{"id":171529,"date":"2024-09-25T10:46:06","date_gmt":"2024-09-25T08:46:06","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=171529"},"modified":"2024-09-25T15:15:43","modified_gmt":"2024-09-25T13:15:43","slug":"ecopoetique-03-le-jardin-de-ma-grand-mere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ecopoetique-03-le-jardin-de-ma-grand-mere\/","title":{"rendered":"#\u00e9copo\u00e9tique #03 | Le jardin de ma grand-m\u00e8re"},"content":{"rendered":"\n<p>A l&rsquo;origine, le jardin de ma grand-m\u00e8re, le jardin dont on faisait le tour \u00e0 chacune des visites ; pendant les vacances, c&rsquo;\u00e9tait plusieurs fois par semaine. Elle disait, hier j&rsquo;ai termin\u00e9 de b\u00eacher, demain je s\u00e8me les radis, va falloir que je desserre les salades. Oh tu as plant\u00e9 les tomates ! Oui c&rsquo;est la voisine qui m\u2019a donn\u00e9 les plants, tu sais celle, dont tous les mois je coupe les cheveux du mari, bient\u00f4t elle me donnera le pot de miel annuel. C&rsquo;est un peu comme du troc. On l&rsquo;\u00e9coutait avec attention, on regardait les l\u00e9gumes pousser, tiens l\u00e0 deux asperges qui pointent, on les ramassera ce soir. On regardait les fleurs s&rsquo;\u00e9panouir dans les massifs fleuris \u00e0 plusieurs endroits du potager ou le long des all\u00e9es. Au milieu, des soucis, des p\u00e2querettes, myosotis et pens\u00e9es, il y avait les dahlias. Majestueux, ils dominaient les massifs de plantes plut\u00f4t rampantes. Le dahlia, une fleur pass\u00e9e longtemps de mode, m\u00e9pris\u00e9e, la fleur du jardin populaire, que l\u2019on revoit aujourd&rsquo;hui dans des jardins prestigieux, appr\u00e9ci\u00e9s \u00e0 juste titre. Je me souviens de leurs couleurs \u00e9clatantes, des rouges, oranges, jaune vif, blanches et mes pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es les bicolores, bordeaux et blanc ou orang\u00e9 et rouge. Parfois on cueillait des bouquets, mais on pr\u00e9f\u00e9rait les voir s\u2019\u00e9panouir dans le jardin. Elles sont mieux en pleine-terre, elle disait.<\/p>\n\n\n\n<p>Au printemps, elle sortait les cactus et autres succulentes sur un petit muret de pierre au soleil une bonne partie de la journ\u00e9e ; le jardin prenait un petit air m\u00e9diterran\u00e9en et \u00e7a nous plaisait.<\/p>\n\n\n\n<p>A l&rsquo;entr\u00e9e du jardin, on \u00e9tait accueilli par un parterre fleuri, vrai patchwork fleuri qui avait gagn\u00e9 \u00e0 chaque visite quitte \u00e0 se d\u00e9velopper sur l&rsquo;all\u00e9e. Elle disait \u00e7a \u00e0 encore troch\u00e9 dans l\u2019all\u00e9e. \u00c7a pousse tout seul, je les arrose c\u2019est tout, d\u00e9sherbe un peu, mais ma terre est tellement bonne, je ma\u00eetrise plus rien. Mais c\u2019\u00e9tait ce qu&rsquo;on aimait dans son jardin, qu\u2019elle ne ma\u00eetrise pas, elle le savait. Les r\u00e9coltes \u00e9taient abondantes &#8211; carottes, pommes de terre, navets, choux, courges, haricots verts, petits pois, \u00e9pinards, blettes, oignons, cerfeuil, persil\u2026 &#8211; mais le jardin n&rsquo;\u00e9tait pas au carr\u00e9. Rien n&rsquo;\u00e9tait vraiment align\u00e9. Les lignes de haricots rejoignaient presque au loin les lignes de pommes de terre.<\/p>\n\n\n\n<p>On regardait la parcelle du jardin du voisin avec un certain m\u00e9pris. Tout \u00e9tait droit, align\u00e9, au carr\u00e9. Les lignes de culture \u00e9taient d\u2019un parall\u00e9lisme redoutable. Si on se mettait dans un angle, on lisait clairement les obliques. Elle, \u00e7a l\u2019\u00e9nervait autant de maniaquerie, \u00e0 quoi \u00e7a sert, les l\u00e9gumes n\u2019en sont pas meilleurs, elle disait.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous, de loin, on pr\u00e9f\u00e9rait le dessin du jardin de la grand-m\u00e8re qui lui ressemblait tellement, pas de temps \u00e0 perdre pour planter droit. Allez hop, faut que \u00e7a aille vite. Elle tra\u00e7ait une ligne \u00e0 la binette, sans s\u2019aider d\u2019un cordeau, ce serait trop long, se d\u00e9pla\u00e7ait ensuite le long de la ligne trac\u00e9e pour semer les graines.<\/p>\n\n\n\n<p>Derri\u00e8re le potager, il y avait les cassis et les m\u00fbres pour le sirop et la liqueur, les framboisiers pour les glaces. La rhubarbe pour les confitures, compotes et tartes. Puis le verger, les mirabelliers, pommiers, et les cerisiers, nous les enfants, on pr\u00e9f\u00e9rait les c\u0153urs, elle les montmorency, plus acides mais avec un go\u00fbt de cerises plus prononc\u00e9, elle disait. Elle les faisait vieillir dans de l\u2019alcool, \u00e0 la fin des repas de f\u00eate elle sortait le bocal, la petite louche et les verres \u00e9vas\u00e9s et demandait, des cerises dans la liqueur, pour qui ?<\/p>\n\n\n\n<p>Plus loin, il y avait une petite parcelle en prairie. A la mort du grand-p\u00e8re, c&rsquo;est elle qui fauchait. Je la revoie avec la pierre de remoulage aff\u00fbter la lame, puis d\u2019un geste ample et assur\u00e9 faucher l\u2018herbe. Elle servirait une fois s\u00e8che aux clapiers des lapins. Derri\u00e8re les clapiers, le poulailler avec les poules naines, o\u00f9 on allait ramasser les \u0153ufs nains.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces souvenirs toujours je les garderai en m\u00e9moire m\u00eame s\u2019ils datent des ann\u00e9es 70\/80 du si\u00e8cle dernier, et je poursuivrai l\u2019\u00e9criture du portrait de la grand-m\u00e8re po\u00e8te de la terre et du jardin.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A l&rsquo;origine, le jardin de ma grand-m\u00e8re, le jardin dont on faisait le tour \u00e0 chacune des visites ; pendant les vacances, c&rsquo;\u00e9tait plusieurs fois par semaine. Elle disait, hier j&rsquo;ai termin\u00e9 de b\u00eacher, demain je s\u00e8me les radis, va falloir que je desserre les salades. Oh tu as plant\u00e9 les tomates ! 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