{"id":17433,"date":"2019-11-04T16:53:39","date_gmt":"2019-11-04T15:53:39","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=17433"},"modified":"2019-11-05T10:02:52","modified_gmt":"2019-11-05T09:02:52","slug":"dis-co-co","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/dis-co-co\/","title":{"rendered":"Dis: \u00ab\u00a0co\u00a0\u00bb. Co!"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1<strong> Enfant<\/strong> Il semble qu\u2019\u00e9crire du point de vue de la petite enfance (a t\u2019on un point de vue quand on est petit enfant&nbsp;?) est une des choses qui me r\u00e9jouit le plus, l\u00e0, tout se confond, moi, mes enfants, avoir le double souvenir de moi et d\u2019eux, nous les enfants \u2026 pris dans cette folie qu\u2019est vivre.&nbsp;&nbsp;\u00c9crire du point de vue du petit enfant comme Imre Lazlo avec Niki la chienne, \u00e0 distance tendre, ou&nbsp;&nbsp;habiter l\u2019enfant comme Faulkner a habit\u00e9 l\u2019idiot dans la fureur, j\u2019y pense souvent \u00e0 ces 80 premi\u00e8res pages d\u2019&nbsp;\u00ab&nbsp;idiotie&nbsp;\u00bb incarn\u00e9e\u2026 Tout est donn\u00e9 \u00e0 l\u2019enfant et il a la vie pour d\u00e9m\u00ealer sa pelote de sensations et s\u2019en remettre, alors \u00e9crire au ras de ces sensations\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2 <strong>Vues<\/strong> Fen\u00eatre du salon \u00e0 Joinville (\u00ab&nbsp;salle de s\u00e9jour&nbsp;\u00bb insistait papa), fen\u00eatre de&nbsp;&nbsp;ce studio de la rue de Meaux o\u00f9 l\u2019on a v\u00e9cu \u00e0 4, (souvenir tr\u00e8s tr\u00e8s ancien et vague), fen\u00eatre de notre chambre dans la maison briarde, les escapades nocturnes de ma s\u0153ur, fen\u00eatre d&rsquo;ici, tout ce que \u00e7a remue comme visions, sensations, drames et souvenirs\u2026 fen\u00eatres \u00e9pieuses lors d\u2019une randonn\u00e9e dans les C\u00e9vennes aux villages d\u00e9sert\u00e9es, o\u00f9 il ne restait qu\u2019un chien furieux aboyant apr\u00e8s nous de l\u2019entr\u00e9e \u00e0 la sortie du village, et un rideau prudemment tir\u00e9e pour observer ces folles marchant un gros sac sur le dos \u2026mais celle-l\u00e0, je ne l&rsquo;ai pas \u00e9crite.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">3.1<strong> Sols<\/strong> par manque d\u2019inspiration et seconde de r\u00e9bellion sur le mode&nbsp;&nbsp;de \u00ab&nbsp;mais j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit du sol&nbsp;\u00bb, le d\u00e9but de ce texte est repris d\u2019une longue nouvelle datant d&rsquo; il y a sept ans au moins. C\u2019\u00e9tait une histoire absolument invent\u00e9e d\u2019abandon d\u2019enfants tout de m\u00eame inspir\u00e9e des moments o\u00f9 j\u2019aurai bien abandonn\u00e9 les miens.&nbsp;&nbsp;Ce passage me semble une antiquit\u00e9\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">3.2 une fois le rythme en place, ai pu enchain\u00e9 en partant de ces observations adolescentes, du temps o\u00f9 je marchais toujours t\u00eate baiss\u00e9e.(et me cognait souvent aux gens et aux&nbsp;&nbsp;r\u00e9verb\u00e8res&nbsp;!) La ville n\u2019est plus pareille quand on redresse la t\u00eate, j\u2019en viens \u00e0 me dire que je devrais recommencer. Les trottoirs des villes \u00e9taient plus anim\u00e9s alors, plus r\u00e9pugnants aussi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">3.3 Les plaques d\u2019\u00e9gout sont une de mes marottes de la m\u00eame \u00e9poque, j\u2019en dessinais&nbsp;&nbsp;sans cesse dans les marges de mes cahiers avec une petite pancarte o\u00f9 j&rsquo;inscrivais \u00ab&nbsp;exit&nbsp;\u00bb, inspir\u00e9e par les dessins de Cardon vus dans l\u2019Humanit\u00e9 Dimanche.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">3.4 Un de mes premiers (faux&nbsp;?)souvenir est la vision des trottoirs de Paris un jour de march\u00e9, \u00e9crit avec d\u00e9lectation cet \u00e9t\u00e9, \u00e0 hauteur d\u2019une m\u00f4me de 3 ans, preuve que les sols me renvoient \u00e0 quelque chose de tr\u00e8s lointain mais intime.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;3.5 Comme beaucoup d\u2019enfants je jouais sous la table de la salle \u00e0 manger (salle de s\u00e9jour insistait mon p\u00e8re&#8230;)qui faisait cabane. Le weekend il  r\u00e9digeait \u00ab&nbsp;ses rapports&nbsp;\u00bb, mission de haute importance semblait-il qui exigeait que nous soyons particuli\u00e8rement calmes, il mettait de la musique sur l\u2019\u00e9lectrophone, le samedi soir on \u00e9coutait France inter. Nous n\u2019avions pas la t\u00e9l\u00e9, \u00e7a nous distinguait et me chagrinait. Cette table en acajou est chez moi aujourd\u2019hui, je me suis donc accroupie dessous pour retrouver la sensation d\u2019\u00eatre blottie mais je me suis juste cogner la t\u00eate contre le plateau. Je ne sais pas pourquoi j\u2019avais des petites voitures, est-ce parce que j\u2019\u00e9tais n\u00e9e apr\u00e8s le petit gar\u00e7on mort de naissance&nbsp;? L\u2019avais-je demand\u00e9&nbsp;? Peu importe, elles m\u2019amusaient beaucoup, c\u2019\u00e9taient des personnages comme les autres, tout m\u2019\u00e9tait th\u00e9\u00e2tre,&nbsp;&nbsp;de m\u00eame que j\u2019enviais le garage \u00e0 rampes de mon voisin du dessous. Il s\u2019appelait Dominique et nous jouions aussi aux cowboys, \u00e7a tournait au phantasmes avec sauvetage de l&rsquo;indienne emprisonn\u00e9e que j\u2019incarnais avec d\u00e9lectation.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">3.6 le dernier sol vient de la maison de la Brie achet\u00e9 par mon p\u00e8re qui d\u00e9testait pourtant la campagne. L\u2019a t\u2019il achet\u00e9e pour offrir un havre r\u00e9gulier \u00e0 ma m\u00e8re&nbsp;? Aucune id\u00e9e, mais ce fut la grande aventure de la d\u00e9couverte de la vie rurale,&nbsp;&nbsp;et la ruralit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u00e9tait vraiment d\u00e9paysante (&nbsp;!) ce sol j\u2019en vois encore les f\u00ealures. Et les odeurs, les gens, les fermes, les chemins, tout peut venir derri\u00e8re  ce sol de tomettes\u2026&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">3.7 <strong>Chats<\/strong> J\u2019y ai apprivois\u00e9e un chaton abandonn\u00e9. Le premier des trois chats de ma vie. Un m\u00e2le aventureux qui a disparu \u00e0 jamais un&nbsp;&nbsp;week-end&nbsp;&nbsp;\u00ab&nbsp;Je suis le chat qui s\u2019en va seul et pour qui tous les lieux se valent&nbsp;\u00bb Kipling\u2026 J\u2019aimerai de nouveau la compagnie fr\u00f4leuse et discr\u00e8te d\u2019un chat mais devenue vieille toupie qui refuse qu\u2019on abime ses fauteuils\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">4. <strong>T\u00e9l\u00e9<\/strong> une ou deux fois par an, on allait voir cette cousine de ma m\u00e8re et puis l\u2019habitude s\u2019est perdue, je ne sais pas ce qu\u2019elle est devenue, enfin, elle avait la t\u00e9l\u00e9 (et des poup\u00e9es \u00e0 robe de laine crochet\u00e9e d\u00e9ploy\u00e9e sur son lit&nbsp;!) et toute personne poss\u00e9dant une t\u00e9l\u00e9 avait une bonne place dans mon olympe personnelle.&nbsp;&nbsp;Donc en premier lieu, ce souvenir qui s\u2019est pr\u00e9cis\u00e9 \u00e0 mesure, au d\u00e9but juste cette trop grande table et nous trois autour, mon regard riv\u00e9 sur la TV \u00e9teinte, et puis la petite phrase&nbsp;&nbsp;toute b\u00eate \u00ab&nbsp;ce qu\u2019il y avait&nbsp;\u00bb a \u00e9t\u00e9 le starter du texte. J\u2019en ai peut-\u00eatre abus\u00e9. La question&nbsp;: je garde ou pas&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">5 <strong>Haine<\/strong> L\u2019autre vie, celle de l\u2019\u00e9t\u00e9, celle du monde luxueux h\u00e9rit\u00e9 de la grand-m\u00e8re paternelle, ici la villa de son amie o\u00f9 nous allions nous baigner au moins une fois chaque \u00e9t\u00e9. Cette tr\u00e8s vieille femme m\u2019a appris \u00e0 nager, fascination pour les plis et replis de sa peau sur son corps d\u00e9form\u00e9. La splendeur des lieux, et la fureur perceptible dans  ses relations \u00e0 \u00ab&nbsp;ses gens&nbsp;\u00bb, d\u00e9testant \u00eatre servie\/ incapable de ne pas l\u2019\u00eatre, et les serviteurs d\u00e9testant servir et\/ impossible de ne pas le faire, ce lien de haine farouche. Je revois&nbsp;&nbsp;au travers de mes yeux d\u2019enfant des choses que je ne savais pas savoir. Le fauteuil roulant rouill\u00e9 du d\u00e9funt mari dans la serre br\u00fblante, quels jeux, quelles disputes, quelles terribles postures des adultes&nbsp;! Tout ce qui se r\u00e9v\u00e9lait l\u00e0, qui se rendait silencieusement perceptible, que l\u2019enfant d\u00e9crypte \u00e0 toute allure sans m\u00eame savoir qu\u2019il d\u00e9crypte et comment ces micro-signes infl\u00e9chissent (d\u00e9forment&nbsp;?) sa personne \u00e0 jamais, et toute une vie ne suffit pas \u00e0 d\u00e9chiffrer ces chiffres enfouis dans la m\u00e9moire\u2026&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">6 <strong>\u00c9piphanies<\/strong>\u2026 Une chose est s\u00fbre, la r\u00e9v\u00e9lation de la maladie de ma m\u00e8re a eu lieu en septembre dans cette maison de la Brie. La sc\u00e8ne est tout \u00e0 fait pr\u00e9cise dans mon souvenir, genre de d\u00e9but d&rsquo;une \u00e9pop\u00e9e un peu sp\u00e9ciale. C\u2019est parti de l\u00e0, de sa posture, assise devant&nbsp;&nbsp;la lucarne de sa chambre (d\u00e9cid\u00e9ment)&nbsp;&nbsp;et ce \u00e0 quoi \u00e7a nous a tous conduits !&nbsp;voil\u00e0 le th\u00e8me revient, t\u00eatu apr\u00e8s trente ans de paix, et je sais bien pourquoi que je ne dirai pas ici.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une seconde r\u00e9v\u00e9lation, l\u2019entr\u00e9e au lyc\u00e9e, petit lyc\u00e9e disait-on, une d\u00e9flagration aussi, la m\u00eame ann\u00e9e, le monde qui s\u2019ouvre, intens\u00e9ment. Et puis se referme violemment. \u00c9viter le pathos\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Autre&nbsp;&nbsp;\u00e9piphanie, le jardin. Petite ouverture, mais bien plus solide  au final comme un fil d\u2019Ariane \u00e0 suivre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">7 la mort de maman. Tout d\u2019un coup c\u2019est l\u00e0. Irr\u00e9m\u00e9diable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">8 <strong>M\u00e9nage<\/strong> Jamais \u00e9crit sur elle, ou si peu, elle vient de mourir \u00e0 103 ans, ce qui n\u2019est pas mal pour une angoiss\u00e9e, une vie si \u00e9triqu\u00e9e, ce qui a soulev\u00e9 les vieux limons pourris, m\u2019a conduite \u00e0 Nice, \u00e0 revoir ceux qu\u2019on ne voyait plus, c\u2019est un genre d\u2019\u00e9pitaphe, pas tr\u00e8s gentil, qui m\u2019est venu, mais \u00e7a m\u2019a un peu r\u00e9concili\u00e9e. Il faut savoir se souvenir des gens tels qu\u2019ils \u00e9taient, me dis-je, et tacher de les aimer tels, si possible. Ce qui est amusant c\u2019est que ces derni\u00e8res ann\u00e9es, elle avait si bien perdu la boule qu\u2019elle embrassait tout le monde et se montrait tr\u00e8s joyeuse. Il y a des gens \u00e0 qui il faut Alzheimer pour enfin appr\u00e9cier la vie\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">8.2&nbsp;&nbsp;Toujours voulu \u00e9crire sur le m\u00e9nage. Le m\u00e9nage&nbsp;: ali\u00e9nation ou m\u00e9ditation&nbsp;? le m\u00e9nage pour secourir une m\u00e8re, le m\u00e9nage obsessionnel, le m\u00e9nage don des femmes qu\u2019on d\u00e9valorise pour les d\u00e9valoriser, le beau m\u00e9nage, cette m\u00e9tamorphose invisible pour la plupart des hommes (sauf mon p\u00e8re quelque peu obs\u00e9d\u00e9 d\u2019hygi\u00e8ne avec sa m\u00e9nag\u00e8re en d\u00e9route) le m\u00e9nage est un continent noir&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">9 Il est l\u00e0, sous mes fen\u00eatres, je ne regarde plus ce rack \u00e0 v\u00e9los de la m\u00eame fa\u00e7on depuis que je l\u2019ai croqu\u00e9. Je ne sais ce que je vais faire de ce texte mais quel plaisir\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">10&nbsp;<strong>Mort<\/strong>&nbsp;directement emprunt\u00e9 d\u2019une r\u00e9cente et \u00e9mouvante promenade dans un ravissant cimeti\u00e8re du Perche avec une amie qui venait de perdre sa maman, et cherchait des id\u00e9es pour orner sa tombe. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 saisie par la pr\u00e9sence des morts, sup\u00e9rieure \u00e0 celle de bien des vivants. A vrai dire j\u2019ai d\u00e9couvert assez t\u00f4t et solitairement la douce compagnie des tombes dans ce petit village briard de 300 \u00e2mes o\u00f9 l\u2019on retrouvait les noms des vivants, leurs a\u00efeux, un fragment de leur histoire parfois. Des r\u00e9cits se d\u00e9voilaient l\u00e0.&nbsp;&nbsp;Et il y avait aussi le coin des enfants, les tombes d\u2019enfants m\u2019ont marqu\u00e9e, je ne pensais pas directement \u00e0 l\u2019enfant sans tombe de ma m\u00e8re, son chagrin jamais dit auquel j\u2019ai cru longtemps devoir la vie. \u00catre n\u00e9e d\u2019un mort \u00e7a configure singuli\u00e8rement.&nbsp;je ne me savais plus si obs\u00e9d\u00e9e par la mort. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">11 <strong>Sable<\/strong> se prendre pour Ponge quand on est \u00e0 la Baule\u2026 cet exercice me rappelle ce que m\u2019avait dit mon prof de dessin au lyc\u00e9e&nbsp;: \u00ab&nbsp;dessiner c\u2019est d\u2019abord et surtout regarder&nbsp;\u00bb les rivages toujours&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 Enfant Il semble qu\u2019\u00e9crire du point de vue de la petite enfance (a t\u2019on un point de vue quand on est petit enfant&nbsp;?) est une des choses qui me r\u00e9jouit le plus, l\u00e0, tout se confond, moi, mes enfants, avoir le double souvenir de moi et d\u2019eux, nous les enfants \u2026 pris dans cette folie qu\u2019est vivre.&nbsp;&nbsp;\u00c9crire du point <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/dis-co-co\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">Dis: \u00ab\u00a0co\u00a0\u00bb. 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