{"id":175650,"date":"2024-12-09T08:18:20","date_gmt":"2024-12-09T07:18:20","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=175650"},"modified":"2024-12-09T08:18:21","modified_gmt":"2024-12-09T07:18:21","slug":"lvme-04-mur-sol-clou-froid","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/lvme-04-mur-sol-clou-froid\/","title":{"rendered":"#LVME #04 | Mur, sol, clou, froid."},"content":{"rendered":"\n<pre class=\"wp-block-code\"><code>Un mur.\nBlanc.\nVide.\nRien \u00e0 dire d\u2019autre. Peut-\u00eatre lisse. Peut-\u00eatre pas. Je ne vais pas v\u00e9rifier. Pas aujourd\u2019hui.\n\nIl y a un sol.\nUn mur, un sol, un angle droit. Tout ce qu\u2019il faut. Ni plus, ni moins. La perfection. Ou l\u2019ennui. Quelle diff\u00e9rence.\n\nIl y a un clou.\n\nAh. Oui. Un clou. Plant\u00e9 dans le mur Est. Pas au centre. L\u00e9g\u00e8rement \u00e0 droite. Ou peut-\u00eatre pas. Je ne sais plus. En tout cas, il n\u2019est pas droit. Pas tout \u00e0 fait. Un clou de travers. C\u2019est d\u00e9j\u00e0 quelque chose.\n\nQu\u2019est-ce qu\u2019il fait l\u00e0 ? Ce clou. Rien. Rien du tout. Il attend. Comme moi. C\u2019est peut-\u00eatre \u00e7a, son utilit\u00e9. Attendre. Et il le fait bien. Mieux que moi. Moi, je bouge encore.\n\nIl ne soutient rien. C\u2019est s\u00fbr. Rien \u00e0 porter, rien \u00e0 retenir. Et pourtant, il est l\u00e0. Une t\u00eate arrondie, plant\u00e9e dans la chair du mur. Une t\u00eate qui brille faiblement. Un \u00e9clat. Pas de quoi se vanter.\n\nPas tr\u00e8s loin, il y a une mouche.\n\nUne mouche. Oui. Une petite chose noire qui marche. \u00c0 la verticale. Sur le mur. Sur son mur. Ce mur qui est tout pour elle. Elle marche. Lentement. Toujours lentement. Une patte, puis une autre, puis une autre. Elle monte. Elle s\u2019arr\u00eate. Elle repart. Elle descend. Elle ne va nulle part.\n\nParfois, elle tourne. Un cercle imparfait. Une arabesque mal foutue. On pourrait croire qu\u2019elle danse. Mais non. C\u2019est une mouche. Les mouches ne dansent pas.\n\nJe la regarde. Je ne peux pas m\u2019en emp\u00eacher. Ses petites pattes. Ses petites ventouses. Comment font-elles ? Elles d\u00e9fient la gravit\u00e9. Moi, je m\u2019y accroche. Elle, non. Elle s\u2019en fout. Elle est au-dessus de \u00e7a.\n\nElle est presque au-dessus du clou. Mais pas tout \u00e0 fait. Elle ne le touche pas. Elle ne le voit pas. Le clou ne l\u2019int\u00e9resse pas. Elle a raison. Pourquoi s\u2019int\u00e9resserait-elle \u00e0 un clou ? Pourquoi moi, d\u2019ailleurs ?\n\nIl y a une fen\u00eatre.\n\nPerc\u00e9e dans le mur nord. Une fen\u00eatre carr\u00e9e, ou rectangulaire, je ne sais plus. Une fen\u00eatre, quoi. Par laquelle une lumi\u00e8re entre. Oblique. Toujours oblique. Une lumi\u00e8re qui glisse. Sur le mur. Sur le sol.\n\nElle avance lentement. Presque pas. Mais assez pour qu\u2019on sache qu\u2019elle avance. Si on la regarde assez longtemps. Mais qui fait \u00e7a ? Qui reste l\u00e0 \u00e0 regarder la lumi\u00e8re bouger ?\n\nLe sol est gel\u00e9.\n\nLe froid passe \u00e0 travers les chaussures. Il remonte. Pieds. Chevilles. Genoux. Corps. Voil\u00e0 ce qu\u2019il fait, le froid. Il monte, doucement, mais s\u00fbrement. Il s\u2019installe. Pas besoin de l\u2019inviter.\n\nJe regarde le clou. Je regarde la mouche. La lumi\u00e8re. Le froid.\n\nEt voil\u00e0.<\/code><\/pre>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a un mur, et il y a un sol. Ensemble, ils forment un angle de quatre-vingt-dix degr\u00e9s. Cette image se r\u00e9p\u00e8te, inlassablement, quatre fois, dans chaque coin de la pi\u00e8ce. L\u2019angle droit est toujours le m\u00eame, entre le sol et chacun des murs. Mais si l\u2019on l\u00e8ve les yeux, cette g\u00e9om\u00e9trie s\u2019inverse&nbsp;: les angles de quatre-vingt-dix degr\u00e9s se d\u00e9ploient entre le plafond et les murs, orient\u00e9s cette fois vers le bas. Il y a un bas, et il y a un haut. Du moins, c\u2019est ainsi que nous le concevons.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a une sorte d\u2019uniformit\u00e9 qui r\u00e8gne sur le sol, sur chaque mur, et au plafond. Une uniformit\u00e9 voulue, pens\u00e9e pour effacer les diff\u00e9rences. Une surface homog\u00e8ne, sans reliefs marqu\u00e9s, qui insiste sur elle-m\u00eame, comme pour mieux affirmer sa qualit\u00e9 de surface. Rien ne doit d\u00e9tourner l\u2019attention de cette continuit\u00e9 lisse et sans asp\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a une tache. Une tache qui interrompt cette neutralit\u00e9 . Elle n\u2019est pas qu\u2019une tache&nbsp;: elle attire l\u2019oeil. Elle devient un \u00e9v\u00e9nement dans ce vide uniforme. De la m\u00eame mani\u00e8re, il y a un clou. Plant\u00e9 dans le mur, il n\u2019est pas qu\u2019un clou. Il transforme l\u2019espace. Il sugg\u00e8re l\u2019id\u00e9e d\u2019un usage, d\u2019un manque, d\u2019un objet absent qu\u2019il aurait pu soutenir. Ce clou, ce n\u2019est pas juste du m\u00e9tal dans la surface&nbsp;; c\u2019est un point d\u2019accroche, une possibilit\u00e9 de pivot autour duquel le mur cesse d\u2019\u00eatre simplement un mur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a peut-\u00eatre une veste parfois accroch\u00e9e \u00e0 ce clou. Une casquette, un bonnet, un b\u00e9ret. Il y a l\u2019imagination et le souvenir se partageant toutes les id\u00e9es possibles jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9puisement. A la fin il y a la m\u00eame chose qu\u2019au d\u00e9but. Il y a un clou plant\u00e9 dans ce mur Est.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">il ya un l\u00e9ger mouvement p\u00e9riph\u00e9rique. Dans celle de l\u2019oeil fatigu\u00e9 de voir le clou. Il y a une mouche. Une mouche qui marche \u00e0 la verticale, sur l\u2019un des quatre murs. Pas tr\u00e8s loin du clou. On aurait pu la prendre pour un autre clou. Vite fait. Mais la mouche ne reste pas en place. Pour elle, le haut et le bas n\u2019existent pas comme pour nous. Ses petites ventouses au bout des pattes d\u00e9fient l\u2019 id\u00e9e de la gravit\u00e9, de l\u2019ordre des choses. Ce que nous appelons bas, haut, ou m\u00eame sol, perd tout son sens dans sa perception. Cette mouche, insignifiante en apparence, bouleverse le sens commun. Qu\u2019elle est aga\u00e7ante cette mouche. Ce que nous, humains\u2014et peut-\u00eatre m\u00eame les mammif\u00e8res en g\u00e9n\u00e9ral\u2014avons l\u2019habitude de penser, de dire, de notre place dans l\u2019espace. Elle \u00e9nerve. Elle d\u00e9forme l\u2019\u00e9vidence de notre monde droit et structur\u00e9, r\u00e9v\u00e9lant \u00e0 quel point le haut et le bas sont des notions relatives, fragiles, probablement arbitraires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a une fen\u00eatre dans le mur nord de la pi\u00e8ce. Il y a un paysage que l\u2019on peut observer. Il y a un paysage sur lequel l\u2019oeil peut se poser pour se donner un instant l\u2019impression de s\u2019\u00e9vader de la pi\u00e8ce. Il y a un dehors. Il y a un dedans. Il y a une fronti\u00e8re mat\u00e9rialis\u00e9e par le mur nord. Il y a une projection de lumi\u00e8re oblique sur le sol, il y a l\u00e0 aussi un angle \u00e0 calculer. Il y a la question de savoir le calculer car cet angle ne cesse de se m\u00e9tamorphoser. Il y a une dur\u00e9e durant laquelle on peut s\u2019amuser \u00e0 chercher une solution. Il y a une dur\u00e9e dont on peut profiter pour s\u2019\u00e9vader dans une s\u00e9rie interminable de questions sans r\u00e9ponse. Il y a le sol gel\u00e9. Il y a les pieds pos\u00e9s \u00e0 plat sur le sol gel\u00e9. Il y a cette sensation de froid qui arrive au travers de la semelle de la chaussure et qui progressivement monte aux chevilles aux mollets, au corps tout entier.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a ce mur, l&rsquo;un des quatre. Pourquoi ce mur ci et pas ce mur l\u00e0. Et il y a un sol. Ce ne sera pas un fa ni un do pas un fado, pas cette fois. Un sol et un mur il \u00e9tait une fois font toujours un angle droit. Il y a quatre murs, un sol, un plafond, c&rsquo;est ce que l&rsquo;on appelle une pi\u00e8ce, une salle, un lieu, un espace, un volume \u2014 Ce volume mazette quel formidable potence ciel ! Et puis oh myst\u00e8re, que voyons nous l\u00e0 fich\u00e9 dans la paroi nord  ( il ne faut pas perdre le nord de vue) un clou. Un clou tordu comme un cigare tordu, un clou \u00e9teint, mais probablement en acier. Il en acier des ronds de chapeau ce vieux clou avant qu&rsquo;oncque ne le visse. Et puis il y a le froid qui monte du sol, comme quelque chose d&rsquo;hostile mais de n\u00e9cessaire pour frapper la plante des pieds, se souvenir que nous sommes l\u00e0 pas ailleurs. Utilit\u00e9 des choses hostiles. Et des semelles trop fines. Tiens il y a une mouche. N\u00e9cessaire aussi pour oublier le froid qui monte depuis le centre de la terre jusqu&rsquo;aux os \u00e0 travers les chaussures bon march\u00e9. Une mouche avec au bout de ses pattes de mouche un genre de ventouse. <em>Ne dites donc rien sur le genre <\/em>dit une voix assexu\u00e9e. Comment sait-on qu&rsquo;une voix est assexu\u00e9e d&rsquo;ailleurs.  J&rsquo;ai le nez qui coule donc je me mouche. Il vaut mieux se concentrer sur le paysage. Sur la d\u00e9coupe de lumi\u00e8res ou d&rsquo;ombres mouvantes, \u00e7a va \u00e7a vient,  des grands arbres devant la fen\u00eatre et qui se projettent \u00e0 l&rsquo;oblique sur le sol de la classe.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a un mur, et il y a un sol. Ensemble, ils forment un angle de quatre-vingt-dix degr\u00e9s. Cette image se r\u00e9p\u00e8te, inlassablement, quatre fois, dans chaque coin de la pi\u00e8ce. L\u2019angle droit est toujours le m\u00eame, entre le sol et chacun des murs. 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