{"id":171956,"date":"2024-10-05T11:09:06","date_gmt":"2024-10-05T09:09:06","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=171956"},"modified":"2024-10-05T19:23:26","modified_gmt":"2024-10-05T17:23:26","slug":"vers-une-ecopoetique05-un-bout-de-boulevard","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/vers-une-ecopoetique05-un-bout-de-boulevard\/","title":{"rendered":"#\u00e9copo\u00e9tique #05 | Un bout de boulevard"},"content":{"rendered":"\n<p>Les derniers cent m\u00e8tres de l\u2019Avenue des Quatre Reines se nomment Boulevard Bouche. La ville \u00e9tant petite, sans doute fallut-il un jour honorer \u00e0 la fois les reines<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a> et le d\u00e9put\u00e9 de 1789, n\u00e9s ici, et faute de grandes art\u00e8res leur partager une avenue, cette cohabitation ne devant gu\u00e8re g\u00eaner leurs restes illustres malgr\u00e9 des positions politiques \u00e0 priori oppos\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 droite de ce minuscule boulevard, entre une petite tour EDF avec risque mentionn\u00e9 d\u2019\u00e9lectrocution et le stop du bout du boulevard, se trouvent cinq portes successives s\u2019ouvrant dans d\u2019anciens portails, sans noms, sans sonnette, sans couleurs. Les portes sont en PVC gris, ou en m\u00e9tal rouill\u00e9 comme c\u2019est la mode depuis les ann\u00e9es quatre-vingt-dix en art et depuis les ann\u00e9es deux mille en rempart de propri\u00e9t\u00e9. Au-dessus des anciens portails il subsiste des vitres verticales scell\u00e9es dans des montant de m\u00e9tal, \u00e0 la mani\u00e8re de vieilles v\u00e9randas. Les murs sont enduits de ciment clair liss\u00e9 \u00e0 la taloche. Il y a des fen\u00eatres en ras de toiture, rectangulaires, au travers desquelles on distingue un bureau une lampe parfois le torse et les jambes d\u2019une silhouette assise. On sait que ce sont des ateliers d\u2019artistes, on ne connait pas les artistes. Parfois une porte ouverte laisse voir une installation en fer dans un hall ou hangar, lequel est toujours au trois quarts vide avec sa dalle de ciment balay\u00e9e.<br>J\u2019ai remarqu\u00e9 depuis quelques ann\u00e9es un fourgon bicolore contenant un matelas recouvert d\u2019un tas de couvertures, stationnant devant les ateliers, fourgon que je retrouve l\u2019\u00e9t\u00e9 au-dessus du barrage o\u00f9 nous allons nous baigner, fourgon occup\u00e9 par un baigneur bon nageur puisqu\u2019il traverse le lac, toujours seul, obstin\u00e9ment taiseux. Un artiste\u00a0?<\/p>\n\n\n\n<p>Un jour que la cinqui\u00e8me porte, en PVC gris avec une grosse poign\u00e9e de plastique, \u00e9tait ouverte sur ce qui manifestement est un petit bar, deux tabourets hauts, un comptoir en inox derri\u00e8re lequel une machine \u00e0 caf\u00e9 et des rang\u00e9es de bouteilles, je me suis permis de frapper. Un chauve jovial m\u2019a accueillie, et r\u00e9pondant \u00e0 mes questions ne m\u2019a pas offert ni vendu un caf\u00e9. Le bar est priv\u00e9 et donne sur une petite salle de th\u00e9\u00e2tre noire, si\u00e8ges noirs, estrade noire, moquette grise. Un th\u00e9\u00e2tre de quarante places, dans mon quartier. \u00a0Comment faire pour devenir spectateur\u00a0? Tr\u00e8s peu de chances, pas assez de places. D\u2019abord adh\u00e9rer, j\u2019ai vivement sorti mes deux euros et propos\u00e9 de laisser mon adresse mail, mon adresse postale, mon t\u00e9l\u00e9phone, habitant deux rues plus loin. Malgr\u00e9 mon meilleur sourire, j\u2019ai senti que je n\u2019en \u00e9tais pas, de cette soci\u00e9t\u00e9 de spectateurs-l\u00e0, de ce petit bar-l\u00e0, o\u00f9 volontiers avec les quarante invit\u00e9s j\u2019aurais pass\u00e9 une soir\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce bout du boulevard Bouche, nous l\u2019appelons toujours \u00ab\u00a0les anciens pompiers\u00a0\u00bb faute d\u2019une nouvelle nomination. En effet il y a peu, les cinq hangars \u00e9taient toujours ouverts sur les camions rouges, \u00e0 tuyaux enroul\u00e9s, \u00e0 large haillon pour les brancards, \u00e0 volet roulant sur mat\u00e9riel de d\u00e9sincarc\u00e9ration. La rue \u00e9tait toujours mouill\u00e9e par le nettoyage des camions apr\u00e8s les missions, les hommes discutaient avec les passants, les m\u00e9caniciens agriculteurs infirmiers postier ramoneur habill\u00e9s de cuir et rigolards au moment des pauses. Les gosses commentaient les v\u00e9hicules et l\u2019occupation des garages, accroch\u00e9s au bout d\u2019une main motiv\u00e9e pour s\u2019arr\u00eater, regarder, commenter. Soudain il y avait activit\u00e9, claquage de porti\u00e8res, hommes casqu\u00e9s press\u00e9s, sir\u00e8nes si le stop \u00e0 cent m\u00e8tres \u00e9tait encombr\u00e9. On essayait de deviner en regardant les garages vides laiss\u00e9s ouverts et les garages ferm\u00e9s\u00a0: quel camion quelle mission, quelle urgence\u00a0? Et toujours int\u00e9rieurement le petit \u00ab\u00a0bonne chance\u00a0\u00bb pour la personne qui serait dans le camion ambulance.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Les quatre reines \u00e9taient les filles du comte Raymond B\u00e9renger V de Barcelone et de B\u00e9atrice de Savoie. Elles v\u00e9curent au XIIe si\u00e8cle. Marguerite \u00e9pousa Saint Louis, El\u00e9onore \u00e9pousa Henri III d\u2019Angleterre, Sancie \u00e9pousa le comte de Cornouailles qui devint roi des Romains et empereur d\u2019Allemagne, B\u00e9atrix \u00e9pousa Charles 1<sup>er<\/sup> d\u2019Anjou qui devint roi de Naples et de Sicile. Cette configuration de famille est contest\u00e9e par certains historiens.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les derniers cent m\u00e8tres de l\u2019Avenue des Quatre Reines se nomment Boulevard Bouche. La ville \u00e9tant petite, sans doute fallut-il un jour honorer \u00e0 la fois les reines[1] et le d\u00e9put\u00e9 de 1789, n\u00e9s ici, et faute de grandes art\u00e8res leur partager une avenue, cette cohabitation ne devant gu\u00e8re g\u00eaner leurs restes illustres malgr\u00e9 des positions politiques \u00e0 priori oppos\u00e9es. <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/vers-une-ecopoetique05-un-bout-de-boulevard\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#\u00e9copo\u00e9tique #05 | Un bout de boulevard<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":209,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[7028,6017],"tags":[288,7045,7044,1754],"class_list":["post-171956","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ecopoetique-05-joy-sorman-linhabitable","category-ecopoetique","tag-artiste","tag-garages","tag-hangars","tag-pompier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/171956","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/209"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=171956"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/171956\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":171976,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/171956\/revisions\/171976"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=171956"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=171956"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=171956"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}