{"id":177305,"date":"2025-01-06T16:35:29","date_gmt":"2025-01-06T15:35:29","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=177305"},"modified":"2025-01-24T19:26:54","modified_gmt":"2025-01-24T18:26:54","slug":"testard_roman_maison_6_1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/testard_roman_maison_6_1\/","title":{"rendered":"#LVME #06 | Roman garage"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"le_pitch_1\">Il entre dans les garages et il s&rsquo;y tient. Comment il fait pour ne pas se faire voir dans les garages ? Il n&rsquo;est pas gros. Il ne passe pas la porte de la maison, il s&rsquo;en tient au garage. Rep\u00e8re les portes de garage ouvertes, il a l&rsquo;\u0153il pour les portes qui s&rsquo;ouvrent. Ou se ferment. Avec les portes automatiques aujourd&rsquo;hui de plus en plus de portes s&rsquo;ouvrent, le monde s&rsquo;ouvre et puis se ferme. Les entr\u00e9es de garages, les entr\u00e9es de parkings, grilles de cours et locaux poubelles, il longe les murs et les haies, les fa\u00e7ades et lorsqu&rsquo;une d&rsquo;entre elles s&rsquo;ouvre. Demeure ouverte. Ou alors qu&rsquo;elle se referme. Quand elle commence \u00e0 se rabattre. Il a commenc\u00e9 chez son voisin. \u00c7a commence dans le garage de son voisin\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"la_haie\">Le voisin est sorti sur le trottoir devant chez lui gratter le parterre de rosiers le long de son mur. Lui se l\u00e8ve. Lui pissait dans la haie de thuyas entre son jardin et celui de son voisin. La haie les s\u00e9parant. Il pisse en r\u00e9alit\u00e9 au pied de la haie, sur son terrain, la haie est sur son terrain. Plant\u00e9e. Comme il l&rsquo;a taill\u00e9e de son c\u00f4t\u00e9 comme de celui de son voisin il y a peu il \u2014 lui \u2014 voit \u00e0 travers. Lui grapille des \u00e9clats de la lumi\u00e8re, un rayonnement \u00e0 travers sa haie. Il voyait la lumi\u00e8re de 11h \u2014 bient\u00f4t midi \u2014 traverser sa haie, capte un peu ce qui se passe de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9. Ce qui se passait dans la cour, de son voisin&nbsp;? En ce moment, rien. Mais&nbsp;ce qu&rsquo;il y a\u2026 C&rsquo;est tout mouchet\u00e9, mang\u00e9 de partout mais qu&rsquo;il se balance un peu, la t\u00eate de gauche et de droite et au travers des thuyas, en d\u00e9pit d&rsquo;eux il r\u00e9tablit la continuit\u00e9, reconstitue des formes. S&rsquo;il se rapproche encore il\u2026&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"le_man\u00e8ge\">En m\u00eame temps il entend son voisin s&rsquo;\u00e9poumoner, sur le trottoir derri\u00e8re son mur gratter et souffler et il peut voir la porte de derri\u00e8re de son garage ouverte un m\u00e8tre, un m\u00e8tre cinquante devant lui \u00e0 travers la haie. Il voit le carrelage qui se perd dans l&rsquo;ombre du garage, il se balance, il s&rsquo;avance. Il a fini de pisser, le garage est au fond de son jardin, ind\u00e9pendant de la maison du voisin, il conna\u00eet le man\u00e8ge du voisin&nbsp;: ouvrir l&rsquo;abri de jardin tout gondol\u00e9 coll\u00e9 entre la porte et la fen\u00eatre du garage, dont le store n&rsquo;est plus jamais relev\u00e9, les battants jamais ouverts, poussi\u00e8re, prendre les outils et passer par le garage pour rejoindre la rue en n&rsquo;ouvrant qu&rsquo;un battant de la grande porte en bois peint en blanc exactement comme la sienne, c&rsquo;est la m\u00eame porte (mais pas la m\u00eame rue) et en sortant au passage un sac de collecte s\u00e9lective des d\u00e9chets verts, de tonte, de taille, celui qui est entam\u00e9, sac r\u00e9utilisable, ne pas jeter. C&rsquo;est le m\u00eame chemin que pour sortir les poubelles, faire rouler les deux containers, le jaune, le verrouill\u00e9 le m\u00eame soir jusque sur le trottoir. Il conna\u00eet le chemin : au bout de la haie, \u00e0 trois enjamb\u00e9es de l\u00e0 o\u00f9 il s&rsquo;\u00e9goutte o\u00f9 il vient de pisser sur la liti\u00e8re des rameaux morts et en miettes des thuyas m\u00eal\u00e9e de sablon et les toutes jeunes feuilles du lierre terrestre qui ressortent d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 o\u00f9 les chats du voisinage aussi marquent leur territoire, le pignon nord du garage du voisin a priv\u00e9 de lumi\u00e8re avec les ann\u00e9es trois des pieds de thuyas avec une permanence qui, les \u00e9touffant dans l&rsquo;ombre de la croissance de leurs voisins, leur a \u00e9t\u00e9 fatale. Ils n&rsquo;avaient pas leur place l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"la_cour\">En s&rsquo;approchant, se balan\u00e7ant d&rsquo;un pied sur l&rsquo;autre il peut voir aujourd&rsquo;hui ce qu&rsquo;il y a. Reconstituer. Maintenant qu&rsquo;il l&rsquo;a prise, la haie, \u00e0 bras le corps et expos\u00e9e au jour. (Et comme un peu d\u00e9nud\u00e9e, en tout cas diminu\u00e9e. Sachant que le thuya ne supporte pas une taille trop s\u00e9v\u00e8re, il lui faut, aurait fallu de r\u00e9guliers coups de rabots, d&rsquo;esp\u00e8ces de tontes, sinon c&rsquo;est s&rsquo;exposer, soi, lui, \u00e0 mettre \u00e0 jour l&rsquo;int\u00e9rieur de branches nues, comme cadav\u00e9rique, de ce bel ensemble tout d&rsquo;un pan vert, cette fausse profusion, densit\u00e9 toute de fa\u00e7ade, ce fa\u00e7adisme v\u00e9g\u00e9tal, dedans c&rsquo;est vide\u2026) Rien. Qu&rsquo;un barbecue. Une table en plastique. Grise. Des dalles. Un groseillier. Un abri en t\u00f4le gondol\u00e9 de partout coll\u00e9 entre la porte et la fen\u00eatre poussi\u00e9reuse du garage. Qu&rsquo;on dit de jardin. Mais le jardin du voisin n&rsquo;est qu&rsquo;une cour. Juste de quoi se cogner la t\u00eate contre les murs. Comme on dit. Les murs cr\u00e8me. Le soleil comme dans une cuve.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:15px\"><em>\u2026 Mais comment avancer qu&rsquo;il d\u00e9couvre ce d\u00e9sert, s&rsquo;il y a auparavant p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 pour tailler ce c\u00f4t\u00e9 de la haie&nbsp;? La nuance, c&rsquo;est qu&rsquo;il le scrute maintenant \u2014 y \u00e9volue \u2014 depuis les yeux de la haie, ce qui n&rsquo;a rien \u00e0 voir\u2026 C&rsquo;est donc cela&nbsp;: cela est sa haie. C&rsquo;est sa haie \u00e0 lui qui les s\u00e9pare. Qui les dissimule l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre, son voisin et lui. C&rsquo;est dans sa haie \u00e0 lui qu&rsquo;il a des mois \u2014 et l&rsquo;\u00e9quivalent en jours \u2014 plus tard \u2014 alors qu&rsquo;il n&rsquo;en finit plus de faire nuit \u2014 le nez et lance, ou se lance&nbsp;:<\/em><\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><strong><a href=\"\/ateliers\/testard_roman_maison_1_2\/#le_thuya\">[&nbsp;]<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"le_pitch_2\">Il entre dans les garages et s&rsquo;y tient. Il ne sait pas ce qu&rsquo;il vient faire. Ce qu&rsquo;il fait&nbsp;? Entrer. Il s&rsquo;engouffre dans l&rsquo;acc\u00e8s. Il profite d&rsquo;un acc\u00e8s libre. Ou tout sauf libre. Du moment. D&rsquo;une absence. D&rsquo;une d\u00e9faillance. Dans la vigilance. Laps. D&rsquo;une b\u00e9ance, une nuance&nbsp;: il saisit l&rsquo;importunit\u00e9. Une porte ouverte le happe, une ouverture. Une fermeture le retient, il se pr\u00e9cipite, le capte. Captiv\u00e9. Il est emport\u00e9 dans la fermeture, automatique, un courant d&rsquo;air, un appel. La porte se ferme, referme sur lui. Derri\u00e8re lui. Il ne sait pas dans quel merdier il s&rsquo;est fourr\u00e9. Comme on dit, pas \u00e0 qui il a \u00e0 faire. Aura. L&rsquo;automatisation des huisseries fait des portes sans contact, intouch\u00e9es. Il manque de tact \u00e0 coup s\u00fbr. Ce qui se tient dans les garages, se range, il vient, il va y prendre corps. S&rsquo;efface dans les garages, p\u00e9n\u00e8tre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-medium-gray-color has-text-color has-link-color has-small-font-size wp-elements-a3b785b9b9742c28347a267e870c9131 wp-block-paragraph\"><em>je suis dans les garages des maisons de lotissements<\/em><br>C.&nbsp;Honor\u00e9<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:10px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"un_lever\">Alors qu&rsquo;il l&rsquo;entend gratter dans la rue il se voit d\u00e9j\u00e0 dans le garage de son voisin. Il est onze heures du matin quand il sort de la maison dans le jardin. Il se l\u00e8ve. Il est accueilli dans le jour par les ahans du voisin sur le trottoir et des raclements. Cette matin\u00e9e d&rsquo;\u00e9t\u00e9 touche \u00e0 sa fin quand l&rsquo;homme approche de la haie. Une haie taill\u00e9e il y a peu par ce dernier qui s\u00e9pare son jardin de celui du voisin. De thuyas. Son voisin finit alors au soleil de gratter la terre de ses rosiers le long de sa maison. Est ce qu&rsquo;il se dit. Les rayons du soleil tombent de haut dans la haie. Une haie taill\u00e9e de si pr\u00e8s que le jour passe aujourd&rsquo;hui \u00e0 travers. Il est en train de pisser contre la haie et dans le bruit de la circulation d&rsquo;une fin de matin\u00e9e et des petits travaux de jardinage du voisin quand. Il voit le garage ouvert. Au fond de son jardin se trouve le garage ind\u00e9pendant de la maison du voisin. Pas plus de dix pas lui font rejoindre le fond de son jardin \u00e0 lui o\u00f9 il pisse non dans la haie mais au pied. Aux pieds des thuyas qu&rsquo;il a d\u00e9gag\u00e9s il y a peu&nbsp; d&rsquo;une liti\u00e8re pesante compos\u00e9e ann\u00e9e apr\u00e8s ann\u00e9e de d\u00e9bris de tailles et de rameaux secs et d&rsquo;aiguilles et bois mort de thuya, ainsi que des lianes enchev\u00eatr\u00e9es, courantes du lierre terrestre. Entre la taille et le ratissage il a rempli pr\u00e8s de quarante sacs de d\u00e9chets verts ramass\u00e9s le lundi. C&rsquo;est \u00e9norme. En plusieurs fois. Il est onze heures. Entre lui et son voisin il y a la haie et le mur de la rue. Personne.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"le_d\u00e9barras\">Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;il y a ? Il n&rsquo;y a rien. Il n&rsquo;a rien \u00e0 y faire. Il n&rsquo;y a rien \u00e0 voir. Le voisin ? Il voit \u00e0 travers. Il ne se voit pas. Il ne lui dit rien. Il est venu sans lui. Il est sans lui. Lui n&rsquo;y est pas. Il est de profil. Il ne lui fait pas face. Il ne le regarde pas. Il n&rsquo;est pas face \u00e0 lui. Il ne lui montre pas, rien. Il lui \u00e9chappe. Il passe \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Il est pass\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Il ferme. (Il fait noir.) Il ferme derri\u00e8re lui. Juste derri\u00e8re lui. \u00c0 cl\u00e9. Il ne lui c\u00e8de aucun passage. Ne lui laisse pas le temps. Il ne lui fait pas de place. Lui ne moufte pas. Lui ne respire plus. Lui ouvre tout grand les yeux pour ne pas \u00eatre vu. Lui ouvre toute grande la bouche pour n&rsquo;\u00eatre pas entendu. Respirer. Inspire, expire de l\u00e0, fond caverneux de la bouche. M\u00e9duse. Du plus noir de la bouche, dans un grand rond des l\u00e8vres contournant contenant le moindre frottement de l&rsquo;air contre les dents, r\u00e9primant tout sifflement d&rsquo;air dans les poils des narines. Lui fait comme si lui pas l\u00e0, pas d\u00e9glutir, c&rsquo;est celui qui dit qui est. Le voil\u00e0 pris. Il est dans l&#8217;embarras. Nuance. Dans le d\u00e9barras. Dans le rangement, le garage. Entre l&rsquo;auto et des skis.&nbsp; Entre une auto et un lit. Un lit d\u00e9mont\u00e9, en kit, en pi\u00e8ces d\u00e9tach\u00e9es, sans matelas. Sans sommier, un cadre de lit, sans les chevilles, remis\u00e9. Dress\u00e9. Contre le mur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"un_fait_divers\">Il s&rsquo;introduit sans raison dans un garage. Un homme est entr\u00e9 sans un bruit dans un garage dans l&rsquo;Oise aujourd&rsquo;hui. Il est aux environs de midi lorsque son voisin traverse son garage pour rentrer chez lui. Est-il bienvenu de se mettre au frais apr\u00e8s avoir travaill\u00e9 une partie de la matin\u00e9e \u00e0 nettoyer son parterre de rosiers en bordure de voie publique le long du pignon sud de sa maison par une temp\u00e9rature bien au-dessus de la moyenne de saison. Quel soulagement, quelle aise il y a \u00e0 se d\u00e9rober \u00e0 l&rsquo;ardeur d&rsquo;un ciel sans nuage et dans le m\u00eame \u00e9lan d\u00e9serter l&rsquo;espace public. C&rsquo;est une casquette que l&rsquo;on soul\u00e8ve, c&rsquo;est un v\u00eatement de trop dont on se d\u00e9barrasse, dans une derni\u00e8re \u00e9nergie. C&rsquo;est un sac dans les jambes que l&rsquo;on tra\u00eene. Pour aller se fourrer dans l&rsquo;ombre ou trouver refuge. L&rsquo;homme est quant \u00e0 lui d&rsquo;une humeur orageuse pour sept, \u00e9tant le nombre estim\u00e9 de parents proches vivants ou morts que le voisinage lui conna\u00eet, bien qu&rsquo;il vive aujourd&rsquo;hui seul et haletant d&rsquo;une fa\u00e7on qui alertera l&rsquo;oreille qui viendrait \u00e0 passer. Tra\u00eenerait par l\u00e0. Qui dirait il va y passer. Ma parole. On croit entendre dans un souffle un juron. Notre homme contient en lui une activit\u00e9 \u00e9lectrique intense dont nous ne pouvons d\u00e9cider si en l&rsquo;instant t il la douche comme en la tour hyperbolo\u00efde a\u00e9ro-r\u00e9frig\u00e9rante d&rsquo;une centrale ou dans les turbulences de convection d&rsquo;un cumulus bourgeonnant l&rsquo;exasp\u00e8re. Il souffle et souffle fort et \u00e0 vrai dire il commence \u00e0 nous faire peur. Nous oublions toutefois dans notre curiosit\u00e9 et b\u00e9n\u00e9vole pr\u00e9venance que nous ne sommes pas l\u00e0. Cependant il se tient quelqu&rsquo;un dans le garage. L&rsquo;homme qui s&rsquo;est appuy\u00e9 \u00e0 son auto d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, accroch\u00e9 \u00e0 son outil de l&rsquo;autre enfin se reprend et, sans avoir vu, passe.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:50px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"la_chute_1\" style=\"font-size:16px\"><em>Je n&rsquo;ai rien vu de la chute de mon voisin. Je n&rsquo;ai rien entendu. Je n&rsquo;en ai m\u00eame rien soup\u00e7onn\u00e9, il n&rsquo;y a m\u00eame pas un bruit, pas en elle eu une rumeur, que j&rsquo;aurais pris pour autre chose. J&rsquo;\u00e9crivais il faut dire\u2026 J&rsquo;avais cru qu&rsquo;\u00e9crire, c&rsquo;\u00e9tait \u00eatre attentif. Je r\u00eavais qu&rsquo;\u00e9crire f\u00fbt \u00eatre aux aguets. Je me sens bizarre.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left wp-block-paragraph\" style=\"font-size:16px\"><em>Dans les m\u00eames moments, m\u00eames heures, je sortais dans mon jardin v\u00e9rifier l&rsquo;ombre et l&rsquo;angle<\/em> <em>du toit<\/em> <strong><a href=\"\/ateliers\/testard_roman_maison_4_1\/#le_toit\">[&nbsp;]<\/a><\/strong> <em>de mon voisin par rapport \u00e0 celui de mon garage&nbsp;; garage au-dessus duquel se trouve, mansard\u00e9e, notre chambre&nbsp;; chambre d&rsquo;o\u00f9, oreille \u00e9mergeant de la couette, nous entendons de bon matin mon voisin racler des pieds de chaise contre le carrelage de sa cuisine. J&rsquo;\u00e9crivais, donc. Cuisine ou, pour \u00eatre pr\u00e9cis, cuisine &#8211; salle \u00e0 manger &#8211; salon qui, au rez-de-chauss\u00e9e de la maison haute, la maison \u00e9troite, la maison \u00e0 deux vol\u00e9es d&rsquo;escaliers tenant, du fait de son emprise r\u00e9duite au sol (son air de tour), davantage, quant \u00e0 sa disposition int\u00e9rieure, de l&rsquo;appartement en triplex que de la maison individuelle, est tout le s\u00e9jour de mon voisin. Maison qui me fait de l&rsquo;ombre, \u00e0 moi ou \u00e0 mon jardin, interpos\u00e9e qu&rsquo;elle est entre nous et la course du soleil, qui n&rsquo;est que notre rotation mais donne \u00e0 nos jours leurs courbure et rayonnement. Une chute comme celle-l\u00e0, qu&rsquo;a connu mon voisin du c\u00f4t\u00e9 oppos\u00e9 de la maison, c\u00f4t\u00e9 soleil ou rue prend, j&rsquo;imagine, au moins un peu de temps\u2026<\/em><\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"le_personnage\"><em>Certes moins qu&rsquo;il n&rsquo;en faut pour l&rsquo;\u00e9crire\u2026 Probablement moins de concentration\u2026 Je me sens bizarre. Il ne s&rsquo;agit pas de mon voisin. C&rsquo;est le <\/em>personnage<em> qu&rsquo;il fait \u00e9merger, appara\u00eetre, qui surgit, qu&rsquo;il emporte avec lui en traversant sa cour. Ce n&rsquo;est pas lui, ce sont <\/em>des choses qu&rsquo;on sent<em>, qu&rsquo;il d\u00e9gage ou qui lui tournent autour, qui <\/em>sont dans l&rsquo;air<em>. Voil\u00e0 ce qu&rsquo;il y a six jours j&rsquo;\u00e9crivais. Je venais de publier mon voisin. Dans mes notes je me justifiais, je pr\u00e9cisais&nbsp;: c&rsquo;est <\/em>l&rsquo;effet<em> qu&rsquo;il m&rsquo;a fait. C&rsquo;est l&rsquo;impression qu&rsquo;il me laisse. Une \u00e9manation, une \u00e9mission. C&rsquo;\u00e9tait donc, c&rsquo;\u00e9tait devenu un <\/em>personnage<em>. Il y avait son personnage entre nous, qu&rsquo;il avait de longue date et \u00e0 gros traits bross\u00e9 pour moi, qu&rsquo;il entretenait ou revivifiait, affirmait, pr\u00e9cisait \u00e0 chacune des travers\u00e9es sonores de sa cour. C&rsquo;en serait, entre nous, dor\u00e9navant ainsi. Ce devenait ind\u00e9pendant de lui. Une cr\u00e9ature avait pris son autonomie. Elle s&rsquo;animait. Se r\u00e9veillait n&rsquo;importe quand. Elle \u00e9tait l\u00e0. Il y a cette s\u00e9quence, dans laquelle j&rsquo;avance, en image, en \u00e9crivant \u2014 en <\/em>personnage<em>, si ce n&rsquo;est en personne, masqu\u00e9 d&rsquo;une image&nbsp;:<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><strong><a href=\"\/ateliers\/testard_roman_maison_1_2\/#la_cour\">[&nbsp;]<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"la_chute_2\"><em>Je suis pris de court, cela se boucle autrement qu&rsquo;imagin\u00e9. Ce n&rsquo;est pas comme c&rsquo;est, c&rsquo;\u00e9tait, ce fut \u00e9crit. Pas tout \u00e0 fait. Presque. C&rsquo;est le <\/em>presque<em> le probl\u00e8me. Le <\/em>presque<em> qui fait bizarre. J&rsquo;\u00e9tais derri\u00e8re mon seuil, \u00e0 \u00e9crire, comme les autres jours. Le dos tourn\u00e9 aux fen\u00eatres qui encadrent ma porte d&rsquo;entr\u00e9e, donnent sur la rue. Sauf que depuis le reflet dans mon \u00e9cran j&rsquo;y vois qui passe&nbsp;: je vois dans ma rue. M&rsquo;en vante. Sauf que \u00e7a, <\/em><strong><a href=\"\/ateliers\/testard_roman_maison_1_1\/#la_voisine\">[&nbsp;]<\/a><\/strong><em> elle, je ne l&rsquo;ai pas vue\u2026 Ayant publi\u00e9 mon article <\/em><strong><a href=\"\/ateliers\/testard_roman_maison_4_1\/#le_garage\">[&nbsp;]<\/a><\/strong><em> je sortais mon verre, je veux dire que j&#8217;emportais mes bouteilles vides \u00e0 la benne. Avance vers moi, ce qui n&rsquo;est pas arriv\u00e9 depuis des mois, le 6. Lui&nbsp;: <\/em>je ne t&rsquo;avais pas reconnu<em>, je lui ressers ma blague \u00e0 propos de pots de yaourt, il me coupe&nbsp;: <\/em>tu as appris pour le voisin&nbsp;?<em> Le 6 me raconte que ce matin sa femme partait en courses, elle sort l&rsquo;auto du garage, alors elle voit deux hommes pench\u00e9s sur le voisin sur le trottoir, qu&rsquo;ils n&rsquo;ont rien pu faire. <\/em>Non\u2026<em> Que les pompiers ont \u00e9t\u00e9 appel\u00e9s, qu&rsquo;il sortait de sa maison, entrait dans son auto. <\/em>Non\u2026 Mais j&rsquo;\u00e9tais l\u00e0&nbsp;!?<em> je lui fais, <\/em>j&rsquo;\u00e9tais juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9\u2026<em> Mon voisin est mort ce matin.<\/em><\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:50px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Quels rapports entreteniez-vous avec le d\u00e9funt&nbsp;?<br><br>\u2014 Fictionnels, dans l&rsquo;ensemble.<\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/250106_LVME_6_1-1024x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-177578\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/250106_LVME_6_1-1024x1024.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/250106_LVME_6_1-420x420.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/250106_LVME_6_1-200x200.jpg 200w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/250106_LVME_6_1-768x768.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/250106_LVME_6_1-1536x1536.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/250106_LVME_6_1-2048x2048.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<div style=\"height:10px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il entre dans les garages et il s&rsquo;y tient. Comment il fait pour ne pas se faire voir dans les garages ? Avec les portes automatiques aujourd&rsquo;hui de plus en plus de portes s&rsquo;ouvrent, le monde s&rsquo;ouvre et puis se ferme. <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/testard_roman_maison_6_1\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#LVME #06 | Roman garage<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":334,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[7211,7131],"tags":[],"class_list":["post-177305","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-06-commencer-par-la-fiction","category-roman-maison"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/177305","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/334"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=177305"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/177305\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":178693,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/177305\/revisions\/178693"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=177305"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=177305"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=177305"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}