{"id":176897,"date":"2024-12-29T09:31:39","date_gmt":"2024-12-29T08:31:39","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=176897"},"modified":"2024-12-29T09:31:39","modified_gmt":"2024-12-29T08:31:39","slug":"lvme04-pieds-nus","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/lvme04-pieds-nus\/","title":{"rendered":"#LVME#04 | Pieds nus"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"576\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/LVME04-PiedsNus-576x1024.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-176898\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/LVME04-PiedsNus-576x1024.jpeg 576w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/LVME04-PiedsNus-236x420.jpeg 236w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/LVME04-PiedsNus-768x1365.jpeg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/LVME04-PiedsNus-864x1536.jpeg 864w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/LVME04-PiedsNus-1152x2048.jpeg 1152w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/LVME04-PiedsNus-scaled.jpeg 1440w\" sizes=\"auto, (max-width: 576px) 100vw, 576px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle aime marcher pieds nus. Alors elle marche pieds nus le plus souvent qu\u2019elle peut. Ses pieds lui racontent le sol, plus besoin de ses yeux qui peuvent se perdre ailleurs, ou bien juste un coup d\u2019\u0153il, puisque la peau des pieds ne lit pas les couleurs. Les sols changent avec les saisons, textures, teintes, aussi la chaleur, alors elle se prom\u00e8ne pour v\u00e9rifier tout \u00e7a ou juste pour que ses pieds trouvent de quoi s\u2019abreuver de mati\u00e8res, de contacts. \u00c7a commence au lever, ses pieds quittent le doux des draps et de la couette, les plis du tissu qu\u2019elle a suivi, coinc\u00e9s entre deux orteils, entortill\u00e9s, froiss\u00e9s, tirebouchonn\u00e9s puis liss\u00e9s dans un demi-sommeil ou un \u00e9veil r\u00eaveur. \u00c0 partir du lever, ses pieds n&rsquo;auront plus autant de libert\u00e9, il va falloir qu\u2019ils soient au service de tout le corps, qu\u2019ils le portent qu\u2019ils l\u2019emportent, le conduisent o\u00f9 la pens\u00e9e le veut, qu\u2019ils assurent la verticale cette station debout qui pose la t\u00eate humaine tout en haut de l\u2019ensemble. Mais le matin, \u00e7a commence toujours de la m\u00eame fa\u00e7on, \u00e7a commence par le parquet, juste au pied de son lit. Du bois, lisse et clair, sapin s\u00fbrement, huil\u00e9 et non verni, pas isol\u00e9 du bois par un film de brillance qui le rapprocherait trop de la froideur du carrelage, le parquet est toujours temp\u00e9r\u00e9, jamais bouillant ou glac\u00e9, il donne, un peu comme l\u2019air ambiant ou la lumi\u00e8re par la fen\u00eatre, une indication de la saison et puis du temps qu\u2019il fait, mais sans se faire abrupt. Entre les planches, parfois un petit espace, souvent ind\u00e9celable par la plante \u00e9paissie par les contacts rugueux avec les autres sols. Le m\u00e9nage n\u2019\u00e9tant pas son activit\u00e9 pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e, il y a souvent des grains de sable, des poussi\u00e8res, un peu de terre, des petits bouts de plantes ramen\u00e9s du jardin. Quand une chose la g\u00eane, elle frotte sa plante de pied sur le mollet de l\u2019autre jambe et \u00e7a lui suffit bien, ses mains \u00e0 elle sont l\u00e0 pour de toutes autres t\u00e2ches que de se frotter les pieds, et puis les petits grains de sable et les morceaux de branches, elle les oublie bien vite. Pour aller vers le b\u00e2timent commun, elle passe toujours par la plage et reste un moment, debout, \u00e0 regarder la mer, ou bien l\u2019eau du chenal ou bien l\u2019\u00eele d\u2019en face, juste de quoi avoir les pieds au ras de l\u2019eau, les vagues jusqu\u2019aux chevilles, les orteils qui gratouillent, les talons qui se tortillent de quoi t\u00e2ter le sable en-dessous de la surface, se penser coquillage au moins quelques minutes, faire partie de l\u2019estran. Ensuite remonter par le petit chemin, passer la ligne des algues, sentir leur s\u00e9cheresse qui les rends si cassantes, ou leur c\u00f4t\u00e9 gluant qui rebute les promeneurs, ce sera l\u2019un ou l\u2019autre en fonction de la mar\u00e9e. Sur le chemin, sable, terre, cailloux, parfois aussi des branches ou des aiguilles de pin quand on arrive tout pr\u00e8s du grand b\u00e2timent, salle commune et cuisine. Dans la longue salle, murs enduits \u00e0 la chaux, teinte coquille d\u2019\u0153uf pali et sol toujours frais, voire froid en hiver, carrelages pass\u00e9 de mode, carr\u00e9s de cinq sur cinq, blanc tirant sur le gris et des carreaux de couleurs d\u00e9pos\u00e9s au hasard des envies du carreleur. Dans la cuisine, les m\u00eames carreaux et une estrade en caillebotis en fins croissillons de bois pour sur\u00e9lever le sol devant le plan de travail, les \u00e9viers et les plaques, pour que celle ou celui qui s\u2019occupe des repas puisse aussi voir la mer. Dans l\u2019atelier, tout est en bois, plancher et murs tous faits des m\u00eames planches, par terre souvent couvert de copeaux, de sciure parfois parfaitement propre quand on y a trac\u00e9 des \u00e9pures de grandes pi\u00e8ces, avec des bouts de ruban adh\u00e9sifs de couleur fluo pour mieux s\u2019y retrouver dans les traits et les notes \u00e9crites au crayon. Pieds nus, elle ne fait que passer, pour travailler vraiment, elle mettra des chaussures, elle tient \u00e0 ses orteils. Dans le nouveau dortoir elle n\u2019y va pas souvent, pas plus qu\u2019avant le dortoir elle ne se promenait dans le champ pour les tentes. Mais dans le dortoir elle sait le m\u00eame bois que l\u2019atelier, aux murs autant qu\u2019au sol, un grand tapis en sorte de caoutchouc avec ronds et carr\u00e9s pour s\u2019essuyer les pieds, une fois pouss\u00e9e la porte en haut des marches, le sas pour garder la chaleur \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et l\u2019\u00e9tag\u00e8re pour passer de chaussures \u00e0 chaussons. Il faudra qu\u2019elle aille voir, juste pour voir, mais quand elle a du temps elle va plus volontiers se promener sur la plage, au bord de l\u2019eau, sur les cailloux de l\u2019est o\u00f9 l\u2019\u0153il se perd au large ou bien dans le jardin pour sentir sous ses pieds, l\u2019herbe verte qui commence en ce vingt-trois juin \u00e0 se faire plus dense, plus solide que les fr\u00eales jeunes pousses du printemps, mais pas encore s\u00e8ches, r\u00eaches comme l\u2019herbe de l\u2019\u00e9t\u00e9, comme papier sous les pieds<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Elle aime marcher pieds nus. 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