{"id":177659,"date":"2025-01-08T14:32:37","date_gmt":"2025-01-08T13:32:37","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=177659"},"modified":"2025-01-08T14:32:38","modified_gmt":"2025-01-08T13:32:38","slug":"06-commencer-par-la-fiction","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/06-commencer-par-la-fiction\/","title":{"rendered":"#06 commencer par la fiction"},"content":{"rendered":"\n<p>Commencer par la fiction, trois fois<\/p>\n\n\n\n<p>Le griot, le doigt sur la bouche pendant la visite de la traboule, ach\u00e8ve sur un ton confidentiel : c\u2019est l\u00e0 qu\u2019a eu lieu, le crime du siffleur, au troisi\u00e8me, un jour de juin 1939. Le siffleur, c\u2019est comme \u00e7a qu\u2019on l\u2019appelait, Herv\u00e9 Champier\u00a0; un cheminot employ\u00e9 aux chaudronnerie d\u2019Oullins qui sifflait tout le temps, un joyeux drille, poche perc\u00e9e, rentrant souvent chez lui apr\u00e8s avoir essuy\u00e9 plusieurs bocks, s\u2019en suivait des gueulantes avec sa femme qui travaillait aux usines de la Rhodia sur la colline de Vaise. Un matin, le quai des orf\u00e8vres appelle le commissariat central de la Guilloti\u00e8re\u00a0; ils viennent de recevoir les aveux d\u2019un certain Champier, ivre mort, qui s\u2019accuse d\u2019avoir tuer sa compagne, qu\u2019il aurait jet\u00e9 apr\u00e8s dans la Sa\u00f4ne, il aurait pris ensuite un train pour Paris o\u00f9 d\u00e9s\u00e9sp\u00e9r\u00e9, il enfile verre sur verre. Apr\u00e8s v\u00e9rification, c\u2019\u00e9tait pas en 39 mais juste apr\u00e8s la guerre, en 46, c\u2019est pour \u00e7a que l\u2019histoire est pass\u00e9e entre les mailles, un moment flottant, les crimes de droit commun passaient apr\u00e8s les crimes de guerre. La victime n\u2019\u00e9tait pas sa femme mais sa ma\u00eetresse; sa femme l\u2019a toujours soutenu en allant le voir r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 la prison centrale de Perrache. Apr\u00e8s l\u2019amnistie de 48, ils ont quitt\u00e9 le quartier.  Et Il ne vivait pas au troisi\u00e8me, mais au quatri\u00e8me et demi, avant qu\u2019il y ait eu toutes ces modifications d\u2019appartements avec les cagibis r\u00e9unis et les demi \u00e9tages raccord\u00e9s et des b\u00e2timents communicants. Cet immeuble est un vrai gruy\u00e8re. On ne sait jamais o\u00f9 on se trouve.<\/p>\n\n\n\n<p>On sonna un matin chez les Perrault, c\u2019est Madame encore en peignoir qui ouvrit. La visiteuse se pr\u00e9senta comme une ancienne locataire, Nathalie Sapon ou savon ou salon. Tr\u00e8s prolixe, demandant si elle pouvait revoir ce lieu charg\u00e9 de souvenirs o\u00f9 elle avait fait ses \u00e9tudes. Autour d\u2019un caf\u00e9 offert \u00e0 la bonne franquette sur la table de la cuisine, collante et pleine de miettes, la vaisselle du petit d\u00e9jeuner encore dans l\u2019\u00e9vier, elle s\u2019\u00e9pancha tr\u00e8s \u00e9mue aupr\u00e8s de son hotesse. Cette arriv\u00e9e inopin\u00e9e avait enchant\u00e9 Madame Perrault toujours friande d\u2019histoires. En tournant son caf\u00e9, Nathalie Sapon, lui confia que c\u2019\u00e9tait ici qu\u2019elle avait rencontr\u00e9 son mari, elle partageait alors l\u2019appartement avec un fianc\u00e9 gentil mais plus convenu, \u00e9tudiant en droit qui devait reprendre l\u2019\u00e9tude de son p\u00e8re \u00e0 Chaponost. Sacr\u00e9 immeuble, les portes toujours ouvertes avec les voisins, \u00e0 l\u2019\u00e9poque on fumait toujours sous les coursives, c\u2019est l\u00e0 qu\u2019elle avait rencontr\u00e9 Saladin qui vivait dans l\u2019autre b\u00e2timent. Elle soupira en remerciant Madame Perrault de son hospitalit\u00e9. Mais jJe me demande si je ne fais pas un peu un amalgame avec un article que j\u2019ai lu r\u00e9cemment dans le Progr\u00e8s, dans les br\u00e8ves, o\u00f9 une certaine Nathalie dont le nom se terminait en on, avait \u00e9t\u00e9 interpell\u00e9 pour cambriolage\u00a0; elle entrait toujours sans effraction en se pr\u00e9sentant comme une ancienne locataire revenant sur les lieux de sa jeunesse.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019ordre du jour de chaque assembl\u00e9e de la copropri\u00e9t\u00e9 figure la servitude de passage de la traboule. La traboule est un terme qu\u2019on ne rel\u00e8ve que dans la r\u00e9gion, c\u2019est un passage traversant les cours d\u2019immeubles et permettant de passer d\u2019une rue \u00e0 une autre. Transambulare, passer \u00e0 travers. Initialement deux entr\u00e9es sont possibles pour rentrer et sortir, l\u2019une en bas de la colline et l\u2019autre en haut. Une vrai traboule mais qui n\u2019en est plus une\u00a0: au fil des ann\u00e9es, les habitants du dessus ont progressivement privatis\u00e9 le passage, en mettant une serrure, une cl\u00e9, un portail ferm\u00e9 r\u00e9serv\u00e9 pour le dessus du panier, les personnes vivant en haut. Si bien que les occupants du bas sont contraints de monter toute la colline qu\u2019ils pouvaient avant traverser et couper par l\u2019immeuble. Si tout le monde a progressivement abandonn\u00e9 ce passage du Nord ouest, ce n\u2019est pas le cas de Jacques Tillon qui en a fait son cheval de bataille, une affaire de principe\u00a0; la chose publique doit le rester. Si les habitants le soutiennent dans sa lutte contre la propri\u00e9t\u00e9 abusive jusqu\u2019\u00e0 \u00e0 l\u2019assister dans son attaque \u00e0 la masse ou aux p\u00e9tards, des serrures, ils ont renonc\u00e9, sachant qu\u2019aussit\u00f4t cass\u00e9e, la serrure est chang\u00e9e. Il voudrait bien engager une proc\u00e9dure mais les autres occupants ont d\u00e9j\u00e0 bien assez de mal \u00e0 faire face \u00e0 toutes leurs \u00e9ch\u00e9ances, alors s\u2019engager dans un litige&#8230; Pourtant Jacques Tillon persiste en \u00e9cumant les archives \u00e0 la recherche du plan de cadastre attestant de son bon droit. L\u2019avis d\u00e9favorable donn\u00e9e par une avocate sp\u00e9cialis\u00e9e sur le sujet, V\u00e9ronique Duchesnay n\u2019a pourtant pas entam\u00e9 son combat. Il la soup\u00e7onne de collusion d\u2019int\u00e9r\u00eats avec le voisin du dessus, Directeur de la boite Confiance en Confluence. Il a des documents prouvant qu\u2019elle serait leur conseil principal. Peut \u00eatre que ce dernier point est \u00e0 v\u00e9rifier car Jacques Tillon voit des correspondances partout, il para\u00eet qu\u2019il fait m\u00eame des cauchemars de passe muraille.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Commencer par la fiction, trois fois Le griot, le doigt sur la bouche pendant la visite de la traboule, ach\u00e8ve sur un ton confidentiel : c\u2019est l\u00e0 qu\u2019a eu lieu, le crime du siffleur, au troisi\u00e8me, un jour de juin 1939. 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