{"id":173778,"date":"2024-11-10T17:58:21","date_gmt":"2024-11-10T16:58:21","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=173778"},"modified":"2024-11-12T12:37:26","modified_gmt":"2024-11-12T11:37:26","slug":"09-vers-une-ecopetique-une-entorse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/09-vers-une-ecopetique-une-entorse\/","title":{"rendered":"#\u00e9cop\u00e9tique #09 | Une torsion"},"content":{"rendered":"\n<p>C&rsquo;est un personnage commun, mais qui n&rsquo;est pas un Parisien, une Parisienne en l&rsquo;occurrence, non c&rsquo;est une provinciale, une provinciale commune, avec un petit p, proven\u00e7ale m\u00eame, par choix et pour la vie.<\/p>\n\n\n\n<p>En ce beau jour de novembre, p\u00e9riode de soleil de chrysanth\u00e8mes de morts et de feuilles rouges, elle va vers sa journ\u00e9e o\u00f9 rien ne l&rsquo;attend, sinon les t\u00e2ches qu&rsquo;elle a d\u00e9cid\u00e9 de faire et il est bien tard, elle est encore \u00e0 jeun devant le laboratoire, \u00e0 trottiner sous le soleil et le vent frais. Soudain sa cheville tourne dans un trou, un trou minuscule de la taille d&rsquo;un pied, un trou d&rsquo;usure dans le goudron. La douleur est immense, elle s&rsquo;appuie \u00e0 la carrosserie brillante d&rsquo;une grosse cylindr\u00e9e, s&rsquo;excusant aupr\u00e8s du propri\u00e9taire qui la regarde, demandant gr\u00e2ce quelques secondes avant que celui-ci ne d\u00e9marre, percevant imm\u00e9diatement qu&rsquo;il y a aussi une chute int\u00e9rieure, une aspiration vers quelque chose qu&rsquo;elle ne ma\u00eetrise pas. L&rsquo;homme l&rsquo;aide \u00e0 grimper les escaliers du laboratoire, \u00e0 s\u2019asseoir sur une chaise, et s&rsquo;en va promptement. Elle a le temps de remarquer \u00e7a, le promptement. La chute int\u00e9rieure la happe, des images rapides comme dans un film acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 d\u00e9filent, elle ouvre soudain les yeux et sent sous elle le sol, elle est adoss\u00e9e \u00e0 un mur, des silhouettes sont pench\u00e9es autour d\u2019elle et la maintiennent, le corps ne r\u00e9pond pas, il est mou, elle demande \u00e0 vomir et chute \u00e0 nouveau dans ce tunnel d&rsquo;images&nbsp; acc\u00e9l\u00e9r\u00e9es, comme tombant d&rsquo;une tour dont elle verrait d\u00e9filer les \u00e9tages, irr\u00e9m\u00e9diablement emport\u00e9e vers le bas, dans une autre mati\u00e8re d\u2019\u00eatre, chaque fen\u00eatre de la tour r\u00e9v\u00e9lant une parcelle de ses occupations, pr\u00e9occupations, pr\u00e9sence des d\u00e9funts, pr\u00e9sence des vivants, ciel arbres, m\u00e9lange d\u00e9sordonn\u00e9 et foudroyant de ses r\u00eaves, de son corps et de sa vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle revient sur la civi\u00e8re du camion de pompier, ouvre un \u0153il mais voir le monde la route et la file de voitures derri\u00e8re le camion sont insupportables, demanderait bien au pompier dont elle per\u00e7oit la pr\u00e9sence de lui donner la main pour garder l\u2019ancrage dans ce r\u00e9el d\u2019un trajet vers un h\u00f4pital, elle sait qu\u2019une main d\u2019humain la maintiendrait dans le camion rouge, mais il lui reste du contr\u00f4le et de la distance alors elle ne demande pas,&nbsp; elle vomit encore et sombre encore dans la densit\u00e9 de cette mati\u00e8re d\u2019images, sans aucune ma\u00eetrise du voyage qui sans doute est int\u00e9rieur, mais jamais l\u2019int\u00e9rieur n\u2019a \u00e9t\u00e9 si vertigineux, si infini, si incontr\u00f4lable et si vide de perspectives. Elle est emport\u00e9e, c\u2019est tout.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle revient dans un box, elle revient pour vomir puis repart, puis revient pour vomir puis repart, t\u00e2chant apr\u00e8s quelques heures d&rsquo;ouvrir les yeux, ne voyant que du blanc, devinant autour d&rsquo;elle des personnages, lesquels sans doute s&rsquo;occupent d&rsquo;elle, mais elle n&rsquo;en est pas s\u00fbre, elle sait qu&rsquo;ils sont l\u00e0 et parfois pas, l&rsquo;un d\u2019eux rit \u00e0 un moment donn\u00e9, elle arrive \u00e0 se demander si c&rsquo;est d&rsquo;elle mais la conclusion est imm\u00e9diate, tout ceci n&rsquo;existe pas ou n&rsquo;a pas d&rsquo;importance, elle entend qu&rsquo;on lui demande de bouger sa cheville, mais la cheville ne r\u00e9pond pas, l\u00e0 aussi \u00e7a dit que \u00e7a n&rsquo;a pas d&rsquo;importance ou que \u00e7a n&rsquo;existe pas, alors elle repart dans son blanc, elle repart par confort, facilit\u00e9, choix, dans son blanc, dans cette autre mati\u00e8re pr\u00e9sente en son int\u00e9rieur ou dans le box elle ne sait pas, en tout cas une mati\u00e8re qui est l\u00e0, maintenant stable, \u00e9tale, feutr\u00e9e, brillante, nacr\u00e9e, immobile, immacul\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle revient pour vomir, s\u2019aper\u00e7oit qu&rsquo;elle est seule, se dit que s&rsquo;il faut mourir elle est pr\u00eate, enfin elle ne sait pas vraiment, elle sent que le voyage vertigineux est termin\u00e9, elle sait qu&rsquo;elle est l\u00e0 dans un box, incapable d&rsquo;\u00e9voquer la mati\u00e8re ou la non mati\u00e8re qu&rsquo;elle a explor\u00e9e, mais bien dans la merde, car le corps s&rsquo;est vid\u00e9, et l\u00e0 l&rsquo;ancrage revient lentement et par n\u00e9cessit\u00e9: il faut parler, il faut le dire, il faut ouvrir les yeux, faire l&rsquo;effort d&rsquo;ouvrir les yeux, il faut bouger le corps, il faut remercier les humains qui la hissent vers le son, le froid, le box jaune, la faiblesse du corps, il faut terminer ce voyage car il arrive \u00e0 son terme\u00a0: elle est dans le sous-sol d&rsquo;un h\u00f4pital de rase campagne, aussit\u00f4t stock\u00e9e dans un couloir.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&rsquo;est un personnage commun, mais qui n&rsquo;est pas un Parisien, une Parisienne en l&rsquo;occurrence, non c&rsquo;est une provinciale, une provinciale commune, avec un petit p, proven\u00e7ale m\u00eame, par choix et pour la vie. 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