{"id":171128,"date":"2024-09-17T07:38:43","date_gmt":"2024-09-17T05:38:43","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=171128"},"modified":"2024-09-17T11:11:27","modified_gmt":"2024-09-17T09:11:27","slug":"ecopoetique-02-le-negre-bibliothecaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ecopoetique-02-le-negre-bibliothecaire\/","title":{"rendered":"#\u00e9copo\u00e9tique #02 | Le n\u00e8gre biblioth\u00e9caire"},"content":{"rendered":"\n<p>J&rsquo;ai une fascination pour les archives. T\u00e9r\u00e9sa tout comme moi passe volontiers des heures \u00e0 recopier sur des carnets des faits qui nous fascinent par leur banalit\u00e9 ou par l&rsquo;horreur qu&rsquo;ils d\u00e9peignent. Dans la profusion des archives (ce qu&rsquo;il est convenu d&rsquo;appeler les sources), nous nous disciplinons \u00e0 une p\u00e9riode historique pour ne pas nous noyer. J&rsquo;ai appris deux choses en commen\u00e7ant l&rsquo;Histoire. La premi\u00e8re : d\u00e9finir une p\u00e9riode historique. La n\u00f4tre va de 1828, ann\u00e9e de l&rsquo;instauration dans les quatre vieilles colonies du code d&rsquo;instruction criminelle, \u00e0 1848, ann\u00e9e de l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage. La deuxi\u00e8me chose que j&rsquo;ai apprise est \u00e0 d\u00e9finir un objet. Notre objet est la soci\u00e9t\u00e9 esclavagiste, mais plus sp\u00e9cifiquement nous voulons comprendre la justice coloniale et son impuissance \u00e0 condamner des ma\u00eetres pour ch\u00e2timents excessifs envers leurs esclaves et raconter l&rsquo;histoire de tous les protagonistes. Les esclaves qui quand ils ont surv\u00e9cus ont os\u00e9 t\u00e9moigner dans ces proc\u00e8s, mais aussi les procureurs, les juges, les greffiers, la foule qui assistait aux proc\u00e8s, les chroniqueurs qui relayaient les affaires dans la gazette des tribunaux de Paris et bien s\u00fbr les ma\u00eetres impunis.<br>Nous avons notre corpus et nous nous partageons nos trouvailles. Elle s&rsquo;int\u00e9resse en ce moment \u00e0 la correspondance entre les juges et le ministre de la Marine et moi aux proc\u00e8s-verbaux du conseil priv\u00e9 du Gouverneur \u00e0 la Martinique.<br>J&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 d\u00e9pouill\u00e9 les registres du conseil priv\u00e9 de la Guadeloupe. Je n&rsquo;ai pas souvenir de l&rsquo;organisation mat\u00e9rielle de ces s\u00e9ances hormis peut-\u00eatre les heures. J&rsquo;avais not\u00e9 que les s\u00e9ances commen\u00e7aient tard de mon point de vue, \u00e0 11h voir \u00e0 14h.<br>Je me surprends \u00e0 faire attention \u00e0 ce qui pourrait passer pour du d\u00e9tail. Je pense qu&rsquo;apr\u00e8s la violence des ch\u00e2timents et des crimes je suis curieuse de la banalit\u00e9 d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 qui d\u00e9fendait ce qu&rsquo;elle jugeait moral \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque un syst\u00e8me de domination des personnes libres sur des personnes non libres. La classe ou la caste des libres \u00e9tait d\u00e9nomm\u00e9e libre. La caste des non libres \u00e9tait d\u00e9nomm\u00e9e \u00ab\u00a0n\u00e8gre\u00a0\u00bb. Au milieu, il y avait une caste des gens dit \u00ab\u00a0libres de couleur\u00a0\u00bb autant d\u00e9test\u00e9e par les libres que les non libres. La condition \u00e9tait toujours pr\u00e9cis\u00e9e dans les registres. C&rsquo;est ainsi que je peux dire qu&rsquo;il n&rsquo;y avait pas de personne de couleur libre au conseil priv\u00e9 du gouverneur. Je d\u00e9pouillerai \u00e0 nouveau les registres de la Guadeloupe pour trouver trace de l\u2019organisation mat\u00e9rielle des s\u00e9ances du Conseil priv\u00e9. J&rsquo;ai trouv\u00e9 en Martinique un secr\u00e9taire archiviste, un commis, un huissier et un n\u00e8gre biblioth\u00e9caire. Et comme j&rsquo;avoue avoir encore une d\u00e9f\u00e9rence envers ses sources que je n&rsquo;ose manipuler, je les transcrit ici tel que je les ai recopi\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p><em>S\u00e9ance du Conseil priv\u00e9 de la Martinique du 8 juin 1826<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Relativement \u00e0 l&rsquo;huissier du Conseil dont le traitement est \u00e0 d\u00e9terminer, on convient unanimement que ce traitement doit \u00eatre de 200 frc. M Royer et M Girard avaient d&rsquo;abord pens\u00e9 qu&rsquo;on pouvait s&rsquo;arr\u00eater sur un taux moindre, mais ils se sont rang\u00e9s de l&rsquo;avis de la majorit\u00e9, sur l&rsquo;observation qu&rsquo;il fallait choisir pour huissier du Conseil un homme ayant de la tenue et vivant de mani\u00e8re d\u00e9cente et qu&rsquo;\u00e0 moins de cent francs par mois il ne pourrait subsister surtout \u00e9tant assujetti \u00e0 porter au moins tous les jours de s\u00e9ance du Conseil un costume assez dispendieux.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>(&#8230;)<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le Conseil a reconnu qu&rsquo;il y avait impossibilit\u00e9 physique absolue pour le secr\u00e9taire archiviste de faire les enregistrements et exp\u00e9ditions des proc\u00e8s-verbaux dont il minute la r\u00e9daction, que lors m\u00eame que cette t\u00e2che pourrait \u00eatre remplie par lui il ne conviendrait pas de la lui imposer et de le d\u00e9tourner ainsi des travaux d&rsquo;un autre genre auxquels il doit se livrer; enfin qu&rsquo;il \u00e9tait n\u00e9cessaire de mettre \u00e0 sa disposition un commis exp\u00e9ditionnaire \u00e0 appointement fixe. Apr\u00e8s quelques d\u00e9bats, le Conseil fixe ses appointements \u00e0 deux mille quatre cents francs, \u00e0 la grande majorit\u00e9, un membre seul du Conseil ayant propos\u00e9 de les porter \u00e0 1800 frc, M Mairis\u00e9 et M Thuret lui ont object\u00e9 que cette derni\u00e8re allocation ne permettait pas de faire le choix d&rsquo;un homme tout \u00e0 la fois honn\u00eate, disert, assidu et bon travailleur, tel que doit \u00eatre l&#8217;employ\u00e9 dont il s&rsquo;agit.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>(&#8230;)<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00c0 l&rsquo;\u00e9gard des fournitures de bureau n\u00e9cessaire au secr\u00e9taire archiviste du Conseil priv\u00e9 comme registres, cartons, papiers \u2026 on a unanimement pens\u00e9 qu&rsquo;elles devaient \u00eatre faites en nature, attendu qu&rsquo;il serait impossible d&rsquo;en d\u00e9terminer le montant de la valeur. Le secr\u00e9taire archiviste y pourvoira donc aux moyens de demande faite en la forme usit\u00e9e et il en pr\u00e9sentera le compte au Conseil.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>(&#8230;)<\/p>\n\n\n\n<p><em>Enfin tous les livres appartenant \u00e0 la colonie qui ne sont pas pour quelques fonctionnaires d&rsquo;un usage de tous les moments devant \u00eatre remis \u00e0 la biblioth\u00e8que du Conseil priv\u00e9 et cette collection devant s&rsquo;augmenter successivement par les envois faits de France, il a \u00e9t\u00e9 jug\u00e9 n\u00e9cessaire d&rsquo;attach\u00e9 un n\u00e8gre \u00e0 cette biblioth\u00e8que pour manipuler journellement les livres, les \u00e9pousseter, les changer de place et y d\u00e9truire la vermine naissante sans pr\u00e9judice des soins particuliers que doivent donner au m\u00eame objet l&rsquo;huissier et m\u00eame le commis du Conseil sous la surveillance du secr\u00e9taire archiviste. Ce n\u00e8gre, d&rsquo;ailleurs, servira dans le local affect\u00e9 aux s\u00e9ances du Conseil priv\u00e9 \u00e0 des travaux de peine et \u00e0 des offices de domesticit\u00e9s qu&rsquo;on ne pourrait ici exiger d&rsquo;un huissier portant l&rsquo;habit noir et l&rsquo;\u00e9p\u00e9e peut-\u00eatre.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J&rsquo;ai une fascination pour les archives. T\u00e9r\u00e9sa tout comme moi passe volontiers des heures \u00e0 recopier sur des carnets des faits qui nous fascinent par leur banalit\u00e9 ou par l&rsquo;horreur qu&rsquo;ils d\u00e9peignent. Dans la profusion des archives (ce qu&rsquo;il est convenu d&rsquo;appeler les sources), nous nous disciplinons \u00e0 une p\u00e9riode historique pour ne pas nous noyer. 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