{"id":174569,"date":"2024-11-23T11:20:14","date_gmt":"2024-11-23T10:20:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=174569"},"modified":"2024-11-23T11:20:16","modified_gmt":"2024-11-23T10:20:16","slug":"lvme-01-chemin-et-traverse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/lvme-01-chemin-et-traverse\/","title":{"rendered":"#LVME #01 | Chemin et Traverse"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un Chemin et une Traverse dans un village gardois, rassemblent six habitations construites sur une terre charg\u00e9e d\u2019histoire romaine. Il en persiste des liens souterrains singuliers parfois perceptibles chez les r\u00e9sidents. Sans compter les nombreux fils \u00e9lectriques a\u00e9riens enserrant les habitations dans un r\u00e9seau contr\u00f4l\u00e9. Au carrefour, deux maisons se font face. Dans l\u2019une sur le c\u00f4t\u00e9 droit \u00e0 l\u2019abri d\u2019oliviers et d\u2019un figuier, une veuve d\u2019\u00e2ge m\u00fbr, vient r\u00e9cemment de s\u2019y installer. En face une maison plus grande \u00e0 maigre v\u00e9g\u00e9tation abrite un couple \u00e2g\u00e9, au teint jaune et \u00e0 la parole rare. En poursuivant le chemin qui dessine deux parall\u00e8les presque parfaites en face \u00e0 face, mais en visibilit\u00e9 r\u00e9ciproque fort r\u00e9duite deux maisons c\u00f4t\u00e9 gauche deux maisons c\u00f4t\u00e9 droit. Style h\u00e9t\u00e9roclite, \u00e0 gauche une des ann\u00e9es\u00a02000 abrite un c\u00e9libataire, une des ann\u00e9es\u00a060 une famille nombreuse, \u00e0 droite une maison des ann\u00e9es\u00a050 un couple, la soixantaine, une des ann\u00e9es\u00a080 un couple, la cinquantaine. Regardons de plus pr\u00e8s, attisons un \u0153il t\u00e9lescopique, un tantinet voyeur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est 19 h, on est le samedi 5 octobre de l&rsquo;ann\u00e9e 2024. La veuve vient de rentrer, un paquet sous le bras, elle retrouve sa chatte noire. Elle \u00e9claire quelques secondes sa porte gr\u00e2ce \u00e0 un plafonnier \u00e0 lumi\u00e8re blanche agressive, puis elle enclenche plusieurs lumi\u00e8res douces dans le s\u00e9jour. Elle range sa veste, passe d\u2019une pi\u00e8ce \u00e0 l\u2019autre, sans but pr\u00e9cis. Elle prend un livre, lit quelques pages le dos courb\u00e9, le t\u00e9l\u00e9phone sonne, son visage s\u2019anime, l\u2019\u00e9change termin\u00e9, elle replonge dans sa lecture, l\u00e8ve la t\u00eate. Traits tir\u00e9s, yeux cern\u00e9s, une photo \u00e0 moiti\u00e9 cach\u00e9e sous une plante verte \u00e0 grandes feuilles d\u00e9coup\u00e9es, un monstera, rejoint son regard m\u00e9lancolique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En face le couple grincheux, la femme enfile son tablier \u00e0 rayures rouges pour pr\u00e9parer le repas. L\u2019homme vient de rentrer du jardin, les chaussures charg\u00e9es d\u2019un peu de terre. Elle s\u2019\u00e9nerve une fois encore pour cette terre importune qui ose coloniser le sol si durement maintenu propre. Le ton monte puis redescend. L\u2019homme grommelle et va prendre une douche. \u00c0 son retour, il esp\u00e8re trouver un sourire, au moins un regard sans agressivit\u00e9. Rat\u00e9. Il a enfil\u00e9 ses pantoufles, allume la t\u00e9l\u00e9, un reportage sur le Mexique va le distraire, le faire r\u00eaver peut-\u00eatre. Elle lui dit qu\u2019il pourrait l\u2019aider \u00e0 mettre le couvert, elle a la migraine, la t\u00e9l\u00e9vision est trop forte. D\u2019ailleurs elle lui ass\u00e8ne qu\u2019il devrait penser \u00e0 s\u2019\u00e9quiper d\u2019un appareil auditif. La lune est pleine ce soir. L\u2019insomnie va r\u00e9gner. Elle fait de la tisane de thym agr\u00e9ment\u00e9 de miel de tilleul. Lui dans le fauteuil savoure ce moment de douceur, elle aussi. Ils ignorent s\u2019ils s\u2019aiment encore un peu. On est bien le samedi  5 octobre de l&rsquo;ann\u00e9e 2024 vers 19 h. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On avance c\u00f4t\u00e9 gauche, une maison r\u00e9cente avec piscine \u00e0 remous, v\u00e9g\u00e9tation r\u00e9duite remplac\u00e9e par des graviers, le travail en est tellement all\u00e9g\u00e9. L\u2019homme est c\u00e9libataire. Il quitte son domicile tr\u00e8s t\u00f4t le matin. Il vient tout juste de rentrer. C\u2019est un homme grand, \u00e9l\u00e9gant, les cheveux blonds. Il ouvre un minibar et se sert un whisky, un amateur vu le nombre vari\u00e9 de bouteilles. On est bien le samedi 5&nbsp;octobre de l\u2019ann\u00e9e&nbsp;2024 vers 19&nbsp;h. Il passe dans sa chambre, se d\u00e9v\u00eat, se positionne devant un miroir sur pied. Il sourit \u00e0 sa musculature. Il enfile un jogging puis entre dans sa salle de sports \u00e9quip\u00e9e d\u2019agr\u00e8s, poids, cordes, ballons, tapis. Puis il prend sa douche, se contemple encore. Rev\u00eatu d\u2019une tenue d\u2019int\u00e9rieur il pr\u00e9pare un plateau pour se restaurer. Il mange \u00e9quilibr\u00e9, ce soir poulet, tomates et sarrasin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur le c\u00f4t\u00e9 gauche de la Traverse, voici la maison la plus ancienne, des ann\u00e9es&nbsp;60, les enfants viennent de rentrer, trois ados, deux gar\u00e7ons, douze et seize ans, une fille de dix-huit ans. Le p\u00e8re et la m\u00e8re les accompagnent, deux chiens s\u2019agitent autour d\u2019eux, il est 19 h, c&rsquo;est samedi aujourd&rsquo;hui, samedi  5 octobre 2024. Ils grimpent l\u2019escalier ext\u00e9rieur en riant, quelques feuilles du grand tilleul tombent sur leurs \u00e9paules avec d\u00e9licatesse. La porte s\u2019ouvre, les sacs sont jet\u00e9s par terre, toutes les lumi\u00e8res s\u2019allument. Une raclette est au programme, ce soir ils n\u2019\u00e9coutent pas les informations, c\u2019est trop triste. Ils pr\u00e9parent un feu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La maison d\u2019en face sur le c\u00f4t\u00e9 droit est une maison repli\u00e9e, derri\u00e8re de hauts murs r\u00e9cents. L\u2019homme vient d\u2019arriver, il ne dit jamais bonjour ni bonsoir, il baisse toujours la t\u00eate, il vient juste de croiser les ados, mais les a \u00e9vit\u00e9s comme d\u2019habitude. Il range sa voiture, sa femme le rejoint, elle r\u00e9cup\u00e8re sa mallette sans dire un mot. Il rentre, \u00f4te ses chaussures, se dirige vers le r\u00e9frig\u00e9rateur et se verse un verre de lait, il s\u2019approche maintenant vers le canap\u00e9 et allume la t\u00e9l\u00e9vision. La femme pr\u00e9pare le repas, son regard est vague, ses gestes lents. Il est 19&nbsp;h pr\u00e9cises, c\u2019est samedi aujourd&rsquo;hui, le 5 octobre 2024. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Oui il est bien samedi aujourd\u2019hui, samedi&nbsp;5&nbsp;octobre 2024. Rien, on ne voit rien. Mais rien ne bouge dans cette maison s\u00e9par\u00e9e de la pr\u00e9c\u00e9dente par un mur de pierres. Pourtant les lumi\u00e8res du sous-sol sont \u00e9clair\u00e9es. On n\u2019entend rien. Ni mots ni musique. S\u2019approcher. Ils sont habill\u00e9s de cuir, elle est masqu\u00e9e. Elle sort un fouet, il attend, il qu\u00e9mande, voil\u00e0 plusieurs coups ass\u00e9n\u00e9s. M\u00eame rituel SM chaque samedi soir. Mais ce samedi&nbsp;5&nbsp;octobre 2024, vers 19&nbsp;h le c\u0153ur n\u2019y est pas. L\u2019homme dit \u2014 il faut qu\u2019on se renouvelle, l\u2019ennui s\u2019installe. Ils b\u00e2illent de concert.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un Chemin et une Traverse dans un village gardois, rassemblent six habitations construites sur une terre charg\u00e9e d\u2019histoire romaine. Il en persiste des liens souterrains singuliers parfois perceptibles chez les r\u00e9sidents. Sans compter les nombreux fils \u00e9lectriques a\u00e9riens enserrant les habitations dans un r\u00e9seau contr\u00f4l\u00e9. Au carrefour, deux maisons se font face. 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