{"id":169266,"date":"2024-08-05T16:03:14","date_gmt":"2024-08-05T14:03:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=169266"},"modified":"2024-08-12T16:16:24","modified_gmt":"2024-08-12T14:16:24","slug":"anthologie-23-la-rue-deserte-au-matin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-23-la-rue-deserte-au-matin\/","title":{"rendered":"#anthologie #23 | La rue d\u00e9serte au matin"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-group is-vertical is-layout-flex wp-container-core-group-is-layout-4fc3f8e1 wp-block-group-is-layout-flex\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>La rue d\u00e9serte au matin<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">work in progress, l\u2019immeuble de Perec \u00e0 l\u2019horizontal, l\u2019aller retour jusqu\u2019\u00e0 la place du village, au matin, lorsque tout le monde est endormi, le 2 ao\u00fbt 2024, la visite des maisons \u00e9ventr\u00e9es d\u00e9truites par le tremblement de terre et encore dans les gravats.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019aube bleuit le ciel, faisant appara\u00eetre les silhouettes des grues, les \u00e9chafaudages de couleur noire ou de couleur rouille. La route \u00e9tait encore \u00e9clair\u00e9e, certaines fen\u00eatres ne s\u2019\u00e9taient pas \u00e9teintes. La montagne \u00e9tait d\u2019un gris bleu presque couleur de cendre, la cr\u00eate \u00e9tait soulign\u00e9e d\u2019un halo presque blanc, presque, \u00e0 peine un peu plus clair que le ciel. Aucun nuage, le bleu uniforme des silences frais o\u00f9 le monde encore sommeillait. Les fa\u00e7ades des maisons se faisaient plus nettes, blanches, et les toits neufs, propres, \u00e9taient \u00e0 peine humides de la ros\u00e9e. Dans quelques minutes, les lumi\u00e8res de la route s\u2019\u00e9teindraient, les maisons respiraient encore un peu dans la fra\u00eecheur apaisante, laissant dormir le village que la canicule avait tenu \u00e9veill\u00e9 une partie de la nuit.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme ma tante et ma cousine dormaient, je sorti sans bruit pour refaire le trajet de la maison jusqu\u2019\u00e0 la place, et de la place jusqu\u2019\u00e0 la maison, comme sur les pas de mon p\u00e8re, comme sur mes pas enfant, comme sur les pas de Giovanni et de Teresa, des oncles, tantes, cousins, des anc\u00eatres inconnus qui avaient pos\u00e9 l\u00e0 leurs pas, pieds nus ou en sabots, qui avaient attendu les premi\u00e8res chaussures apr\u00e8s la guerre. Qui avaient pos\u00e9 l\u00e0 leur regard, leurs visages soucieux ou heureux, leurs \u00e2ges, les ann\u00e9es.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le premi\u00e8re maison \u00e9tait reconstruite, presque rose, presque beige, velout\u00e9e, la porte en bois bien encadr\u00e9e par une arc en plein cintre de pierre blanche, sommiers et contre sommiers r\u00e9guliers, clef en relief. Une autre porte, toujours en arc, surbaiss\u00e9 cette fois-ci, \u00e9tait ferm\u00e9e par une grille de fer forg\u00e9. Un balcon, avec une parabole. Elle \u00e9tait habit\u00e9e. Les portes fen\u00eatres de bois \u00e9taient neuves. Au temps de mon p\u00e8re, cette maison \u00e9tait appel\u00e9e le <em>palazzo<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur les pav\u00e9s, un chien matinal, solitaire, fait sa ronde.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">A droite, une minuscule impasse, pav\u00e9e toujours, mais avec un chemin de dalles blanches. Une quantit\u00e9 d\u2019herbes folles longeait le mur de la maison, noirci, effrit\u00e9. En avan\u00e7ant, on voyait que des broussailles avaient envahi tout l\u2019espace, un petit recoin qui servait autrefois aux r\u00e9unions du voisinage, le soir, lorsque l\u2019air fra\u00eechissait, lorsque chacun trouvait dans sa cuisine de quoi concocter un mets \u00e0 partager, que l\u2019ombre permettait de sortir une ou deux tables, quelques chaises, pour bavarder jusqu\u2019\u00e0 la tomb\u00e9e de la nuit et m\u00eame apr\u00e8s, lorsqu\u2019on \u00e9tait all\u00e9 chercher des <em>gelati<\/em> \u00e0 l\u2019\u00e9picerie, que les enfants jouaient couvrant de leurs cris les conversations, et que trois, quatre g\u00e9n\u00e9rations vivaient ensemble, et qu\u2019apr\u00e8s le coucher des plus jeunes et des plus anciens, les confidences et <em>pettegolezze <\/em>amplissaient les murmures, l\u00e0 o\u00f9 \u00e0 pr\u00e9sent le sol \u00e9tait envahi d\u2019herbes, de cailloux, de gravats, sous la chevelure hirsute d\u2019un arbre bien vert et touffu qui depuis des ann\u00e9es n\u2019avait plus \u00e9t\u00e9 taill\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La maison d\u2019en face \u00e9tait ferm\u00e9e, compl\u00e8tement refaite \u00e0 neuf, et aurait \u00e9t\u00e9 \u00e9clatante de blancheur sous le soleil qui se levait si sa fa\u00e7ade n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019ombre. Du linge \u00e9tait \u00e9tendu sur un tancarville juste devant. Je d\u00e9cidai de continuer sur la droite, en descendant vers la place, afin d\u2019\u00eatre s\u00fbr de placer au moins quelques pas dans les pas des miens, en proc\u00e9dant m\u00e9thodiquement, \u00e9tant donn\u00e9 que les pav\u00e9s \u00e9taient d\u2019origine, qu\u2019ils n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9s et que le <em>terremoto<\/em> ne les avait pas, ici, descell\u00e9s. Les maisons suivantes laissaient appara\u00eetre des pierres sur les angles, des arcs toujours de pierre \u00e0 l\u2019emplacement des portes, et de larges portes en bois \u00e0 deux battants, parfois intactes parfois \u00e9ventr\u00e9es, parfois remplac\u00e9es par des neuves. Le ciel devenait bleu, paisible, lumineux. Je ne pouvais m\u2019emp\u00eacher de voir les maisons de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, forc\u00e9ment, la rue n\u2019\u00e9tait pas si large, et m\u00eame \u00e9troite. La maison, basse, \u00e9tait encore presque intacte. Elle \u00e9tait en pierre, adoss\u00e9e sur la pente, en toutes petites pierres de toutes tailles, sauf aux angles o\u00f9 elles sont plates et larges pour former comme une colonne. Des herbes poussaient dans les interstices. Les deux fen\u00eatres, la porte, \u00e9taient surmont\u00e9es d&rsquo;un linteau de bois saillant. Elle n\u2019\u00e9tait plus habit\u00e9e. La porte \u00e9tait en bois tellement solide qu\u2019elle bloque toujours&nbsp; l\u2019entr\u00e9e. Les fen\u00eatres, au contraire, avaient disparu, laissant voir un amas de pierres, de meubles d\u00e9membr\u00e9s, et de chiffons. Entre ces deux maisons, du nouvel \u00e2ge et de l\u2019ancien, un passage descendait la c\u00f4te, d\u2019\u00e0 peine un m\u00e8tre de large, laissant apercevoir la rue plus bas, d\u2019autres maisons blanches, quelques arbres, et, enfin, la montagne. Et la montagne, immuable, bleue, majestueuse, m\u2019est apparue comme un miracle. Et au loin, le ciel. Quel ciel ! Bleu, pur, triomphant. Le ciel originel.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je descendai. En contrebas, une fa\u00e7ade \u00e9ventr\u00e9e, compl\u00e8tement \u00e9ventr\u00e9e, paraissait comme une sc\u00e8ne. Seul un pan du toit avait r\u00e9sist\u00e9. Il formait comme un auvent, dont l\u2019autre pente avait disparu, dont il ne restait que deux morceaux de t\u00f4le ondul\u00e9e qui pendaient devant, encore accroch\u00e9s aux tuiles de terre cuite. Les portes du buffet de la cuisine \u00e9taient grandes ouvertes, les tiroirs \u00e0 terre, des journaux \u00e9parpill\u00e9s sur les poutres qui s\u2019\u00e9taient fracass\u00e9es au sol.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur la rive droite, les maisons pr\u00e9serv\u00e9es et reconstruites, n\u2019osaient plus vivre. Ferm\u00e9es, elles \u00e9taient desert\u00e9es. Plus loin, un amoncellement de pierres, persiennes de bois, meubles d\u00e9chiquet\u00e9s, entre trois murs de pierre et un toit.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une rue Via Rodrigo De Paulis sur la droite, rejoint la Via Fontenuova, en venant de la Via Arenali. Rodrigo avait fait partie de la premi\u00e8re soci\u00e9t\u00e9 secr\u00e8te des carbonari de Paganica favorables \u00e0 l\u2019unification de l\u2019Italie et \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance nationale, qui comptait deux cent quatre vingt quatre membres en 1848. Rodrigo \u00e9tait l\u2019a\u00een\u00e9 d\u2019une famille de six enfants. Avec deux de ses fr\u00e8res, ils furent des soutiens de l\u2019avocat Giovanni Antonelli \u00e0 la t\u00eate des Carbonari de Paganica oppos\u00e9s aux Bourbons, qui s\u2019en prenaient aux royalistes. Cette ann\u00e9e-l\u00e0, ving-cinq carbonari de Paganica furent arr\u00eat\u00e9s et jug\u00e9s, condamn\u00e9s \u00e0 neuf ans de prison. Rodrigo De Paulis apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 enferm\u00e9 \u00e0 la prison du Ponza, mourut \u00e0 trente-huit ans, du chol\u00e9ra, dans la prison de Santo Stefano, qui surplombait l\u2019\u00eele de Ventotene, laissant derri\u00e8re lui une jeune femme et un fils. Apr\u00e8s le tremblement de terre, une inscription de Rodrigo a \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9e sur les murs de sa maison, \u00e9crite avant son arrestation : \u201c<em>Io Rodrigo de Paulis sono Servo di Ges\u00f9 e di Maria SS<\/em>.\u201d&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lh7-rt.googleusercontent.com\/docsz\/AD_4nXdtRv_jl1Q9SZRv9n64i8Bv5XXfLo5y-oXJbKxebMjdnFIWDy4uk8URU8qtOvT9GDsbilwS0L10_-wAY-HBslur7gWvP1e2uH-ZsAXCeqXiuCUuY5Q84nFfrIfqU37QE02hBUMpgzXMhlzg3tTMGEFlMVUAtkfdnUxMiHCnqA?key=08gK3KFnmLIamGLCWD5NKw\" alt=\"\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une autre fa\u00e7ade \u00e9ventr\u00e9e, un int\u00e9rieur o\u00f9 se m\u00ealaient \u00e0 nouveau gravats, meubles d\u00e9chiquet\u00e9s, vaisselle en miettes, cartons, herbes folles. Un porte manteau artisanal, une planche de bois clair, avec six clous, longs clous, dont cinq clous intacts et le dernier, le sixi\u00e8me, pli\u00e9. Sur le premier clou, une veste de travail bleue, en coton \u00e9pais, encore suspendue, l\u00e0, la veille au soir avant d\u2019aller se coucher, ou bien avant de souper. Sur le cinqui\u00e8me clou, une chemise, bleue \u00e9galement, cependant plus claire, sale, dont le tissu de coton paraissait l\u00e9g\u00e8rement plus fin, avec un col large. Ces v\u00eatements \u00e9taient suspendus, l\u00e0, \u00e0 des clous, sur le mur qui avait tenu, suspendus au-dessus des gravats, depuis quatorze ans, juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019une porte, sous un toit de bois, une porte qui donnait sur quoi ? Sur une chambre peut-\u00eatre, o\u00f9 la secousse avait trahi le songe.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">M\u00eame les pav\u00e9s \u00e9taient envahis de broussailles, d\u2019herbes s\u00e8ches et cassantes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au fond de la ruelle, derri\u00e8re les arbustes jaunis, un mur de pierres align\u00e9es avec patience, scell\u00e9es, surmont\u00e9es par une rang\u00e9e de tuiles.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Personne. Ah si, une voiture rouge arr\u00eat\u00e9e. Vide.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un grand escalier de pierre, quatorze marches, et, en haut, un palier, deux portes grandes ouvertes sur des ruines. Des toits, des grues, un large manteau vert, les sommets gr\u00e8ges caillouteux et nus. <em>Hauts sont les monts et tr\u00e8s hauts sont les arbres. Il y a quatre perrons, de marbre \u00e9tincelant. Le comte Roland se p\u00e2me sur l\u2019herbe verte.<\/em> A chaque vers, je voyais les Abruzzes. La po\u00e9sie m\u2019enveloppait.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plus loin encore, un chantier. Une grue, des \u00e9chafaudages, des barri\u00e8res. Une maison sauv\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019ancienne \u00e9picerie, \u00e0 droite, ferm\u00e9e. La maison semblait \u00e9galement r\u00e9nov\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un autre chantier, une autre grue, des \u00e9chafaudages, un camion remorque.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un trou b\u00e9ant, \u00e0 l\u2019angle, tout s\u2019\u00e9tait effondr\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une maison, dont il ne restait que la fa\u00e7ade, fen\u00eatre ouverte, porte disparue, et une pi\u00e8ce, des murs encore debout, des \u00e9l\u00e9ments de cuisine qui tenaient en hauteur, tout de travers, ouverts, un buffet blanc renvers\u00e9, des cartons, de la vaisselle cass\u00e9e, un carrelage gris.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u00e0, Via Monte Grappa, la fa\u00e7ade intacte masquait une gueule cass\u00e9e surmont\u00e9e encore par un pan de poutres de bois. Le rideau fermait la fen\u00eatre, tir\u00e9 le soir pr\u00e9c\u00e9dent la nuit, un rideau fin, couleur de lin, dont les plis d\u00e9sormais s\u2019envolaient au surgir des orages.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En descendant vers la place, via degli Angeli, les maisons, refaites, ne semblaient pourtant pas habit\u00e9es.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un haut portail de bois d\u00e9lav\u00e9, fendu, avec des grafiti, des poign\u00e9es de m\u00e9tal, \u00e9tait ouvert sur une vaste b\u00e9ance combl\u00e9e de pierres, de tuyaux, de planches de bois, de plastiques, et encore de pierres, et de tuyaux et de planche, et d\u2019herbes folles, et de poutrelles d\u2019acier, un portail de bois qui ne savait plus se fermer sur la d\u00e9sesp\u00e9rance.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je continuai sur les pas de mes anc\u00eatres, de la longue cha\u00eene des \u00e2ges, sur les pas des serments, des le\u00e7ons r\u00e9cit\u00e9es \u00e0 voix basse, de l\u2019heure de la messe, des achats au d\u00e9tail \u00e0 l\u2019\u00e9picerie, des d\u00e9clarations de naissance au <em>municipio<\/em>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur la fa\u00e7ade d\u2019une maison d\u00e9serte, fen\u00eatres \u00e9ventr\u00e9es, un graffiti \u00e9crit en lettres noires, assez grandes pour \u00eatre lues de loin. <em>6 il senso di ogni cosa principino mio ti amo<\/em>. Un c\u0153ur. une date 1.11.09. Leo. Felix.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">A l\u2019issue de la Via Del Municipio, l\u2019\u00e9glise paroissiale Santa Maria Assunta. Le balcon de dentelle de fer forg\u00e9 couronne le portail de bois fonc\u00e9, et le linteau de pierre. Deux pilastres encadrent l\u2019\u00e9tincelante blancheur. La maison qui lui fait face forme une ombre pyramidale dont la pointe correspond exactement \u00e0 la huiti\u00e8me volute, plac\u00e9e au centre du balcon, sur l\u2019axe de la fen\u00eatre le surmontant, faisant \u00e9cho au linteau triangulaire plac\u00e9 juste au-dessus. Quinze volutes consolent la balustrade m\u00e9tallique, aussi fine que les jours brod\u00e9s sur les trousseaux des fianc\u00e9es.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La corniche souligne le toit de toiles neuves, port\u00e9e par vingt-quatre corbeaux de pierre, sagement immobiles.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur le c\u00f4t\u00e9 droit, une tour clocher d\u00e9coupe quatre fen\u00eatres sur le ciel, turquoise, uni, limpide. Une arcade porte la cloche la plus grande, sur l\u2019axe de sym\u00e9trie; au-dessus, toujours dans l\u2019axe, la cloche la plus petite dans une arcade r\u00e9duite qui laisse cependant suffisamment de vide pour s\u2019offrir le ciel. De part et d\u2019autre, deux arcs semblables abritent chacun une cloche, plus \u00e9paisse \u00e0 droite, plus modeste \u00e0 gauche.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019ancien caf\u00e9 en face de l\u2019\u00e9glise n&rsquo;existe plus. La maison a \u00e9t\u00e9 r\u00e9nov\u00e9e tout en blanc. Seule subsiste l\u2019horloge au troisi\u00e8me \u00e9tage. Sur une ancienne photo, les tables de l\u2019ancien caf\u00e9 sont pleines de monde. Les chaises sont en plastique blanc, et les parasols, blancs \u00e9galement. Les murs sont peints en jaune. La fa\u00e7ade de l\u2019\u00e9glise est orn\u00e9e de deux rosaces en tr\u00e8s l\u00e9ger relief, parfaitement sym\u00e9triques de chaque c\u00f4t\u00e9 du tympan. La Fanfare municipale joue dos tourn\u00e9 \u00e0 la place, le cuivre des clairons brille au soleil. Tous les musiciens sont en noir, bien align\u00e9s en quatre rang\u00e9es. Des d\u00e9corations lumineuses sont accroch\u00e9es tout autour d\u2019\u00e9difice en \u00e9difice. Eteintes. Nous sommes en plein jour. Un matin certainement. Le ciel est bien bleu, quelques voiles de nuages, \u00e0 peine.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le caf\u00e9 est maintenant de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, sur la droite, et s\u2019il offre une vue stup\u00e9fiante sur la nef de l\u2019\u00e9glise et le clocher, il ne donne plus directement sur la place. Chaises et tables sont de plastique blanc. Les parasols sont blancs. Ce <em>bar Gemini Caf\u00e8<\/em> existait autrefois, je ne m\u2019en souviens pas du tout. Les fa\u00e7ades neuves ont gard\u00e9 la couleur orange, via Vittorio Veneto.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En contournant l\u2019\u00e9glise, on se retrouve devant le monument aux morts. <em>Monumenti ai Caduti, piazza della concezione<\/em>. Les morts, place de la conception. Un panneau d&rsquo;interdiction de stationner. Un banc en pierre. Entour\u00e9 d\u2019une grille blanche de fer forg\u00e9 aux motifs floraux quadrilob\u00e9s, puis de quatre arbustes taill\u00e9s en pointe \u00e0 chaque extr\u00e9mit\u00e9 du carr\u00e9, puis d\u2019une cha\u00eene pour emp\u00eacher le passage, un mas porte le drapeau, un socle carr\u00e9 de quatre marches, quatre colonnes cannel\u00e9es sans chapiteau pos\u00e9es chacune sur un socle de cube, portent un fronton de pierre. Au centre, bien abrit\u00e9, un pav\u00e9 de marbre ros\u00e9 porte tous les noms. Il est surmont\u00e9 d\u2019une lanterne. Des noms sont inscrits sur son socle \u00e9galement.&nbsp; Un canon vise le ciel, mont\u00e9 sur deux roues. Les noms regardent l\u2019\u00e9glise, regardent la mairie, regardent la route passante, regardent les maisons.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une plaque place Umberto rappelle le r\u00e9f\u00e9rendum organis\u00e9 en juin 1990 pour reconqu\u00e9rir l\u2019autonomie de Paganica perdu en 1927 lorsque le village fut annex\u00e9 \u00e0 l\u2019Aquila. Les protestations avaient \u00e9t\u00e9 r\u00e9prim\u00e9es. 3353 habitants ont vot\u00e9 pour le retour \u00e0 l&rsquo;autonomie municipale contre 432. Le cour constitutionnelle ne valida pas la volont\u00e9 populaire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En face du monument aux morts se trouve donc une d\u00e9l\u00e9gation municipale, dans le b\u00e2timent de l\u2019ancienne \u00e9cole maternelle tenue par les soeurs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le palais ducal, place Umbert premier,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">la fontaine<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La rue Rodrigo De Paulis<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019arrivai \u00e0 la maison suspendue. En apparence, elle \u00e9tait peu touch\u00e9e par les d\u00e9g\u00e2ts. Je d\u00e9cidai de prendre son&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">escalier ext\u00e9rieur, \u00e9troit et ensoleill\u00e9, au retour.&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La rue d\u00e9serte au matin work in progress, l\u2019immeuble de Perec \u00e0 l\u2019horizontal, l\u2019aller retour jusqu\u2019\u00e0 la place du village, au matin, lorsque tout le monde est endormi, le 2 ao\u00fbt 2024, la visite des maisons \u00e9ventr\u00e9es d\u00e9truites par le tremblement de terre et encore dans les gravats. L\u2019aube bleuit le ciel, faisant appara\u00eetre les silhouettes des grues, les \u00e9chafaudages <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-23-la-rue-deserte-au-matin\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#anthologie #23 | La rue d\u00e9serte au matin<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":241,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[6638,6056],"tags":[],"class_list":["post-169266","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-23-perec-plus-bas-encore-plus-bas","category-cycle-ete-2024"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/169266","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/241"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=169266"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/169266\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=169266"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=169266"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=169266"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}