{"id":173147,"date":"2024-10-24T09:53:10","date_gmt":"2024-10-24T07:53:10","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=173147"},"modified":"2024-10-24T12:48:06","modified_gmt":"2024-10-24T10:48:06","slug":"ecopoetique08-huveaune","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ecopoetique08-huveaune\/","title":{"rendered":"#\u00e9copo\u00e9tique #08 |\u00a0Huveaune"},"content":{"rendered":"\n<p>Je suis un nouveau-n\u00e9. Je viens de na\u00eetre en goutte d\u2019eau et je vois mon premier rayon de soleil en jaillissant de la grotte de Castelette, l\u00e0 o\u00f9 l\u2019Huveaune sort des entrailles du plateau de la Sainte-Baume. Je pourrais \u00eatre une larme, mais je suis juste une goutte d\u2019eau claire parmi d\u2019autres gouttes d\u2019eau claire et j\u2019ai envie de chanter. Je fredonne sous la toise de l\u2019imposant massif, je danse entre les pierres, je virevolte dans les filets d\u2019eau qui jouent entre ombre et soleil. Je commence mon voyage.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019irai pas tr\u00e8s loin. Pas comme ces fleuves qui se chargent des mis\u00e8res humaines en grondant sur plusieurs centaines de kilom\u00e8tres, je n\u2019en aurai qu\u2019une cinquantaine \u00e0 couler pour rejoindre la grande \u00e9tendue d\u2019eau sal\u00e9e \u00e0 Marseille. Au d\u00e9but, ma vie sera paisible dans les eaux laiteuses ourl\u00e9es de travertin blanc. J\u2019irai de vasques en gours, sautillant sous les ruines de l\u2019oppidum de Sainte-Croix, croisant parfois le vestige d\u2019un vieux four \u00e0 bois dans le vallon de Mantelete ou ignorant les vieilles pierres d\u2019un moulin \u00e0 l\u2019abandon. Je m\u2019amuserai dans les Fauvouill\u00e8res comme un enfant joue \u00e0 cache-cache avec l\u2019insouciance de ma jeunesse dissoute dans les draps translucides de mon lit. Je deviendrai adolescent juste avant de traverser Saint-Zacharie, quand le Peryruis viendra gonfler le cours de mon fleuve. Je grandirai avant de rejoindre Auriol avec le ruisseau de la Gastaude puis celui des Barres. Je prendrai du muscle dans le Vallon des Encanaux avec la Vede, le Fauge et le ruisseau du Riou venant de Saucette. Le Merlan\u00e7on m\u2019offrira une belle stature \u00e0 Pont-de-Joux. Et quand j\u2019arriverai \u00e0 Aubagne, je serai ce jeune adulte aux \u00e9paules larges pr\u00eat \u00e0 d\u00e9vorer la vie et \u00e0 renverser les montagnes. Je me sentirai fort, mais c\u2019est l\u00e0 que je connaitrai mes premi\u00e8res blessures.<\/p>\n\n\n\n<p>Les poteries et les tuileries ne sont plus ce qu\u2019elles ont \u00e9t\u00e9, l\u2019eau ne m\u00ealera plus \u00e0 la terre ocre sauf pour quelques santons minuscules que les touristes ram\u00e8neront chez eux empaquet\u00e9s dans du papier de soie. Mais la ville aura grandi. Je serpenterai sous les ponts pi\u00e9tonniers, mais aussi sous les autoroutes surcharg\u00e9es de bolides press\u00e9s. Je serai souill\u00e9 des rejets cach\u00e9s des usines peu scrupuleuses m\u00eame si les canards de la Botte batifoleront avec moi. Les sacs en plastique coinc\u00e9s sous les joncs me surveilleront pendant que je glisserai vers le soleil couchant dans l\u2019arc-en-ciel d\u2019un filet d\u2019essence irisant la surface de l\u2019onde. Je guetterai les renforts des usines jadis polluantes de r\u00e9parations ferroviaires. Je traverserai La Penne dans la force de l\u2019\u00e2ge et j\u2019entrerai dans Marseille. En passant devant la terrasse ombrag\u00e9e du bar de la sid\u00e9rurgie \u00e0 Saint-Marcel, j\u2019entendrai le claquement des boules de p\u00e9tanque et la clameur qui l\u2019accompagne. Les ragondins me f\u00eateront en grande pompe \u00e0 Saint-Loup. Je sentirai la vibration du galop des chevaux en longeant l\u2019hippodrome de Pont-de-Vivaux. Mon lit r\u00e9tr\u00e9cira et mon c\u0153ur acc\u00e9l\u00e8rera, le d\u00e9bit tumultueux de la cit\u00e9 m\u2019emportera dans les buses souterraines, les tuyaux sombres, les \u00e9gouts sans lumi\u00e8re. Et d\u2019un coup, le Jarret me sautera \u00e0 la gorge. Surgissant du ventre de la ville, le flot m\u2019agressera et fera de moi un vieillard titubant. Je passerai, indolent, \u00e0 l\u2019ombre du grand stade de foot qui tiendra sa messe. Je me laisserai glisser le long des pelouses de Bor\u00e9ly parsem\u00e9es de roses et les rayons de soleil m\u2019apaiseront. Je sentirai alors le go\u00fbt du sel et, de saum\u00e2tre, je vivrai mes derniers instants avant de mourir au large du Prado dans la grande verte de la rade phoc\u00e9enne, invisible dans le grand tout entre C\u00f4te bleue et Pointe rouge.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Un jour prochain, je na\u00eetrai \u00e0 nouveau. Je suis une goutte d\u2019eau.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je suis un nouveau-n\u00e9. Je viens de na\u00eetre en goutte d\u2019eau et je vois mon premier rayon de soleil en jaillissant de la grotte de Castelette, l\u00e0 o\u00f9 l\u2019Huveaune sort des entrailles du plateau de la Sainte-Baume. 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