{"id":171669,"date":"2024-09-29T17:36:03","date_gmt":"2024-09-29T15:36:03","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=171669"},"modified":"2024-09-29T17:36:04","modified_gmt":"2024-09-29T15:36:04","slug":"ecopoetique-05-habiter-linhabitable","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ecopoetique-05-habiter-linhabitable\/","title":{"rendered":"#ecopo\u00e9tique #05 | habiter l&rsquo;inhabitable"},"content":{"rendered":"\n<p>Je traverse des chambres d\u2019h\u00f4tel, des lieux \u00e9pars o\u00f9 chaque d\u00e9tail semble s\u2019effacer d\u00e8s que je m\u2019en \u00e9loigne. Les murs sont jaunis, les meubles fatigu\u00e9s, et les draps, souvent humides, exhalent cette odeur particuli\u00e8re de moisi m\u00eal\u00e9 \u00e0 un parfum anonyme. Barb\u00e8s, Ch\u00e2teau Rouge, La Goutte d\u2019Or&#8230; Des noms qui r\u00e9sonnent comme des promesses de marge, des endroits o\u00f9 personne ne choisit vraiment de s\u2019attarder. On y passe, comme en transit, en suspension, toujours avec l\u2019impression d\u2019\u00eatre \u00e9tranger \u00e0 ces lieux.<\/p>\n\n\n\n<p>Et pourtant, \u00e0 force de revenir, quelque chose change. L\u2019habitude s\u2019installe. Je reconnais les craquements du sol, la lumi\u00e8re qui entre par la fen\u00eatre \u00e0 certaines heures, les bruits de la rue qui, au fil du temps, deviennent moins agressifs. Ce qui d\u2019abord m\u2019a paru inhabitable, ces espaces o\u00f9 je ne voyais que le passage \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, se m\u00e9tamorphose lentement. La r\u00e9p\u00e9tition transforme le quotidien. Chaque retour dans ces chambres me fait sentir une \u00e9trange familiarit\u00e9. L\u2019inhabituel devient presque un cadre de vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des moments suspendus. Une lumi\u00e8re douce, un silence rare au petit matin, parfois m\u00eame la lueur d\u2019un instant de calme, comme un refuge improbable au c\u0153ur du chaos ext\u00e9rieur. Ces chambres d\u2019h\u00f4tel, que je pensais ha\u00efr, deviennent, l\u2019espace de quelques secondes, des abris. Des lieux o\u00f9 je parviens \u00e0 trouver un fragile \u00e9quilibre, o\u00f9 des souvenirs s\u2019ancrent presque malgr\u00e9 moi.<\/p>\n\n\n\n<p>Habiter l\u2019inhabitable, c\u2019est cela, finalement. C\u2019est laisser le temps faire son \u0153uvre, s\u2019accrocher \u00e0 ce qu\u2019il reste de familier dans l\u2019\u00e9tranget\u00e9, apprivoiser l\u2019inconfort jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il devienne acceptable. Peu \u00e0 peu, on ne voit plus seulement les murs \u00e9caill\u00e9s ou la grisaille de la ville \u00e0 travers les rideaux fins. On trouve dans ces lieux une forme de chaleur, un souvenir qui r\u00e9chauffe, un d\u00e9tail qui attendrit. C\u2019est l\u2019habitude, ce long travail imperceptible, qui finit par rendre beau ce qui semblait, au d\u00e9part, hostile.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ces espaces, je m\u2019invente des moments de beaut\u00e9, malgr\u00e9 tout. Des fragments de vie, de lumi\u00e8re, que je garde en m\u00e9moire, comme un fil qui relie ces chambres et ces quartiers \u00e0 quelque chose de plus vaste.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis, \u00e0 mesure que les souvenirs remontent, un doute s\u2019installe. Cette capacit\u00e9 \u00e0 transformer l\u2019inhabitable, cette imagination dont j\u2019ai us\u00e9 sans m\u00eame m\u2019en rendre compte, n\u2019\u00e9tait-elle pas finalement une forme de survie\u202f&nbsp;? \u00c0 l\u2019\u00e9poque, il fallait bien trouver un moyen de supporter l\u2019inconfort, d\u2019adoucir les angles trop durs de ces lieux que rien ne rendait accueillants. Mon esprit vagabondait, enjolivait le quotidien, transformait la laideur en un cadre presque familier. Mais aujourd\u2019hui, avec les ann\u00e9es qui se sont accumul\u00e9es, je m\u2019interroge.<\/p>\n\n\n\n<p>Si je devais revenir dans ces m\u00eames chambres d\u2019h\u00f4tel, ces quartiers en marge, retrouver ces espaces qui m\u2019ont un jour contraint \u00e0 l\u2019inventivit\u00e9, en serais-je encore capable\u202f&nbsp;? Est-ce que ce pouvoir d\u2019imagination, qui m\u2019a permis de survivre, m\u2019habite toujours\u202f&nbsp;? Je doute. Peut-\u00eatre que l\u2019\u00e2ge a \u00e9mouss\u00e9 cette capacit\u00e9 \u00e0 rendre beau ce qui est brut. Peut-\u00eatre que l\u2019\u00e9tranget\u00e9, autrefois apprivois\u00e9e, serait aujourd\u2019hui insurmontable. Je ne sais pas comment je r\u00e9agirais face \u00e0 ces lieux que je croyais ma\u00eetriser. L\u2019inhabitable, cette fois, le resterait-il\u202f&nbsp;?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je traverse des chambres d\u2019h\u00f4tel, des lieux \u00e9pars o\u00f9 chaque d\u00e9tail semble s\u2019effacer d\u00e8s que je m\u2019en \u00e9loigne. Les murs sont jaunis, les meubles fatigu\u00e9s, et les draps, souvent humides, exhalent cette odeur particuli\u00e8re de moisi m\u00eal\u00e9 \u00e0 un parfum anonyme. 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