{"id":173845,"date":"2024-11-11T13:49:16","date_gmt":"2024-11-11T12:49:16","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=173845"},"modified":"2024-11-11T13:49:17","modified_gmt":"2024-11-11T12:49:17","slug":"ecopoetique-08-petit-bateau","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ecopoetique-08-petit-bateau\/","title":{"rendered":"#\u00e9copo\u00e9tique #08 | Petit bateau"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/Chut-1024x576.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-173846\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/Chut-1024x576.jpeg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/Chut-420x236.jpeg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/Chut-768x432.jpeg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/Chut-1536x864.jpeg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/Chut-2048x1152.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Prendre une feuille de papier, rectangulaire, A4 par exemple, \u00e9crite ou pas, une version ant\u00e9rieure de ce texte, ce sera le papier parfait. Plier au milieu, longueur puis largeur, pour marquer les plis. Plier en deux dans le sens de la hauteur, ramener les coins sur le pli du milieu, replier le bas du papier vers le haut, faire de m\u00eame de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, ouvrir le triangle pour en faire un carr\u00e9, plier les rabats vers le haut, refaire un carr\u00e9 avec le triangle, d\u00e9ployer le bateau en tirant sur les triangles de chaque c\u00f4t\u00e9 du carr\u00e9. Voila. Je suis pr\u00eat \u00e0 voguer, fier navire en papier. J\u2019aimerais, si possible, commencer mon voyage au barrage de Roselend, \u00e9viter le clich\u00e9 de la source de montagne qui sourd dans le sous-bois, et goutte \u00e0 goutte s\u2019effile entre les brins de mousse. Je na\u00eetrais du b\u00e9ton, tout en bas, au plus bas du colossal mur gris accroch\u00e9 aux nuages. Je lui tournerais le dos, en route pour la descente. \u00c7a commence dans les arbres, un vallon encaiss\u00e9 parfois presque des gorges. C\u2019est l\u2019automne, les feuilles tomb\u00e9es des arbres voguent \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi, on \u00e9vite les pierres, les troncs qui m\u2019arr\u00eateraient, me freineraient dans ma course. La descente est grisante, je file sous les embruns, les remous des rapides, je me sens cano\u00eb. L\u2019eau ici court toujours, pas le temps de laisser se d\u00e9poser le moindre brin de mousse ou la plus petite algue, la vitesse arrache tout, tout ce qui voudrait s\u2019arr\u00eater, pas de r\u00e9pit possible. Un peu plus loin, le cours de mon ruisseau se rapproche de la route, travers\u00e9e de Beaubois et je croise de plus en plus souvent, de ces chalets tranquilles, pierres dessous, bois dessus, toit en t\u00f4le, de quoi g\u00e9rer au mieux les humeurs des ruisseaux, quand ils \u00e9taient ruisseaux. L\u2019eau sur laquelle je vogue n\u2019est plus vraiment ruisseau, son d\u00e9bit ne varie pas juste en fonction des pluies et de la fonte des neiges, mais les grosses mont\u00e9es du niveau du Doron, ce sont les l\u00e2chers d\u2019eau, la gestion du d\u00e9bit pour le bien des turbines. Maintenant de plus en plus, je vogue le long de la route, je suis en contrebas alors je ne sois pas les autos, les motos, mais je les entends bien, et m\u00eame un peu trop bien. Parfois arrivent aussi des eaux venues d\u2019en haut, fra\u00eeches ou plus sombres suivant les sols qu\u2019elles auront travers\u00e9s avant d\u2019arriver l\u00e0. Les sols sans racines, elles les tra\u00eenent vers le bas, eaux brunes remplies de tout ce que le sol n\u2019aura pas pu garder pour se nourrir lui-m\u00eame et qui file loin de l\u00e0 pour devenir encombrant, importun, polluant. Les berges par endroit ont \u00e9t\u00e9 remblay\u00e9es, sous l\u2019\u00e9boulement de terrain au-dessous du Bersend. Jusqu\u2019au Bersend justement, et au pont juste apr\u00e8s, la perspective est encore large, mais ensuite, on entre dans le d\u00e9fil\u00e9 d\u2019Entreroches, le ruisseau, la route, quelques arbres minces et rien d\u2019autre entre les parois, rochers et quelques plantes qui s\u2019accrochent d\u00e8s qu\u2019il y a un replat, dans la moindre anfractuosit\u00e9, la plus petite fissure, tous les moyens sont bons pour mettre vert sur gris, m\u00eame si pour voir le ciel, le seul moyen est de se casser le cou, ou bien de s\u2019allonger. Pour moi \u00e7a reviendrait \u00e0 regarder par mon mat et non plus par ma proue. Ensuite je continue ma descente, la vall\u00e9e s\u2019\u00e9largit, mais la route ne me quitte plus, tant\u00f4t proche, tant\u00f4t un peu plus loin, mais toujours assez pr\u00e8s pour entendre les voitures, les motos, les moteurs. \u00c7a s\u2019\u00e9largit encore et me voil\u00e0 en ville, disons un gros village. Maisons, commerces, un pont de pierre avec des bacs \u00e0 fleurs, un autre pont pour les voitures, des berges b\u00e9tonn\u00e9es avec quelques bancs, passerelle en bois et bient\u00f4t sur ma gauche l\u2019arriv\u00e9e d\u2019un autre petit ruisseau, l\u2019Argentine. L\u2019eau sous ma coque de papier devient plus profonde, parfois m\u00eame, je n\u2019en vois plus le fond. Sortie de la ville, retour aux champs, bois, vaches, vue sur les montagnes, mais de moins en moins de passages sans aucun b\u00e2timent. Villard, Queige, quelques gorges escarp\u00e9es et une fois de plus, arrive dans le Doron de cette eau fatigu\u00e9e qui a bien turbin\u00e9 dans toutes les centrales pos\u00e9es au fil de l\u2019eau pour produire du courant. Produire du courant, avec le courant, pas le temps de m\u2019y arr\u00eater, mais \u00e7a m\u2019aurait bien de regardes de plus pr\u00e8s cette histoire de courant. Toujours beaucoup de courant, d\u2019ailleurs, les berges sont de plus en plus humanis\u00e9es sur mon parcours, mais le d\u00e9nivel\u00e9 est encore important pour un bateau en papier, je me fais malmener, me cogne sur les troncs sur les pierres, renverser dans les remous, aucune chance de rencontrer des algues, des mousses, des plantes d\u00e9licates o\u00f9 faire une pause bienvenue, ici tout ce qui pousse doit pouvoir r\u00e9sister \u00e0 l\u2019abrasion, \u00e0 l\u2019arrachage, \u00e0 l\u2019\u00e9crasement. Moi, je n\u2019\u00e9tais pas assez r\u00e9sistant pour descendre le Doron, j\u2019arrive en bas, sous le pont, au bord de la bruyante quatre voies, imbib\u00e9, chiffonn\u00e9 presque \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019\u00e9pave. Les eaux du Doron se jettent dans celles de l\u2019Arly et moi je coule, je finis au fond de l\u2019eau avec tous les d\u00e9chets qui se sont \u00e9chapp\u00e9s de l\u2019usine de triage, le dernier b\u00e2timent que j\u2019ai pu voir avant de finir sous le pont, le pont du Doron sur l\u2019Arly. Je coule<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Prendre une feuille de papier, rectangulaire, A4 par exemple, \u00e9crite ou pas, une version ant\u00e9rieure de ce texte, ce sera le papier parfait. Plier au milieu, longueur puis largeur, pour marquer les plis. 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