{"id":171205,"date":"2024-09-18T19:32:35","date_gmt":"2024-09-18T17:32:35","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=171205"},"modified":"2024-09-19T09:29:11","modified_gmt":"2024-09-19T07:29:11","slug":"03-vers-une-ecopetique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/03-vers-une-ecopetique\/","title":{"rendered":"#\u00e9copo\u00e9tique #03  | Un jardin"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">car il faut le dire, si c\u2019\u00e9tait un jardin st\u00e9rilis\u00e9, couvert de tonnes de graviers neutralisant la pousse&nbsp; des herbes dites mauvaises et donc \u00e9vitant tout travail d\u2019entretien \u00e0 l\u2019ancienne propri\u00e9taire, il avait de grands arbres&nbsp;: deux hauts cypr\u00e8s bleus de Californie, un n\u00e9flier, deux pins quasi parasols, un olivier dans la force de l\u2019\u00e2ge. Tr\u00e8s vite il a fallu couper les pins plant\u00e9s en bordure dans un rien de terre et qui se balan\u00e7aient avec grande amplitude chaque jour de mistral. Ils risquaient de d\u00e9truire le jacuzzi du voisin. \u00c0 l\u2019instant o\u00f9 la premi\u00e8re tron\u00e7onneuse a entam\u00e9 le premier tronc, elle est all\u00e9e vomir de douleur, en maudissant les voisins les jacuzzis les lotissements les bordures et toute la vie en parcelles ainsi que la sienne, venue se poursuivre ici dans quatre cents m\u00e8tres carr\u00e9s de terrain entour\u00e9s de grillage et de haies, repr\u00e9sentatifs de sa classe sociale et sans relation aucune avec son go\u00fbt pour les for\u00eats. Puis elle fit couper le n\u00e9flier qui \u00e9tait laid car malade, ne pensant que dix ans apr\u00e8s qu\u2019elle aurait d\u00fb le soigner.&nbsp; Les hauts cypr\u00e8s de Californie, le long de la palissade s\u00e9parant les jardins, se sont peu \u00e0 peu dess\u00e9ch\u00e9s victimes de vieillesse et de canicules, eux aussi plant\u00e9s dans un rien de terre en bordure d\u2019une terrasse avec vue sur la colline et l\u2019\u00e9glise moyen\u00e2geuse de Saint Pancrace, terrasse dont ils avaient d\u00e9glingu\u00e9 les carreaux, normal pour des arbres. Il a fallu les abattre \u00e0 cause du feu toujours possible et de l\u2019obligation d\u2019avoir des haies d\u2019un m\u00e8tre quatre-vingt, toujours \u00e0 cause du feu. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 se trouvait un barbecue utilis\u00e9 m\u00eame l\u2019\u00e9t\u00e9. La vieillesse et la mort naturelle des hauts cypr\u00e8s bleus de Californie n\u2019\u00e9taient pas n\u00e9gociable, la paix devant primer sur la nature, sur l\u2019odeur d\u2019agneau grill\u00e9 chaque dimanche alors que d\u00e9j\u00e0 durant la semaine elle suivait en voiture les camions d\u2019agneaux de Sisteron en route vers l\u2019abattoir, avec leur forte odeur de stress animal. Comme quoi on n\u2019isole pas le week-end de la semaine parce qu\u2019on a d\u00e9cid\u00e9 de rester tranquille dans sa parcelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vint le temps d\u2019enlever les graviers afin de laisser respirer le sol, recouvert sous ceux-ci d\u2019un tapis de feutre-plastifi\u00e9, sac par sac, carr\u00e9 par carr\u00e9, muscle par muscle, caillou par caillou. Parfois enfin on creusait pour planter un arbuste, retirant de la terre claire exsangue morte et s\u00e8che des bouts de bouteilles de plastique, des bouts de verre et des blocs de b\u00e9ton&nbsp;: le sous-sol du jardin \u00e9tait un remblai, c\u2019est-\u00e0-dire en langage du d\u00e9but des ann\u00e9es quatre-vingt une poubelle. Des graines et plantes sauvages furent r\u00e9colt\u00e9es et apport\u00e9es en toutes saisons&nbsp;: menthe, thym, sarriette, fenouil, pens\u00e9es sauvages, pervenches, coquelicot, pissenlit, buis, chicor\u00e9e, belles de nuit, certaines \u00e0 nouveau arrach\u00e9es quelques ann\u00e9es apr\u00e8s car ayant trop pris leurs aises. Un petit figuier d\u00e9couvert le long de la palissade fut replant\u00e9 au centre du jardin, un deuxi\u00e8me olivier vint tenir compagnie au premier, bient\u00f4t on parlait d\u2019un petit potager avec ses bases persistantes&nbsp;: oseille, estragon, roquette, marjolaine, fraises, \u0153illets d\u2019Inde, pavot de Californie, arroches, au milieu desquelles poussent en vrac selon les plans trouv\u00e9s au march\u00e9, la joie de vivre du jardinier et donc l\u2019\u00e9nergie vitale du jour, ainsi que la r\u00e9sistance du v\u00e9g\u00e9tal \u00e0 l\u2019absence de pluie: salades haricots g\u00e9ants volubilis tomates basilic blettes poireaux m\u00e2che c\u00e9leri \u00e9pinards-nains et si chance radis. Le jardin reste \u00e0 chaque printemps un id\u00e9al couvert de fleurs et de fruits auquel le r\u00e9el vient r\u00e9guli\u00e8rement apporter sa touche d\u2019impr\u00e9visible&nbsp;: pluies rouges de sirocco, canicules, sauterelles g\u00e9antes, punaises, p\u00e9gomyie, vers, gr\u00eale, pourriture grise, carpocapses, mildiou, taches noires, cochenilles, pyrales et autres non nomm\u00e9s, que le jardinier n\u2019a, pour son bonheur et sa survie de jardinier, toujours pas engrang\u00e9s dans son imaginaire du jardin. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Reste un cercle \u00e9tonnant, dessin\u00e9 au milieu d&rsquo;une vieille terrasse par les lauzes fendues. On n&rsquo;explore pas, on laisse : un puits ? une arriv\u00e9e du tunnel li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ancienne prison ? rien ?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>car il faut le dire, si c\u2019\u00e9tait un jardin st\u00e9rilis\u00e9, couvert de tonnes de graviers neutralisant la pousse&nbsp; des herbes dites mauvaises et donc \u00e9vitant tout travail d\u2019entretien \u00e0 l\u2019ancienne propri\u00e9taire, il avait de grands arbres&nbsp;: deux hauts cypr\u00e8s bleus de Californie, un n\u00e9flier, deux pins quasi parasols, un olivier dans la force de l\u2019\u00e2ge. 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