs boiteux de notre bastide luberonne, serr\u00e9s, jambes pendantes, que ces temps douloureux, gracieux aussi, n\u2019\u00e9taient qu\u2019une gr\u00e2ce du temps, que les liens entre nous se casseraient au premier vent mauvais, ne nous laissant en bouche que le go\u00fbt acide de nos gauloises . Je t\u2019\u00e9cris, Marco, parce qu\u2019\u00e9crire, ce qui me reste, peut se faire en solo, comme des gammes au saxo, j\u2019\u00e9cris notre histoire de solitaires un moment r\u00e9unis par une faim d\u2019ogres n\u00e9e de la guerre, dispers\u00e9s par une paix qu\u2019ils n\u2019ont pas su construire.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Marco, tu te rappelles, tu te souviens, Marco notre joyeux tintamarre de jeunes fous lanc\u00e9s dans la vie au triple galop, Marco, nous ne sommes plus que deux s\u00e9par\u00e9s par huit-cents kilom\u00e8tres de campagnes, de for\u00eats, de vignobles, de montagnes. 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