{"id":173775,"date":"2024-11-10T14:29:55","date_gmt":"2024-11-10T13:29:55","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=173775"},"modified":"2024-11-10T20:36:32","modified_gmt":"2024-11-10T19:36:32","slug":"ecopoetique-09-six-pieds-sous-terre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ecopoetique-09-six-pieds-sous-terre\/","title":{"rendered":"#\u00e9copo\u00e9tique #09 | six pieds sous terre"},"content":{"rendered":"\n<p>D\u2019une fente comme une plaie jamais cicatris\u00e9e on voit un filet de lumi\u00e8re et on imagine la descente en rappel dans les profondeurs. C\u2019est descendre qui compte. Toujours plus loin, plus profond. Six pieds sous terre pour trouver du neuf ou ne rien trouver d&rsquo;autre qu&rsquo;un ant\u00e9rieur. Ou trouver quoi sinon soi-m\u00eame\u00a0?<br><br>Je pense au courage des premiers qui sont descendus. D\u2019ici puisqu\u2019un monticule d\u2019ossements laissait pr\u00e9sager plus large cavit\u00e9. D\u2019un enfouissement continu de cadavres remonter les \u00e2ges, d\u2019anciens animaux aux plus r\u00e9cents bovins (leurs restes empil\u00e9s que grignoterait un chien s\u2019il n\u2019\u00e9tait pas si peureux), pour un cimeti\u00e8re \u00e0 ciel presque ouvert. D\u2019ici descendre encore combien de marches apr\u00e8s les 200 d\u00e9j\u00e0 descendues, combien de dizaines de m\u00e8tres en contrebas, quel parcours en terre inconnue, quel gouffre qui nous avale et nous recrache.<br><br>O\u00f9 atteindre et o\u00f9 savoir quoi atteindre, quelles couches, quelle superposition de gr\u00e8s, argiles, schistes, marnes, d\u00e9p\u00f4ts granitiques, quel r\u00e9seau hydrographique, quel socle, quelles arborescences s&rsquo;esquissent ici ? Le long des parois suintent coulures, eau charg\u00e9e de vie min\u00e9rale, ici d\u00e9pos\u00e9e sur roches claires, jurassiques, sur calcaires massifs, \u00e9paissis, redessin\u00e9s-sculpt\u00e9s par red\u00e9positions acides de ce qui a coul\u00e9 de temps imm\u00e9morial, si lent que l\u2019on peine \u00e0 compter, incapables que nous sommes \u00e0 nous repr\u00e9senter 100 millions d\u2019ann\u00e9es. Incapables aussi d\u2019envisager \u00e0 combien de m\u00e8tres sous terre, pour ne jamais atteindre le centre. Cette progression s\u2019interrompt par manque de lumi\u00e8re et d\u2019oxyg\u00e8ne.<br><br>Ce centre s\u2019assimile \u00e0 malaise et disparition. Il s\u2019apparente \u00e0 engloutissement. Il faudrait remonter l\u2019\u00e9pop\u00e9e humaine depuis son origine avant ses renoncements, o\u00f9 suis-je, moi, dans cette histoire ? De quelle humanit\u00e9 suis-je faite\u00a0? Jusqu\u2019o\u00f9 dois-je m\u2019enfoncer pour tenir\u00a0? De quelle crise, de quelles \u00e9manations suis-je la r\u00e9surgence\u00a0? De quels mat\u00e9riaux, de quels empilements s\u00e9dimentaires suis-je le t\u00e9moin de ma propre histoire, de quelle altitude plonger en moi, de quelle profondeur remonter avec ce savoir d\u2019\u00eatre vivante, au-del\u00e0 du seul seuil humain, \u00e9manation plioc\u00e8ne lointaine, incision messinienne du sol, o\u00f9 s\u2019engager dans l\u2019existence plurimill\u00e9naire de l\u2019humanit\u00e9, nos vies \u00e9rod\u00e9es, lessiv\u00e9es ? Vois o\u00f9 la m\u00e9moire nous m\u00e8ne, vers quel avenir, vers quelle fa\u00e7on d\u2019advenir, vers quelle pr\u00e9sence et o\u00f9 s&rsquo;\u00e9ternise la vie des pierres.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u2019une fente comme une plaie jamais cicatris\u00e9e on voit un filet de lumi\u00e8re et on imagine la descente en rappel dans les profondeurs. C\u2019est descendre qui compte. Toujours plus loin, plus profond. Six pieds sous terre pour trouver du neuf ou ne rien trouver d&rsquo;autre qu&rsquo;un ant\u00e9rieur. Ou trouver quoi sinon soi-m\u00eame\u00a0? 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