{"id":169339,"date":"2024-08-05T23:49:35","date_gmt":"2024-08-05T21:49:35","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=169339"},"modified":"2024-08-06T13:52:35","modified_gmt":"2024-08-06T11:52:35","slug":"anthologie-40-quatre-une-derniere-fois","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-40-quatre-une-derniere-fois\/","title":{"rendered":"#anthologie #40 | quatre: une derni\u00e8re fois"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>1<\/strong>.Une femme \u00e9crit toute sa vie. Elle \u00e9crit pour un oui pour un non disent les autres. Pour quoi faire&nbsp;? Et la valeur de tout \u00e7a&nbsp;? Elle range ce qu\u2019elle \u00e9crit. Ce qu\u2019elle \u00e9crit d\u00e9range. Prend de la place. Dans une malle, au lieu des tiroirs d\u2019Emily. Dans le ventre de l\u2019ordinateur, prend moins de place. Plus facile \u00e0 effacer. Tu \u00e9cris encore&nbsp;? Elle ne r\u00e9pond pas. Elle \u00e9crit.<\/p>\n\n\n\n<p>Un homme qui n\u2019est plus l\u00e0 a laiss\u00e9 des notes, des morceaux (comme des morceaux de musique), des lettres. Il a tent\u00e9 de dire ce que peindre ne lui permettait pas d\u2019ajouter ou d\u2019\u00e9clairer. Il est revenu en r\u00eave pour d\u00e9signer ce qu\u2019il avait, en quelque sorte, dict\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne sait pas qui. Un \u00eatre humain, forc\u00e9ment. M\u00eame si les analystes ont tendance \u00e0 parler de pattes de mouche. Ce n\u2019est ni un insecte, ni une oie (\u00e0 cause des plumes). Ce n\u2019est pas davantage ce que les humains appellent un \u00ab professionnel&nbsp;\u00bb. C\u2019est plut\u00f4t une personne&nbsp;: la premi\u00e8re, la deuxi\u00e8me, la troisi\u00e8me, et toutes les autres. C\u2019est nous.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2<\/strong>.Apparemment, \u00e7a part dans tous les sens. Pourtant, l\u2019agr\u00e9gat qui se forme est pris dans le m\u00eame mouvement&nbsp;: \u00e0 la fois propuls\u00e9 et aspir\u00e9. L\u2019objet ressemble \u00e0 un essaim, avec alv\u00e9oles dont on a du mal \u00e0 identifier les contenus. Miel ? Nymphes&nbsp;? Berceaux des reines et des ouvri\u00e8res&nbsp;? Le silence est la pellicule recouvrant ces espaces tous semblables et tous diff\u00e9rents. On peut quand m\u00eame s\u2019approcher, sans faire de gestes brusques et utiliser une loupe ou une petite cam\u00e9ra. Ce qu\u2019on d\u00e9couvre en survolant ces espaces d\u2019apparence r\u00e9guli\u00e8re d\u00e9route. On dirait qu\u2019il n\u2019y a l\u00e0 rien d\u2019autre que ce qu\u2019on a d\u00e9j\u00e0 vu autre part. Pourtant, il se passe quelque chose de diff\u00e9rent&nbsp;: un remuement, la vibration des voix qui murmurent ou bourdonnent ensemble, chacune dans sa cellule, difficile de savoir. On ne sait pas vraiment ce qui se joue dans ce nid suspendu, dans cette sculpture qui int\u00e8gre l\u2019absence. Est-ce le fruit d\u2019un travail aveugle ou bien un astre pi\u00e9g\u00e9 par l\u2019arbre foisonnant&nbsp;? On le voit suspendu, avec ses trous noirs, dont on sait encore peu de choses. On verra.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>3<\/strong>. Il y a bien quelque chose. Une suite. Des variations, des rep\u00e9rages. &nbsp;Au point o\u00f9 on en est, Il faudra bien \u00e9viter l\u2019\u00e9vitement. On regarde de plus pr\u00e8s&nbsp;: reprendre les d\u00e9placements d\u2019une enfant dans le domaine de r\u00eave &nbsp;&nbsp;qu\u2019elle quitte sans qu\u2019on la pr\u00e9vienne ? Et ce qu\u2019elle devient dans l\u2019histoire, celle d\u2019un monde en voie de disparition&nbsp;? &nbsp;Et ce qu\u2019elle fuit et ce qu\u2019elle cherche comme chacun fuit ou comme chacun cherche&nbsp;? Et le radeau des mots&nbsp;? Quelle importance&nbsp;? La rencontre qui r\u00e9tablit les premi\u00e8res passerelles&nbsp;? D\u2019autres rencontres, des retrouvailles qui ne font pas le poids&nbsp;? Tout regrouper&nbsp;? Laisser faire l\u2019\u00e9clatement&nbsp;? Ces gousses qui lib\u00e8rent leurs graines en se recroquevillant d\u00e8s qu\u2019on les touche. Un livre&nbsp;: gousse ou graines&nbsp;? &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>4<\/strong>. Malle pleine au fond du couloir. Du linge empil\u00e9 par-dessus pour ne pas avoir \u00e0 l\u2019ouvrir. Les feuillets d\u2019apr\u00e8s ont quitt\u00e9 l\u2019\u00e9cran, rejet\u00e9s par l\u2019imprimante. Ils n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 enferm\u00e9s dans la malle. \u00a0Ils ont \u00e9t\u00e9 enroul\u00e9s sur eux-m\u00eames, plac\u00e9s debout pr\u00e8s de l\u2019ordinateur, comme un phare avec, sur une paroi de papier, le mot de passe ( 4 TDC\u00a0: quatre, temps des cerises). Les enfants devenus grands ont encaiss\u00e9 le choc de la disparition\u00a0: au moment de vider les lieux, ils ont ouvert la malle, feuillet\u00e9 les cahiers sans savoir ce qu\u2019ils allaient en faire puis ont d\u00e9cid\u00e9 d\u2019entreposer l\u2019objet encombrant dans un garde-meuble, en attendant d\u2019y voir clair. Ils ont ensuite ouvert l\u2019ordinateur gr\u00e2ce au mot de passe, et retrouv\u00e9 dans les textes en chantier non seulement ceux qui \u00e9taient pass\u00e9s sur le rouleau de feuillets mais beaucoup d\u2019autres. Et puis des enregistrements\u00a0: textes lus par la voix qui les avait berc\u00e9s, grond\u00e9s, entrain\u00e9s, pris \u00e0 t\u00e9moin. Voix reprenant, comme pour signer une pr\u00e9sence, la chanson des quatre temps\u00a0: un deux trois, je m\u2019en vais au bois, quatre cinq six, cueillir des cerises\u00a0; sept huit neuf dans un panier neuf. Dix onze douze, elles seront toutes rouges<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1.Une femme \u00e9crit toute sa vie. Elle \u00e9crit pour un oui pour un non disent les autres. Pour quoi faire&nbsp;? Et la valeur de tout \u00e7a&nbsp;? Elle range ce qu\u2019elle \u00e9crit. Ce qu\u2019elle \u00e9crit d\u00e9range. Prend de la place. Dans une malle, au lieu des tiroirs d\u2019Emily. Dans le ventre de l\u2019ordinateur, prend moins de place. 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