{"id":169762,"date":"2024-08-10T15:08:36","date_gmt":"2024-08-10T13:08:36","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=169762"},"modified":"2024-08-10T17:41:56","modified_gmt":"2024-08-10T15:41:56","slug":"anthologie-13-3981-signes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-13-3981-signes\/","title":{"rendered":"#anthologie #13 | 3981  signes"},"content":{"rendered":"\n<p>Traverser la rue de la Tannerie. en son extr\u00e9mit\u00e9, l\u00e0 o\u00f9 elle se confond avec la place dite \u00ab&nbsp;Cabello&nbsp;\u00bb avant de s&rsquo;y engager sur le trottoir de gauche. A vrai dire, ce n&rsquo;est pas un v\u00e9ritable trottoir car il n&rsquo;y a pas de marche. Pav\u00e9, bord\u00e9 par un caniveau et jalonn\u00e9 de plots de fonte r\u00e9guli\u00e8rement espac\u00e9s. Aucune fen\u00eatre ne troue le mur lat\u00e9ral de l&rsquo;habitation \u00e0 l&rsquo;angle de la place. Cr\u00e9pi blanc cass\u00e9, souill\u00e9. Tuyau d&rsquo;\u00e9vacuation des eaux en PVC \u00e0 l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 du mur. Au num\u00e9ro 1, les volets roulants en PVC sont baiss\u00e9s. Pas d&rsquo;\u00e9tage. Toiture anthracite refaite \u00e0 neuf ; rouille sur la porte du garage qui semble ne pas avoir couliss\u00e9 depuis des ann\u00e9es. Panneau bleu p\u00e9trole d\u00e9lav\u00e9 aux rainures tr\u00e8s encrass\u00e9es. Un bout du rail rouill\u00e9 court sur toute la largeur de l&rsquo;habitation. Dans le prolongement, grand portail en fer peint \u00e0 deux battants. Grenat. Simple rainure en guise de d\u00e9coration en bas des deux battants dans l&rsquo;\u00e9paisseur desquels viennent se piquer quatorze montants supportant un panneau surmont\u00e9 d&rsquo;une frise dont le bord est d\u00e9coup\u00e9 en une s\u00e9rie de quatorze demi-lunes. Tout en haut du portail, des sortes de fl\u00e8ches de m\u00e9tal forg\u00e9 en arabesques florales. Je n&rsquo;ai jamais eu la curiosit\u00e9 de savoir ce qu&rsquo; il y avait derri\u00e8re ce portail toujours ferm\u00e9. C&rsquo;est le num\u00e9ro 3 qui m&rsquo;int\u00e9resse. J&rsquo;approche. Je ralentis mon pas, comme \u00e0 chaque fois. Premi\u00e8re fen\u00eatre ; les double rideaux sont tir\u00e9s ; je ne distincte rien ; je passe devant la deuxi\u00e8me fen\u00eatre du rez-de chauss\u00e9e, l\u2019\u0153il en coin ; les rideaux sont \u00e9galement tir\u00e9s ; je per\u00e7ois le halo de la lampe de son bureau. Je devine sa silhouette ; le dos est impeccablement droit. Porte d&rsquo;entr\u00e9e sans fioriture. Peinture brune et vieillotte. Interphone d&rsquo;un autre \u00e2ge. C&rsquo;est une maison ancienne qui ne raconte rien de son histoire au premier regard. Un garde fou en bois prot\u00e8ge chacune des deux fen\u00eatres \u00e0 l&rsquo;\u00e9tage. Les pi\u00e8ces doivent \u00eatre minuscules. Un deuxi\u00e8me \u00e9tage sous les combles. Une mansarde \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re plan. La maison me para\u00eet l\u00e9g\u00e8rement bancale. La porte s&rsquo;ouvre. Je compte. Au moins dix pas dans l&rsquo;obscurit\u00e9 du couloir ; \u00e0 t\u00e2tons, je cherche l&rsquo;interrupteur.<\/p>\n\n\n\n<p>Un jour, je remarque que je n&rsquo;avais jamais pr\u00eat\u00e9 attention \u00e0 l&rsquo;encart publicitaire suspendu tr\u00e8s haut \u00e0 l&rsquo;angle de la fa\u00e7ade donnant sur la place C. et du mur lat\u00e9ral donnant sur la rue de la T. Un cadre en plexiglas indiquant l&rsquo;auto-\u00e9cole. Je n&rsquo;avais pas remarqu\u00e9 non plus les signes trac\u00e9s sur le mur par la d\u00e9goulinade des eaux de pluie. Les volets de la maison \u00e0 la toiture neuve sont ferm\u00e9s. Panneau bleu p\u00e9trole suspendu aux rails. Les deux fen\u00eatres de la maison au num\u00e9ro trois sont \u00e9clair\u00e9es. Je jette un \u0153il mais je ne distingue rien, je pousse la porte d\u2019un coup sec, m&rsquo;avance \u00e0 t\u00e2tons dans le noir, butte contre la marche, glisse la paume de ma main sur le mur jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;interrupteur ; ce carrelage est vraiment moche. Angle droit au fond du couloir ; \u00e0 gauche les marches d&rsquo; un escalier tr\u00e8s \u00e9troit quart tournant bas. En face de moi, tr\u00e8s pr\u00e8s, laporte. Une fois de plus, j&rsquo;entre et referme derri\u00e8re moi cette porte qui m&rsquo;est devenue si n\u00e9cessaire, si famili\u00e8re au fil des ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est beaucoup plus tard que la narratrice d\u00e9couvrira un d\u00e9tail rest\u00e9 inaper\u00e7u jusque l\u00e0 dans ce lieu pourtant si r\u00e9guli\u00e8rement fr\u00e9quent\u00e9. Ce jour-l\u00e0, elle pousse la porte, s\u2019avance \u00e0 t\u00e2tons dans le noir, butte contre la marche, glisse la paume de sa main sur le mur humide jusqu\u2019\u00e0 l\u2019interrupteur, et l\u00e0, au lieu d\u2019avancer dans le couloir, revient sur ses pas sans savoir pourquoi, descend la marche, s\u2019appuie contre la porte qui s\u2019\u00e9tait referm\u00e9e sur elle. De ce point de vue inhabituel, le lieu n\u2019est plus tout \u00e0 fait le m\u00eame. Elle regarde les murs, le carrelage sale, voit la marche sur laquelle elle bute \u00e0 chaque fois dans le noir, d\u00e9limitant un sas d\u2019entr\u00e9e, elle l\u00e8ve machinalement ses yeux vers le plafond. Elle voit alors, sculpt\u00e9e dans le pl\u00e2tre, la danse des angelots rieurs qui accueillaient jadis les \u00eatres en mal d\u2019amour, dans la maison close.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Traverser la rue de la Tannerie. en son extr\u00e9mit\u00e9, l\u00e0 o\u00f9 elle se confond avec la place dite \u00ab&nbsp;Cabello&nbsp;\u00bb avant de s&rsquo;y engager sur le trottoir de gauche. A vrai dire, ce n&rsquo;est pas un v\u00e9ritable trottoir car il n&rsquo;y a pas de marche. Pav\u00e9, bord\u00e9 par un caniveau et jalonn\u00e9 de plots de fonte r\u00e9guli\u00e8rement espac\u00e9s. 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