{"id":168830,"date":"2024-08-09T11:45:32","date_gmt":"2024-08-09T09:45:32","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=168830"},"modified":"2024-08-22T14:57:52","modified_gmt":"2024-08-22T12:57:52","slug":"anthologie-39-brouillon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-39-brouillon\/","title":{"rendered":"#anthologie #39 | \u00e0 peine rien"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:17px\">Avancer \u00e0 rebours, ramener \u00e0 la m\u00e9moire. Collecter, pas collectionner. Des albums de photographies ont surv\u00e9cu \u00e0 d\u2019autres vies que la mienne, legs involontaire avec images qui font retour : elle sur les marches de bois de la maison de bois \u00e0 Quincy en Floride, lui \u00e9tendant les bras quelque part au Congo et l&rsquo;insupportable arrogance de son geste ; elles en cercles, fille de fille de en cinq g\u00e9n\u00e9rations dans l&rsquo;appartement de la rue de Steinkerque; et la photographie qui d\u00e9passe de la poche int\u00e9rieure de la mallette du p\u00e8re, ses t\u00eates d&rsquo;ombre sans regard. Des plans de sc\u00e8nes de th\u00e9\u00e2tre encombrent les \u00e9tag\u00e8res, revient ce go\u00fbt de poussi\u00e8re de cintres, de parfum de g\u00e9latines cram\u00e9es, ces craquements de cage noire avec fant\u00f4mes, et les voix de tant de sc\u00e8nes perdues&#8230; vies mortes-vivantes ni plus ni moins fictives que celles des photographies. Quoi collecter arri\u00e8re avec bruit ralenti de pluie. Lieux, choses, gestes qui se r\u00e9p\u00e8tent. Dans le dictionnaire des mots r\u00e9currents on trouve : robe, main, nuit, enfant, caillou&#8230; voix et morts; on lit les pr\u00e9noms Marie, Marianne, Jeanne, Paul, Pierre, parfois Blanche, S\u00f8ren, Sarah et l\u2019histoire se d\u00e9place. De voyages s&rsquo;il ne restait qu&rsquo;une image : Dakar l&rsquo;homme remontant la foule, le guerrier nu; les t\u00eates couvertes de mouches du march\u00e9 d&rsquo;Ath\u00e8nes et dans cette \u00eele plus loin une charogne de ch\u00e8vre en chant du cygne; les chevaux de bois du march\u00e9 de Cracovie ; \u00e0 La Haye le regard oblique de la jeune fille au turban; \u00e0 Essaouira des petites filles arrosent un escalier \u00e0 grande eau et les gouttes de pluie marquent leurs robes de taches sombres, \u00e0 Essaouira encore, le sommeil de Laure ; \u00e0 New York les toits terrasse noirs, les sir\u00e8nes et le cri des oiseaux de mer. Je me souviens de st\u00e8les blanches dress\u00e9es sur la mer \u00e0 Rabat et qu&rsquo;un homme m\u2019insultait pour avoir photographi\u00e9 ; avant hier \u00e0 Aljezur les couleurs acidul\u00e9es des fleurs artificielles sortant de la brume et par de-l\u00e0 le mur d\u2019enceinte un paysage sans image ; plus tard au bar les hommes et les femmes s\u00e9par\u00e9s buvant leur caf\u00e9, leurs mains compactes et drues, une femme feuilletant un journal comme si elle d\u00e9pla\u00e7ait des feuilles de soie, l\u2019autre \u00e9miettant son g\u00e2teau avant de le porter \u00e0 ses l\u00e8vres; ; il y a plus de vingt cinq ans dans la n\u00e9cropole de Rome les pelleteuses jaunes et les parapluies noirs sous un soleil de plomb&#8230; De film, de livres, de r\u00eaves : voir leurs t\u00eates disparaitre sous le jet de cailloux et personne ne crie ; des \u00e9cureuils avec des mouchoirs blancs dans la gueule ; une maison qui br\u00fble en temps r\u00e9el et un homme qui court comme un rasoir ouvert&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avancer \u00e0 rebours, ramener \u00e0 la m\u00e9moire. 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