{"id":168975,"date":"2024-08-04T16:00:46","date_gmt":"2024-08-04T14:00:46","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=168975"},"modified":"2024-08-04T16:09:03","modified_gmt":"2024-08-04T14:09:03","slug":"anthologie-40-un-aller-retour","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-40-un-aller-retour\/","title":{"rendered":"#anthologie #40 | Un aller retour"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les auteurs sont toutes les g\u00e9n\u00e9rations dont on se souvient. Ici plut\u00f4t de la branche paternelle, du village de Paganica dans la r\u00e9gion des Abruzzes en Italie. Tout est parti du prologue. Je me suis aper\u00e7ue en l\u2019\u00e9crivant que les pr\u00e9noms s\u2019\u00e9taient transmis de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration, en italien, puis francis\u00e9s. J\u2019ai interrog\u00e9 mon p\u00e8re afin qu\u2019il remonte dans ses souvenirs. Il m\u2019a alors racont\u00e9 les traces de son pass\u00e9, et les traces racont\u00e9es par son propre p\u00e8re. L\u2019interrogation reste sur ses grands-parents dont il n\u2019a aucun souvenir. Quatre voix se m\u00ealent : la mienne, celle de mon p\u00e8re, celle de son p\u00e8re, et pour quelques filets, celle de ma m\u00e8re. Ma m\u00e8re a t\u00e9moign\u00e9 tout en pr\u00e9f\u00e9rant garder son histoire pour un autre texte, que l\u2019on \u00e9crirait plus tard, c\u2019est-\u00e0-dire apr\u00e8s celui-ci.&nbsp; De mani\u00e8re plus lin\u00e9aire, \u201cen commen\u00e7ant du d\u00e9but\u201d. Mon p\u00e8re ne cesse de r\u00e9p\u00e9ter : \u201cMais qu\u2019est-ce tu cherches ?\u201d Il pense que c\u2019est sans int\u00e9r\u00eat. Ma m\u00e8re, au contraire, tient au r\u00e9cit, et participe aux recherches documentaires.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand je parle en mon nom, c\u2019est \u00e0 diff\u00e9rents \u00e2ges, \u00e0 la m\u00e9moire de plusieurs \u00e9t\u00e9s, depuis mes un ou deux ans, mes parents ne savent plus, c\u2019est-\u00e0-dire en ao\u00fbt 68 ou 69 ou 70. Toute l\u2019inconnue est : ma s\u0153ur Mich\u00e8le \u00e9tait-elle avec nous, n\u00e9e en novembre 69. On a achet\u00e9 la maison \u00e0 Florange en juin 1973 donc c\u2019\u00e9tait avant. Mon seul souvenir de ce voyage est racont\u00e9 dans l\u2019un des textes. Mes souvenirs se terminent l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, en ao\u00fbt 2023, o\u00f9 j\u2019ai pris en photo tout le trajet depuis la maison de la Via Fontenuova jusqu\u2019\u00e0 la place du village, aller et retour, pour garder trace des maisons d\u00e9truites rest\u00e9es en l\u2019\u00e9tat, avec la vaisselle \u00e0 table et les torchons accroch\u00e9s dans la cuisine. Mon projet est d\u2019en faire une exposition. Je n\u2019avais jamais pens\u00e9 l\u2019\u00e9crire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le deuxi\u00e8me texte part de mon souvenir le plus marquant, que j\u2019avais le projet d\u2019\u00e9crire il y a d\u00e9j\u00e0 quinze ans : le trajet en voiture depuis Paganica jusqu\u2019\u00e0 Castelfidardo pour aller acheter mon accord\u00e9on offerte par mon grand-p\u00e8re Giovanni. Ce trajet a \u00e9t\u00e9 plus long que pr\u00e9vu, <em>lent<\/em>, en raison d\u2019une panne technique. Je ne me souvenais pas du tout des conversations, \u00e0 part quelques bribes au restaurant. Les souvenirs se sont naturellement peu \u00e0 peu ins\u00e9r\u00e9s dans le trajet, ceux racont\u00e9s par mon p\u00e8re, les miens, ceux de son p\u00e8re. Je me rends compte \u00e0 l\u2019instant qu\u2019aucun r\u00e9cit ne vient du chauffeur, mon oncle Dino. L\u2019hypoth\u00e8se est de saisir les r\u00e9cits durant le trajet, \u00e0 l\u2019aller et au retour, d\u2019enchasser les trajets en voiture, les voix, les diff\u00e9rentes \u00e9poques. Les couches de ces \u00e9poques se superposeraient dans les creux, dans les silences, dans les absences.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le projet \u00e0 partir de l\u00e0 devient : raconter l\u2019histoire de la famille de Paganica en remontant le plus loin possible, raconter le d\u00e9part de mon p\u00e8re en France en 1960, qui a interrompu le \u201cda capo\u201d d\u2019Ignazio Silo dans Fontamara, et mon retour dans le village 60 ans plus tard en 2023. Raconter tout ce qu\u2019il nous reste. Il manquerait les voix de mes fr\u00e8res et s\u0153urs, de mes oncles et tantes, de mes cousins. Pour l\u2019instant, c\u2019est une histoire entre mon p\u00e8re, son p\u00e8re et moi.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si mes fr\u00e8res et s\u0153urs, ou neveux et ni\u00e8ces trouvaient ces textes apr\u00e8s ma disparition, auraient-ils un sens ? Ils seraient probablement lus en partie, quelques pages, sans aller plus loin puis jet\u00e9s.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bon, mon p\u00e8re vient de me dire que finalement j&rsquo;avais un an et trois mois, c&rsquo;\u00e9tait en ao\u00fbt 69. Il vient de se souvenir parce qu&rsquo;un jour on est all\u00e9s au Gran Sasso, et que l&rsquo;altitude a fait cailler le lait de mon biberon. La deuxi\u00e8me fois c&rsquo;\u00e9tait en 1975. On \u00e9tait tous n\u00e9s, tous les cinq. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mon p\u00e8re a demand\u00e9 du lait au bar. Un grand verre de lait. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les auteurs sont toutes les g\u00e9n\u00e9rations dont on se souvient. Ici plut\u00f4t de la branche paternelle, du village de Paganica dans la r\u00e9gion des Abruzzes en Italie. Tout est parti du prologue. 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