{"id":168590,"date":"2024-08-03T03:22:52","date_gmt":"2024-08-03T01:22:52","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=168590"},"modified":"2024-08-03T03:22:53","modified_gmt":"2024-08-03T01:22:53","slug":"anthologie-36-l-seuil","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-36-l-seuil\/","title":{"rendered":"#anthologie #36 l Seuil"},"content":{"rendered":"\n<p>Avec quoi sont fabriqu\u00e9s les romans ? Une intrigue? Des paysages? Des d\u00e9cors? Des personnages? Des \u00e9motions? Un agencement des mots pour que le lecteur s&rsquo;identifie aux personnages et ressente les \u00e9motions qu&rsquo;ils ressentent ? Pour qu&rsquo;il croie au mensonge vrai que mot apr\u00e8s mot un auteur aura b\u00e2ti? M\u00eame en partant d&rsquo;un fait biographique \u00e0 partir du moment o\u00f9 le fait est racont\u00e9, est adress\u00e9, la fiction commence. Orhan Pamuk aime les mus\u00e9es. Un roman est pour lui un mus\u00e9e. Il a \u00e9crit le mus\u00e9e de l&rsquo;innocence qui est \u00e0 la fois un roman, mais aussi un mus\u00e9e \u00e0 Istanbul. Je n&rsquo;ai pas visit\u00e9 le mus\u00e9e de l\u2019innocence? Je n&rsquo;ai encore lu aucun roman d&rsquo;Orhan Pamuk. J&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire ce que je m&rsquo;obstine \u00e0 appeler roman \u00e0 partir d&rsquo;une id\u00e9e et d&rsquo;une image. L&rsquo;id\u00e9e est la suivante: une femme, la narratrice, voyage comme elle \u00e9crit sans savoir \u00e0 t\u00e2tons, sans planification, en se laissant mener par son intuition en aveugle avec une foi na\u00efve qui s&rsquo;appuie sur le fait que si elle a le d\u00e9sir de roman c&rsquo;est qu&rsquo;il y a bien roman au bout et que le tout pour elle est de se mettre en chemin comme on se met en chemin vers un pays dont on ignore tout et qu&rsquo;on d\u00e9couvre chemin faisant. Le roman raconte ce chemin et les personnes qu&rsquo;elle rencontre sur le chemin, d&rsquo;autres auteurs surtout qui alimentent sa r\u00e9flexion sur l&rsquo;art et la mani\u00e8re d&rsquo;\u00e9crire un roman. Elle rencontre d&rsquo;abord Orhan Pamuk. Il est turc. Il a \u00e9crit un livre racontant son enfance \u00e0 Istanbul. Elle rencontre James Baldwin. Elle ignorait qu&rsquo;il avait s\u00e9journ\u00e9 \u00e0 Istanbul. Elle rencontrera d&rsquo;autres auteurs. Pour ce qui est de l&rsquo;image, ce qui a d\u00e9clench\u00e9 le d\u00e9sir d&rsquo;\u00e9crire chez cette narratrice est ce moment dans un rame de m\u00e9tro \u00e0 Istanbul apr\u00e8s une visite de la mosqu\u00e9e de Sainte-Sophie. Elle se tient debout son sac dans le dos. Elle tient la barre. Elle avise un homme avec une chemise blanche devant elle. Sa main sur la m\u00eame barre m\u00e9tallique qu&rsquo;elle. Il tient fermement. Elle peut voir qu&rsquo;il porte \u00e0 l&rsquo;annulaire une alliance en or. Une jeune femme est assise avec son b\u00e9b\u00e9 sur elle et une femme plus \u00e2g\u00e9e \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;elle. La poussette prend de la place. Les deux femmes veulent descendre \u00e0 la prochaine station et se l\u00e8vent d\u00e9j\u00e0. Derri\u00e8re la narratrice il y a un homme petit maigre, les joues creuses sous sa barbe. Il porte une chemise grise ou marron \u00e0 carreau. Elle se retourne et elle lui dit pardon parce que dans le mouvement de la rame son corps a bouscul\u00e9 le sien. Il est le voleur et elle ne le sait pas. Ses souvenirs de la ville s&rsquo;estompent quand elle finit par rentrer chez elle, mais cette image reste vivace dans sa m\u00e9moire. Sa main sur la barre. Le sourire qu&rsquo;elle adresse \u00e0 son compagnon de voyage non loin d&rsquo;elle parce que leur voyage est fini. Sainte-Sophie \u00e9tait la derni\u00e8re visite. Ils vont \u00e0 Fathi un quartier qu&rsquo;elle a choisi. La veille au soir, ils ont dormi au Grand Almira Hotel. Ce soir sera leur derni\u00e8re nuit \u00e0 Istanbul. J&rsquo;ignore en quoi cette image peut \u00eatre l\u2019embryon d&rsquo;un roman. Je n&rsquo;ai pas pens\u00e9 \u00e0 une nouvelle. J&rsquo;ai pens\u00e9 \u00e0 un roman \u00e0 la premi\u00e8re personne. J&rsquo;imagine n&rsquo;ayant jamais \u00e9crit de roman que maintenant je dois raconter qui est cette narratrice, ce qu&rsquo;elle fait \u00e0 Istanbul et avec qui. Je me repasse le film du trajet de m\u00e9tro. Le vol a eu lieu le temps de la dur\u00e9e d&rsquo;une station \u00e0 une autre. C&rsquo;est pour cela que dans la t\u00eate de la narratrice la sc\u00e8ne se d\u00e9roule comme au ralenti. La main sur la barre, l&rsquo;anneau en or, les deux femmes assises, le b\u00e9b\u00e9, la poussette, le sourire au compagnon de voyage et l&rsquo;homme derri\u00e8re elle. Elle rembobine sur le mouvement de son corps qui perd l&rsquo;\u00e9quilibre et ses excuses \u00e0 l&rsquo;homme qui va lui voler son portefeuille. Je veux raconter l&rsquo;histoire de cette narratrice. Je veux \u00e9lucider cette sc\u00e8ne dans la rame de m\u00e9tro. Dans la vie de cette femme, les mains sur la barre, l&rsquo;anneau d&rsquo;or, les femmes assises, la poussette et l&rsquo;homme derri\u00e8re elle ont un sens qu&rsquo;elle ignore et qu&rsquo;elle veut comprendre. Je n&rsquo;ai pas d&rsquo;intrigue pour ce roman. Le vol du portefeuille n&rsquo;est m\u00eame pas un fait divers. C&rsquo;est un incident banal comme il peut en arriver \u00e0 tout le monde loin de chez eux o\u00f9 sur un trajet qu&rsquo;il effectue chaque jour depuis des ann\u00e9es.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avec quoi sont fabriqu\u00e9s les romans ? Une intrigue? Des paysages? Des d\u00e9cors? Des personnages? Des \u00e9motions? Un agencement des mots pour que le lecteur s&rsquo;identifie aux personnages et ressente les \u00e9motions qu&rsquo;ils ressentent ? Pour qu&rsquo;il croie au mensonge vrai que mot apr\u00e8s mot un auteur aura b\u00e2ti? M\u00eame en partant d&rsquo;un fait biographique \u00e0 partir du moment o\u00f9 <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-36-l-seuil\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#anthologie #36 l Seuil<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":624,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[6896,6056],"tags":[6081,5869,4848,6917,3029],"class_list":["post-168590","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-36-epstein-ralenti","category-cycle-ete-2024","tag-istanbul","tag-metro-2","tag-portefeuille","tag-romancier","tag-vol"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/168590","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/624"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=168590"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/168590\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=168590"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=168590"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=168590"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}