{"id":170706,"date":"2024-09-08T09:09:13","date_gmt":"2024-09-08T07:09:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=170706"},"modified":"2024-09-08T09:09:13","modified_gmt":"2024-09-08T07:09:13","slug":"anthologie-25-odeurs-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-25-odeurs-2\/","title":{"rendered":"#anthologie #25 | Odeurs"},"content":{"rendered":"#25 | Odeurs <br \/><br \/>&#8211;\tTravailler comme caissi\u00e8re : aux heures d\u2019affluence, d\u00e9gager une odeur de stress irr\u00e9pressible et impossible \u00e0 masquer, comme un putois qui se d\u00e9bat sous son Chanel n\u00b05. L\u2019odeur, naus\u00e9abonde et pr\u00e9gnante, surgit d\u2019un coup comme si elle avait toujours \u00e9t\u00e9 l\u00e0. C\u2019est une odeur de sueur qui vient d\u2019entre les jambes, elle en est persuad\u00e9e. Aucun parfum synth\u00e9tique ne peut la contrer. Elle continue de sourire aux clients, tout en sentant ce parfum de luxe aux larges capitons&#8230; \u00c9touffant, g\u00eanant&#8230; Qui livre bataille \u00e0 sa transpiration excessive qui gagne du terrain. Elle se met \u00e0 sentir mauvais, ses joues rougissent de honte derri\u00e8re sa caisse de supermarch\u00e9. Elle serre les jambes.<br \/>&#8211;\tElle se rappelle l\u2019odeur du mimosa qui envahit tout l\u2019espace clos de son parfum sucr\u00e9 qui monte \u00e0 la t\u00eate et qui va se loger jusque dans ses souvenirs, au-dedans de sa m\u00e9moire soudainement convoqu\u00e9e. Cette odeur suave va jusqu\u2019\u00e0 r\u00e9veiller ses morts, bels et bien enterr\u00e9s. Elle pense \u00e0 ce pr\u00e9sent troubl\u00e9 et troublant.<br \/>&#8211;\tElle passe son temps \u00e0 mettre du parfum, \u00e0 masquer son odeur, co\u00fbte que co\u00fbte. Parfois, elle va jusqu\u2019\u00e0 m\u00e9langer plusieurs parfums ensemble en un palimpseste \u00e0 m\u00eame son cou. Elle brouille les pistes. Elle n\u2019est pas reconnaissable par son odeur naturelle, cach\u00e9e sous les couches de ces fluides d\u2019odeurs m\u00eal\u00e9s les uns aux autres. \u00c7a pue.<br \/>&#8211;\tLa honte, dans le m\u00e9tro, lorsqu\u2019elle est trop parfum\u00e9e, qu\u2019elle sent la cocotte. Elle baisse les yeux devant la g\u00eane montr\u00e9e par les gens autour d\u2019elle qui se pincent le nez ou changent de place. Elle empeste le parfum mais elle ne sent rien car elle est enrhum\u00e9e.<br \/>&#8211;\tA partir de quel moment un parfum se met-il \u00e0 sentir mauvais ?<br \/>&#8211;\tElle transpire beaucoup, surtout en cas de stress. Elle prend soin, chaque matin, de recouvrir ses aisselles de d\u00e9odorant en couches \u00e9paisses. Malgr\u00e9 cela, l\u2019odeur du corps comme se r\u00e9voltant d\u2019\u00eatre ainsi brid\u00e9e, se r\u00e9pand et c\u2019est l\u2019effroi. Ce corps qui, vivant, fait acte d\u2019exister avec force et fracas.<br \/>&#8211;\tSentir sa propre odeur lorsqu\u2019elle a la fi\u00e8vre, la g\u00eane terriblement. Elle se dit qu\u2019elle n\u2019est pas loin de mourir.<br \/>&#8211;\tElle sent r\u00e9guli\u00e8rement l\u2019odeur de ses parents morts, comme s\u2019ils la fr\u00f4laient. Elle est submerg\u00e9e dans son quotidien par des odeurs intruses qui surgissent \u00e0 l\u2019improviste&#8230; Dans un bus, dans une rame de m\u00e9tro, dans la rue, dans sa salle de bain, elle hallucine ces odeurs qui sont si r\u00e9elles qu\u2019elle se sent sombrer dans la folie, malgr\u00e9 elle.<br \/>&#8211;\tL\u2019odeur des \u00e9gouts, l\u2019odeur de la peau pas lav\u00e9e, l\u2019odeur des plaies ouvertes. Tout cela, elle conna\u00eet. Ces puanteurs sont des parfums qu\u2019elle ne mettra jamais. Pourtant, elle les sent avec vivacit\u00e9 quand ses souvenirs viennent la hanter par surprise.<br \/>&#8211;\tElle a une fracture \u00e0 la cheville droite. La blessure s\u2019est rouverte et l\u2019on peut sentir l\u2019odeur du staphylocoque dor\u00e9 la d\u00e9vorant&#8230;<br \/>&#8211;\tElle devine les odeurs plus qu\u2019elle ne les sent. On lui dit qu\u2019elle sent bon et elle remercie en souriant, ne sachant pas ce qu\u2019a senti son interlocuteur. Elle rit int\u00e9rieurement de ce qu\u2019elle consid\u00e8re comme un malentendu. Elle est polie, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elle sait la politesse mais \u00e7a veut surtout dire qu\u2019elle est une pierre lisse, ses angles arrondis, son sourire sans asp\u00e9rit\u00e9s.<br \/>&#8211;\tElle ne sent rien mais elle a pourtant un lien puissant aux odeurs. Elle se parfume trop, comme pour cr\u00e9er un \u00e9cran entre elle et le monde.<br \/>&#8211;\tIl y a des villes qu\u2019elle ne peut supporter juste \u00e0 cause d\u2019odeurs profondes et ind\u00e9finissables qui semblent venir de dessous le goudron, des entrailles m\u00eames de la ville et qui restent en suspens dans l\u2019air, stagnantes. Elle a peur de respirer cet air l\u00e0.<br \/>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>#25 | Odeurs &#8211; Travailler comme caissi\u00e8re : aux heures d\u2019affluence, d\u00e9gager une odeur de stress irr\u00e9pressible et impossible \u00e0 masquer, comme un putois qui se d\u00e9bat sous son Chanel n\u00b05. L\u2019odeur, naus\u00e9abonde et pr\u00e9gnante, surgit d\u2019un coup comme si elle avait toujours \u00e9t\u00e9 l\u00e0. C\u2019est une odeur de sueur qui vient d\u2019entre les jambes, elle en est persuad\u00e9e. 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