{"id":174759,"date":"2024-11-25T21:15:37","date_gmt":"2024-11-25T20:15:37","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=174759"},"modified":"2024-11-26T08:12:21","modified_gmt":"2024-11-26T07:12:21","slug":"de-haut-en-bas-de-bas-en-haut","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/de-haut-en-bas-de-bas-en-haut\/","title":{"rendered":"#LVME #01 | de haut en bas de bas en haut"},"content":{"rendered":"\n<p>Il va bient\u00f4t \u00eatre 7 heures du soir, accroupie sur ses talons dans sa nuisette noire, jambes nues, elle se d\u00e9p\u00eache d\u2019envoyer son article de 4800 signes qu\u2019elle doit poster avant le 21 novembre minuit. L\u2019ordi sur la table basse est la seule source de lumi\u00e8re de la pi\u00e8ce qu\u2019on devine encombr\u00e9e de piles de livres, de journaux \u00e0 m\u00eame le sol. Le halo blanc d\u00e9coupe sa silhouette de brindille et son visage d\u2019autant plus nu qu\u2019elle vient de se raser la t\u00eate. On rentre dans la phase descendante de la lune et la fin de la guerre n\u2019est pas pour demain. Un chat en position de sphinx \u00e0 l\u2019angle de la table regarde la fen\u00eatre. Elle se l\u00e8ve brusquement, d\u00e9j\u00e0 7 heures, juste le temps de pr\u00e9parer son d\u00eener qu\u2019elle prendra apr\u00e8s le spectacle. Le chat passe entre ses jambes pour venir se frotter contre le mur. Elle allume l\u2019ampoule au dessus de l\u2019\u00e9vier, saisi le pilon \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du filtre \u00e0 caf\u00e9, des tasses, des boites d\u2019\u0153ufs empil\u00e9es, et broie vite les graines de courge et de chia qu\u2019elle ajoute \u00e0 son curry de potimarron. Elle ouvre une boite de ronron et \u00e9crase le mou puis dispara\u00eet dans le fond de la pi\u00e8ce pour s&rsquo;habiller rapidement, superposition de collants, robe en crochet noir, long manteau de cuir, ch\u00e2les qu\u2019elle entortille autour de son cou de moineau, enfile ses bottines et la voil\u00e0 partie. La porte s\u2019ouvre \u00e0 nouveau, elle resurgit, pour v\u00e9rifier si elle a bien coup\u00e9 le gaz et claque la porte.<\/p>\n\n\n\n<p>Le deuxi\u00e8me est occup\u00e9e par une famille dont la taille augmente ou r\u00e9tr\u00e9cie, en ce moment ils sont quatre, le fils a\u00een\u00e9 barbu cherche du travail, il attend une r\u00e9ponse. Il vient de d\u00e9rouler son tapis, 7 heure, il n\u2019a pas encore fait sa s\u00e9ance. Du pied il \u00e9carte le panier \u00e0 linge, le panier \u00e0 chaussettes, et la table \u00e0 repasser pour se d\u00e9gager un espace. Il commence par soulever ses halt\u00e8res et encha\u00eene sur le dos en levant une fois le genoux droit coude gauche puis genoux gauche coude droit. Il souffle. Un chat commence \u00e0 venir gratter son tapis, miaule, apr\u00e8s un tour, s\u2019installe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui. La m\u00e8re s\u2019arr\u00eate devant eux avec une pile de t-shirt et de pantalons qu\u2019elle pose \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui. Il rangera plus tard pour le moment il fait son sport. L\u2019autre fr\u00e8re, le plus jeune avec une petite moustache patiemment mis en forme, arrive tremp\u00e9, avec l\u2019antivol autour du cou et file prendre sa douche. Le sportif r\u00e2le car il lui a pris sa doudoune\u00a0, maintenant elle est tremp\u00e9e. Quand l\u2019autre ressort de la salle de bain avec sa serviette autour de la taille pour chercher un slip et des chaussettes dans le panier, ils commencent \u00e0 se chercher puis se poursuivent autour de la table. On entend des bruit de chaises. Le p\u00e8re qui faisait de la guitare devant son bureau, dans un coin de la pi\u00e8ce, ne peut pas s\u2019emp\u00eacher de s\u2019ajouter \u00e0 la bagarre. Ils sont tous les trois \u00e0 terre, emm\u00eal\u00e9s, on entend des cris, des suppliques, la m\u00e8re dans la cuisine vient de saisir la cocotte minute du feu pour la mettre dans l\u2019\u00e9vier et en faire sortir la vapeur, elle sort le mixeur. Le bruit du moteur couvre leurs cris et hal\u00e8tements. Elle se d\u00e9p\u00eache, elle a juste le temps d\u2019avaler un bol de soupe et filer au th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n\n\n\n<p>Le chien poupette de la taille d\u2019un manchon aboie et gratte la porte en g\u00e9missant, c\u2019est l\u2019heure de la sortie, il mordille les jambes de son ma\u00eetre, qui r\u00e9pond au t\u00e9l\u00e9phone, la t\u00eate pench\u00e9e pour tenir l\u2019appareil, tout en enfilant un pull en ouvrant la porte. Si l\u2019on rentre plus avant, une adolescente tout en jambe, assise en tailleur sur le canap\u00e9, pianote sur une tablette. L\u2019\u00e9cran renvoie un visage bleue aux allures de manga avec deux couettes qui s\u00e9parent sa chevelure noire. On ne conna\u00eetra pas sa musique, ses \u00e9couteurs blancs de la taille d\u2019une boucle d\u2019oreille l\u2019isole du monde et de sa m\u00e8re qui dans l\u2019embrasure de la porte de la cuisine, lui dit d\u2019aller faire son piano. Le piano droit blanc laqu\u00e9 restera ferm\u00e9, il ne s\u2019ouvrira que pour la le\u00e7on de musique, demain. Sur ses hauts talons, la m\u00e8re retourne dans la cuisine en soupirant, elle jette des feuilles de wakam\u00e9 dans un bol d\u2019eau et regarde les algues reprendre vie, s\u2019\u00e9panouir en corolle et \u00e0 c\u00f4t\u00e9 ses longs doigts aux ongles peints d\u2019un vernis rouge Carmen, ses mains feuilles dont elle peut voir les nervures, pour le moment elle n\u2019y voit aucun rel\u00e2chement de la peau. Saisi d\u2019une quinte de toux, elle reprend les gestes de la soupe de miso, coupe le tofu soyeux en petits cubes, commence \u00e0 cisailler les oignons. Elle pleure, s\u2019essuie avec son coude, ouvre le robinet.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est un local commercial transform\u00e9 en studio par un marchand de sommeil. La vitrine donne directement sur la rue et une fen\u00eatre sur cour au bout du couloir, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des poubelles. La pi\u00e8ce est encombr\u00e9e comme un jour de d\u00e9m\u00e9nagement\u00a0; comment faire rentrer une vie d\u2019avant dans une vie d\u2019apr\u00e8s. En tout cas, elle est contente de reprendre librement le cours de son existence sans les casseroles. Elle s\u2019est install\u00e9e \u00e0 la lisi\u00e8re de l\u2019immeuble, cr\u00e2nement. Ce qui pour d\u2019autres serait un enfer, semble pour elle une respiration. Soucieuse de sa mise, elle porte aujourd\u2019hui un manteau trois quart serr\u00e9 par un ceinturon, des bottes cavali\u00e8res qui lui donne une allure de walkyrie, \u00e0 moins que \u00e7a ne soit sa queue de cheval blonde. Elle rentre du travail, ouvre le frigo, sort une bi\u00e8re qu\u2019elle verse dans un verre de bistrot, saisit son paquet de clopes sur l\u2019\u00e9vier, son t\u00e9l\u00e9phone, va passer ses appels dans la rue qui agrandit sa maison. Il vient d\u2019\u00eatre le quart, croise la voisine du troisi\u00e8me qui part travailler, le voisin du dessus qui ramasse son courrier dans l\u2019all\u00e9e, salue le Monsieur du tabac en face.<\/p>\n\n\n\n<p>Le patron est sur le seuil de la porte, une baraque plut\u00f4t bonhomme avec des joues roses et un sourire complice. On ne va pas trop le chercher car il semble plut\u00f4t sanguin. Monsieur Loyal accueille les clients du soir qui ont r\u00e9serv\u00e9 pour une soir\u00e9e d\u2019entreprise. Les clients parlent encore dans la rue en buvant leur verre de beaujolais et en mangeant des grattons, tandis qu\u2019une partie s\u2019est d\u00e9j\u00e0 install\u00e9e sur les fauteuils pliants dor\u00e9s en velours rouge. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur du castelet, les marionnettistes sont en train de faire la mise. La femme flottant dans un pantalon rapi\u00e9c\u00e9, porte des chaussures de scaphandrier exhauss\u00e9es par des gros morceaux de polystyr\u00e8ne pour \u00eatre \u00e0 hauteur de la bande. Elle installe les marionnettes sur le r\u00e2telier derri\u00e8re le rideau, Guignol, Gnafron, Madelon, La m\u00e8re Cottivet, l\u2019intendant; Sous la bande , elle met les accessoires de la pi\u00e8ces du soir, un matelas, une couverture, le pot, le b\u00e2ton, un papillon, une souris. Elle ouvre le livret allume la lumi\u00e8re de poche qui \u00e9claire la partition pendant la repr\u00e9sentation, ses gestes sont pr\u00e9cis. L\u2019homme descend derri\u00e8re les rideaux peints qui serviront de d\u00e9cors aux diff\u00e9rents actes. Ce sont de grands panneaux en toile peinte qu\u2019on l\u00e8ve comme une voile\u00a0; un appartement bourgeois\u00a0; la maison de guignol\u00a0; un bois l\u2019hiver. Il remonte les quelques marches derri\u00e8re les rideaux qui font office de coulisse, retire son t-shirt, s\u2019asperge d\u2019un d\u00e9odorant, v\u00e9rifie en sentant son aisselle que tout est sous contr\u00f4le, renfile un nouveau t-shirt, sort son auto-moto, et entoure au bic les voitures qu\u2019il aura un jour. On toque, c\u2019est Loyal qui rentre par la petite porte pour leur donner la liste des pr\u00e9noms des spectateurs avec lesquels ils auront \u00e0 improviser. dans 5 minutes.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est 8h et le p\u00e8re en ouvrant le cartable de l\u2019enfant, s\u2019aper\u00e7oit qu\u2019il n\u2019a pas fini les devoirs du vendredi, illustrer la po\u00e9sie de Maurice Car\u00eame. L\u2019enfant ne veut pas dessiner sur la page r\u00e9serv\u00e9e au dessin, il ne sait pas quoi dessiner, le p\u00e8re sort le cahier sur la grande table, lui dessine vite un arbre, mais c\u2019est \u00e0 lui de colorier. Il se dit qu\u2019il aimerait bien juste entendre des po\u00e8mes, se d\u00e9gager des contraintes financi\u00e8res, de la folie de d\u00e9cembre o\u00f9 il va falloir qu\u2019il fasse son chiffre d\u2019affaire pour l\u2019ann\u00e9e. Le po\u00e8me est \u00e9crit avec application sur la page avec les lignes. L\u2019\u00e9criture est g\u00e9n\u00e9reuse, gonfl\u00e9e, les mots sont des ballons qui pourraient s\u2019envoler dans la pi\u00e8ce, les majuscules surtout ont sollicit\u00e9 beaucoup d\u2019attention, elles ressemblent \u00e0 des balcons en fer forg\u00e9 avec des arabesques tr\u00e8s sinueuses. L\u2019enfant n\u2019a pas trop l\u2019intention de colorier, il pr\u00e9f\u00e8re saisir une canne de billard sur une table pli\u00e9e qui peut servir de billard ou de cible de fl\u00e9chettes. Il d\u00e9monte la canne en la d\u00e9vissant et se sert d\u2019un des embouts pour faire une \u00e9p\u00e9e de tortue Ninja. On entend la m\u00e8re dans sa cuisine, elle appara\u00eet de temps en temps. Elle a travaill\u00e9 sa partition tout l\u2019apr\u00e8s midi mais n\u2019est pas satisfaite, tout ce qu\u2019il faut comme travail pour sortir un son convenable. La salle est presque vide. Juste un piano contre le mur, un canap\u00e9 derri\u00e8re lequel il vient de fabriquer une biblioth\u00e8que pour occuper le renfoncement qui a d\u00fb correspondre \u00e0 une fen\u00eatre ou une porte bouch\u00e9e\u00a0. Il en est fier. Il l\u2019a construite volontairement asym\u00e9trique pour jouer avec les diff\u00e9rents niveaux. Les murs sont nus, juste la reproduction d\u2019une estampe japonaise, un chat qui regarde \u00e0 la fen\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le rebord de la fen\u00eatre Lola regarde les arrivants. Si elle est sortie, c\u2019est que sa ma\u00eetresse est rentr\u00e9e de voyage. On entend une voix chantante et sensuelle passer des coups de fil \u00e0 Brasil. Enfin, il est 9h, c\u2019est encore un peu t\u00f4t pour passer les appels, \u00e7a doit \u00eatre local. La jeune femme aux grandes cr\u00e9oles, les passera plus tard. Sur son canap\u00e9 dans un leggings l\u00e9opard et peignoir , les genoux relev\u00e9es, elle profite de ce dernier soir de la semaine chez elle. A chaque mouvement qu\u2019elle fait, en entend la musique de ses dread-locks qui l\u2019accompagne. Elle se dirige dans sa chambre, attrape un casque sur la table de mixage et s\u2019installe pour remixer les derniers morceaux pour ce week-end o\u00f9 elle partira en suisse. Toutes une collections de vinyles \u00e0 ses pieds essentiellement de la musique afro cubaine et de la bossa. Sur le mur, un poster tout en longueur d\u2019une odalisque afro.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il va bient\u00f4t \u00eatre 7 heures du soir, accroupie sur ses talons dans sa nuisette noire, jambes nues, elle se d\u00e9p\u00eache d\u2019envoyer son article de 4800 signes qu\u2019elle doit poster avant le 21 novembre minuit. 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