{"id":169027,"date":"2024-08-04T18:09:44","date_gmt":"2024-08-04T16:09:44","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=169027"},"modified":"2024-08-05T07:12:34","modified_gmt":"2024-08-05T05:12:34","slug":"anthologie-39","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-39\/","title":{"rendered":"#anthologie #39 | collection\u2026"},"content":{"rendered":"<p><em>\u00ab\u00a0Les onze heures de voyage en avion lui avaient sembl\u00e9 le double tant ce retour l\u2019oppressait, tant les conditions de ce retour \u00e9taient oppressantes.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 Tunis. Le d\u00e9sordre de la foule\u00a0; les escaliers comme des avaloirs r\u00e9gurgitant leurs proies devant le poste de police\u00a0; l\u2019attente longue, poussant n\u00e9gligemment du pied la valise trop lourde\u00a0; les t\u00eates que l\u2019on compte pour estimer son temps de passage\u00a0; les soupirs de la dame devant soi qui ne rattrape plus son petit gar\u00e7on fatigu\u00e9, fatigant\u00a0; le brouhaha intense des pieds sur le carrelage us\u00e9, des all\u00e9es et venues, des discussions\u00a0; l\u2019\u00e9clairage violent au n\u00e9on blanc et froid\u00a0; les bagages au tapis n\u00b0\u00a02\u00a0; la bousculade contre le caoutchouc roulant\u00a0; les pleurs des enfants fatigu\u00e9s\u00a0; les t\u00e9l\u00e9phones sonores\u00a0; les informations que l\u2019on s\u2019\u00e9change, la langue retrouv\u00e9e\u00a0; et la sortie enfin, entre deux haies de familles, de connaissances, d\u2019amis, jet\u00e9s l\u00e0 par le hasard des voyages de leurs proches, auxquels on vole un sourire pour le r\u00e9confort factice de se savoir attendu\u00a0; et puis on presse le pas entre ceux qui s\u2019embrassent pour \u00e9chapper enfin \u00e0 l\u2019oppression de la foule, respirer, chercher des yeux le panneau \u00ab\u00a0sortie\u00a0\u00bb oubli\u00e9 durant tous les mois au loin\u00a0; la valise \u00e0 roulettes que l\u2019on tra\u00eene et l\u2019air de la rue que l\u2019on respire, empoussi\u00e9r\u00e9, \u00e9pais encore malgr\u00e9 l\u2019heure grise, les irr\u00e9gularit\u00e9s du sol\u00a0; les taxis qui vous h\u00e8lent, se diriger vers les jaunes, deux ou trois mots dans le dialecte local, convenir d\u2019un prix et grimper dans l\u2019auto d\u00e9glingu\u00e9e, v\u00e9rifier d\u2019un \u0153il le compteur, et rassur\u00e9e enfin, se laisser conduire jusqu\u2019\u00e0 l\u2019avenue plant\u00e9e d\u2019eucalyptus, aux trottoirs encombr\u00e9s de poubelles, de sacs plastique, de chats. Jusque devant la fa\u00e7ade. Carthage tout enti\u00e8re contenue dans cette maison.<br \/>\n\u00c0 Tunis, encore. Une petite fille en robe rose tournait et retournait pour faire gonfler sa robe. Elle avait aper\u00e7u l\u2019appareil photo et ne cessait de se positionner apr\u00e8s moult spirales face \u00e0 l\u2019objectif. Les parents attendaient debout, plut\u00f4t patients, et la gamine virevoltait. Une image gaie de cette attente longue, comme elle le fut neuf fois sur dix dans cet a\u00e9roport.<br \/>\n\u00c0 Paris-Orly. Une porte mentionn\u00e9e, la chaleur de d\u00e9cembre, emmitoufl\u00e9e dans une doudoune, une \u00e9charpe, un \u00e9norme pull ; l\u2019attente debout, la valise entre les jambes, un sac \u00e0 dos \u00e0 m\u00eame le sol, l\u2019appareil photo sur l\u2019\u00e9paule ; l\u2019h\u00e9morragie lente de la file vers une autre porte, le temps de comprendre que celle-ci n\u2019est pas la bonne ; couloirs, nez en l\u2019air pour v\u00e9rifier le num\u00e9ro, nouvelle attente, demande de confirmation \u00e0 l\u2019h\u00f4tesse du moment ; on pose tout, on se d\u00e9shabille un peu, la doudoune sous le bras ; branle-bas de combat, on embarque et la porte a chang\u00e9 de nouveau ; on r\u00e2le dans la file, on se pr\u00e9cipite, certains courent, ce qui entra\u00eene une flop\u00e9e de poursuivants.<br \/>\n\u00c0 Palerme. Apr\u00e8s un vol retard\u00e9 de quatre heures, le petit a\u00e9roport \u00e0 minuit ressemblait \u00e0 une salle de sommeil quand soudain une alerte \u00e0 la bombe a fait bondir \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur tout ce petit monde endormi. On est en 1991 ou 1992, nous attendons \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur dans un noir d\u2019encre que les d\u00e9mineurs fassent leur travail. Une bonne heure plus tard on peut enfin r\u00e9cup\u00e9rer la voiture r\u00e9serv\u00e9e mais l\u2019h\u00f4tel aura vendu la chambre \u00e0 d\u2019autres touristes !<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0il y a cet homme allong\u00e9 sur la route, que je ne vois qu\u2019au moment de monter en voiture, je l\u2019interpelle, lui demande s\u2019il a besoin d\u2019aide, il bredouille quelque chose dans une langue inconnue (\u2026)\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Trois amoch\u00e9s. Toi qui gisais hier au pied de ma voiture, noy\u00e9 dans ta cuite \u00ab\u00a0j\u00e9 n\u00e9 parl\u00e9 pas frans\u00e9\u00a0\u00bb, retomb\u00e9 illico sur le macadam, en boule, apr\u00e8s avoir fugitivement souri dans la lumi\u00e8re du r\u00e9verb\u00e8re. Et moi\u00a0qui t\u2019ai abandonn\u00e9 l\u00e0\u2026<br \/>\nToi la jeune femme dans ton blouson blanc, encapuchonn\u00e9e pour mieux cacher ta honte peut-\u00eatre, mendiant aupr\u00e8s des gens attabl\u00e9s \u00e0 cette brasserie \u00ab\u00a050 centimes Madame\u00a0\u00bb et aux passants, inlassablement, ignorant leurs d\u00e9n\u00e9gations pour passer au suivant. Nous\u00a0avons parl\u00e9 ensemble, je t\u2019ai donn\u00e9 de l\u2019argent\u00a0en me disant que ce n\u2019\u00e9tait pas une solution, et toi, les yeux \u00e0 peine\u00a0tristes \u00ab\u00a0Je viens de Strasbourg, il n\u2019y a pas de travail ici\u00a0\u00bb, dans une petite moue que je jugeai faussement d\u00e9sappoint\u00e9e. J\u2019aurais voulu t\u2019inviter \u00e0 prendre un th\u00e9 avec moi, je t\u2019ai regard\u00e9e d\u00e9ambuler avec toujours la m\u00eame question, toujours la m\u00eame main tendue.<br \/>\nEt toi, le gars hurlant sa douleur l\u2019oreille coll\u00e9e au t\u00e9l\u00e9phone\u00a0que tu as finalement envoy\u00e9 valdinguer sur la chauss\u00e9e, comme j\u2019aurais voulu te dire que ce n\u2019\u00e9tait pas fini, que la vie continuerait, que tu devais y croire. Et j\u2019ai poursuivi mon chemin en ne pensant qu\u2019\u00e0 toi.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Les onze heures de voyage en avion lui avaient sembl\u00e9 le double tant ce retour l\u2019oppressait, tant les conditions de ce retour \u00e9taient oppressantes.\u00a0\u00bb \u00c0 Tunis. Le d\u00e9sordre de la foule\u00a0; les escaliers comme des avaloirs r\u00e9gurgitant leurs proies devant le poste de police\u00a0; l\u2019attente longue, poussant n\u00e9gligemment du pied la valise trop lourde\u00a0; les t\u00eates que l\u2019on compte pour <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-39\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#anthologie #39 | collection\u2026<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":165,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[6899,6056,1],"tags":[6170,6939],"class_list":["post-169027","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-39-rolin-collections-accumulations","category-cycle-ete-2024","category-atelier","tag-aeroports","tag-inconnus"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/169027","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/165"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=169027"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/169027\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=169027"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=169027"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=169027"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}