{"id":168322,"date":"2024-08-02T09:57:29","date_gmt":"2024-08-02T07:57:29","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=168322"},"modified":"2024-08-02T16:18:03","modified_gmt":"2024-08-02T14:18:03","slug":"anthologie-37-ce-quelle-vit-avec-moi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-37-ce-quelle-vit-avec-moi\/","title":{"rendered":"#anthologie #37 | ce qu&rsquo;elle vit avec moi"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify\">JE VIS une femme avancer en s\u2019appuyant sur son b\u00e2ton de marche, une brume de chaleur enveloppait ses gestes. Le bitume fumait un peu, la pente s\u2019accentuait, je me demandais si elle allait pouvoir continuer comme \u00e7a longtemps. Elle allait jusqu\u2019\u00e0 la ville, ce qu\u2019elle me raconta quand je la d\u00e9passai en voiture. Elle ne voulut pas monter, elle dit que marcher lui faisait du bien, qu\u2019elle allait s\u2019occuper d\u2019un vieil homme. Elle-m\u00eame n\u2019\u00e9tait plus une jeunesse, mais elle allait quand m\u00eame d\u2019un bon pas finalement. Elle me mit en garde contre le sac plastique au milieu de la chauss\u00e9e un peu plus loin. Il contenait de la magie noire, il fallait l\u2019\u00e9viter, je me demandais bien comment elle pouvait le savoir, mais j\u2019\u00e9vitais le sac, jetant un \u0153il \u00e0 la femme dans le r\u00e9troviseur. Il me sembla que planait quelque chose au-dessus d\u2019elle, je n\u2019aurais su dire quoi, un grand oiseau, un voile. La semaine suivante, on la retrouva chez elle, morte depuis plusieurs heures, allong\u00e9e \u00e0 m\u00eame le sol. Elle n&rsquo;avait pu refermer ses volets.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">JE VIS le ciel s\u2019ouvrir dans l\u2019aube naissante, les nuages s\u2019\u00e9carter pour laisser place \u00e0 une \u00e9norme plaie, une d\u00e9chirure immense qui balafrait le flanc de la montagne. JE VIS cette fracture ouverte vomir un sang vermillon dans un vacarme qui br\u00fblait tout sur son passage. JE VIS le sillon de lave glisser sur la pente du volcan, en avaler avidement toute vie, se disperser parfois en \u00e9normes cubes roulant et cahotant, se r\u00e9pandre en un lac bouillonnant. JJE VIS la mar\u00e9e incendiaire descendre jusqu\u2019\u00e0 la route qu\u2019empruntent les habitants. JE VIS une terre gronder, un magma en col\u00e8re, des fumerolles danser en ricanant. Une terre rattrap\u00e9e par la fureur du ciel devenu violet. Rien pourtant qui ne puisse me dissuader de m\u2019installer ici. Le vieux avait tenu \u00e0 ce que je voie, j\u2019avais vu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">JE VIS son visage dans la mort. Les marques de la souffrance malgr\u00e9 les soins apport\u00e9s \u00e0 cette peau encore jeune. L\u2019avait-il vue venir ? Le pire \u00e9tait dans cette question. Je ne pouvais d\u00e9tacher mon regard de la t\u00eate boursoufl\u00e9e, je ne reconnaissais rien de celui qui m\u2019avait interpel\u00e9e joyeusement la semaine pr\u00e9c\u00e9dente, m\u2019embrassant au plus pr\u00e8s de ce grain de beaut\u00e9 qui ornait le coin gauche de ma bouche. Sa vie \u00e9tait un conte de f\u00e9es. Il s\u2019en amusait. Je m\u2019en inqui\u00e9tai brutalement. Je l\u2019entendais encore me raconter quel pi\u00e8tre jardinier il \u00e9tait, lui qui ne savait faire pousser des escholtzias. J\u2019allais en planter des dizaines. Ils se s\u00e8meraient d\u2019ann\u00e9e en ann\u00e9e, je n\u2019aurai rien \u00e0 faire que de les admirer dans leurs robes jaunes orang\u00e9es. Ce serait son sourire d\u00e9pit\u00e9 dans chaque corolle. Mais ce serait un sourire d\u00e9multipli\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>JE VIS une femme avancer en s\u2019appuyant sur son b\u00e2ton de marche, une brume de chaleur enveloppait ses gestes. 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