{"id":171143,"date":"2024-09-17T13:42:39","date_gmt":"2024-09-17T11:42:39","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=171143"},"modified":"2024-09-17T13:44:23","modified_gmt":"2024-09-17T11:44:23","slug":"ecopoetique-03-ne-plus","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ecopoetique-03-ne-plus\/","title":{"rendered":"#\u00e9copo\u00e9tique #03 |\u00a0ne plus"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 commencer par un pas, puis deux, puis trois. Trois pas seulement depuis le palier de la porte et d\u00e9j\u00e0 la poussi\u00e8re de terre m\u2019appelle de ce cri qui r\u00e9sonne sourd. Des aiguilles de pins tapissent le chemin, l\u2019air s\u2019\u00e9chappe d\u2019un \u00e9t\u00e9 finissant, odeur de s\u00e8ve, de thym, d\u2019automne. Sous l\u2019herbe jaune, quelques pousses nouvelles verdurent timidement. Les pierres ont la forme de celles qui roulent sous mes pas, us\u00e9es par les semelles. Mes traces.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 commencer par dix pas, vingt, trente. J\u2019avais voulu plant\u00e9 quelques tomates et des salades. Carr\u00e9 de potager bien align\u00e9, plants sur tuteurs, arrosage enterr\u00e9. J\u2019attendais la rougeur m\u00fbre, le corps charnu, les feuilles fris\u00e9es ouvertes. Le sanglier aussi. Il m\u2019a devanc\u00e9, a tout d\u00e9vor\u00e9, a tout remu\u00e9. Je l\u2019entends encore me remercier. J\u2019ai construit un carr\u00e9 de potager sur\u00e9lev\u00e9, quelques traverses de bois, du terreau. Les escargots ont appr\u00e9ci\u00e9, les oiseaux aussi. La nature a gagn\u00e9, je mange les tomates et les salades du jardin des autres. Mes traces s\u2019effacent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 commencer par Rainer Maria Rilke.\u00ab\u00a0<em>Il fallut donc commencer par \u00e9carter de soi les choses pour devenir capable par la suite de s\u2019approcher d\u2019elles de fa\u00e7on plus \u00e9quitable et plus sereine, avec moins de familiarit\u00e9 et un recul respectueux, car on ne commen\u00e7ait \u00e0 comprendre la nature qu\u2019\u00e0 l\u2019instant o\u00f9 on ne la comprenait plus ; lorsqu\u2019on sentait qu\u2019elle \u00e9tait autre chose, cette r\u00e9alit\u00e9 qui ne prend pas part, qui n\u2019a point de sens pour nous percevoir, ce n\u2019est qu\u2019alors qu\u2019on \u00e9tait sorti d\u2019elle, solitaire, hors d\u2019un monde d\u00e9sert\u2026<\/em>\u00a0\u00bb Jardin trompeur, mirage, voile de conscience. Je voudrais que mes traces s\u2019effacent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 commencer par m\u2019\u00e9loigner. Sortir du jardin et marcher. Sur le bitume, le sable, le rocher. Marcher sans savoir sur quoi je marche, ce que je suis, ce que je veux. Marcher sans marcher, sans courir, sans avancer le pied ni l\u2019autre. M\u2019\u00e9loigner de moi. Ne plus laisser de traces.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 commencer par caresser le monde. Le sentir sous ses doigts, comprendre sa palpitation, sentir son souffle. Puis enlever les doigts et le sentir toujours. Ne plus r\u00e9fl\u00e9chir et comprendre encore. Ne plus rien sentir. Ne plus \u00eatre. Mes mots s\u2019effacent \u00e0 leur tour. Ne plus \u00e9crire.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 commencer par un pas, puis deux, puis trois. Trois pas seulement depuis le palier de la porte et d\u00e9j\u00e0 la poussi\u00e8re de terre m\u2019appelle de ce cri qui r\u00e9sonne sourd. Des aiguilles de pins tapissent le chemin, l\u2019air s\u2019\u00e9chappe d\u2019un \u00e9t\u00e9 finissant, odeur de s\u00e8ve, de thym, d\u2019automne. 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