{"id":171196,"date":"2024-09-18T14:30:28","date_gmt":"2024-09-18T12:30:28","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=171196"},"modified":"2024-09-18T17:04:37","modified_gmt":"2024-09-18T15:04:37","slug":"ecopoetique1-enfin-les-mains-dans-la-terre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ecopoetique1-enfin-les-mains-dans-la-terre\/","title":{"rendered":"#\u00e9copo\u00e9tique #01 | enfin, les mains dans la terre"},"content":{"rendered":"\n<p>J\u2019ai les mains dans la terre enfin, pourtant, je n\u2019y connais rien, mais je farfouille. Je me sens autoris\u00e9 par ceux qui m\u2019ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9. On m\u2019a racont\u00e9 avec quelle agilit\u00e9 ma grand-m\u00e8re descendait cette pente-l\u00e0 pour aller cultiver, r\u00e9colter. Les mains terre \u00e0 terre, je d\u00e9couvre des esp\u00e8ces jusqu\u2019alors inconnues par moi. Une chenille toute poilue, une grenouille argent\u00e9e\u00a0; les cafards, les rats, les moustiques, des fourmis de deux centim\u00e8tres de long, \u00e7a je connaissais d\u00e9j\u00e0. \u00c7a me gratte parce que j\u2019y pense ou parce qu\u2019elles m\u2019ont bien eu\u00a0? Si \u00e7a se trouve, je m\u2019habituerai \u00e0 me faire picorer\u00a0: une sorte de laissez-passer compl\u00e8tement biais\u00e9. J\u2019arrache les herbes avec fr\u00e9n\u00e9sie. Elles se sont infiltr\u00e9es dans la terrasse qui soutient la maison. Il y a m\u00eame un morceau qui commence \u00e0 avoir sa dose. Je ne suis pas devin, je ne sais pas quand il s\u2019effondrera ni m\u00eame si \u00e7a fera du bruit. Toujours est-il qu&rsquo;il y a bien une tranch\u00e9e, elle est visible m\u00eame si de nombreux pieds, les miens y compris passent au-dessus avec dans la t\u00eate cette ritournelle ponctu\u00e9e par un \u00ab\u00a0pour l&rsquo;instant, \u00e7a va\u00a0\u00bb. \u00a0\u00c7a fera peut-\u00eatre crack et plus loin badaboum alors que je serais sur le terrain en train de planter, de r\u00e9colter. Vu la forme de la pi\u00e8ce qui se d\u00e9gagerait, \u00e7a ne devrait pas rouler, juste aplatir, ne laisser aucune chance, avec un bruit sourd, tout doux. La nature est espi\u00e8gle et si patiente.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019image que c&rsquo;est comme si \u00e7a tombait du ciel quand on r\u00e9colte. Je veux r\u00eaver que je parviendrai bien \u00e0 faire pousser un petit quelque chose. Je ne sais pas si \u00e7a fait du bruit quand \u00e7a pousse une plante, un l\u00e9gume, m\u00eame quelque chose d&rsquo;infime, mais pas un murmure, parce qu&rsquo;il parait que les plantes ne parlent pas, qu&rsquo;elles ne bavardent pas, qu\u2019elles n\u2019ont rien \u00e0 dire ou alors, c&rsquo;est le contraire, elles n&rsquo;arr\u00eatent pas du soir au matin. Quelquefois, c\u2019est compulsif, elles s&rsquo;esclaffent, piaffent surtout pendant la nuit avec les grillons. C&rsquo;est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que les herbes, les plantes \u00e9changent le plus de secrets, des choses que nous n&rsquo;avons pas \u00e0 conna\u00eetre, des choses qui nous d\u00e9passent. C&rsquo;est mieux quand \u00e7a nous d\u00e9passe. \u00c7a pourrait faire une bonne surprise ou une mauvaise pour nous. Je ne sais m\u00eame pas ce que je planterai. Il faut que je plante juste parce que j\u2019arrache presque en dansant. C\u2019est ma premi\u00e8re fois, je peux bien r\u00eaver. Je n&rsquo;ai pas d&rsquo;excuses, avec ses montagnes au loin, la petite for\u00eat en bas du terrain et la nuit dont j\u2019arrive \u00e0 me souvenir le jour. C\u2019est parce que madame est tellement majestueuse. Ici, la nuit, c\u2019est comme un coup de foudre. \u00c0 la contempler, je me demande si je ne suis pas moi-m\u00eame un songe, ou un trait d&rsquo;humour qui dure. La nuit, tout \u00e0 l\u2019air si parfait qu\u2019on h\u00e9site \u00e0 regarder les choses en face, on pourrait se perdre&nbsp;: comprendre l&rsquo;indicible.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour l&rsquo;instant, tout ce que je sais, c\u2019est qu\u2019\u00e0 chaque fois que je mets les pieds dans le jardin en pente de la section d\u2019Acomat, les hautes herbes m\u2019attendent, elles me disent qu\u2019elles me pardonnent d\u2019avance pour mon ignorance et le plaisir que je prends, mains nues, \u00e0 les terrasser \u00e0 coup de coutelas mal aiguis\u00e9, \u00e0 coup de griffes non exerc\u00e9 et avec un mouvement si ridicule du bassin qu&rsquo;elles se couchent de rire parce que c&rsquo;est justement \u00e0 mourir de&#8230; Il faut voir les mains, les pieds des gens du pays, les miennes ont encore une fois \u00e9t\u00e9 rappel\u00e9es \u00e0 l\u2019ordre \u00e0 coup de cloques et de coupures. N\u2019est-ce pas justice\u00a0? J\u2019aurais d\u00fb savoir qu\u2019il fallait apprendre la langue des herbes et des plantes sauvages. Il y en a qui soignent, tout de m\u00eame, d\u2019autres qui punissent. N\u2019est-ce pas justice\u00a0? Leur passer devant sans m\u00eame les saluer. Un simple\u00a0: tu vas bien\u00a0? \u00c7a fait toujours plaisir. Les pieds dans la terre, la t\u00eate aux seules heures o\u00f9 le soleil te donne le feu vert. Les mains qui serrent, qui ponctionnent et poussent c\u2019est comme chanter. Il y a ce temps d\u2019inspiration o\u00f9 les gestes sont harmonieux, o\u00f9 la colonne d\u2019air, le palais, la langue, les \u00e9motions, l\u2019\u00e2me ne font que copier la nature. On se sent comme emport\u00e9 par cette mission pas si \u00e9vidente pourtant, mais sous le vent quand m\u00eame. \u00c0 coup de tas, le jardin finit par avoir un trou dans la t\u00eate, une raie. Ce n\u2019est pas encore tr\u00e8s beau, je le conc\u00e8de, \u00e7a n\u2019a pas encore de sens. Voil\u00e0 qu\u2019une question mutine se pointe et balance un pourquoi\u00a0? Il r\u00e9sonne avec une insolence.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u2019enfin, il y a eu un temps o\u00f9 c\u2019est une branche qui s\u2019\u00e9tait \u00e9tendue jusqu\u2019\u00e0 la case. Les rats, m\u2019a-t-on dit, en profitaient pour d\u00e9barquer dans la case pour une surprise partie. On me l\u2019a dit, mais je ne l\u2019ai pas vu. Je ne sais pas si je classerai cette d\u00e9claration au rayon des rumeurs, mais c\u2019est visuel. La branche, les rats et hop, dans la case. Cette ancienne b\u00e2tisse faite main qui depuis a \u00e9t\u00e9 agrandie et qui tr\u00f4ne l\u00e0 o\u00f9 des g\u00e9n\u00e9rations se sont succ\u00e9d\u00e9. Bah la branche on a d\u00fb la tron\u00e7onner alors la terrasse elle peut bien tomber, ce ne sera que justice pour une colonie de raisons. En attendant l\u2019in\u00e9vitable, je voudrais juste planter quelque chose, mais pour l&rsquo;instant, moi le marmot qui gesticule, j&rsquo;arrache. Planter, r\u00e9colter, ce n&rsquo;est encore juste qu&rsquo;un r\u00eave ou une illusion.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J\u2019ai les mains dans la terre enfin, pourtant, je n\u2019y connais rien, mais je farfouille. Je me sens autoris\u00e9 par ceux qui m\u2019ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9. On m\u2019a racont\u00e9 avec quelle agilit\u00e9 ma grand-m\u00e8re descendait cette pente-l\u00e0 pour aller cultiver, r\u00e9colter. Les mains terre \u00e0 terre, je d\u00e9couvre des esp\u00e8ces jusqu\u2019alors inconnues par moi. 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