{"id":168764,"date":"2024-08-04T19:45:31","date_gmt":"2024-08-04T17:45:31","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=168764"},"modified":"2024-08-05T21:29:00","modified_gmt":"2024-08-05T19:29:00","slug":"anthologie-38-par-terre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-38-par-terre\/","title":{"rendered":"#anthologie #38 | recherche Liban, actualit\u00e9. Beyrouth."},"content":{"rendered":"\n<p>Mardi&nbsp;4&nbsp;ao\u00fbt 2020, \u00e9cole d\u2019ost\u00e9opathie \u00e0 Paris. L\u2019\u00e9l\u00e8ve et l\u2019enseignante devant mon corps nu. <em>Debout, bras \u00e9cart\u00e9s&nbsp;!<\/em> J\u2019ob\u00e9is \u00e0 la voix qui sait. Nue et debout. Leurs yeux sur mes points de fragilit\u00e9. Visage apathique, elles regardent commentent, j\u2019\u00e9coute. On parle de la densit\u00e9 de mes os, de graisse. On analyse la cambrure du dos. On \u00e9vite le ventre qui d\u00e9gringole du bassin. Mes bras \u00e9loign\u00e9s ne le prot\u00e8gent pas, je ne peux les rabattre comme persiennes de pudeur. Bras droits vers le sol, trop droits. Tendus par la gravit\u00e9. Mains ouvertes tourn\u00e9es. Mains en pri\u00e8re, p\u00e9trifi\u00e9es. Debout comme par terre, comme terr\u00e9e, pi\u00e9tin\u00e9e. On me demande de marcher, lentement. Nue. De m\u2019arr\u00eater. J\u2019envie l\u2019assurance des mannequins. Mon impatience, quitter. Je peux m\u2019habiller&nbsp;; short et tee-shirt, remparts de s\u00e9curit\u00e9 retrouv\u00e9e. On me recommande gestes et postures, pour la suite. Ce qui est bon pour ma sant\u00e9.<br>17&nbsp;h&nbsp;10, dehors. Plus jamais \u00e7a, plus jamais. Dans une rue de Paris, messages \u00e0 l\u2019\u00e9cran, comme alarmes sans voix. <em>Je pense \u00e0 toi. J\u2019esp\u00e8re que \u00e7a va. <\/em>Et moi de penser au Liban, plus certaine que l\u2019intuition. Recherche Liban, actualit\u00e9. Beyrouth effondr\u00e9e. Le port de Beyrouth explose \u00e0 18&nbsp;h&nbsp;07 (17&nbsp;h&nbsp;07 \u00e0 Paris).<\/p>\n\n\n\n<p>Les premi\u00e8res phrases. Ma m\u00e8re, j\u2019arrosais les plantes. Le sol a trembl\u00e9, les vitres ont trembl\u00e9, les murs ont trembl\u00e9 je te jure. On est loin de Beyrouth, mais tout a trembl\u00e9. J\u2019ai pens\u00e9 tremblement de terre.<br>Mon fr\u00e8re m\u2019envoie des photos, les vitres de sa clinique en miettes. Plusieurs angles comme preuves du miracle. \u00c0 18 heures, j\u2019\u00e9tais pr\u00e8s de ces fen\u00eatres avec un patient.<br>Mon autre fr\u00e8re. Le mur du salon s\u2019est d\u00e9plac\u00e9. On l\u2019a vu bouger, on a vu les tableaux tomber. Un mur porteur, \u00e0 plus de 20&nbsp;kilom\u00e8tres de Beyrouth.<br>L\u2019amie d\u2019enfance qui nourrissait ses chats dans le jardin, son corps pench\u00e9 vers eux. La ni\u00e8ce \u00e0 la plage, dans l\u2019eau. Les voisins aux balcons. Le benjamin coinc\u00e9 dans les embouteillages. Moments ordinaires arr\u00eat\u00e9s&nbsp;: en cuisine, \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, devant la t\u00e9l\u00e9vision, en visite, dans un caf\u00e9\u2026 m\u00eame instant d\u2019an\u00e9antissement. 18&nbsp;h&nbsp;07 en commun. Port de Beyrouth. On a toujours connu les explosions. Euph\u00e9misme en ce mardi&nbsp;4&nbsp;ao\u00fbt 2020.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me vis, boulevard S\u00e9bastopol. Ses rues lisses d\u2019un mois d\u2019ao\u00fbt \u00e0 Paris, l\u2019asphalte audible sous le glissement des roues. Les n\u00e9ons des pharmacies, clignotement d\u2019inutiles alertes. Je vis conducteurs et pi\u00e9tons aux r\u00e8gles partag\u00e9es. J\u2019ai regard\u00e9 les feux, pr\u00e9visibles. Je pouvais dicter les couleurs, anticiper l\u2019alternance. Nommer, vert orange rouge\u2026 b\u00eatement fi\u00e8re de conna\u00eetre la suite. Je voyais les carrefours, imperturbables. Les monuments enracin\u00e9s ciel et terre. Je vis des touristes, des boutiques ferm\u00e9es mais pour vacances annuelles. Je vis les passants chercher leur chemin. \u00c0 Beyrouth, on cherche les disparus, dans des brouillards de poussi\u00e8re, d\u2019acier. On creuse sous les d\u00e9combres, d\u00e9bris de murs tomb\u00e9s. \u00c0 18&nbsp;heures, ces m\u00eames murs fondaient protection et domicile. 18&nbsp;h&nbsp;07, souffl\u00e9s. Les feux de l\u00e0-bas, d\u00e9mesure et d\u00e9mence. Une d\u00e9flagration \u00e0 arracher la terre de la terre. \u00c0 d\u00e9former la mer. Coloniser nos cieux de nuages indissolubles. On ne traverse pas la ville, il n\u2019y a plus de ville, plus de rues mais des terrains carbonis\u00e9s. On ne reconna\u00eet pas nos quartiers, couloirs d\u2019apocalypse entre des bouts d\u2019immeubles suspendus de vide. On ramasse les corps, nos anc\u00eatres ramassaient la vie de cette m\u00eame terre \u2014 culture de paysans. On cherche, pour r\u00e9sister au d\u00e9sespoir. On devient silhouette&nbsp;; \u00e0 notre tour perdus, glissant comme l\u2019ombre de nos disparus.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>un extrait en vid\u00e9o<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"recherche Liban, actualit\u00e9. Beyrouth | gracia bejjani\" width=\"800\" height=\"450\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/SJnVtfqYCZo\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mardi&nbsp;4&nbsp;ao\u00fbt 2020, \u00e9cole d\u2019ost\u00e9opathie \u00e0 Paris. L\u2019\u00e9l\u00e8ve et l\u2019enseignante devant mon corps nu. Debout, bras \u00e9cart\u00e9s&nbsp;! J\u2019ob\u00e9is \u00e0 la voix qui sait. Nue et debout. Leurs yeux sur mes points de fragilit\u00e9. Visage apathique, elles regardent commentent, j\u2019\u00e9coute. On parle de la densit\u00e9 de mes os, de graisse. On analyse la cambrure du dos. On \u00e9vite le ventre qui d\u00e9gringole <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-38-par-terre\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#anthologie #38 | recherche Liban, actualit\u00e9. 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