{"id":171047,"date":"2024-09-15T23:08:40","date_gmt":"2024-09-15T21:08:40","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=171047"},"modified":"2024-11-16T14:05:45","modified_gmt":"2024-11-16T13:05:45","slug":"vers-une-eco-poetique-01-silence-on-tourne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/vers-une-eco-poetique-01-silence-on-tourne\/","title":{"rendered":"Vers une \u00e9co-po\u00e9tique \u00e9thique # 00 | Le silence des p\u00e8res #01 #02 #03  #04  #05 #06 #07 #08 #09 #10"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/20120812_170229-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-171470\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/20120812_170229-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/20120812_170229-420x315.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/20120812_170229-768x576.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/20120812_170229-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/20120812_170229.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><em>Ce cycle d&rsquo;atelier hebdomadaire entre \u00e0 voix pleines sur des pr\u00e9occupations que la litt\u00e9rature et les m\u00e9dias ne cessent d&rsquo;amplifier. Il nous oblige \u00e0 d\u00e9ambuler entre lectures et \u00e9critures et \u00e0 r\u00e9activer nos capacit\u00e9s de r\u00e9flexion personnelle et collective pour envisager la prise de conscience autant que l&rsquo;action au quotidien.  Ce n&rsquo;est pas un chemin facile puisqu&rsquo;il requiert une grande capacit\u00e9 d&rsquo;\u00e9coute et de partage. Po\u00e9tique par go\u00fbt. Ethique par n\u00e9cessit\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>SOMMAIRE <\/strong>provisoire<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">00# | LE SILENCE DES PERES<\/h1>\n\n\n\n<p># 01 | Silence on tourne<\/p>\n\n\n\n<p>#02 | l\u2019Art volontaire et le Vol<\/p>\n\n\n\n<p>#03 | L&rsquo;ensauvagement utile<\/p>\n\n\n\n<p>#04 | Intempestive effluve<\/p>\n\n\n\n<p>#05 | L&rsquo;infatigable mis\u00e8re sociale<\/p>\n\n\n\n<p>#06 | La chasse au \u00ab&nbsp;\u00d4&nbsp;\u00bb.. oh\u2026oh\u2026 oh !<\/p>\n\n\n\n<p># 07| 50 Nids pour Nini  <\/p>\n\n\n\n<p># 08|  Travers\u00e9e de la Vie <\/p>\n\n\n\n<p># 09| Je reste iCi<\/p>\n\n\n\n<p># 10| Obsidienne Oeil de Ciel<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">#00 <strong>LE SILENCE DES P\u00c8RES<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p><strong>Elle les regarde&nbsp;<\/strong>presque avec compassion, car ils sont nombreux les hommes taiseux, qui ont \u00e9t\u00e9 gueulards et vantards \u00e0 une certaine p\u00e9riode de leur vie. Il n\u2019est pas question de les juger ici, ce n\u2019est pas le lieu, mais de mieux comprendre leur \u00e9volution en partant de leur petite enfance et des suites. En d\u00e9crire quelques aspects. Il existe aussi des hommes qui n\u2019ont jamais \u00e9lev\u00e9 la voix, qui n\u2019ont pas os\u00e9, parce que leurs cris \u00e9ventuels ont \u00e9t\u00e9 \u00e9touff\u00e9s par les circonstances. On apprend le silence comme on apprend le reste, sous la houlette d\u2019adultes tut\u00e9laires. Les enfants d\u2019aujourd\u2019hui ne le supportent plus.Leurs cris sont imp\u00e9rieux et per\u00e7ants. Ils reproduisent pourtant ce que les grands dominants veulent, ce qu\u2019ils sont, ils les imitent m\u00eame \u00e0 contre-sens. Par contraste, il n\u2019y a rien de plus myst\u00e9rieux qu\u2019un silence parfaitement entendu et rempli de sous-entendus. C\u2019est celui -ci qui est le plus fascinant.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le film prodigieux&nbsp;<strong><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=YZ6tQ87Qt-8&amp;t=7s\">Le grand silence<\/a>&nbsp;<\/strong>de 2006 que M. a revu plusieurs fois avec la m\u00eame \u00e9motion, il est question d\u2019hommes qui se taisent ensemble ou psalmodient des paroles ultra-cod\u00e9es destin\u00e9es \u00e0 un p\u00e8re fantasm\u00e9 tout puissant, des hommes en pri\u00e8re presque permanente, qui vivent en autarcie et acceptent une r\u00e9clusion qui les coupe physiquement de la civilisation (seulement en apparence). Comment ne pas penser \u00e0 un refuge, \u00e0 une fuite volontaire dans l\u2019all\u00e9geance imaginaire qui leur \u00e9pargne l\u2019inconv\u00e9nient ou la douleur d\u2019avoir \u00e0 frayer r\u00e9ellement avec la violence du monde et de leurs propres pulsions n\u00e9gatives. Dans un lieu o\u00f9 l\u2019absolution par le travail et l\u2019abn\u00e9gation sont ritualis\u00e9es, le silence est le grand ordonnateur de l\u2019ob\u00e9issance g\u00e9n\u00e9rale, la garantie d\u2019une paix s\u00e9pulcrale.Lorsque ces hommes ont le droit de parler , seulement en dehors du monast\u00e8re, ils se comportent comme de jeunes enfants piailleurs en des jeux foufous et des rires d\u00e9sincarc\u00e9r\u00e9s. C\u2019est parfaitement troublant.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les grands-p\u00e8res revenus du front&nbsp;<\/strong>ne parlaient presque plus dans leur famille. Cela ne se raconte pas la guerre sauf entre initi\u00e9s, il faut y \u00eatre pour ne pas blablater. Le silence int\u00e9rieur n\u2019existe plus, il est truff\u00e9 de mitrailles et de trouilles visc\u00e9rales revisit\u00e9es dans les cauchemars nocturnes ou les d\u00e9lires irr\u00e9versibles. Le regard des anciens soldats les plus impact\u00e9s ressemble \u00e0 un naufrage invisible. Le silence est d\u2019or et il doit rendormir \u00e0 tout prix l\u2019horreur r\u00e9ellement v\u00e9cue. Les femmes le savent, qui se taisent aussi, pour ne pas avoir \u00e0 reprocher \u00e0 ces hommes leur propension aux combats et leur impuissance sexuelle r\u00e9siduelle. Les choses dont on ne parle pas\u2026On l\u2019appelle \u00ab&nbsp;La grande muette&nbsp;\u00bb cette arm\u00e9e qui fait taire.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le silence du p\u00e8re \u00e0 la fin de sa vie.<\/strong>&nbsp;Comme vid\u00e9 de toute sa m\u00e9moire ancienne pour ne pas avoir \u00e0 ressasser tout le perdu. C\u2019est un silence d\u2019enfant r\u00e9sign\u00e9 et faussement indiff\u00e9rent \u00e0 ce qui l\u2019entoure. La vieillesse lui a donn\u00e9 des atouts. Il n\u2019a plus de comptes \u00e0 rendre. Il essaie d\u2019\u00eatre poli, au minimum, merci ! Mais la plupart du temps il reste dans sa bulle et a oubli\u00e9 les convenances. Il ne sourit qu\u2019aux enfants et aux chiens qu\u2019il cajole dans la rue , vieux s\u00e9ducteur, il fait des \u0153illades aux belles infirmi\u00e8res et ignore les autres. C\u2019est un silence \u00ab&nbsp;\u00e9loignateur \u00bb qu\u2019il cultive \u00e9hont\u00e9ment. M. lui en fait parfois le reproche en plaisantant : \u2013 Tu pourrais quand m\u00eame faire un effort, ce ne sont pas tes bonniches tout de m\u00eame ? Mais il a toujours fonctionn\u00e9 ainsi, il est de la vieille \u00e9cole, les bonnes femmes contentes ou pas contentes, \u00e7a doit suivre et il n\u2019y a rien \u00e0 changer l\u00e0-dedans. Attention, papa ! Les filles ne sont plus les m\u00eames aujourd\u2019hui, elles ne se taisent plus, tu vas morfler si tu continues, ce n\u2019est plus toi qui commandes\u2026 Mais il s\u2019en fout. Il est devenu grand com\u00e9dien de son propre r\u00f4le en vieillard acari\u00e2tre et plaisantin. M. soup\u00e7onne quelque chose de plus douloureux en dessous. Il s\u2019appr\u00eate \u00e0 partir et ne veut rien avoir \u00e0 regretter, les jeux sont faits. Le grand silence se profile derri\u00e8re ses yeux au bout de leur acuit\u00e9 sentimentale. C\u2019est un grand moment existentiel que de voir un p\u00e8re mourir dans le silence environn\u00e9 d\u2019oiseaux d\u2019un mois de Mai aux coquelicots. Aujourd\u2019hui, c\u2019est son anniversaire, il aurait eu 94 printemps.<em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il est des jours<\/p>\n\n\n\n<p>O\u00f9 nous nous sentons de nuit\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>Il est des jours<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>O\u00f9 nous nous sentons de nuit<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>Vaquant \u00e0 nos affaires<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>Mais le jour nous est un pays \u00e9tranger<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>Les mots qu\u2019on nous adresse<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>Ont trop de lumi\u00e8re<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>On leur r\u00e9pond d\u2019un silence<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>Noir<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>Ce n\u2019est pas affaire de tristesse<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>Ni de fatigue<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>La nuit simplement est rest\u00e9e<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>Dedans<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em><a href=\"https:\/\/www.cheyne-editeur.com\/jean-pierre-simeon\"><strong>Jean-Pierre Sim\u00e9on<\/strong>,<\/a>\u00a0<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>&nbsp;A l\u2019int\u00e9rieur de la nuit. Images de Yann Bagot,&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong><em>Cheyne&nbsp;<\/em><\/strong><em>\u00e9diteur, 2021.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">#01 SILENCE ON TOURNE<\/h1>\n\n\n\n<p> Elle dit&nbsp;: &#8211; la Nature fait de nous ce qu\u2019elle veut\u2026&nbsp; Elle incline le dos pour ramasser les d\u00e9bris boueux autour de sa maison, elle rel\u00e8ve de temps en temps la t\u00eate pour r\u00e9pondre au journaliste. On ne voit pas le micro ni la cam\u00e9ra. Cette jeune femme en tenue souill\u00e9e, semble plus affair\u00e9e qu\u2019atterr\u00e9e, l\u2019heure est \u00e0 l\u2019action incontournable. D\u2019autres silhouettes furtives, regards d\u00e9tourn\u00e9s, s&rsquo;agitent lentement autour d\u2019elle. La s\u00e9quence tr\u00e8s cibl\u00e9e n\u2019aura pas dur\u00e9 plus de trente secondes. La t\u00e9l\u00e9 co\u00fbte cher et ce n\u2019est pas l\u00e0 qu\u2019on pourra placer des publicit\u00e9s pour les nouvelles bagnoles&nbsp;\u2026&nbsp; Celles que l\u2019on aper\u00e7oit sont enchev\u00eatr\u00e9es sous des marmelades de murs effondr\u00e9s ou des troncs d\u2019arbres m\u00eal\u00e9s \u00e0 des t\u00f4les informes englu\u00e9es dans la terre liquide. Violents orages, suivis de pluies torrentielles, la rivi\u00e8re et les canalisations ont d\u00e9bord\u00e9. Lui, nous montre jusqu\u2019o\u00f9 l\u2019eau est mont\u00e9e en d\u00e9signant une diff\u00e9rence de couleur sur le mur, 1m50 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur ! Derri\u00e8re lui des objets et des appareils \u00e9lectrom\u00e9nagers p\u00eale-m\u00eale, inutilisables en l\u2019\u00e9tat, peut-\u00eatre d\u00e9finitivement. On ne parle pas de \u00e7\u00e0 pour l&rsquo;instant&#8230; On se demande pourtant \u00e0 leur place comment sortir de ce bourbier et toute question suppl\u00e9mentaire risque de faire d\u00e9border la col\u00e8re ou les pleurs. On dose ce genre d\u2019images sur l\u2019\u00e9cran. Il ne faut pas effrayer le t\u00e9l\u00e9spectateur\u2026 juste vendre un peu d\u2019\u00e9motion de catastrophe. L\u2019alibi implicite&nbsp;: rallier les empathies spontan\u00e9es et les aides de secours. Une image vaut mieux que de longs discours. C\u2019est compter sans la saturation de telles images et du \u00ab&nbsp;on s\u2019en fout- c\u2019est pas nous&nbsp;\u00bb enfantin chant\u00e9 au passage de la sir\u00e8ne des pompiers. Les bateaux pompiers dinghies ne font pas de bruit , ils \u00e9vacuent les plus vuln\u00e9rables en premier. Trente secondes pour dire le d\u00e9sarroi, le d\u00e9sespoir et la mouise des victimes d\u2019inondations brutales n\u2019est pas suffisant. Cette fois l\u00e0, on n&rsquo; indique aucun num\u00e9ro d\u2019appel pour recueillir des dons, on attend le bilan officiel pour r\u00e9partir les d\u00e9g\u00e2ts entre les assurances et les subventions locales, r\u00e9gionales ou plus rarement nationales. On sait d\u00e9j\u00e0 que beaucoup y perdront de leurs revenus et de leurs \u00e9pargnes. Les plus d\u00e9muni.e.s n\u2019auront que leurs yeux pour pleurer et attendre de l\u2019aide publique hypoth\u00e9tique. La solidarit\u00e9 s\u2019arr\u00eate l\u00e0 o\u00f9 recommence le chacun.e pour sa pomme et son petit panier perso. Certains resteront en dette pendant des ann\u00e9es, ayant perdu leurs biens et devant continuer \u00e0 rembourser leurs cr\u00e9dits. On parle d\u2019eux bri\u00e8vement, ils ne seront plus aussi \u00ab&nbsp;naturellement&nbsp;\u00bb dans la ronde des sp\u00e9culations capitalistes. On ne pr\u00eate qu\u2019aux riches et aux ambitieux\u2026 Dans les yeux des perdants, se lit l\u2019h\u00e9b\u00e8tement et la col\u00e8re sourde, l\u2019abattement en premi\u00e8re intention involontaire\u2026De la d\u00e9solation en bandes d\u00e9sorganis\u00e9es\u2026 Le journaliste l\u00e8ve vite le camp\u2026 Il a fait son job&nbsp;\u2026&nbsp; Show must go on\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>#02<\/strong> <strong>L&rsquo;ART VOLONTAIRE ET LE VOL <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"> Il dit&nbsp;en soupirant : &#8211; Elle ne veut pas jeter les choses\u2026 Il ne sait pas trier ce qu\u2019elle pourrait jeter s\u2019il ne prenait pas toujours l\u2019initiative et le faisait \u00e0 son insu. Elle s\u2019est foutu plusieurs fois en p\u00e9tard contre cette attitude contestable. Elle remplit volontiers les poubelles pourtant et c\u2019est bien lui qui les descend au sous-sol pour rejoindre son v\u00e9lo. Au d\u00e9but, il y avait une colonne vide-ordure (c\u2019\u00e9tait la mode) \u00e0 chaque \u00e9tage. La gardienne se coltinait le nettoyage de ce qui d\u00e9bordait invariablement. La suppression du vide-ordure dans les six immeubles de r\u00e9sidence de 4 \u00e0 6 niveaux lui a donn\u00e9 du temps pour autre chose, et notamment la disponibilit\u00e9 envers les personnes \u00e2g\u00e9es d\u00e9laiss\u00e9es par leur famille. Les odeurs naus\u00e9abondes n\u2019ont manqu\u00e9 \u00e0 personne et tout le monde s\u2019y est mis pour le tri s\u00e9lectif premi\u00e8re mouture. A la sortie du lyc\u00e9e, elle avait tent\u00e9 les Beaux-Arts et elle s\u2019\u00e9tait mise \u00e0 ramasser toutes sortes d\u2019objets dans la rue pour pr\u00e9figurer les id\u00e9es d\u2019installations pr\u00e9conis\u00e9es par des professeurs tr\u00e8s f\u00e9rus d\u2019Art contemporain aux prises avec la soci\u00e9t\u00e9 de consommation &nbsp;avec ses montagnes de d\u00e9chets non recycl\u00e9s encore \u00e0 cette \u00e9poque. Elle pr\u00e9f\u00e9rait pourtant le dessin et la peinture, mais elle n\u2019a pas eu le choix cette ann\u00e9e l\u00e0. Elle s\u2019est mise \u00e0 trier des objets et \u00e0 en faire des petits tas dans les angles d\u2019un appartement &nbsp;partag\u00e9 en coloc. Elle les a photographi\u00e9s et int\u00e9gr\u00e9s dans des compositions aux th\u00e9matiques \u00e9tranges. Elle est m\u00eame all\u00e9e pr\u00e9lever un arbre chu dans une temp\u00eate pour l\u2019installer tout arcbout\u00e9 sur un socle des plus rustiques\u2026 une sorte de catapulte domestiqu\u00e9e.. Elle n\u2019a jamais voulu montrer son \u0153uvre aux parents, elle avait trop honte\u2026 L\u2019ann\u00e9e suivante elle s\u2019est inscrite en fac de langues. Elle \u00e9tait d\u00e9go\u00fbt\u00e9e\u2026 Une voisine un peu folle avait vol\u00e9 la cl\u00e9 de l\u2019acc\u00e8s au sous-sol, et elle est longtemps venue, de nuit, r\u00e9cup\u00e9rer les papiers et les prospectus dans les poubelles tri\u00e9es, pendant un moment, elle a m\u00eame pu acc\u00e9der aux bo\u00eetes aux lettres pour voler du courrier\u2026 &nbsp;La col\u00e8re a mont\u00e9 dans le voisinage et une enqu\u00eate a \u00e9t\u00e9 ouverte. Elle vivait avec sa vieille m\u00e8re un peu complice, un peu d\u00e9pass\u00e9e, on n\u2019a pas trop su\u2026 La voleuse traqu\u00e9e et admonest\u00e9e est devenue plus maline, elle disait que la gardienne faisait mal son boulot dans la R\u00e9sidence, justifiant ainsi ses interventions&#8230; Mais son statut psychiatrique lui a valu quelques semonces et parfois des hospitalisations d\u2019office. Les bo\u00eetes aux lettres trop vuln\u00e9rables ont \u00e9t\u00e9 chang\u00e9es et on a install\u00e9 une serrure sur la porte d\u2019acc\u00e8s de la cave au hall d\u2019entr\u00e9e. La voleuse de papier, imp\u00e9nitente, revient de temps en temps pr\u00e9lever les prospectus en journ\u00e9e, tandis que l&rsquo;alentour, essentiellement des retrait\u00e9.e.s&nbsp;, s\u2019arrangent entre eux pour r\u00e9cup\u00e9rer leur courrier au passage du facteur. La plupart d\u2019entre eux ont mis une \u00e9tiquette de refus des publicit\u00e9s sur leur bo\u00eete au nom de l\u2019\u00e9cologie puisqu\u2019il existe une bo\u00eete centrale pour rassembler tous les papelards de marabouts, de prospecteurs immobiliers et de cha\u00eenes de grands magasins&nbsp;\u2026 La quantit\u00e9 a diminu\u00e9 depuis les r\u00e9seaux internet et chacun.e se d\u00e9brouille avec ses pollutions num\u00e9riques dans son coin en achetant des protections de compte personnel de plus en plus ch\u00e8res et invasives. Les distributeurs de prospectus avec leur petit chariot \u00e0 deux roues ne viennent plus aussi souvent encombrer les boites aux lettres, et personne ne s\u2019en plaint\u2026<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-center has-small-font-size\">Un vieux texte que j\u2019ai gard\u00e9. <br>Je ne jette jamais mes textes.<br>Je les oublie\u2026<br>Je les retrouve et je les modifie. <\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-normal-font-size\"><strong>Je ne les perds jamais tout \u00e0 fait.<br>Ce sont les squames de ma m\u00e9moire endormie.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-large-font-size\"><strong> #03  L&rsquo;ENSAUVAGEMENT UTILE <\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><strong>                                                           <\/strong>                   Il n&rsquo;y a rien de plus infid\u00e8le qu&rsquo;un jardin d&rsquo;agr\u00e9ment et de plus ingrat qu&rsquo;un jardin potager ! Cette r\u00e9flexion ne vient pas d&rsquo;un jardinier r\u00e9el mais d&rsquo;un contemplatif d\u00e9sireux de ne plus intervenir sur l&rsquo;agencement de la Nature. Un sourire un peu las au coin de sa barbe hirsute, une cigarette plate roul\u00e9e au coin des l\u00e8vres, il a pratiqu\u00e9 autrefois la permaculture avec des cornes de vache remplies de bouse et d&rsquo;ingr\u00e9dients chamanes, il a fait l&rsquo;indien dans des huttes de sudation. Il en est revenu, ou plut\u00f4t il a pouss\u00e9 la spiritualit\u00e9 plus loin, du c\u00f4t\u00e9 des religions imparfaites car criminelles. Il prie des femmes dans les chapelles et les \u00e9glises marginales dont l&rsquo;\u00e9tat immobilier est de plus en plus pr\u00e9caire. Les croyances s&rsquo;effritent comme le reste. Il n&rsquo;y a pas de miracle dans ces domaines. Aujourd&rsquo;hui, il pr\u00e9f\u00e8re marcher et manger ce qu&rsquo;il trouve le long des chemins, et dans les jardins g\u00e9n\u00e9reux des autres contemporains. Il sait que tout cela est \u00e9ph\u00e9m\u00e8re&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Elle fait peur la Nature&#8230; Enfant, je n&rsquo;avais pas peur des arbres et puis ils se sont mis \u00e0 tomber comme des b\u00e2tons de mikado, de plus en plus souvent, ou tout au moins les reportages se sont multipli\u00e9s et rassembl\u00e9s dans des flash d&rsquo;infos, juste le temps de s&rsquo;apitoyer et de zapper, on se dit que \u00e7a peut arriver, on ne sait pas quand, ni o\u00f9. Il y a des tas de gens qui vivent dans des r\u00e9gions dangereuses et qui s&rsquo;y habituent en priant le ciel de ne pas leur tomber sur la t\u00eate. Pareil pour les \u00e9pid\u00e9mies, pendant longtemps, elles ont \u00e9t\u00e9 confin\u00e9es en des r\u00e9gions lointaines et d\u00e9favoris\u00e9es. Aujourd&rsquo;hui , l&rsquo;id\u00e9e de Pand\u00e9mie a trac\u00e9 ses circuits et ses nouvelles normes de promiscuit\u00e9 et de s\u00e9curit\u00e9 sanitaire. Elle a r\u00e9habilit\u00e9 les contr\u00f4les stricts aux fronti\u00e8res et ostracis\u00e9 des nations ou des communaut\u00e9s enti\u00e8res. Enfant, je n&rsquo;avais pas peur des maladies, on en parlait beaucoup, mais c&rsquo;\u00e9tait chez les autres, et on croyait au pouvoir m\u00e9dical. Enfant , je n&rsquo;avais pas peur de l&rsquo;eau de boisson, on avait des combines lorsqu&rsquo;elle se mettait \u00e0 couler glauque&#8230; La chimie paternelle r\u00e9solvait (presque) tout&#8230; Enfant, je n&rsquo;avais pas peur des animaux ordinaires tels que les chiens et les chats, les oiseaux et les poules, les lapins et les mulots&#8230; On vivait avec, on avait lu le Petit Prince&#8230; Enfant, je n&rsquo;avais pas peur  du ciel, aujourd&rsquo;hui, je rejoins sans rire les superstitions gauloises&#8230; On ne sait pas ce qui peut nous d\u00e9gringoler sur le cr\u00e2ne. Enfant , je ne savais pas que le Monde allait autant changer et tout chambouler. Enfant, je croyais que les guerres ne reviendraient plus&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Tu me croiras si tu peux. Les paysages sont in\u00e9puisables et ils ne racontent pas la m\u00eame chose \u00e0 chacun.e d&rsquo;entre nous. En lisant le dernier livre d&rsquo;Am\u00e9lie NOTHOMB, <em>L&rsquo;impossible retour<\/em>, tu te prouves \u00e0 chaque page que nos visions et nos projections mentales respectives sont inconciliables. Interroger la beaut\u00e9 d&rsquo;un paysage en pr\u00e9sence de quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9dulcorer d&rsquo;avance et le r\u00e9duire \u00e0 sa portion pingre&#8230;C&rsquo;est la fameuse question du \u00ab\u00a0point de vue\u00a0\u00bb qu&rsquo;ont soulign\u00e9 les premiers photographes. Une question de focale et de lumi\u00e8re mais pas seulement. A une \u00e9poque o\u00f9 on zoome \u00e0 mort pour traquer l&rsquo;infiniment petit et l&rsquo;infiniment grand, l&rsquo;oeil humain para\u00eet infirme et emp\u00eatr\u00e9 dans son empan \u00e9troit&#8230;Certains po\u00e8tes comme Bernard NO\u00cbL, imaginait m\u00eame un regard scrutateur dans son dos pour l&rsquo;aider \u00e0 concevoir l&rsquo;espace, celui du dehors comme celui du dedans. Il faut pr\u00e9ciser aussi qu&rsquo;il avait lu Henri MICHAUX et ses exp\u00e9rimentations d&rsquo;\u00e9criture sous substances psychotropes. Quelqu&rsquo;un s&rsquo;interrogeait dans le Tiers Livre, \u00e0 propos du R\u00e9el, Gilda , je crois&#8230;Elle rouvre ta propre question sur l&rsquo;utilit\u00e9 ou non du voyage, pour savoir \u00e0 quels paysages nous pouvons nous arrimer ou nous amarrer pour \u00e9crire &#8230; Pour vivre, a-t-on besoin de le savoir ? Il semble que pour la plupart des gens, le choix n&rsquo;existe pas.<strong>   <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>           <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>#04 | INTEMPESTIVE EFFLUVE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Quelque chose d&rsquo;implacable<\/p>\n\n\n\n<p>qui saute aux narines  <\/p>\n\n\n\n<p>puanteur r\u00e9hauss\u00e9e <\/p>\n\n\n\n<p>par les vents du sud<\/p>\n\n\n\n<p>une fragance r\u00e9currente<\/p>\n\n\n\n<p>par intermittence<\/p>\n\n\n\n<p>une nuisance olfactive <\/p>\n\n\n\n<p>connue depuis l&rsquo;enfance<\/p>\n\n\n\n<p>pas n&rsquo;importe o\u00f9<\/p>\n\n\n\n<p>c&rsquo;est juste \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e du village<\/p>\n\n\n\n<p>les touristes questionnent<\/p>\n\n\n\n<p>on leur rit au nez discr\u00e8tement<\/p>\n\n\n\n<p>les gens sont habitu\u00e9s<\/p>\n\n\n\n<p>la commune est viticole<\/p>\n\n\n\n<p>et il faut bien gagner sa vie<\/p>\n\n\n\n<p>une cinquantaine d&#8217;employ\u00e9s<\/p>\n\n\n\n<p>on a d\u00e9plac\u00e9 la cave coop\u00e9rative<\/p>\n\n\n\n<p>neuf kilom\u00e8tres plus bas<\/p>\n\n\n\n<p>on a fait un gros truc promotionnel<\/p>\n\n\n\n<p>combinant oenologie et vente directe<\/p>\n\n\n\n<p>regroupement longtemps r\u00eav\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>assembl\u00e9e de producteurs<\/p>\n\n\n\n<p> la fautive n&rsquo;\u00e9tait pas la cave<\/p>\n\n\n\n<p>on le croyait avant<\/p>\n\n\n\n<p>et c&rsquo;est elle qu&rsquo;on accusait<\/p>\n\n\n\n<p>en Septembre et apr\u00e8s<\/p>\n\n\n\n<p>Souvenir d&rsquo;un mal de t\u00eate<\/p>\n\n\n\n<p>syst\u00e9matique \u00e0 chaque retour<\/p>\n\n\n\n<p>de pension ou de voyage<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e7a ne risque rien nous dit-on<\/p>\n\n\n\n<p>c&rsquo;est juste d\u00e9sagr\u00e9able<\/p>\n\n\n\n<p>et ce n&rsquo;est pas tout le temps<\/p>\n\n\n\n<p>Pour une bourgade touristique<\/p>\n\n\n\n<p>tout de m\u00eame \u00e7a la fout mal<\/p>\n\n\n\n<p>disait ma m\u00e8re \u00e7a n&rsquo;existe qu&rsquo;ici<\/p>\n\n\n\n<p>Tu pourrais faire quelque chose Robert ?<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Robert n&rsquo;a sans doute rien fait<\/p>\n\n\n\n<p>Oenologue de vocation<\/p>\n\n\n\n<p> ce n&rsquo;\u00e9tait pas son cr\u00e9neau<\/p>\n\n\n\n<p>Il a soign\u00e9 les Vins d&rsquo;Ard\u00e8che<\/p>\n\n\n\n<p>a introduit des m\u00e9thodes Beaujolaises<\/p>\n\n\n\n<p>et la technique de mac\u00e9ration carbonique<\/p>\n\n\n\n<p>il avait d&rsquo; autres odeurs \u00e0 surveiller<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Contraste des bons parfums de cave<\/p>\n\n\n\n<p>ou au d\u00e9bouchage d&rsquo;un bon cr\u00fb<\/p>\n\n\n\n<p>Enfance embaum\u00e9e des choix paternels<\/p>\n\n\n\n<p>Visites curieuses et sacralis\u00e9es<\/p>\n\n\n\n<p>au Laboratoire en dessous<\/p>\n\n\n\n<p>de chez nous lui Directeur<\/p>\n\n\n\n<p>en lien t\u00e9l\u00e9phonique avec Patrons \u00e0 Montpellier<\/p>\n\n\n\n<p>Magie des pipettes et des chromatogrammes<\/p>\n\n\n\n<p>Analyses artisanales et scrupuleuses<\/p>\n\n\n\n<p>La machine \u00e0 \u00e9crire tr\u00e9pidante<\/p>\n\n\n\n<p>de la secr\u00e9taire tapant sur double papier carbone<\/p>\n\n\n\n<p>tous les r\u00e9sultats chiffr\u00e9s avec des virgules<\/p>\n\n\n\n<p> taux d&rsquo;alcool taux de sucre aspect des \u00e9chantillons<\/p>\n\n\n\n<p>Aller -retour dans les quarante deux<\/p>\n\n\n\n<p>caves du d\u00e9partement pour r\u00e9cup\u00e9rer<\/p>\n\n\n\n<p>de petites bouteilles brinquebalantes<\/p>\n\n\n\n<p>dans les casiers de bois <\/p>\n\n\n\n<p>et les bonbonnes prometteuses<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re de la citro\u00ebn -cargo<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Les odeurs de cave sur terre battue<\/p>\n\n\n\n<p>m&rsquo;enchanteront toujours<\/p>\n\n\n\n<p>Les odeurs de distillerie industrielle<\/p>\n\n\n\n<p>n&rsquo;ont pas su me convaincre                                                                                                           <\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>La Distillerie<\/strong> incrimin\u00e9e a beau d\u00e9fendre sa production naus\u00e9abonde en relookant les b\u00e2timents et en cr\u00e9ant de nouvelles utilisations des d\u00e9chets ( gel hydro acoolique et colorants), je reste persuad\u00e9e qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas trouv\u00e9 sa justification dans un emplacement contestable, entre le cimeti\u00e8re o\u00f9 reposent nos parents et un stade sans ombrage o\u00f9 l&rsquo;on parque aussi des dromadaires et d&rsquo;autres b\u00eates de cirque malheureux comme des cailloux.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>#05 | L&rsquo;INFATIGABLE MISERE SOCIALE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><strong>L\u2019infatigable mis\u00e8re sociale<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il y a plein d\u2019adjectifs pour la qualifier sans l\u2019\u00e9radiquer.<\/p>\n\n\n\n<p>Pas besoin d\u2019aller tr\u00e8s loin autour pour la trouver.<\/p>\n\n\n\n<p>A la lisi\u00e8re de la capitale des Gaules<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9limit\u00e9e par le p\u00e9riph\u00e9rique sud \u2013 est<\/p>\n\n\n\n<p>Elle ne se montre pas d\u2019embl\u00e9e hostile<\/p>\n\n\n\n<p>Elle se devine pourtant aux grappes de dealers<\/p>\n\n\n\n<p>Silhouettes fuyantes aux v\u00eatements sombres<\/p>\n\n\n\n<p>Casquettes \u00e0 capuche regards sans regard ou appuy\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9fi larv\u00e9 et bagnoles rutilantes crissement de pneus<\/p>\n\n\n\n<p>Certains disent bonjour ils ont appris \u00e0 la petite \u00e9cole<\/p>\n\n\n\n<p>Ils en sont sortis sans dipl\u00f4me ils ont trouv\u00e9 mieux<\/p>\n\n\n\n<p>Ils fur\u00e8tent et rouillent ou foutent la trouille<\/p>\n\n\n\n<p>au bas des escaliers maussades<\/p>\n\n\n\n<p>Ils ne se cachent pas et jouent \u00e0 semer la police.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9t\u00e9 les ados font des rod\u00e9os sans casque<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sont les petits fr\u00e8res, le filles rasent les murs<\/p>\n\n\n\n<p>ou s\u2019exposent en nymphettes insolentes et maquill\u00e9es<\/p>\n\n\n\n<p>Beaucoup sont voil\u00e9es (plus qu\u2019avant)<\/p>\n\n\n\n<p>La religion fait le partage entre les comportements<\/p>\n\n\n\n<p>Les m\u00e8res prot\u00e8gent les petits m\u00e2les jusqu\u2019au coll\u00e8ge<\/p>\n\n\n\n<p>Cela ne suffit pas en filigrane les d\u00e9s sont pip\u00e9s<\/p>\n\n\n\n<p>Les jeunes qui croient au futur ont des ambitions<\/p>\n\n\n\n<p>Toutes et tous ne sont pas log\u00e9.e.s \u00e0 la m\u00eame enseigne<\/p>\n\n\n\n<p>Derri\u00e8re eux la mis\u00e8re sociale s\u2019organise en ghettos<\/p>\n\n\n\n<p>Elle se confine dans ce vieux quartier au long pass\u00e9 ouvrier<\/p>\n\n\n\n<p>Entre usines d\u00e9mantel\u00e9es et h\u00f4pitaux d\u00e9class\u00e9s<\/p>\n\n\n\n<p>La destruction de l\u2019autopont en 2018 a donn\u00e9 le signal politique<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;zone de redynamisation urbaine &nbsp;\u00bb tel est le message<\/p>\n\n\n\n<p>Les art\u00e8res philanthropiques de Tony Garnier<\/p>\n\n\n\n<p>Boulevard des Etats Unis d\u00e9but XX\u00b0 si\u00e8cle<\/p>\n\n\n\n<p>Cit\u00e9 Gerland \u2013 Longue Rue Berthelot<\/p>\n\n\n\n<p>coupant l\u2019agglom\u00e9ration entre Bron et le Rh\u00f4ne<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;ont irrigu\u00e9 l\u2019habitat et l\u2019ont fig\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 saturation<\/p>\n\n\n\n<p>Sans ascenseur les ancien.ne.s &nbsp;habitant.e.s<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;n\u2019y vieillissent plus ou y sont mort&nbsp;.e.s. peu \u00e0 peu<\/p>\n\n\n\n<p>La promotion immobili\u00e8re a fait &nbsp;imploser ces quartiers<\/p>\n\n\n\n<p>annex\u00e9s aux 3\u00b0 et 7\u00b0 jusqu\u2019aux portes de V\u00e9nissieux<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi le malheur social a trouv\u00e9 refuge dans les plans<\/p>\n\n\n\n<p>d\u2019urbanisation toujours &nbsp;insuffisants &nbsp;et s\u00e9lectifs<\/p>\n\n\n\n<p>Un foisonnement de comit\u00e9s de quartier<\/p>\n\n\n\n<p>d\u00e9bats houleux entre porte-parole d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s et m\u00e9diateurs \u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Les premiers repr\u00e9sentant.e.s de locataires \u00e9lu.e.s<\/p>\n\n\n\n<p>remplac\u00e9.e.s demain ou apr\u00e8s-demain par des propri\u00e9taires<\/p>\n\n\n\n<p>Lissage et mixage des pr\u00e9tendant.e.s au logement<\/p>\n\n\n\n<p>Recherche de salubrit\u00e9 et de solvabilit\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>Halte aux punaises de lit, aux rats et aux cancrelats&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Les projets bienveillants sont affich\u00e9s<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 longueur de palissades et de flyers<\/p>\n\n\n\n<p>On y voit des gens actifs et heureux<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;des commerces prosp\u00e8res et des services publics r\u00e9nov\u00e9s<\/p>\n\n\n\n<p>Entre l\u2019image et la r\u00e9alit\u00e9 il y a des ann\u00e9es de gravats<\/p>\n\n\n\n<p>et de d\u00e9sillusions aggrav\u00e9es<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;l\u2019augmentation des loyers devient justifiable<\/p>\n\n\n\n<p>par les normes \u00e9cologiques et leurs effets de surco\u00fbt<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qu\u2019on ne dit pas&nbsp;: Le Grand Lyon a besoin de s\u2019\u00e9tendre<\/p>\n\n\n\n<p>et de rendre visible le commerce \u00e0 haut d\u00e9bit<\/p>\n\n\n\n<p>Il grignote peu \u00e0 peu les terrains constructibles<\/p>\n\n\n\n<p>On rach\u00e8te m\u00eame des villas des ann\u00e9es 50 ou plus<\/p>\n\n\n\n<p>On les remplace par des immeubles en co-propri\u00e9t\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>Une part minime de logements sociaux pris d\u2019assaut<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019heure est \u00e0 la rentabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Toute &nbsp;mis\u00e8re sociale est rel\u00e9gu\u00e9e<\/p>\n\n\n\n<p>aux parcelles non encore d\u00e9molies.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e7a va tr\u00e8s vite d\u00e9sormais<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;le confinement avait retard\u00e9 les destructions<\/p>\n\n\n\n<p>mais tout se rattrape aujourd\u2019hui&nbsp;.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>On a observ\u00e9 la m\u00e9tamorphose du quartier Mermoz<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>coup\u00e9 en deux par la ligne D du M\u00e9tro et le T6 du Tramway.<\/p>\n\n\n\n<p>Plusieurs ann\u00e9es de chantier<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;quartiers qui craignent&nbsp;\u00bb lit-on dans les journaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Jusqu\u2019\u00e0 la d\u00e9molition des immeubles et de l\u2019\u00e9cole Pasteur<\/p>\n\n\n\n<p>Le centre social est devenu le point strat\u00e9gique des infos.<\/p>\n\n\n\n<p>La mis\u00e8re sociale s\u2019affiche au fil des mois<\/p>\n\n\n\n<p>La peau des murs la r\u00e9v\u00e8le<\/p>\n\n\n\n<p>La couleur des visages aussi<\/p>\n\n\n\n<p>Quartier Sud Quartier Nord<\/p>\n\n\n\n<p>Concentration d\u2019\u00e9tranger.e.s<\/p>\n\n\n\n<p>Primo arrivant.e.s &nbsp;au gr\u00e9 des exils<\/p>\n\n\n\n<p>Tout le brassage des populations s\u2019acc\u00e9l\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Les logements sont trop \u00e9troits<\/p>\n\n\n\n<p>La mis\u00e8re sociale s\u2019installe dans les rues.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>#06 <\/strong>| <strong>LA CHASSE AU \u00ab&nbsp;\u00d4&nbsp;\u00bb.. OH\u2026OH\u2026 OH!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><em>[\u2026] Les pluies nomades venues de l\u2019Est, tinteront encore au tambourin tzigane&nbsp;; et les belles averses d\u2019\u00e9t\u00e9, descendues de haute mer en toilettes de soir\u00e9e, prom\u00e8neront encore sur terre leur bas de jupe paillet\u00e9es.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>SAINT-JOHN PERSE<\/strong>, S\u00e9cheresse, Vents<\/p>\n\n\n\n<p>Ici cette pluie n\u2019a pas d\u2019ombre&nbsp;! On ne sait d\u2019o\u00f9 elle vient Ce po\u00e8te ancien l\u2019encombre&nbsp;: exclamations b\u00e9ates, emphase d\u00e9su\u00e8te, arguties soporifiques. Manies intellectuelles, langage de salon, \u0153uvre au pire louant tant\u00f4t la main de fer plus tard la vuln\u00e9rabilit\u00e9 sensuelle de la femme. Pas de juste milieu.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00d4 m\u00e9lancolie de la pluie, analogie des larmes. Parole d\u00e9ferlante truff\u00e9e de mots sp\u00e9cieux. Redoublement de la faconde. Complaisance \u00e0 l\u2019orage. Sauve qui peut. La pluie d\u00e9sacralise et tu le savais ! La pluie prend toute la nature de court. Parfois elle d\u00e9vaste. Ne dit-on pas, une pluie de bombes !?<\/p>\n\n\n\n<p>\u00d4 g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de la pluie, verseuse maladroite. Rigolade et d\u00e9gringolades en ruissellements. Sur la vitre toc toc elle frappe au carreau. Voici des gouttes de ciel en exil. Les plantes dociles les r\u00e9clament en \u00e9t\u00e9. La pluie exag\u00e8re souvent en automne et de plus en plus \u00e0 contre-saison. \u00d4 d\u00e9luge ogre humide et sans piti\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><em>[\u2026] \u00d4 menteur&nbsp;! qui disait la vie<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Nou\u00e9e au fuseau de mon sort,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Jurant au ciel que son envie<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00c9tait de mourir de ma mort&nbsp;!<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00c9chos sous le feu de mon \u00e2me&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Tremblant de s\u2019y br\u00fbler un jour,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Il jeta des pleurs sur la flamme&nbsp;:<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00d4 menteur&nbsp;! \u00f4 menteur d\u2019amour&nbsp;!<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>Marceline DESBORDES-VALMORE<\/strong>,<\/em>  <em>Les pleurs, XVII, seule au rendez-vous<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le ciel jette des pleurs sur l\u2019\u00e2me br\u00fblante de Marceline. A moins que ce ne soit qu\u2019une divinit\u00e9 implor\u00e9e en rescousse \u00e0 la chair d\u00e9sirante. Le lyrisme prend appui sur la Nature et se r\u00e9pand dans le po\u00e8me comme une huile essentielle parfum\u00e9e qui vire au vinaigre. Outil de s\u00e9duction charme \u00e0 double tranchant. Il s\u2019agit pour elle de conjurer le sentiment de solitude et d\u2019abandon. Tous les moyens sont bons. Dis-nous si \u00e7a a march\u00e9 ch\u00e8re Marceline&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>[\u2026]&nbsp;<em>Tel qu\u2019un insecte dans le milieu d\u2019une bulle d\u2019air, j\u2019\u00e9cris ce po\u00e8me.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ce n\u2019est point de la bruine qui tombe, ce n\u2019est point une pluie languissante et douteuse.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>La nue attrape de pr\u00e8s la terre et descend sur elle serr\u00e9 et bourru, d\u2019une attaque<\/em> <em>puissante et profonde.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Paul CLAUDEL<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Sous la douceur la convoitise percutante&nbsp;! Le po\u00e8me mondain n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 l\u2019intention voil\u00e9e. Est-ce pour cela que je me m\u00e9fie des mots c\u00e2lins et coquins en habits de vocabulaire\u2026 et de cet exercice d\u2019atelier qui nous ressert les m\u00eames plats pour maintenir l\u2019ordre du monde entre pr\u00e9dation et captation des sentiments par commerce interpos\u00e9. L\u2019\u00e9ternelle fianc\u00e9e et le h\u00e9ros fatigu\u00e9 ne font plus r\u00eaver.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00d4, combien sont perm\u00e9ables les fronti\u00e8res humaines&nbsp;!<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Voyez-vous ces nuages qui passent impun\u00e9ment,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>ces sables du d\u00e9sert filant d\u2019un pays \u00e0 l\u2019autre,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>ces cailloux des montagnes p\u00e9n\u00e9trant chez l\u2019ennemi<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>en d\u2019insolents sursauts<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>[\u2026]<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Dans l\u2019essaim des insectes je prendrai la fourmi<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>qui, entre le pied droit et gauche du douanier<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>ne se sent pas tenue d\u2019avouer ses vadrouilles<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Wislawa SZYMBORSKA,<\/strong> De la mort sans exag\u00e9rer<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Quel que soit le sujet, le po\u00e8me s\u2019aventure depuis toujours dans l\u2019indicible avec des ruses de sioux. Je ne lui en veux pas de ne pas me convaincre m\u00eame si son chant m\u2019hypnotise un instant. Comme les vert\u00e9br\u00e9s le po\u00e8me a des os ou des ar\u00eates. Le po\u00e8me est un cheval de Trois qui n\u2019a pas d\u2019architecte attitr\u00e9.e. Il se reconstruit sans rel\u00e2che et ne reste jamais au m\u00eame endroit o\u00f9 il a surgi et o\u00f9 on l\u2019a quitt\u00e9. Le po\u00e8me versifi\u00e9 a quitt\u00e9 la place et il est revenu non plus lyrique mais politique dans nos oreilles surcharg\u00e9es. Le slam d\u2019aujourd\u2019hui est le nouveau perturbateur citoyen. Il sera demain dans les manuels scolaires.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">#07   50 NIDS POUR NINI<\/h2>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>Je suis droit<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>Je suis gauche<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>J\u2019\u00e9cris avec mes poings<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>Sans virgules<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>Sans points<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>Sans coco<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>Sans pernod<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>Sans museli\u00e8re<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>PAUL VALET, Sans museli\u00e8re, \u00e0 Vladimir Ma\u00efakovski 1949<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em><strong>Paul VALET&nbsp;<\/strong>bonne piste celle d\u2019<strong>Amandine&nbsp; ANDR\u00c9&nbsp;<\/strong>attendra L\u2019\u00e9criture vient sans peine Comme un jeu mais s\u00e9rieux Impression d\u2019\u00e9crire accul\u00e9e au mur des affirmations na\u00efves.&nbsp;<strong>Dazibao<\/strong>&nbsp;en d\u00e9mocratie (encore) L\u2019intol\u00e9rance au Mal&nbsp; imm\u00e9morial est pourtant \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur imputrescible le sourire aussi L\u2019exercice me pla\u00eet.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Les&nbsp;<strong>&nbsp;Ni&nbsp;<\/strong>sont pr\u00e9sent\u00e9s par ordre d\u2019arriv\u00e9e sans relecture imm\u00e9diate comme une l<strong>angue morse<\/strong>&nbsp;pour un message inconnu lest\u00e9 d\u2019entropie Ce sont les premiers mots qui ont trouv\u00e9 leur veine associative L\u2019id\u00e9e de \u00ab&nbsp;Nids \u00ab&nbsp; vient de l\u00e0&nbsp; Des \u00ab&nbsp;Nids d\u00e9nich\u00e9s un \u00e0 un Quant \u00e0 Nini&nbsp; vous ne m\u2019en voudrez pas il me fallait bien un personnage\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni plainte<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni mensonge<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni feinte<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni fuite<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni promesse<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni sanction<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni conjecture<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni masque<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni certitude<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni volte-face<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni r\u00e9solution<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni serment<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni perfidie<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni indulgence<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni aveuglement<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni coups et blessures<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni grimace<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni gloriole<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni Ange<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni B\u00eate<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni Taureau<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni Scorpion<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni Vierge<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni G\u00e9meaux<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni Balance<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni B\u00e9lier<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni Cancer<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni Capricorne<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni Poissons<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni Lion<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni Sagittaire<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni fatalit\u00e9<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni dieu<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni ma\u00eetre<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni onction<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni mal\u00e9fice<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni griv\u00e8lerie<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni grossi\u00e8ret\u00e9<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni insulte<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni soumission<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni surdit\u00e9<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni condescendance<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni cruaut\u00e9<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni indiff\u00e9rence<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni pr\u00e9emption<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni abandon<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni tra\u00eetrise<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni Toi<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ni Moi<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>En sommes garant.e<\/em>.s<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>#08 | Travers\u00e9e de la Vie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-dark-gray-color has-medium-gray-background-color has-text-color has-background has-link-color has-normal-font-size wp-elements-e204d37382fb154f4887585913cbb5cd\">Ils n\u2019auront que l\u2019embarras du choix. Deux fleuves, plusieurs rivi\u00e8res, cinq cours d\u2019eau et bien plus, fr\u00e9quent\u00e9s depuis toujours avec beaucoup d\u2019infid\u00e9lit\u00e9s. La mer et l&rsquo;oc\u00e9an comme estuaires involontaires. A l\u2019\u00e9chelle de leur vie, ce ne sera pas grand-chose de spectaculaire \u00e0 raconter. Ils se foutent de la couleur des s\u00e9maphores et des lampadaires. Seulement des flashs d\u2019\u00e9tonnement ou d\u2019ennui sur les berges qu\u2019ils fr\u00f4leront fascin\u00e9s en frissonnant. Ils plongeront dans l\u2019eau plus rarement, l\u2019\u00e9t\u00e9, g\u00e9n\u00e9ralement. Ils seront des nageurs apn\u00e9iques et vell\u00e9itaires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-dark-gray-color has-medium-gray-background-color has-text-color has-background has-link-color has-normal-font-size wp-elements-8812a8b7330f814d6c9871554ea8dac3\">Le v\u00e9ritable objet flottant sera la parent\u00e8le, c\u2019est lui qui hantera la plupart des r\u00eaves. Il n\u2019est pas exact qu\u2019il puisse parvenir une nuit plus qu\u2019une autre \u00e0 rejoindre l\u2019amont, c\u2019est m\u00eame dangereux d\u2019y croire. <em>On ne boit jamais la m\u00eame eau, <\/em>tous les bois flott\u00e9s vous le diront<em>.<\/em> En cas d&rsquo;oubli elle stagne et croupit&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-dark-gray-color has-medium-gray-background-color has-text-color has-background has-link-color has-normal-font-size wp-elements-3114d309096bd64a14fb241ee022c36c\">Encore un sc\u00e9nario furtif au r\u00e9veil, rescap\u00e9 des eaux sombres. Le narrateur sait qu\u2019il ment. Il est encombr\u00e9 de r\u00e9miniscences. Ni ses cartographies, ni ses recherches g\u00e9ologiques et historiques, ni ses gestes musculaires et m\u00e9caniques ne lui serviront. Avant son plongeon, Tel Narcisse pench\u00e9 sur son reflet glissant, il n\u2019aura pas le choix de rester le m\u00eame. Le courant imp\u00e9tueux floutera son existence. Peut-\u00eatre m\u00eame qu\u2019un jour se r\u00e9incarnera-t-il en castor&nbsp;? <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-dark-gray-color has-medium-gray-background-color has-text-color has-background has-link-color has-normal-font-size wp-elements-6623a1b643d035d8deae3fe5e97881b6\">Avec la fiction, on ne sait plus dans quelles eaux l&rsquo; on trempe. L\u2019eau ne parle pas, elle est mol\u00e9culaire, sa transparence est une illusion d\u2019optique. A l&rsquo;\u00e9tat sauvage, elle gifle bien plus qu\u2019elle ne caresse, tout d\u00e9pend de ce qui la contient. La faire parler est une lubie de r\u00eaveurs hallucin\u00e9s. Je ne sais lequel d&rsquo;entre eux questionner. Pour l\u2019instant je reste accoud\u00e9e \u00e0 la rambarde d\u2019un pont. Ce n\u2019est pas n\u2019importe lequel. Je pourrais aussi me poster au bord d&rsquo;une rigole, sur un chemin pierreux remontant une colline villageoise. Ma vie ne manque pas d&rsquo;eau &#8230; (pour qui peut savoir).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">#09 | JE RESTE iCi<\/h2>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>Potier, si tu es perspicace, garde-toi de meurtrir la glaise dont fut p\u00e9tri Adam&nbsp;!<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>Omar al-Khayyem<\/strong>, La corde de la sagesse<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Ne n\u2019inqui\u00e8te pas, Gamin, je reste ici. Pour l\u2019instant, je n\u2019ai aucune envie de creuser \u00e0 l\u2019aveugle dans la mati\u00e8re qui gargouille et menace de s\u2019effondrer sous mes pieds. D\u2019autres le feront sans doute. D\u2019autres l\u2019ont fait et le referont. Il y a les fous de Dieu, et les fous dictateurs autoproclam\u00e9s de la plan\u00e8te, index point\u00e9 sur le profit, la gloire et la vindicte perp\u00e9tuelles.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019intimidation par la perforation est une vieille habitude humaine, pour ne pas dire majoritairement masculine, surtout en ce qui concerne les explorations les plus folles et in\u00e9dites ou les conqu\u00eates de territoire. Les coups de boutoir sont innombrables. Les femmes le savent de toute \u00e9ternit\u00e9\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Les guerres sont ivres de perforations.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019I.A aujourd\u2019hui est l\u2019une des m\u00e9thodes virtuelles triomphantes qui attirent les plus ambitieux, ou curieux, ou kamikazes de l\u2019imaginaire mat\u00e9riel mis au service de Thanatos et de son fr\u00e8re ambigu Eros.<\/p>\n\n\n\n<p>Creuser la mati\u00e8re pour lui faire dire quelque chose de nouveau ou la faire dispara\u00eetre est une pratique imm\u00e9moriale. La chasse au tr\u00e9sor est sa version la plus ludique.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Le plaisir de percer \u00e0 jour, nuit et jour ce qui r\u00e9siste n\u2019appartient pas \u00e0 l\u2019ordre de la raison.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Percer et pers\u00e9v\u00e9rer ont une consonance proche.<\/p>\n\n\n\n<p>Un puits de p\u00e9trole ou une sonde excavatrice sont des mod\u00e8les d\u2019obstination.<\/p>\n\n\n\n<p>Le jaillissement est un fantasme lucratif.<\/p>\n\n\n\n<p>Poutine dit de Trump qu\u2019il est un homme (courageux) parce qu\u2019il a brandi le poing apr\u00e8s s\u2019\u00eatre fait tirer dessus\u2026 Les autres sont des loosers&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Tu vois bien que \u00e7a ne sert \u00e0 rien de creuser. On retombe toujours sur les m\u00eames inepties, les m\u00eames rages, les m\u00eames convoitises, les m\u00eames postures de taupes ravageuses construisant des catacombes \u00e0 cadavres.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne devrais pas te dire les choses aussi directement, petit !\u2026 &nbsp;Au risque de te faire b\u00e9gayer d\u2019effroi comme cet \u00e9crivain \u00e9perdu d\u2019espaces de fuite. Mais je vois bien que tu joues aussi \u00e0 creuser dans le vivant sur ta tablette switch comme s\u2019il s\u2019agissait de quelque chose d\u2019anodin. Tu t\u2019ach\u00e8tes des \u00ab&nbsp;vies&nbsp;\u00bb suppl\u00e9mentaires en \u00e9crasant les boutons de ta machine mais tu as bien vu le jour de l\u2019enterrement de ton grand-p\u00e8re que la mort est un trou qu\u2019on rebouche pour toujours. Nous \u00e9tions p\u00e9trifi\u00e9.e.s dans nos silences autour de toi, faisant barrage de nos corps devant la fosse\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>Je sais l\u2019angoisse, l\u2019eau noire sous la glace et la surface menac\u00e9e, une m\u00e9moire \u00e0 se noyer. Quelque chose sourd du ciel si sourd. Accueillir de tout mon \u00eatre le l\u00e9ger le nouveau, l\u2019ailleurs. Plus rien ne doit peser<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">ICI,&nbsp;<strong>Philippe et Martine DELERM<\/strong>, Seuil, 2021.<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Je me tais et je feuillette pour toi, ce livre \u00e9l\u00e9gant de Philippe et Martine Delerm. Je l\u2019explore sans savoir o\u00f9 il va mener mes pens\u00e9es du jour. Lui \u00e9crit, Elle dessine un personnage qui n\u2019a jamais de bouche. Elle ne m\u2019a jamais expliqu\u00e9 pourquoi. Elle croit sans doute que c\u2019est un secret de femme. Eux se comprennent. Ils sont mari et femme. Ils ont mis au monde un chanteur pianiste po\u00e8te, Vincent. Ils sont du c\u00f4t\u00e9 de la douceur et de la tranquillit\u00e9. Ils n\u2019ont pas besoin de creuser la r\u00e9alit\u00e9, ils l\u2019accueillent comme une invit\u00e9e reconnue de longue date. Ils creusent \u00e0 peine la surface des choses et des \u00eatres. Ils en parlent pudiquement. Ils ne crient jamais. Cela me pla\u00eet. &nbsp;J\u2019aime ces familles d\u2019artistes qui ont su transmettre leur cr\u00e9ativit\u00e9 et qui aident \u00e0 supporter les trous de l\u2019existence, les trous de m\u00e9moire en particulier.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">#10 | OBSIDIENNE OEIL CELESTE<\/h2>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><strong>Comme de l\u2019eau sur une pierre<\/strong><br><br><em>sur qui se retourne en qu\u00eate de son ancienne qu\u00eate<br>la nuit se ferme \u00e0 lui comme l\u2019eau sur la pierre<br>comme l\u2019air sur un oiseau<br>comme se ferment deux corps quand ils s\u2019aiment<\/em>   <\/p>\n\n\n\n<p><strong>ALEJANDRA PIZARNIK <\/strong>, EXTRACTION DE LA PIERRE DE FOLIE<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Ce serait pour lui comme une religion aux rites pa\u00efens. La passion des cristaux se d\u00e9couvre pendant l\u2019enfance. Elle met longtemps \u00e0 dispara\u00eetre au profit d\u2019autres attirances plus charnelles. Faire des ricochets sur l\u2019eau reste un r\u00e9flexe puissant devant une rivi\u00e8re longuement sertie entre des galets us\u00e9s jusqu\u2019au sable multicolore.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu lui as demand\u00e9 avant hier, s\u2019il n\u2019avait pas une pierre noire \u00e0 te recommander pour la d\u00e9crire. La question exacte : Toi qui me connais, quelle pierre noire pourrais-tu m\u2019attribuer ? Il n\u2019 a pas h\u00e9sit\u00e9 une seule seconde. Sur texto il r\u00e9pond :<em>&nbsp;Ne te souviens-tu pas du coeur obsidienne oeil de ciel que je t\u2019ai offert un jour en t\u2019expliquant ses vertus puissantes ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Tu te souviens du coeur et du geste de No\u00ebl apr\u00e8s une longue s\u00e9paration, mais tu as oubli\u00e9 peu \u00e0 peu comment tu pouvais t\u2019en servir. Tu consultes la Bible des min\u00e9raux, dans la biblioth\u00e8que de l\u2019enfant d\u2019aujourd\u2019hui qui occupe sa chambre le mercredi, et tu confirmes imm\u00e9diatement le caract\u00e8re spirituel du cadeau filial. L\u2019\u00e9motion d\u2019un coup te monte \u00e0 la t\u00eate. Offrir une pierre est une marque de consid\u00e9ration qui n\u2019a pas de prix.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu as \u00e9gar\u00e9 le coeur noir dans l\u2019un de tes innombrables sacs (ut\u00e9rus) et ne le retrouveras plus bien s\u00fbr avant que le hasard des fouilles le remonte \u00e0 la surface. Par amour et gratitude, tu as cru d\u2019embl\u00e9e au pouvoir de ce coeur sensuel au toucher, pendant une longue p\u00e9riode, mais tu tenais chaque contact secret car on ne peut pas refuser une intention de protection aussi sinc\u00e8re malgr\u00e9 l\u2019accueil ambivalent d\u2019un objet aussi compact et muet. Ta fille ramenait parfois<strong>&nbsp;l\u2019oeil de Fatma&nbsp;<\/strong>de ses p\u00e9r\u00e9grinations \u00e0 l\u2019\u00e9tranger\u2026 Et tu l\u2019as gard\u00e9 lui aussi. Enfants -cailloux !<\/p>\n\n\n\n<p>Le magn\u00e9tisme des pierres est visible. La magie des aimants le prouve. On s\u2019en sert sur nos frigos o\u00f9 toutes sortes de magnets s\u2019accumulent pour rappeler qu\u2019on aime les images et les souvenirs de rien du tout, entre post-it et troph\u00e9es de voyages. L\u2019alphabet en premier, o\u00f9 s\u2019\u00e9crivent les pr\u00e9noms, les \u00e9motic\u00f4nes des \u00e9motions, les gardiens de recettes de cuisine. Toute une vie commune sous des aimants.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu ne connais pas grand chose \u00e0 la g\u00e9ologie, mais tu es amoureuse des pierres et des cailloux de rivi\u00e8re. Tu les fr\u00e9quentes l\u2019\u00e9t\u00e9 sous de belles falaises de calcaire ajour\u00e9. Les dentelles superficielles de tout un monde souterrain beaucoup plus humide t\u00e9moignent d\u2019\u00e8res glaciaires et de transformations qui d\u00e9passent l\u2019entendement, mais pas l\u2019imagination. Ici, il y avait des lionnes, des aurochs, des ours de caverne et des mammouths. C\u2019est bien sur les parois de roche calcaire, au coeur de grottes t\u00e9n\u00e9breuses, munis de tisons et de mottes d\u2019argile, que nos lointains ascendants les ont immortalis\u00e9s. Tu as grandi non loin de la&nbsp;<strong>Grotte Chauvet&nbsp;<\/strong>sans savoir qu\u2019elle existait. Aujourd\u2019hui tu ne manques pas ta visite annuelle pour l\u2019admirer.<\/p>\n\n\n\n<p>Le coeur noir d\u2019obsidienne est, me rappelle-t-il un bouclier. Ce serait un Romain Obsinus qui lui aurait l\u00e9gu\u00e9 son nom apr\u00e8s sa d\u00e9couverte \u00e0 l\u2019\u00e9tat brut, en Ethiopie. Ce n\u2019est pas une pierre rare puisqu\u2019on la trouve aux Etats-Unis , au Japon; en Arm\u00e9nie, au P\u00e9rou, et bien s\u00fbr au Mexique\u2026 Elle est associ\u00e9e \u00e0 l\u2019action des&nbsp;<strong>chakras racines<\/strong>\u2026 C\u2019est une pierre puissante qui doit \u00eatre r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9e selon plusieurs m\u00e9thodes que l\u2019on trouve facilement sur internet (lit de quartz, pleine lune, soleil\u2026), j\u2019en d\u00e9duis qu\u2019il faut la soigner pour \u00eatre soign\u00e9.e.s. Elle serait tr\u00e8s puissante puisqu\u2019elle induirait aussi l\u2019introspection et ses chamboulements\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Une &nbsp;\u00bb pierre inexplicable &nbsp;\u00bb dirait peut-\u00eatre l\u2019\u00e9crivain volcanique&nbsp;<strong>Lionel Bourg&nbsp;<\/strong>qui l\u2019a sans doute rencontr\u00e9e dans sa propre qu\u00eate au coeur des mines st\u00e9phanoises pr\u00e8s desquelles il vit encore. Il faudrait que je le relise, car j\u2019ai tout de suite pens\u00e9 \u00e0 lui lorsqu\u2019il s\u2019est agi de parler des richesses min\u00e9rales et de leur contact. Tu vois bien que je m\u00e9lange tout, et pourtant je sais que je m\u2019approche de la valeur symbolique et sentimentale de ce que j\u2019\u00e9voque. Les pierres ont de puissantes connections avec le vivant et ses outils.<\/p>\n\n\n\n<p>70 \u00e0 80 % de silice, de fer, de magn\u00e9sium, l\u2019obsidienne noire provient d\u2019\u00e9ruptions volcaniques, elle est fille de lave fig\u00e9e, elle peut \u00eatre rouge acajou. Elle a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e et taill\u00e9e pour ses qualit\u00e9s de tranchant ( lames, fl\u00e8ches, couteaux, armes\u2026).<strong>&nbsp;Les Mayas Azt\u00e8ques&nbsp;<\/strong>la r\u00e9duisaient en poudre pour l\u2019appliquer sur les plaies ( vertu cicatrisante). On la trouve aussi en France dans les fouilles pr\u00e9historiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Pierre d\u2019ouverture spirituelle ou de d\u00e9fense contre le danger,<strong>&nbsp;l\u2019obsidienne oeil c\u00e9leste<\/strong>&nbsp;ne peut me laisser indiff\u00e9rente. Elle repr\u00e9sente \u00e0 la fois le temps et la permanence de l\u2019esprit de gu\u00e9rison indissociable des destin\u00e9es humaines. Je lui conf\u00e8re une valeur de grigri et de porte-chance lorsqu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e de mani\u00e8re chamanique, de la main \u00e0 la main, dans un petit sac de velours. Je suis certaine de la retrouver intacte, apr\u00e8s l\u2019\u00e9criture de ce texte. Il suffira de fouiller dans mes archives sentimentales.<\/p>\n\n\n\n<p>Je relie cette red\u00e9couverte avec un po\u00e8me de&nbsp;<strong>Katherine Mansfield<\/strong>&nbsp;traduit de l\u2019anglais par&nbsp;<strong>Jacques Ancet&nbsp;<\/strong>:<\/p>\n\n\n\n<p><em>Tout au fond de l\u2019oc\u00e9an<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>G\u00eet un coquillage arc-en-ciel<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Il est l\u00e0, toujours, brillant paisiblement<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Sous les plus hautes vagues des temp\u00eates<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Comme sous les bienheureuses vaguelettes<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Que le vieux Grec appelait&nbsp;<\/em><em>ride de rire<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ecoute \u2013 tout au fond de l\u2019oc\u00e9an<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Le coquillage arc-en ciel chante<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Il est l\u00e0, toujours, chantant silencieusement&nbsp;.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"># 11 |<\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce cycle d&rsquo;atelier hebdomadaire entre \u00e0 voix pleines sur des pr\u00e9occupations que la litt\u00e9rature et les m\u00e9dias ne cessent d&rsquo;amplifier. Il nous oblige \u00e0 d\u00e9ambuler entre lectures et \u00e9critures et \u00e0 r\u00e9activer nos capacit\u00e9s de r\u00e9flexion personnelle et collective pour envisager la prise de conscience autant que l&rsquo;action au quotidien. 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