{"id":170420,"date":"2024-08-22T19:34:14","date_gmt":"2024-08-22T17:34:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=170420"},"modified":"2024-08-22T19:34:14","modified_gmt":"2024-08-22T17:34:14","slug":"anthologie-28-objets-de-compagnie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-28-objets-de-compagnie\/","title":{"rendered":"#anthologie #28 | objets de compagnie"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">#02 &#8211; La porte en ch\u00eane de la chambre avec sa poign\u00e9e dor\u00e9e, plut\u00f4t sombre, plus tr\u00e8s brillante, suivie du pan de mur rose et en son milieu l\u2019interrupteur, dor\u00e9 lui aussi. Le c\u00f4t\u00e9 gauche de la grande armoire penderie toute blanche au l\u00e9ger renfoncement cr\u00e9ant des ombres mates. La veste, &#8211; le tambour &#8211; le sac, &#8211; en \u00e9quilibre pr\u00e9caire sur le bac \u2013 le peignoir, &#8211; la jambe d\u2019une poup\u00e9e &#8211; le pantalon, &#8211; la t\u00eate d\u2019une autre \u2013 le tout suspendu \u00e0 un crocher en fer forg\u00e9 blanc formant des volutes. Le d\u00e9but d\u2019un voile blanc qui se prolonge. Le cadre de lit en fer forg\u00e9 \u00e0 moiti\u00e9 cach\u00e9 par le voile transparent. Elle aurait les pieds et les jambes recouvertes par la couverture \u00e0 motif floral, \u00e0 motif oiseau, assise au milieu du lit, le dos contre un coussin contre le mur, un livre sur les genoux, la t\u00eate baiss\u00e9e, les genoux repli\u00e9s, la main gauche jouant avec le bord du drap. L\u2019autre bout du cadre de lit, sur lequel repose le voile blanc. La table de chevet, blanche, la lampe, abat-jour tr\u00e8s simple avec un pied en forme de colonne corinthienne, un deuxi\u00e8me livre, un appareil dentaire, un mouchoir usag\u00e9. Pan de mur rose. Voile blanc, plus verticale celui-ci, ondulant, recouvrant \u00e0 demi la fen\u00eatre largement ouverte sur la ville en contrebas. Le rebord de fen\u00eatre avec le tourniquet \u00e0 photos, tourn\u00e9e vers celle qui montre deux jeunes filles jouant \u00e0 la momie, la grenouille en bois peinte en vert, le vase vide, l\u2019automate en forme de clown, le coffre \u00e0 bijoux en tissus rouge et vert, <strong>la bo\u00eete \u00e0 musique violette avec ses clowns acrobates tournant leurs membres d\u00e9sarticul\u00e9s main dans la main au son du Clair de lune de Debussy quand on a pris soin de remonter la vis \u00e0 l\u2019arri\u00e8re et qu\u2019on entrouvre le petit tiroir du bas dans lequel on ne peut glisser que quelques bijoux tr\u00e8s petits<\/strong>. Le voile blanc encadrant la fin de la fen\u00eatre. La biblioth\u00e8que en fer forg\u00e9, m\u00eame volute, m\u00eame blanc. Le rang de livres d\u2019une saga, interrompue par un livre Folio suivi d\u2019autres, m\u00eame taille, m\u00eame couleur. Le coin du bureau, elle y serait en train de r\u00eavasser, un tas de feuilles accompagn\u00e9es d\u2019un tas de stylos, \u00e0 regarder \u00e0 gauche, par la fen\u00eatre, r\u00eavassant ou attendant quelque chose, la r\u00e9ponse peut-\u00eatre, l\u2019ordinateur ferm\u00e9 mis de c\u00f4t\u00e9 \u00e0 droite. L\u2019\u00e9tag\u00e8re, m\u00eame mati\u00e8re, m\u00eame forme, m\u00eame couleur, contenant figurines, livres volumineux et feuilles de Canson mal imbriqu\u00e9es. La commode, la jumelle de l\u2019armoire, aux poign\u00e9es tombantes en fer noir, le Boudha \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019ic\u00f4ne dor\u00e9e repr\u00e9sentant la Vierge, le porte-bijou en forme de mannequin portant une robe bouffante violette recouverte de colliers en perle de plusieurs couleurs, les deux flacons de parfum, dor\u00e9e et pomme. Pan de mur rose. La porte en ch\u00eane avec sa poign\u00e9e dor\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">#05 &#8211; Une femme qui porte son corps devant elle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne peux m\u2019arr\u00eater de m\u2019inqui\u00e9ter. Je sens les fourmis dans les jambes. \u00c7a commence toujours comme \u00e7a, l\u2019inqui\u00e9tude. Parfois, je ne sais pas encore quelle pens\u00e9e est \u00e0 la source de ce fourmillement qu\u2019il s\u2019est d\u00e9j\u00e0 r\u00e9pandu jusqu\u2019\u00e0 mes genoux. Je les sens qui se tendent, comme pour emp\u00eacher qu\u2019il remonte encore plus, pour m\u2019envahir tout enti\u00e8re. Ce que je d\u00e9teste le plus, c\u2019est cette engourdissement de ma bouche qui devient p\u00e2teuse. Alors les mots se d\u00e9forment avant de sortir \u00e0 l\u2019air libre, et ce n\u2019est plus ce que je voulais dire qui se fait entendre. La d\u00e9connexion entre moi et le monde devient insurmontable. Je suis l\u00e0, grignoter par ces fourmis, et plus personne ne peut percer le myst\u00e8re de ma condition car il n\u2019est plus audible. C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 qu\u2019arrive cette envie indomptable de pleurer. Et de me sentir sur le point de pleurer, j\u2019en pleure de rage. Je ne veux pas qu\u2019on voit mes larmes, et comme je ne veux pas qu\u2019on les voit et qu\u2019elles paraissent quand m\u00eame aux yeux de tous, mon visage rougit par l\u2019effort que je fais pour les retenir. Et elles glissent le long de mes joues. Je suis laide. Je les essuie avec mes doigts, mais eux aussi me trahissent, tout crisp\u00e9s qu\u2019ils sont, incapables de rester souples et d\u00e9li\u00e9s et \u00e9l\u00e9gants. Paradoxalement quand je croise mon reflet dans un miroir l\u2019heure d\u2019apr\u00e8s, je me trouve jolie, j\u2019ai le teint frais, l\u00e9g\u00e8rement ros\u00e9, les yeux brillants, le regard tr\u00e8s clair, les cils d\u00e9finis, et ma bouche est bien rouge. <strong>Je rajuste le collier autour de mon cou et les boucles d\u2019oreille \u00e0 mes oreilles&nbsp;; d\u2019angoisse je les ai tordus dans tous les sens avec mes doigts et le bout pointu de la boucle d\u2019oreille se retrouve en haut au lieu de pointer vers le bas&nbsp;; je me surprends m\u00eame \u00e0 tourner la t\u00eate d\u2019un c\u00f4t\u00e9 puis de l\u2019autre pour voir les bijoux briller \u00e0 la lumi\u00e8re artificielle de la lampe.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">#06 &#8211; Seule, sur le trottoir, les bruits du bar s\u2019\u00e9loignant derri\u00e8re moi, la fra\u00eecheur de la rue atti\u00e9dit mon corps, les claquements des talons r\u00e9sonnant contre les murs en pierre de taille et surtout l\u2019odeur de leur cigarette partout m\u00eame sans cigarette en vue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Seule, les voitures, l\u00e9gers grondements du moteur, roulis t\u00e9nus des roues frottant contre le macadam, musiques bruyante fen\u00eatres ouverte, ambiances passag\u00e8res d\u2019une promenade de nuit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bar ouvert, lumi\u00e8re forte, terrasse \u00e0 demie vide, rires, serveur fumant une cigarette, un autre commen\u00e7ant \u00e0 ranger les verres, les tables, les chaises.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Seule, ruelle obscure, ruelle qui se termine par un square, ruelle ou square, gard\u00e9(e) par une statue assise sur son pi\u00e9destal, noire, l\u00e9g\u00e8rement verte dans la lueur que lui donne le lampadaire plus loin, trop loin pour voir distinctement les lettres inscrites sur le pi\u00e9destal.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Seule, premi\u00e8re rue \u00e0 droite, remonter la rue, rue toute droite et \u00e9troite, rue \u00e0 deux lampadaire, un au d\u00e9but, un \u00e0 la fin, changement de rythme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">#08 &#8211; Il y a toujours eu une porte dans la chambre, pour y entrer, pour en sortir. Depuis le lit, la porte se situe \u00e0 droite, et la fen\u00eatre \u00e0 gauche. Il faut \u00eatre sur son flanc gauche pour voir la porte, pour voir la fen\u00eatre, quand on est couch\u00e9. Les deux extr\u00e9mit\u00e9s de la chambre sont donc bien d\u00e9finies par la pr\u00e9sence de ces ouvertures. La fen\u00eatre du premier ne peut permettre \u00e0 personne de rentrer ou de sortir. Il y a bien la pr\u00e9sence d\u2019un arbre \u00e0 la fen\u00eatre qui pourrait donner l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la chambre, mais l\u2019arbre est ch\u00e9tif et ses branches ne semblent pas pouvoir soutenir le corps d\u2019un homme. Point d\u2019entrer par la fen\u00eatre. Les entr\u00e9es et les sorties, mais surtout les entr\u00e9es, ne peuvent donc s\u2019effectuer que par la droite quand on est couch\u00e9 sur le lit, sur son flanc gauche. C\u2019est pour cette raison que l\u2019impression vague d\u2019une pr\u00e9sence dans la chambre la nuit qui sembla m\u2019\u00e9veiller provenant de la gauche plut\u00f4t que de la droite me fit me demander o\u00f9 se situait vraiment la porte, puisque c\u2019est de la droite que j\u2019aurais d\u00fb sentir cette pr\u00e9sence. Si la pr\u00e9sence \u00e9tait venue de la porte, je n\u2019aurais pas eu \u00e0 m\u2019inqui\u00e9ter outre mesure. L\u2019identit\u00e9 de la personne \u00e9tait facile \u00e0 d\u00e9terminer. Et m\u00eame si ce n\u2019\u00e9tait pas lui, au moins la porte \u00e9tait \u00e0 sa bonne place. Mais sentir une pr\u00e9sence \u00e0 gauche venait \u00e0 me faire douter de la bonne place de la porte. Peut-\u00eatre la porte n\u2019\u00e9tait elle plus \u00e0 droite. J\u2019entrouvrais les yeux pour me rendre compte de la situation. La nuit dans la pi\u00e8ce emp\u00eachait toute v\u00e9rification. De droite, comme de gauche, les meubles, les murs, tout \u00e9tait informe et muet. Sans la pr\u00e9sence claire de l\u2019armoire pr\u00e8s de la porte, c\u2019\u00e9tait donc moi qui n\u2019\u00e9tais pas \u00e0 ma juste place. J\u2019\u00e9tais pourtant bien allong\u00e9e sur mon flanc gauche, le long de mon bras, le bras aboutissant \u00e0 la main avec laquelle j\u2019\u00e9cris, et je suis gauch\u00e8re. L\u2019id\u00e9e me vint que j\u2019avais tourn\u00e9 dans le lit, et que si j\u2019\u00e9tais sur mon flanc gauche, comme je l\u2019\u00e9tais bel et bien, alors j\u2019\u00e9tais face au mur, ce qui expliquait mon impossibilit\u00e9 de d\u00e9terminer les formes de la chambre. Pourtant devant mes yeux que j\u2019ouvris plus encore, ce n\u2019\u00e9tait pas un pan de mur&nbsp;; on sait lorsqu\u2019on est devant un pan de mur, m\u00eame la nuit, cette densit\u00e9 nette. <strong>De plus, sur ce pan de mur, qui devrait \u00eatre face \u00e0 moi si j\u2019\u00e9tais tourn\u00e9e dans l\u2019autre sens comme j\u2019aimerais le penser, j\u2019ai accroch\u00e9 r\u00e9cemment un tableau repr\u00e9sentant une jeune fille cueillant des fleurs dans un champ, suffisamment lumineux ce tableau et avec des fleurs contrastant suffisamment avec le reste pour que sa forme soit visible m\u00eame dans l\u2019obscurit\u00e9, mais pas de trace d\u2019une l\u00e9g\u00e8re lueur se refl\u00e9tant sur la vitre du tableau<\/strong>. L\u2019autre explication qui se dessinait \u00e9tait que je ne dormais pas dans ma chambre et que la pr\u00e9sence de cette personne dans la pi\u00e8ce, au-del\u00e0 de n\u2019\u00eatre pas \u00e0 l\u2019endroit attendu, n\u2019\u00e9tait pas la personne attendue non plus.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">#12 &#8211; Travers\u00e9e de Londres impossible. Longue marche sur les trottoirs interrompue par les mont\u00e9es et descentes des escalators de l\u2019underground. Plus aucune notion d\u2019o\u00f9 se trouvent les quartiers par rapport les uns aux autres. Les distances r\u00e9duites \u00e0 des attente, attente sur le quai, attente dans la rame. A chaque fois ressortir, traverser une rue, dont on observe le changement d\u2019architecture, le changement de foule, les touristes, toujours les touristes, peut-\u00eatre ai-je trop fait les lieux touristiques. Alors les parcs, d\u2019un parc \u00e0 l\u2019autre, se brouillant tous dans ma t\u00eate, des parcs grands qui ressemblent \u00e0 un bout de campagne, des parcs petits et intimistes, comme une chambre \u00e0 l\u2019air libre, o\u00f9 les autres sont \u00e9tonn\u00e9s de vous y voir, comme si c\u2019\u00e9tait leur chambre justement. Ville trop grande pour \u00eatre pleinement contempl\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u2019Amsterdam les v\u00e9los partout qui donnent \u00e0 la ville une population \u00e0 la fois fant\u00f4me, \u00e0 qui peuvent bien appartenir tous ces v\u00e9los accroch\u00e9s l\u00e0 contre la barri\u00e8re, o\u00f9 sont-ils, et toujours \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, comme ceux qui passent leur apr\u00e8s-midi sur les marches menant \u00e0 l\u2019entr\u00e9e, investir la rue, vivre dans la ville, pas seulement la traverser, prendre la petite rue qui m\u00e8ne d\u2019un canal \u00e0 l\u2019autre, incitations multiples \u00e0 la fl\u00e2nerie. <strong>Rues menant \u00e0 des mus\u00e9es travers\u00e9es par des couloirs de personnes marchant la t\u00eate lev\u00e9e, poussant du coude pour mieux voir, travers\u00e9es encombr\u00e9es pour le corps et pour les yeux, s\u2019asseoir pour profiter mais ce sont les jambes qui souffrent et les yeux ne regardent pas vraiment.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 Barcelone le logement se situe sur une colline, l\u2019impression d\u2019une ville qu\u2019il faut gravir et pourtant la fluidit\u00e9 des grandes rues qu\u2019on longe d\u2019un sens puis de l\u2019autre, un peu perdu sur la destination \u00e0 prendre, le but, \u00e0 la recherche d\u2019un bar \u00e0 tapas \u00e0 une heure o\u00f9 tout le monde est dehors, puis la bo\u00eete de nuit au bord de la plage, la plage vue pour la premi\u00e8re fois la nuit, la bo\u00eete de nuit dans laquelle on entre sans payer, dans laquelle on nous offre les consommations, la bo\u00eete de nuit quasiment vide, et l\u2019oc\u00e9an \u00e0 la fen\u00eatre, la chaleur en hiver aussi, dans la rue noire de monde alors qu\u2019on veut observer les ornements gothiques d\u2019une fa\u00e7ade, les fa\u00e7ades mus\u00e9es, qui habite vraiment ici.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>#02 &#8211; La porte en ch\u00eane de la chambre avec sa poign\u00e9e dor\u00e9e, plut\u00f4t sombre, plus tr\u00e8s brillante, suivie du pan de mur rose et en son milieu l\u2019interrupteur, dor\u00e9 lui aussi. 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