{"id":170902,"date":"2024-09-10T13:49:34","date_gmt":"2024-09-10T11:49:34","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=170902"},"modified":"2024-09-13T21:56:15","modified_gmt":"2024-09-13T19:56:15","slug":"01-vers-une-ecopoetique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/01-vers-une-ecopoetique\/","title":{"rendered":"#\u00e9copo\u00e9tique #01 | un dimanche"},"content":{"rendered":"\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><\/h1>\n\n\n\n<p>Il pleut. Apr\u00e8s le grand stress hydrique de l\u2019\u00e9t\u00e9, il pleut.<\/p>\n\n\n\n<p>Les plantes n\u2019ont pas cri\u00e9 pendant les dix semaines o\u00f9 \u00e0 l\u2019ombre il faisait 38\u00b0. Le figuier a perdu ses feuilles et ses fruits en silence. Le ch\u00e8vrefeuille qui r\u00e9sistait tous les \u00e9t\u00e9s sans arrosage, a dess\u00e9ch\u00e9 les deux tiers de ses feuilles, devenues beige-clair et tombant peu \u00e0 peu sur le sol. Le ch\u00e8vrefeuille s\u2019est tu sous les 45\u00b0 pendant dix semaines alors qu\u2019il se mourait, et rien ne dit que les derni\u00e8res feuilles vivantes vont survivre. On a fait semblant de croire \u00e0 un capricorne colonisant le tronc \u00e9troit, on a quand m\u00eame fini par arroser, sachant que c\u2019\u00e9tait peine et r\u00e9serves d\u2019eau perdues. Alors on a fait semblant de croire \u00e0 l\u2019immortalit\u00e9 du buisson, celui qui fleurit en janvier et bourdonne alors, encore, d\u2019abeilles sauvages. On avait besoin de croire. Les plantes suffoquaient en silence. La nature ne crie pas quand elle meure.<\/p>\n\n\n\n<p>Chaque matin, avant le feu de la journ\u00e9e, on s\u2019asseyait au centre de la maison, toutes portes et fen\u00eatres ouvertes. On \u00e9coutait. Rien. Ni cri v\u00e9g\u00e9tal, ni cri animal. On guettait. \u00c0 l\u2019aurore autrefois, les chants d\u2019oiseaux \u00e9bouriff\u00e9s accueillaient le jour, lissant leurs plumes, sortant de la couv\u00e9e, charmant leur partenaire, se pavanant et faisant une cour virtuose, m\u00ealant piaillements p\u00e9piements trilles cascades et roucoulements. La symphonie de printemps du grand h\u00eatre de Giono&nbsp;: disparue. Silence.<br>On a pens\u00e9 au confinement, \u00e0 la grande joie du retour animal, \u00e0 l\u2019odeur de l\u2019oxyg\u00e8ne revenue m\u00eame \u00e0 la campagne, \u00e0 ce nid \u00e0 hauteur de main au bord de la route, \u00e0 ces quelques chants enregistr\u00e9s sans bruit de fond, trille, discours du matin, c\u00e9l\u00e9bration du soir, on a pens\u00e9 \u00e0 l\u2019activit\u00e9 volatile revenue, un peu, un mois, deux mois, qui a repris ensuite le cours de sa disparition.<br><br>Une ou deux fois cependant dans l\u2019\u00e9t\u00e9, \u00e0 cette heure du matin, un jacassement de pie, une seule fois un p\u00e9piement&nbsp;: on a pri\u00e9 pour ce p\u00e9piement, on a pri\u00e9 pour que cet oiseau vive et se reproduise et chante, on a pri\u00e9 pour le souvenir des fracassements de piaillements s\u2019abattant comme des pluies d\u2019orage sur les platanes. Un piou unique, m\u00eame pas piou-piou, ne comblant pas la col\u00e8re et le d\u00e9sespoir pour ce grand silence de l\u2019aube.<br>La nature meurt sans bruit et sans se plaindre, comme un pauvre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il pleut. Apr\u00e8s le grand stress hydrique de l\u2019\u00e9t\u00e9, il pleut. Les plantes n\u2019ont pas cri\u00e9 pendant les dix semaines o\u00f9 \u00e0 l\u2019ombre il faisait 38\u00b0. Le figuier a perdu ses feuilles et ses fruits en silence. 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