{"id":168472,"date":"2024-08-02T17:38:38","date_gmt":"2024-08-02T15:38:38","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=168472"},"modified":"2024-08-02T17:39:31","modified_gmt":"2024-08-02T15:39:31","slug":"anthologie-38-avant-apres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-38-avant-apres\/","title":{"rendered":"#anthologie #38 | Avant, apr\u00e8s"},"content":{"rendered":"\n<p>Nous sommes en banlieue de Chaville. On se plaint\u00a0: c\u2019est loin, on part trop t\u00f4t, on devrait \u00eatre d\u00e9fray\u00e9s, c\u2019est trois heures de transport par jour, pourquoi on tourne si loin? Tout \u00e7a pour filmer une maison de banlieue, et puis une rue, et puis une autre. La journ\u00e9e est charg\u00e9e. On n\u2019a le temps de rien. Il faut rentrer les plans, rentrer les s\u00e9quences. On r\u00e9p\u00e8te, on tourne, on r\u00e9p\u00e8te, on tourne. On filme l\u2019histoire d\u2019un homme qui a la trentaine, qui vit chez sa m\u00e8re et qui ne fait pas grand-chose de ses journ\u00e9es. On filme un homme enfant. Dans un pavillon de banlieue \u00e0 Chaville. Entour\u00e9 de plantes grasses. Et c\u2019est l\u2019\u00e9t\u00e9 indien. On est l\u2019hiver dans l\u2019histoire, le com\u00e9dien n\u00e9gocie d\u2019enlever un peu l\u2019\u00e9charpe, un peu le bonnet. Entre les prises, il enl\u00e8ve les gants et la doudoune. Entre les prises, on discute. On ajuste le cadre. On v\u00e9rifie le dialogue. On attend qu\u2019un avion passe pour continuer. Le perchman prend des photos. On discute parfois d\u2019autre chose. La fatigue nous rend lents. Mais c\u2019est calme la banlieue pavillonnaire de Chaville. \u00c7a repose. \u00c7a endort. On ronfle. On d\u00e9passe parce qu\u2019on est lents sur cette fin d&rsquo;apr\u00e8s-midi. On prend une heure, une heure trente. Les corps commencent \u00e0 avoir froid. La journ\u00e9e a fil\u00e9. Elle n\u2019a rien que de tr\u00e8s banal. Arriv\u00e9s t\u00f4t nous partons tard. Il fait nuit \u00e0 pr\u00e9sent. Fin de journ\u00e9e. On remballe. On revient l\u00e0 demain, alors pas besoin de ranger dans les camions, on range dans le d\u00e9cor, vite, car il faut une heure trente pour rentrer. Le directeur de production propose d\u2019emmener des gens en voiture pour rentrer plus vite. Nous allumons nos t\u00e9l\u00e9phones. Nous recevons tous les m\u00eames messages nous demandant si nous sommes en vie. Et alors que nous apprenons les drames du stade, des terrasses, du Bataclan, nous rougissons de notre nonchalance, nous rougissons de n\u2019avoir pas su avant, nous rougissons de ce que nous r\u00e2lions. Nous emportons de la banlieue de Chaville la douleur d\u2019\u00eatre si loin du vrai, l\u2019inqui\u00e9tude d\u2019\u00eatre sans nouvelles de ceux qui sont peut-\u00eatre l\u00e0-bas, nous sommes silencieux et riv\u00e9s aux t\u00e9l\u00e9phones. Nous disons que nous sommes en vie. Demain nous reviendrons en banlieue pavillonnaire de Chaville filmer un homme-enfant qui vit chez sa m\u00e8re et ne fait rien de ses journ\u00e9es. Demain dans les transports nous nous regarderons dans ce silence si particulier d\u2019apr\u00e8s attentat, un silence atterr\u00e9, un silence plein et \u00e9touffant o\u00f9 tout le monde se regarde avec la m\u00eame peine. Nous sortirons nos affaires et nous ferons comme d\u2019habitude, nous r\u00e9p\u00e8terons et nous tournerons. Demain cependant, l\u2019assistant cam\u00e9ra dira\u00a0: mon ami va bien, il n\u2019a pris qu\u2019une balle dans le bras. Demain cependant, la maquilleuse se fera remplacer car elle a perdu beaucoup d\u2019amis au Bataclan.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous sommes en banlieue de Chaville. 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