{"id":173457,"date":"2024-11-07T09:20:10","date_gmt":"2024-11-07T08:20:10","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=173457"},"modified":"2024-11-10T07:28:15","modified_gmt":"2024-11-10T06:28:15","slug":"ecopoetique-09-remembrance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ecopoetique-09-remembrance\/","title":{"rendered":"#\u00e9copo\u00e9tique #09 | remembrance"},"content":{"rendered":"<p>La cage noire d\u2019un th\u00e9\u00e2tre fut longtemps mon centre du monde, abri atomique de carton-p\u00e2te ou navire immobile. En R\u00e9gion Centre, longtemps. On y parlait encore en francs, un fran\u00e7ais sans accent &#8211; si vous le dites . Bonjour &#8211;  c\u2019est \u00e0 Bourges fin des ann\u00e9es quatre-vingt, le 9 novembre 1989 le mur de Berlin tombera, aujourd\u2019hui c\u2019est le 7 ou le 8 . Bonjour, je cherche le th\u00e9\u00e2tre : Bonsoir r\u00e9pond la femme derri\u00e8re le comptoir, \u00e0 sept heures du matin \u00e7a surprend, ici c\u2019est l\u2019usage &#8211; clapotis de mar\u00e9cages et go\u00fbt de sabl\u00e9s Nan\u00e7ay \u2013 oui, tous les croissants sont au beurre \u2013 Bonsoir : prenez \u00e0 droite et marchez vers le centre. Je prends la fl\u00e8che de la cath\u00e9drale en ligne de mire &#8211; \u00e0 l\u2019\u00e9poque je ne vois pas encore double, deux fl\u00e8ches pour un centre imaginez seulement, deux fl\u00e8ches et plus de centre.<br \/>\nJe remonte la rue dans le presque jour, il bruine, bruits de sabot de bois sur le pav\u00e9 et hululements: projection mentale , hallucination auditive, une r\u00e9manence de l\u00e9gendes berrichonnes?  \u00c7a vous sort du pavillon de l\u2019oreille on ne sait pas trop comment &#8211; J&rsquo;ai froid, mais que j\u2019ai froid; Bourges est une ville o\u00f9 j&rsquo;ai eu froid, tr\u00e8s froid, et chaud, tr\u00e8s chaud; les gens n&rsquo;y sont ni froid ni chaud : une fa\u00e7on de se pr\u00e9server sans doute; j&rsquo;ai pens\u00e9 que \u00e7a cachait quelque chose, il aurait fallu creuser, visages et sourires neutres sans accents; il faudrait creuser la mati\u00e8re des gens, passer sous la peau, se fondre sans trop forcer le masque : Bonsoir!<br \/>\n\u00ab\u00a0Construit en 1860 sur l&#8217;emplacement d&rsquo;un autre th\u00e9\u00e2tre d\u00e9truit par un incendie, la fa\u00e7ade pr\u00e9sente un d\u00e9cors n\u00e9o-renaissance de proportions modestes, Le Jacques-Coeur n&rsquo;offre que 350 places. C&rsquo;est un th\u00e9\u00e2tre \u00e0 l&rsquo;Italienne avec stucs, lustres et balcons . Au th\u00e9\u00e2tre Jacques-C\u0153ur un boa r\u00e9chapp\u00e9 d&rsquo;un spectacle de magie hante les dessous de sc\u00e8ne dit-on &#8211; \u00e7a le guide touristique ne le dit pas \u2013 au Grand de Tours c\u2019est un pendu qui occupe l\u2019inconnu des cintres.<br \/>\nMe voici au \u00ab\u00a0th\u00e9\u00e2tre\u00a0\u00bb des planches, au plateau on dit th\u00e9\u00e2tre pour d\u00e9signer le centre. C&rsquo;est au  th\u00e9\u00e2tre des planches qu&rsquo;on pose la Servante, veilleuse des heures creuses. Tout est noir ou presque : l\u2019\u0153il central incandescent veille. Mon c\u0153ur bat : Maintenant que tu as remont\u00e9 le temps descends un peu pour voir &#8211; \u00e0 l\u2019Alliance Fran\u00e7aise  ma m\u00e8re jouait La Princesse Turandot &#8211; j\u2019ai huit ans- elle m&#8217;emmenait au th\u00e9\u00e2tre en matin\u00e9e, je quittais la loge pour me glisser dans les dessous, c&rsquo;est comme un grenier de sous-sol avec voix par dessus t\u00eate et raies de lueurs tremblantes : m\u00eame pas peur\u00a0!<br \/>\n\u00c0 cours j\u2019emprunte  l&rsquo;escalier d\u00e9rob\u00e9 de  coulisse : Allez descends, vas faire ton tour de sous-sol ! Poussi\u00e8re d\u2019ombre, lit de tentures recycl\u00e9es noir velours, projecteurs d&rsquo;un autre temps pas forc\u00e9ment hors d&rsquo;usage, guindes, confettis de neige &#8230;  En-dessous du premier dessous un autre plancher, des trappes encore, j&rsquo;en d\u00e9-trappe une au hasard, comme retourner une carte pour savoir sans y croire : Rien, juste un trou de terre meuble, profond de quelques pieds, assez large et long pour s\u2019y coucher de tout son long, pile \u00e0 ma taille; je m&rsquo;y glisse, les hanches forcent un peu c\u2019est vrai, avec le temps on s\u2019\u00e9largit, on se tasse comme la terre, on se raidit et on s&rsquo;effrite . Les os des hanches sont les plus longs \u00e0 br\u00fbler dit-on : inhumation ou cr\u00e9mation ai-je l&rsquo;\u00e2ge de la question ? Passer par les flammes et quoi \u2013 on r\u00eave devenir Feu  et n&rsquo;\u00eatre qu&rsquo;un feu de paille -, rien qu&rsquo;un petit tas de cendre.<br \/>\nDescendre, descendre encore. Est-ce le trou du souffleur \u00e9largi en tombeau, une cachette de vieil acteur au chant du cygne ? Mais laissez moi pourrir tranquille, comme une fa\u00e7on de se fondre \u2013 j&rsquo;ai huit ans o\u00f9 c&rsquo;est hier je creuse avec une petite pelle, une rouge je m\u2019en souviens, comme \u00e0 la plage je tire de la terre des cailloux, des vers, un tesson de bouteille&#8230; je veux voir dessous, fouiller, gratter  &#8211; la trappe retombe, disparition, promesse de d\u00e9composition  : Si tu savais comme j&rsquo;ai froid &#8211; m\u00eame pas peur. C\u2019est au Th\u00e9\u00e2tre Jacques-C\u0153ur, je serai bient\u00f4t morte, l\u00e0-haut dessus les planches les pas tambourinent, raffut du diable ou bourr\u00e9e de sorci\u00e8re; \u00e0 pr\u00e9sent il va falloir creuser la terre \u00e0 mains nues  <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La cage noire d\u2019un th\u00e9\u00e2tre fut longtemps mon centre du monde, abri atomique de carton-p\u00e2te ou navire immobile. En R\u00e9gion Centre, longtemps. On y parlait encore en francs, un fran\u00e7ais sans accent &#8211; si vous le dites . Bonjour &#8211; c\u2019est \u00e0 Bourges fin des ann\u00e9es quatre-vingt, le 9 novembre 1989 le mur de Berlin tombera, aujourd\u2019hui c\u2019est le 7 <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ecopoetique-09-remembrance\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#\u00e9copo\u00e9tique #09 | remembrance<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":12,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[7092,6017,1],"tags":[],"class_list":["post-173457","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ecopoetique-09-patrolin-un-enfoncement","category-ecopoetique","category-atelier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/173457","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/12"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=173457"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/173457\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":173728,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/173457\/revisions\/173728"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=173457"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=173457"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=173457"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}