{"id":173245,"date":"2024-10-27T12:24:47","date_gmt":"2024-10-27T11:24:47","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=173245"},"modified":"2024-10-27T12:24:48","modified_gmt":"2024-10-27T11:24:48","slug":"ecopoetique-08-damont-en-aval","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ecopoetique-08-damont-en-aval\/","title":{"rendered":"#\u00e9copo\u00e9tique #08 | D&rsquo;amont en aval"},"content":{"rendered":"\n<p><br>Le regard humain oscille entre le haut et le bas, entre la rivi\u00e8re et le ciel o\u00f9 sont les vautours. Ils planent et de leur altitude ne doit se voir qu\u2019un trait sinueux ponctu\u00e9 de taches vertes, des points se d\u00e9pla\u00e7ant, circulant sur la route qui borde l\u2019eau vive, tranquille d\u2019avant p\u00e9riode de crue. C\u2019est de ce c\u00f4t\u00e9-ci du bassin versant de l\u2019Eygues, en amont, un peu avant et un peu apr\u00e8s le village escarp\u00e9 de Saint-May. L\u00e0, le lit s\u2019est creus\u00e9 entre les gorges, brisant la roche en surfaces caillouteuses, limons humides, parfois boueux, dispersions brunes en surface, mais rivi\u00e8re libre, saine, vivante. Quelques touristes s\u2019y arr\u00eatent, se baignent, se prom\u00e8nent, font des ricochets aux endroits o\u00f9 la surface se fait plus lisse. Par temps calme, la rivi\u00e8re est infiniment claire, d\u2019une grande transparence, deviendra opaque et sombre apr\u00e8s la pluie. D\u2019orages d\u00e9vers\u00e9s, la mont\u00e9e des eaux charrient min\u00e9raux et v\u00e9g\u00e9taux qui se red\u00e9posent plus loin, lib\u00e9rant de nouvelles voies de passage. De quoi remettre de l\u2019ordre dans les empilements de pierres, cr\u00e9ations de barrages, par jeu, sans penser \u00e0 mal, mais bloquant les alevins. Parfois, nous passons derri\u00e8re, d\u00e9pla\u00e7ons les <em>constructions<\/em> humaines, cr\u00e9ons des trou\u00e9es pour les poissons. Ce que la rivi\u00e8re fera t\u00f4t ou tard elle-m\u00eame, r\u00e9am\u00e9nageant son lit au fil des saisons et de ses affluents que je ne connais que par ou\u00ef-dire, Sauve, Rieu, Corian\u00e7on, Combe boutin, Moye, Draye\u2026 Hormis le Ravin du Ruinas, cet \u00e9trange cours d\u2019eau perch\u00e9 plus haut que le terrain environnant et qui appelle la randonn\u00e9e. L\u2019Eygues conna\u00eet-il ses bras-fr\u00e8res, ses nourrisseurs qui le font plus loin plus gros qu\u2019il n\u2019est \u00e0 Saint-May\u00a0? Ici il n\u2019est qu\u2019entrefilet bondissant alternant les zones de cascades, genre de spa naturel o\u00f9 j\u2019aime me laisser masser, et espaces de retenues, d\u2019eaux profondes en bordure des pitons rocheux des gorges, fa\u00e7on de piscine br\u00e8ve, \u00e0 contre-courant, o\u00f9 l\u2019on fait bien cinq brasses en restant sur place. Alentours, plantes autochtones poussent sur sol d\u00e9tritique et dans l\u2019anfractuosit\u00e9 des rochers. Nous laissons filer les morceaux de bois \u00e9chapp\u00e9s des arbres qui ploient au-dessus de l\u2019eau. En surplomb, les vautours volent, inspectent peut-\u00eatre. Je me demande comment et ce que voient les vautours. Il para\u00eet qu\u2019ils <em>disposent d&rsquo;une tr\u00e8s bonne acuit\u00e9 visuelle et seraient capables de rep\u00e9rer un objet de 30 cm depuis une hauteur de 3650 m<\/em>. Un champ de vision \u00e9largi pour voir bien au-del\u00e0. Ils peuvent longer l\u2019Eygues de leurs yeux binoculaires peut-\u00eatre jusqu\u2019\u00e0 Villeperdrix. La rivi\u00e8re court son chemin de rivi\u00e8re, 100 km depuis sa source jusqu\u2019au Rh\u00f4ne o\u00f9 elle se jette, et la route la suit de pr\u00e8s. En voiture, on la voit sur une premi\u00e8re partie de son trajet, Sahune, Curnier, les Pilles, Aubres et jusqu\u2019aux abords de Nyons. Toujours un peu de monde en saison estivale, visible depuis l\u2019habitacle. En contrebas les gens, pataugeant l\u00e0 o\u00f9 il y a moins de fond, se prom\u00e8nent sur les lacets qui se font et se d\u00e9font. C\u2019est ici que l\u2019effet torrentiel est en automne et en hiver le plus fort. La rivi\u00e8re devient son propre moyen de transport. Elle sort de son lit, d\u00e9place amoncellement de mati\u00e8re sur les berges recouvertes, d\u00e9p\u00f4ts de graviers apr\u00e8s la crue. Elle <em>divague,<\/em> espace agrandi, s\u2019\u00e9largit <em>en tresse.<\/em> De sinueuse, s\u2019\u00e9tale en m\u00e9andres. Apr\u00e8s Nyons, la rivi\u00e8re dispara\u00eet de la vue jusqu\u2019\u00e0 changer de nom, entre Dr\u00f4me et Vaucluse, devient l\u2019Aygues qu\u2019on pense assagie \u00e0 hauteur d\u2019Orange. Certains s\u2019y baignent encore vers Camaret, S\u00e9rignan, ou \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de ville, au lieu dit Pont de l\u2019Aygues, mais son innocuit\u00e9 est incertaine, et souvent son lit plus large est \u00e0 sec. Comment imaginer qu\u2019il s\u2019agit de la m\u00eame rivi\u00e8re amont et aval\u00a0?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le regard humain oscille entre le haut et le bas, entre la rivi\u00e8re et le ciel o\u00f9 sont les vautours. Ils planent et de leur altitude ne doit se voir qu\u2019un trait sinueux ponctu\u00e9 de taches vertes, des points se d\u00e9pla\u00e7ant, circulant sur la route qui borde l\u2019eau vive, tranquille d\u2019avant p\u00e9riode de crue. 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