{"id":172182,"date":"2024-10-08T19:19:37","date_gmt":"2024-10-08T17:19:37","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=172182"},"modified":"2024-10-08T19:19:56","modified_gmt":"2024-10-08T17:19:56","slug":"les-mardis-03-la-porte-et-le-strapontin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/les-mardis-03-la-porte-et-le-strapontin\/","title":{"rendered":"les mardis | #02 | La porte et le strapontin"},"content":{"rendered":"\n<p>Il \u00e9tait presque cinq heures, le ciel \u00e9tait tourment\u00e9, passant du gris fonc\u00e9 au rose, au bleu triste, \u00e0 peine quelques nuages s\u2019\u00e9tiraient bien haut. Il s\u2019\u00e9tait install\u00e9 sur le strapontin juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la porte. Les vitres sales donnaient au paysage un air de tableau dont le vernis s&rsquo;effritait, et les couleurs \u00e9taient pass\u00e9es. Une vue de la campagne toute en hauteur, parce que la porte, contrairement aux fen\u00eatres qui respectaient une alternance de larges rectangles et de carr\u00e9s, ne poss\u00e9dait qu\u2019une fen\u00eatre dans sa partie sup\u00e9rieure, tr\u00e8s \u00e9troite. Elle \u00e9tait rectangulaire, tout comme les plus grandes fen\u00eatres du couloir, d\u2019une largeur cependant qui contrariait la visibilit\u00e9 du d\u00e9cor. Les coins \u00e9taient arrondis, les bords, ceintur\u00e9s d\u2019une bande de m\u00e9tal, disons, de deux, presque trois centim\u00e8tres. Certainement impossible d\u2019imaginer, dans ces conditions, une romance champ\u00eatre, un r\u00e9cit de bataille ou la promenade solitaire d\u2019un berger. Tous les d\u00e9tails des images s\u2019\u00e9vaporaient dans l\u2019aube silencieuse et grave. Les portes des compartiments couchettes restaient closes. Les couloirs \u00e9taient vides, jonch\u00e9s de m\u00e9gots. Il serait le premier \u00e0 tourner la poign\u00e9e, qui \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e, \u00e0 neuf heures, ne serait pas encore br\u00fblante de la canicule. Il se leva pour l&#8217;empoigner. Elle \u00e9tait en effet froide, il l\u2019actionna pour entendre le cliquetis r\u00e9sonner doucement, \u00e0 peine audible. Tout \u00e0 coup, la porte du wagon, vert fonc\u00e9, lui parut immense car les rayons du soleil, qui se levait, transper\u00e7aient la vitre et l\u2019\u00e9blouissaient. Il s\u2019entra\u00eena \u00e0 r\u00e9sister aux \u00e9clats de lumi\u00e8re, \u00e0 regarder le soleil dans les yeux. Dans trois, quatre heures, il pourrait bondir, courir sur le quai, d\u00e9gourdir enfin ses jambes crisp\u00e9es par l\u2019attente, le doute, et parfois, m\u00eame le regret. La poign\u00e9e brillait, pourtant elle \u00e9tait ternie. Il essayait d\u2019y voir son visage, de distinguer sa chevelure ondul\u00e9e, ses yeux, de tirer la langue, mais n\u2019y distingua rien. M\u00eame la vitre refusait de lui renvoyer son image, les lumi\u00e8res du couloir \u00e9taient \u00e9teintes, emp\u00eachant tout reflet. Il caressa le m\u00e9tal vert, davantage par ennui que par curiosit\u00e9, dessina de ses doigts des figures g\u00e9om\u00e9triques, des lettres, des chiffres et enfin, se rassit pour chasser tout ce qui pouvait l\u2019emp\u00eacher de penser \u00e0 sa grande d\u00e9cision. \u00c9tait-il heureux de se retrouver seul, il ne savait plus. Le bruit d\u2019une porte d\u00e9tourna son attention, un homme venait de sortir de son compartiment couchette. Sans doute venait-il de s&rsquo;\u00e9veiller, il paraissait avoir froid, se frottait les mains autour d\u2019un thermos. Du caf\u00e9 ? Il s\u2019assit sur un strapontin comme s\u2019il voyait la campagne s\u2019illuminer, pourtant son regard restait vague. Il s\u2019aper\u00e7ut qu\u2019un jeune gar\u00e7on, treize, quatorze ans, dirait-on, \u00e9tait lui aussi sur un strapontin, juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la porte, les yeux fix\u00e9s tant\u00f4t sur la vitre, tant\u00f4t sur les inscriptions en italien, tant\u00f4t sur la poign\u00e9e. Il se versa une tasse de caf\u00e9, il \u00e9tait ti\u00e8de. Sortit deux morceaux de sucre de sa poche. Sans rien dire, il se dirigea vers la porte, et se posta devant cette vitre, qui, trop \u00e9troite, rendait les champs fades, et le vent dans les feuillages inutilement voluptueux. Chaque image chassait l\u2019autre, le mouvement des branches dans la lumi\u00e8re rasante \u00e9tait impossible \u00e0 saisir. Il se souvint du jeune homme qui semblait garder la porte, ou du moins qui semblait press\u00e9 de sortir. Le gamin ne leva m\u00eame pas les yeux vers lui. \u201cTu es seul ? \u201c<br><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il \u00e9tait presque cinq heures, le ciel \u00e9tait tourment\u00e9, passant du gris fonc\u00e9 au rose, au bleu triste, \u00e0 peine quelques nuages s\u2019\u00e9tiraient bien haut. Il s\u2019\u00e9tait install\u00e9 sur le strapontin juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la porte. Les vitres sales donnaient au paysage un air de tableau dont le vernis s&rsquo;effritait, et les couleurs \u00e9taient pass\u00e9es. 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