{"id":170239,"date":"2024-08-18T21:58:55","date_gmt":"2024-08-18T19:58:55","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=170239"},"modified":"2024-08-18T22:07:27","modified_gmt":"2024-08-18T20:07:27","slug":"anthologie-21-annie-ernaux-de-toi-jai-oublie-de-dire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-21-annie-ernaux-de-toi-jai-oublie-de-dire\/","title":{"rendered":"#anthologie #21\u00a0| Perec | j\u2019ai oubli\u00e9 de dire"},"content":{"rendered":"\n<p>J\u00e9rusalem oh J\u00e9rusalem (1) &amp; (bis)<\/p>\n\n\n\n<p>Sur la pente douce les pav\u00e9s \u00e9rod\u00e9s de la ruelle mill\u00e9naire&nbsp;&nbsp;murmurent les \u00e9chos d\u2019histoires (2), de batailles, de pri\u00e8res, dans le ciel rougi l\u2019ombre des minarets des clochers, t\u00e9moins- silence d\u2019une paix fragile et d\u2019une guerre perp\u00e9tuelle, ballet incessant de vie et de mort&nbsp;; leurs pas r\u00e9sonnent ils portent la croix pour mieux comprendre leur douleur ou mieux la soulager une station apr\u00e8s l\u2019autre, espoirs et d\u00e9sillusions, \u00e2me errantes en recherche de r\u00e9demption ou d\u2019oubli elles se heurtent et se m\u00ealent comme les vagues d\u00e9ferlantes d\u2019une mer agit\u00e9e Au bout de l\u2019all\u00e9e pr\u00e8s de la porte de l\u2019esplanade des soldats arm\u00e9s, ne pas d\u00e9passer les limites les siennes celles de l\u2019autre les univers d\u2019une humanit\u00e9 bless\u00e9e se chevauchent, une toile invisible de souffrances partag\u00e9es se tisse\u2026&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les march\u00e9s s\u2019\u00e9teignent en d\u00e9sordre leurs cris et leurs couleurs s\u2019effacent les odeurs d\u2019\u00e9pices se dissipent dans l\u2019air frais que mille langues chuchotent, promesses d\u2019un renouveau un cri silencieux pour la paix (3)<\/p>\n\n\n\n<p>Immobile le mur des lamentations vestige imposant aux mille histoires, fissures ciment\u00e9s de v\u0153ux pieux griffonn\u00e9s, cicatrices de poussi\u00e8re d\u2019or au soleil couchant quand se d\u00e9placent de longues ombres m\u00e9lancoliques (4)<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;(1) 4000 ans d\u00e9j\u00e0&nbsp;Shalom, Salam, Bonjour<\/p>\n\n\n\n<p>(bis) sur le Mont des Oliviers Jaball al-Zaytoun en arabe, Har Ha Zeitim en h\u00e9breu , devant &nbsp;moi&nbsp;&nbsp;J\u00e9rusalem le soleil couchant\u2026 la plaine fertile et la M\u00e9diterran\u00e9e, derri\u00e8re moi le soleil&nbsp;&nbsp;&nbsp;levant\u2026 le d\u00e9sert \u00e0 perte de vue, la Mer Morte. Un berger une graine de l\u2019eau beaucoup d\u2019eau du soleil et beaucoup de soleil de la chance.&nbsp;&nbsp;Pourtant situ\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cart des routes commerciales\u2026 j\u2019ai tout vu tout v\u00e9cu tout observ\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>(2) Ce n\u2019est qu\u2019une petite cit\u00e9 l\u00e0, tapie , presque cach\u00e9e une cit\u00e9 canan\u00e9enne insignifiante, oui une ville qui se perd, se fond dans les collines cern\u00e9e par le d\u00e9sert et les montagnes. J\u00e9rusalem non pas encore J\u00e9rusalem. Une ville \u00e0 peine, une bourgade de l\u2019\u00e2ge du bronze une ville comme tant d\u2019autres o\u00f9 rien ne semble vouloir se passer, o\u00f9 l\u2019histoire n\u2019a pas encore pos\u00e9 son regard, o\u00f9 le temps flotte ne sachant s\u2019il doit rester ou s\u2019en aller<\/p>\n\n\n\n<p>Les palmiers de la vall\u00e9e du Nil, eux ils ont vu, ils ont senti, ils savent plus que moi, je ne suis qu\u2019un jeune arbre, une pousse fragile \u00e0 peine enracin\u00e9e dans cette terre que les pharaons dominent de leur ombre lointaine. L\u00e0-bas dans cette ville des scribes \u00e9crivent, ils tracent gravent des tablettes des inscriptions mais quoi&nbsp;? Le quotidien seulement le quotidien rien d\u2019autre. Et pourtant il y a ces tribus errantes les qui r\u00f4dent menacent, les Habirus&nbsp;&nbsp;peut-\u00eatre anc\u00eatres de ceux qui viendront plus tard, les h\u00e9breux.<\/p>\n\n\n\n<p>Et moi je suis l\u00e0, une simple tige, une existence \u00e0 peine perceptible. Un mouton passe murmure quelque chose \u00e0 peine un souffle, il parle de J\u00e9richo, de Nabi Moussa, Mo\u00efse? oui peut-\u00eatre. Et puis il y a cette id\u00e9e ce nom Salomon fils de David, il est l\u00e0 quelque part dans l\u2019air dans le futur il marquera cette terre il \u00e9l\u00e8vera un temple sur des fondations canan\u00e9ennes, sur la colline d\u2019Ophel. Cela arrivera cela doit arriver.<\/p>\n\n\n\n<p>Un temple&nbsp;: Sanctifi\u00e9. Profan\u00e9. Restaur\u00e9. D\u00e9truit. Reconstruit. Le mot r\u00e9sonne tourne revient. Ce temple pivot, centre, point autour duquel tout gravite, tout s\u2019effondre se reconstruit. Les si\u00e8cles passent mais le Sultan Souleiman lui, fera graver l\u2019\u00e9toile \u00e0 six branches, \u00e9toile de David dit-on, mais est-ce vraiment celle-l\u00e0&nbsp;? Une \u00e9toile seulement une \u00e9toile. La huppe cet oiseau parle, elle parle \u00e0 Soliman elle murmure des mots en langues des oiseaux et l\u2019histoire se tisse, se tresse et se retresse. J\u00e9rusalem maintenant cosmopolite prosp\u00e8re&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, Nabuchodonosor\u2026 son souvenir p\u00e8se, il hante reste l\u00e0 cach\u00e9 tapi sous la surface il a d\u00e9truit le temple, oui mais ensuite Cyrus, Cyrus le Perse viendra et la ville rena\u00eetra pour encore deux si\u00e8cles de paix&nbsp;; et les Maccab\u00e9es, les lumi\u00e8res, Hanoucca. Les centaines d\u2019ann\u00e9es passent. Deux si\u00e8cles de christianisme quatre et demis d\u2019Islam, les croisades&nbsp;; et moi toujours l\u00e0 mes branches fr\u00e9missent les enfants grimpent rient r\u00e9coltent les olives vertes deviennent violettes puis noires. Des si\u00e8ges toujours encore des si\u00e8ges&nbsp;: Saint-Louis, les Mongols, les Mamelouks, les Ottomans, Napol\u00e9on. Ce bruit ce mouvement<\/p>\n\n\n\n<p>B\u00e2le 1897 Herzl Sion J\u00e9rusalem la ville elle est l\u00e0 face \u00e0 lui, une ville deux mille ans d\u2019inhumanit\u00e9. Le sionisme, la mixit\u00e9, l\u2019heure, c\u2019est l\u2019heure&nbsp;; Balfour 1917 une promesse un bout de Palestine et alors&nbsp;? Alors les d\u00e9saccords les conflits J\u00e9rusalem encore elle, cette capitale impossible, paradoxale<\/p>\n\n\n\n<p>Et moi maintenant avec mes branches, je regarde je pense \u00e0 quoi ressemblera J\u00e9rusalem dans cinquante ans, je ne sais pas personne ne sait&nbsp;; une ville-mus\u00e9e parc d\u2019attractions r\u00e9tro-futuriste en r\u00e9alit\u00e9 augment\u00e9e, une capitale universelle neutre si\u00e8ge de l\u2019ONU, le Mont des Oliviers, un d\u00e9sert ou bien une capitale \u00e0 deux \u00e9tats partag\u00e9e non divis\u00e9e, allez savoir, qui peut savoir&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>(3) Les ruelles vides l\u2019air devient l\u00e9ger la peur \u00e9vapor\u00e9e tout devient possible m\u00eame l\u2019impossible&nbsp;paix le temps h\u00e9site suspendu<\/p>\n\n\n\n<p>(4) Les silhouettes noires des religieux se pressent contre le mur leurs ombres se perdent dans la pierre, ils murmurent, balancent se replient sur eux-m\u00eames leurs voix se heurtent se brisent se dissipent, un mouvement infini \u00e9ternel ancr\u00e9 dans ce mur qui garde tout et ne dit rien&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J\u00e9rusalem oh J\u00e9rusalem (1) &amp; (bis) Sur la pente douce les pav\u00e9s \u00e9rod\u00e9s de la ruelle mill\u00e9naire&nbsp;&nbsp;murmurent les \u00e9chos d\u2019histoires (2), de batailles, de pri\u00e8res, dans le ciel rougi l\u2019ombre des minarets des clochers, t\u00e9moins- silence d\u2019une paix fragile et d\u2019une guerre perp\u00e9tuelle, ballet incessant de vie et de mort&nbsp;; leurs pas r\u00e9sonnent ils portent la croix pour mieux comprendre <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-21-annie-ernaux-de-toi-jai-oublie-de-dire\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#anthologie #21\u00a0| Perec | j\u2019ai oubli\u00e9 de dire<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":604,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-170239","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-atelier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/170239","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/604"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=170239"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/170239\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=170239"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=170239"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=170239"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}