{"id":173379,"date":"2024-11-05T00:22:57","date_gmt":"2024-11-04T23:22:57","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=173379"},"modified":"2024-11-05T00:55:26","modified_gmt":"2024-11-04T23:55:26","slug":"ecopoetique-06-aux-nuages-noirs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ecopoetique-06-aux-nuages-noirs\/","title":{"rendered":"#\u00e9copo\u00e9tique #06 | Aux nuages noirs"},"content":{"rendered":"\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le nuage noir.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La vague du nuage noir, j\u2019ai encore fait ce dr\u00f4le de r\u00eave.\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La vague du nuage noir, je sais pas ce que \u00e7a repr\u00e9sente, cette vague qui monte sur l\u2019horizon.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ce r\u00eave du nuage noir qui monte, qui monte, tendu sur tout l\u2019horizon, qui monte d\u2019autant mieux qu\u2019on se situe au sommet du coteau.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Une lame ce nuage noir, un rouleau qui s\u2019\u00e9tale sur le bleu du ciel, sur la lumi\u00e8re voil\u00e9e, sur la champagne, sur les vignes, sur la haie au bord du chemin, et pas un signe pour annoncer la force qui vient, qui monte.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La vague du nuage noir, j\u2019en r\u00eave comme \u00e7a de temps en temps, \u00e7a faisait longtemps, et c\u2019est comme si c\u2019\u00e9tait un nouveau r\u00eave, une autre vague qui monte, en nuance de noirs, surgie de l\u2019horizon, des coteaux, et moi, nous mais qui sont les autres\u00a0? sur le chemin, sur la cr\u00eate d\u2019un coteau le long d\u2019une haie.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ce r\u00eave du nuage noir, il monte d\u2019un r\u00eave \u00e0 l\u2019autre en fait, et toujours tout en nuances, la lame des rouleaux noirs fondant sur l\u2019horizon, absorbant les coteaux d\u2019ombre, effa\u00e7ant la lumi\u00e8re et le soleil, pesant de tout son acier d\u2019\u00e9tincelles frondeuses sur l\u2019air, aplati, plomb\u00e9, fondu, perlant sur nos tempes et ruisselant dans le creux de l\u2019\u00e9chine jusque dans les talons, et nous voil\u00e0 lest\u00e9s, incapables d\u2019avancer sur le chemin, bloqu\u00e9s sur la cr\u00eate, \u00e0 regarder, appareils en main pour immortaliser la chose, qui ma foi n\u2019a lieu que dans les r\u00eaves, cette vague noire qui roule sur le ciel referm\u00e9. \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ce souvenir du nuage noir qui monte, qui se dresse sur l\u2019horizon, ce ph\u00e9nom\u00e8ne surr\u00e9el propice aux r\u00eaves les plus fantastiquement r\u00e9alistes, tout le monde l\u2019a eu en m\u00eame temps que moi, ce jour de marche gourmande semi-nocturne, et il faisait encore grand-jour, et il a \u00e9t\u00e9 vite balay\u00e9, vite pli\u00e9, et pas un signe pour annoncer la force de la nuit avanc\u00e9e, ou alors ces \u00e9tincelles furtives qui embrasaient toute la masse noire comme un big bang sourd, muet, et on en restait bouche b\u00e9e au fond, plant\u00e9 l\u00e0 au milieu du chemin, au milieu du parcours, et comme elle \u00e9tait loin la fin, comme elle \u00e9tait longue la distance \u00e0 parcourir, \u00e0 courir dans cette nuit referm\u00e9e sur le jour, en rafales cinglantes sous la pluie.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Et la salle des f\u00eates, je me retrouve \u00e0 l\u2019entr\u00e9e, au bord de la route, les gens arrivent en courant, la t\u00eate dans les \u00e9paules, cach\u00e9e sous une capuche, recroquevill\u00e9e sous un coupe-vent, une veste, la casquette d\u00e9tremp\u00e9e, un parapluie d\u00e9glingu\u00e9, je fais la circulation, j\u2019arr\u00eate les voitures d\u2019un c\u00f4t\u00e9, de l\u2019autre, qui arrivent pleins phares, les essuie-glaces battants, et la b\u00e9taill\u00e8re de Seb qui descend de la route du bourg, de l\u2019\u00e9glise, le moteur hurle et les freins silent, la porte claque, et une vingtaine de personnes, peut-\u00eatre trente, cinquante, sortent, courent vers la salle des f\u00eates, la file des v\u00e9hicules \u00e0 l\u2019arr\u00eat s\u2019est allong\u00e9e, des dizaines de chaque c\u00f4t\u00e9, \u00e7a klaxonne, tout le monde klaxonne mais t\u2019entends pas, rien, avec le grondement de la pluie noire, le rouleau de la vague qui se referme encore une fois et d\u00e9lave au noir l\u2019\u00e9glise, le bourg, les routes et les v\u00e9hicules, et la salle des f\u00eates, et tu restes l\u00e0, au bord des phares, \u00e0 gueuler, gueuler, et gueuler sans bruit. \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il y avait un petit gar\u00e7on comme \u00e7a, aussi, les jours de pluie, les jours d\u2019orage, quand \u00e7a montait au premier coup de vent \u00e0 faire claquer les volets, la pi\u00e8ce devenue d\u2019un coup sombre, de grosses gouttes \u00e9parses cognant aux vitres, \u00e0 la v\u00e9randa, je me rappelle comment il sortait et courait sur la route, d\u2019un pas entrav\u00e9 avec des bottes trop grandes, ou le paletot flottant du grand-p\u00e8re sur le dos et il enfourchait son v\u00e9lo, parfois un parapluie en main, une pile \u00e9lectrique bien p\u00e2le, il montait comme \u00e7a au sommet de la colline o\u00f9 se trouvait un arbre pour, l\u00e0, sous le feuillage \u00e9branl\u00e9, crier, crier \u00e0 la n\u00e9buleuse noire dress\u00e9e, en se d\u00e9battant, en bataillant, les \u00e9clairs z\u00e9brant le ciel, criant <em>Viens\u00a0! viens\u00a0! tu crois quoi, je t\u2019attends\u00a0! viens\u00a0! viens si t\u2019es un homme\u00a0!<\/em> et sur la figure de la pluie et des feuilles.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le nuage noir.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La vague du nuage noir, j\u2019ai encore fait ce dr\u00f4le de r\u00eave.\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La vague du nuage noir, je sais pas ce que \u00e7a repr\u00e9sente, cette vague qui monte sur l\u2019horizon.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ce r\u00eave du nuage noir qui monte, qui monte, tendu sur 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