{"id":168532,"date":"2024-08-02T20:02:04","date_gmt":"2024-08-02T18:02:04","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=168532"},"modified":"2024-08-03T08:50:41","modified_gmt":"2024-08-03T06:50:41","slug":"anthologie-38-un-jour-par-an","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-38-un-jour-par-an\/","title":{"rendered":"#anthologie #38 | Un jour par an"},"content":{"rendered":"\n<p>J\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de raconter, de fa\u00e7on d\u00e9taill\u00e9e, chaque 23 octobre de ma vie. Pourquoi le 23 octobre\u00a0? La date n\u2019est pas al\u00e9atoire, la personne destinatrice de ce cahier le saura. J\u2019ai commenc\u00e9 l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re et je continuerai aussi longtemps que je serai s\u00e9par\u00e9 de cette personne. Il m\u2019importe qu\u2019elle sache comment se d\u00e9roulent mes jours tant que vivra mon esp\u00e9rance d\u2019elle.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai tr\u00e8s bien dormi, la nuit a \u00e9t\u00e9 fra\u00eeche. Le soleil filtre \u00e0 travers les persiennes. J\u2019habite toujours \u00e0 Chinatown dans la chambre que j\u2019ai lou\u00e9e \u00e0 mon arriv\u00e9e. Ma propri\u00e9taire, Lian Chen, est devenue une amie. Pour l\u2019instant, je n\u2019envisage pas de d\u00e9m\u00e9nager. Je n\u2019en ai pas les moyens. Ma rue est tranquille et ombrag\u00e9e par des arbres qui, depuis quelques jours, roussissent. Je suis bien.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s ma douche, que je prends chez Lian Chen, je bois mon premier th\u00e9 de la journ\u00e9e en \u00e9coutant la radio. Une bonne fa\u00e7on pour moi d\u2019\u00e9duquer mon oreille \u00e0 l\u2019am\u00e9ricain. Ici, beaucoup de gens parlent chinois, j\u2019ai renonc\u00e9 \u00e0 m\u2019y mettre, mon gosier n\u2019est pas fait pour cette langue. Avec mon am\u00e9ricain, je me d\u00e9brouille. Quoi\u00a0?\u00a0\u00a0<em>le Dr Robert Gallo des Nationals Institutes of Health annonce la d\u00e9couverte du virus responsable du sida<\/em>, je croyais qu&rsquo;elle revenait aux fran\u00e7ais Fran\u00e7oise Barr\u00e9-Sinoussi et Luc Montagnier\u2026 Quoiqu\u2019il en soit, je suis bien content que la recherche sur le sida avance. Quelle horreur, ce truc\u00a0! Il ne me concerne pas directement, mais on ne sait jamais\u2026\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne travaille pas aujourd\u2019hui, j\u2019ai demand\u00e9 cong\u00e9 \u00e0 mon patron, un chinois bien s\u00fbr, monsieur Li Wei. Je l\u2019appelle Monsieur Li par respect, car Li est son nom de famille. J\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 que le 23 octobre, je ne travaillerai jamais. C\u2019est une journ\u00e9e que je me consacre enti\u00e8rement. Je me suis habill\u00e9 avec autant de soin que possible. Mon vestiaire est tr\u00e8s limit\u00e9. J\u2019ai tout de m\u00eame une chemise blanche que Lian Chen a lav\u00e9e et repass\u00e9e, j\u2019ai mis mes meilleurs jeans et les mocassins avec lesquels je suis arriv\u00e9 de France. Je vais me faire raser et couper les cheveux chez le&nbsp;<em>barber<\/em>&nbsp;de la rue. Son \u00e9choppe est \u00e9troite et ne contient qu\u2019un fauteuil, on fait la queue dehors en bavardant, on plaisante, on rit de mon accent de&nbsp;<em>faguo<\/em>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il est temps d\u2019aller r\u00eaver \u00e0 Colombus Park. Je regarde les joueurs de go. Je ne comprends pas grand-chose au d\u00e9roulement des parties. Peu importe, c\u2019est beau. Je discute avec les jardiniers. J\u2019ai certaines connaissances en botanique du fait de ma formation initiale de technicien agricole. J\u2019adorerais travailler dans ce parc, mais je n\u2019ai pas le s\u00e9same\u00a0: la fameuse carte verte. Je finirai peut-\u00eatre par l\u2019obtenir, si monsieur Li fait le n\u00e9cessaire. Mon <em>job <\/em>est particulier, nouveau, peu d\u2019Am\u00e9ricains l\u2019exercent. C\u2019est ma chance. Pour l\u2019instant je suis clandestin, il y en a beaucoup \u00e0 Chinatown. Ind\u00e9sirable chez moi, ind\u00e9sirable aux Etats-Unis. On s\u2019y fait\u2026 Vers 13 heures, j\u2019avale une soupe et un th\u00e9 dans un restaurant de nouilles pour quelques dollars. Ensuite, je me perds dans les rues anim\u00e9es. Tout est \u00e0 voir. Je rends visite \u00e0 mon copain fran\u00e7ais qui tient cette boutique d\u2019aquariums. \u00ad \u2014 Salut Etienne\u00a0! Tu veux \u00e9couter ma derni\u00e8re cassette de Brassens\u00a0?\u00a0\u00a0On caqu\u00e8te dans l\u2019arri\u00e8re-boutique, on fait claquer des pi\u00e8ces de majongs. \u2014 C\u2019est ma femme et ses copines. Tu travailles toujours chez monsieur Li\u00a0? \u2014 Oui, oui. \u2014 Tu t\u2019y plais\u00a0? \u2014 Du moment que je suis dans les plantes ou les poissons\u2026 Il faut que j\u2019y aille, j\u2019\u00e9couterai ta cassette un autre jour, bye\u00a0! Ce soir je m\u2019offre le Ping\u2019s, un restaurant traditionnel connu pour la qualit\u00e9 de ses\u00a0<em>dim sun<\/em>. J\u2019adore ces vapeurs. Elles arrivent dans des petites bo\u00eetes en bambou, humides de bu\u00e9e. Qu\u2019on en soul\u00e8ve le couvercle, elles laissent \u00e9chapper une bouff\u00e9e blanche odorante.\u00a0\u00a0Je me r\u00e9gale. \u00c0 19 heures la salle commence \u00e0 se vider. Les uns apr\u00e8s les autres les chefs des familles sortent leurs liasses de billets verts pour r\u00e9gler l\u2019addition du repas de leur descendance qui compte, autour des grandes tables circulaires trois, parfois quatre g\u00e9n\u00e9rations. La ronde des cuisines roulantes ralentit, on sert des douceurs. Quand&#8230; une fusillade retentit. Des cris, des bless\u00e9s, des morts\u2026 La guerre des gangs a encore s\u00e9vi. La police est l\u00e0, on \u00e9vacue le restaurant, la rue. Je rentre chez moi pour \u00e9couter la radio.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>4 en compl\u00e9ment de # 37<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>JE ViS un pin sylvestre, en plein Chinatown de New York&nbsp;! Mes yeux se brouill\u00e8rent. Il y en avait un grand dans le jardin de mes grands-parents. Un bonsai&nbsp;! Ce n\u2019\u00e9tait pas si \u00e9tonnant dans ce quartier asiatique. Il \u00e9tait l\u00e0, dans son pot en terre. Plus&nbsp;&nbsp;qu\u2019une id\u00e9e l\u2019acqu\u00e9rir, le soigner, tailler ses branches en nuages, le changer de pot, le sien devenait trop petit, lui donner un peu d\u2019engrais. Je m\u2019expliquai comme je pus avec le marchand. Je dis que je cultivais des bonsais, chez moi, en France, que je les pr\u00e9levais dans la nature, que j\u2019avais appris mon art dans des livres japonais. Non, en France ce n\u2019\u00e9tait pas \u00e0 la mode. Pas encore, mais cela viendrait. Que je pouvais l\u2019aider, que j\u2019avais des connaissances, que je travaillerai pour lui s\u2019il me donnait le pin sylvestre. Monsieur Li a dit oui. Le pin sylvestre est sur mon balcon, il se porte bien. Et moi je d\u00e9veloppe un commerce des bonsais chez monsieur Li. \u00c7a marche du tonnerre.&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de raconter, de fa\u00e7on d\u00e9taill\u00e9e, chaque 23 octobre de ma vie. Pourquoi le 23 octobre\u00a0? La date n\u2019est pas al\u00e9atoire, la personne destinatrice de ce cahier le saura. J\u2019ai commenc\u00e9 l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re et je continuerai aussi longtemps que je serai s\u00e9par\u00e9 de cette personne. 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