{"id":177685,"date":"2025-01-13T19:28:21","date_gmt":"2025-01-13T18:28:21","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=177685"},"modified":"2025-01-23T11:54:50","modified_gmt":"2025-01-23T10:54:50","slug":"testard_roman_maison_6_2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/testard_roman_maison_6_2\/","title":{"rendered":"#LVME #06 | L&rsquo;auto, la mort, ma voisine"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-right has-medium-gray-color has-text-color has-link-color has-small-font-size wp-elements-0be8ae8ea058972206003a32b0ec54af\"><em>dans leur d\u00e9sordre<\/em><\/p>\n\n\n\n<p id=\"le_caract\u00e8re\">L&rsquo;auto attend. Une auto attend. Stationn\u00e9e. Mon auto dans ma rue. Elle dort dehors. Est \u00e0 m&rsquo;attendre. L&rsquo;auto <strong><a href=\"\/ateliers\/testard_baudelaire_1_2\/\">[&nbsp;]<\/a><\/strong> m&rsquo;attend. Est l\u00e0. Pour m&rsquo;attendre. O\u00f9 elle m&rsquo;attend. Stationnement. Attend de d\u00e9marrer. De me conduire\u2026 Me conduire&nbsp;? Qui conduit&nbsp;? \u2014 De me transporter\u2026 Transporter&nbsp;? \u2014 De me porter. Qui est. M&rsquo;abstraire du sol. M&rsquo;enlever, du sol. L&rsquo;auto me retire du sol, me d\u00e9colle, mon auto. Ma possession. Je poss\u00e8de mon auto\u2026 Ou mon auto me poss\u00e8de ? \u2014&nbsp;J&rsquo;en ai la propri\u00e9t\u00e9\u2026 Elle n&rsquo;en a qu&rsquo;une&nbsp;? \u2014 J&rsquo;en ai, transmis, le caract\u00e8re. Son caract\u00e8re est blanc, dans la nuit. Mon auto demeure blanche dans la nuit. Son caract\u00e8re est de m&rsquo;attendre, elle est toute dans l&rsquo;attente, mon auto refroidie. Par la nuit.<br><br>Station de l&rsquo;auto<\/p>\n\n\n\n<p id=\"le_dehors\">Inertie de l&rsquo;auto. Attendant de me conduire. \u00c0 l&rsquo;aube. Ou avant, \u00e0 toute heure. Qu&rsquo;importe l&rsquo;heure, n&rsquo;importe quand. Stationnement r\u00e9sidentiel. Permanent. Permanence de l&rsquo;auto, elle est l\u00e0. Sous la main, je l&rsquo;ai. Elle est sous mes fen\u00eatres. Devant ma porte. J&rsquo;ai mis, j&rsquo;ai stationn\u00e9 l&rsquo;auto \u00e0 la porte. Dehors. \u2014 Dehors o\u00f9 tout commence. Elle y dort. Elle n&rsquo;attend que \u00e7a. D\u00e9marrer. Dormir dehors. Une auto veut \u00e7a. Une auto attend \u00e7a. Condamnation centralis\u00e9e du dedans, au dehors. L&rsquo;auto est ce qui m&rsquo;attend.<br><br>Elle est sous mes yeux. Quel effet me fait-elle ? Sa blancheur est son influx. Dehors commence l\u00e0. L&rsquo;auto est l&rsquo;aube. L&rsquo;auto devance l&rsquo;aube. En elle l&rsquo;aube point, se dessine. Elle est dans la nuit, comme un \u0153uf, la pr\u00e9figuration de l&rsquo;aube. Elle ne m&rsquo;a encore jusque l\u00e0 jamais fait cet effet. L&rsquo;effet de m&rsquo;attendre. L&rsquo;auto est dans ma t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"le_lotissement\">Le lotissement tourne dans les phares. D&rsquo;abord les pignons des maisons et les murs de cl\u00f4ture autour s&rsquo;animent, sont parcourus de lueurs. Int\u00e9rieurement, comme spectralement, leur mouvement ne se laissant surprendre, ou deviner que du coin de l&rsquo;\u0153il, ou blanc, avant que des ombres ne les pr\u00e9cisent, s&rsquo;y dessinent. Ombres d&rsquo;arbres, de poteaux, chemin\u00e9es, antennes, les phares des autos depuis la distance les projetant, depuis leur approche, les autos fon\u00e7ant vers l&rsquo;entr\u00e9e de ville, entr\u00e9e de la ville o\u00f9 le lotissement se tient. Dormant.<br><br>La ville au lotissement tournant<\/p>\n\n\n\n<p id=\"le_stop\">Le souffle sonore s&rsquo;\u00e9levant de la route, dans la vall\u00e9e s&rsquo;amplifiant ne laisse planer plus un doute. Ce sont elles. Cela est leur heure. De pointe, la nuit n&rsquo;a qu&rsquo;\u00e0 bien se tenir, faire toute petite. Ce sont les heures qui viennent \u2014 la nuit les avait perdues. Qui se retrouvent. Vont aux embauches. Aux premiers trains. En autos. Dans les navettes des autos le man\u00e8ge des maisons, fant\u00f4me, sur elles-m\u00eames, acc\u00e9l\u00e8re. Elles ne font que passer. D\u00e9j\u00e0, elles n&rsquo;arr\u00eatent plus de passer, sans discontinuer presque. Si, l\u00e0, une rupture, au coin, \u00e0 l&rsquo;oreille se remarque&nbsp;: au stop, qu&rsquo;il soit respect\u00e9 ou gliss\u00e9. En entr\u00e9e de zone \u00e9clair\u00e9e, d&rsquo;agglom\u00e9ration, plant\u00e9 l\u00e0 en guise de ralentisseur, esp\u00e8ce d&rsquo;\u00e9pouvantail au d\u00e9bouch\u00e9 de la vall\u00e9e. Dernier stop avant les premiers feux. Et les ronds-points.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"la_rue\">En s&rsquo;avan\u00e7ant dans l&rsquo;image\u2026 \u00e0 moins que ce ne soit elle, l&rsquo;image, en personne qui s&rsquo;avance, p\u00e9n\u00e8tre\u2026 il n&rsquo;y a pas vingt pas, entre l&rsquo;auto et le stop, \u00e0 faire. L&rsquo;image s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9e, ou bien suspendue. Mais dedans, on, ou quelque chose bouge. Sombrement. C&rsquo;est la rue. C&rsquo;est la rue qui donne sur la route qui descend de la vall\u00e9e, perpendiculaire. C&rsquo;est la rue qui, sortant du lotissement est prioritaire, la route qui a un stop, cherchez l&rsquo;erreur&nbsp;: la rue est vide, toujours. Des autos qui sont l\u00e0 aucune, rien en elles ne bouge. Stationnement r\u00e9sidentiel, elles sont \u00e0 leur place, ou elles n&rsquo;y sont pas&nbsp;: du tout. Absentes, et qu&rsquo;est-ce que \u00e7a change&nbsp;? C&rsquo;est autre chose. La route est d\u00e9j\u00e0 \u00e9clair\u00e9e que la rue est encore dans la nuit.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"le_porteur\">J&rsquo;ai ouvert le volet, j&rsquo;en suis rest\u00e9 l\u00e0. La fen\u00eatre demeur\u00e9e ouverte, \u00e0 sa place il y a <strong><a href=\"\/ateliers\/testard_autobiographies_7_1\/#nuit\">[&nbsp;]<\/a><\/strong> un corps, qui se hausse. S&rsquo;\u00e9tire. Se penche. Le voil\u00e0 sur l&rsquo;appui de fen\u00eatre, b\u00e9ton, les doigts dans le larmier, des mains, comme \u00e0 un starting block, pr\u00e8s. Il y a mon auto stationn\u00e9e devant moi, la maison&nbsp;: pour tout garde-corps. De ce point de vue dans l&rsquo;image \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat, il y a une auto arr\u00eat\u00e9e&nbsp;: le moteur tournant.&nbsp;Il n&rsquo;y a pas vingt pas \u00e0 faire. Un seul bond et. Pas dix pas entre le porteur du journal remont\u00e9 en auto et moi. Il n\u2019est <strong><a href=\"\/ateliers\/testard_roman_maison_1_1\/\">[&nbsp;]<\/a><\/strong> pas six heures&nbsp;: de la r\u00e9sonance de bo\u00eete de l&rsquo;habitacle sort la voix&nbsp;: \u00ab&nbsp;Appelez-nous si vous \u00eates d\u00e9j\u00e0 debout&nbsp;\u00bb, l&rsquo;\u00e9mission, les 6&nbsp;min. 5h45.<br><br>D\u00e9j\u00e0 debout<\/p>\n\n\n\n<p id=\"le_chat\">M&rsquo;avanc\u00e9-je, ou l&rsquo;image&nbsp;? Le visage comme r\u00e9tro\u00e9clair\u00e9, est l&rsquo;effet de l&rsquo;\u00e9cran du tableau de bord. Indique 0 \u00e0 cet instant, temps de marquer l&rsquo;arr\u00eat, s&rsquo;assurer. Contr\u00f4le visuel \u00e0 droite, en la seconde le regard est capt\u00e9. Sur le fond noir de nuit de la rue personne, plong\u00e9 dans l&rsquo;ombre. Rien que le stationnement d&rsquo;une Renault Clio 4 blanche. C&rsquo;est \u00e0 ses yeux que les yeux vont, \u00e0 la fois \u00e9teints et ouverts, yeux de chat, \u00e0 son nez blanc. La m\u00eame, toujours. Stationn\u00e9e comme braqu\u00e9e. Les habitu\u00e9s, ils se succ\u00e8dent maintenant, se m\u00e9fient car, que ce soient motards de la gendarmerie nationale ou policiers municipaux, irr\u00e9guli\u00e8rement les forces de l&rsquo;ordre se postent derri\u00e8re elle, dans l&rsquo;encaissement de la rue \u2014 sauf qu&rsquo;il n&rsquo;est pas l&rsquo;heure. Sa blancheur seulement bondit \u2014 et frappe. Son stationnement est tout son surgissement, elle fait partie du paysage&nbsp;: elle est le coin de la rue.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p id=\"quelqu_un\">Cela me frappe en ouvrant, dans la nuit, r\u00e9veill\u00e9, descendu, pourquoi <strong><a href=\"\/ateliers\/testard_baudelaire_1_1\/#la_pluie\">[&nbsp;]<\/a><\/strong>, le volet sur la rue&nbsp;: mon auto c&rsquo;est quelqu&rsquo;un. Je la retrouve l\u00e0, dans cette rue o\u00f9 rien ne bouge. Bient\u00f4t les phares d&rsquo;autos environnantes me passent au-dessus de la t\u00eate, courant les toits, je sais qu&rsquo;elles viendront \u00e0 passer l\u00e0, juste sous mes yeux. Cela ne sera que d&rsquo;une incidence faible sur l&rsquo;obscurit\u00e9 de la rue et la blancheur de l&rsquo;auto&nbsp;: elles passeront leur chemin, tr\u00e8s occup\u00e9es \u00e0 avaler les distances, concentr\u00e9es sur la chauss\u00e9e, ignorant tout des \u00e0-c\u00f4t\u00e9s. Plus pr\u00e8s des phares vous vous tenez, mieux vous pourrez les contenir, vous en garder\u2026 Certainement le dynamisme \u00e9conomique du secteur se mesure au nombre de v\u00e9hicules\/jour qui s&rsquo;arr\u00eatent au stop au pied de chez moi. C&rsquo;est cependant un bout du monde, le demi-tour du porteur du Parisien en fait foi. Voil\u00e0 qu&rsquo;il plonge sans tact aucun ses phares dans ma portion de rue, me tirant de mon t\u00eate-\u00e0-t\u00eate. Juste quand je pensais&nbsp;: dame blanche.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"le_regard\">Pas le temps de le voir descendre d&rsquo;auto que le mur des bo\u00eetes aux lettres me l&rsquo;escamote. Trois secondes et sa porti\u00e8re claque, je n&rsquo;entends plus les voix en d\u00e9border. Pas moyen de voir quelqu&rsquo;un entier\u2026 Il recule, ses roues arri\u00e8re mordent la bande blanche du stop. Pourquoi ce regard sur la rue d&rsquo;o\u00f9 il vient, repass\u00e9e la premi\u00e8re&nbsp;? o\u00f9 il s&rsquo;est engag\u00e9 en stoppant net, aussit\u00f4t&nbsp;? semble durer&nbsp;? Pour l&rsquo;auto&nbsp;? lui aussi&nbsp;? Trouve-t-il que ? On dirait ? Qu&rsquo;il est frapp\u00e9 de la blancheur&nbsp;? Surprend-il, qui se tient derri\u00e8re, ma pens\u00e9e&nbsp;? ce flux comme\u2026 une intention&nbsp;? Les phares lisent-ils&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p id=\"l_\u00e9clat\">Dame blanche<br><br>Je me tiens \u00e0 l&rsquo;instant derri\u00e8re mon auto. Je m&rsquo;en tiens pr\u00e8s \u00e0 m&rsquo;y confondre \u2014 en pens\u00e9e <strong><a href=\"\/ateliers\/testard_baudelaire_1_2\/#l_aube\">[&nbsp;]<\/a><\/strong>. Je me tiens dans son ombre \u00e0 bonne distance des phares. \u00c0 sa blancheur int\u00e9gr\u00e9, \u00e0 son \u00e9clat adjoint, dans son aire \u2014 me retiens. Qu&rsquo;elle quitte sa place de stationnement, il demeure sur la chauss\u00e9e une ombre, une ombre permanente, aur\u00e9ole de surface \u00e9gale \u00e0 son empattement. Qu&rsquo;il pleuve, que cela ruisselle, rien ne l&rsquo;efface, elle est l\u00e0, moi avec elle en pens\u00e9e \u2014 en elle. La quitterai-je pour aller me ficher dans les phares&nbsp;? Qu&rsquo;est-ce que cette histoire&nbsp;? Est-ce que je vais jusqu&rsquo;\u00e0 la bande blanche, \u00e0 la rejoindre&nbsp;? \u00c0 tomber dans un regard&nbsp;? Conducteur&nbsp;? Ou collecteur&nbsp;? J&rsquo;y pense&nbsp;: la dame blanche appara\u00eet \u00e0 des hommes seuls dans leur v\u00e9hicule avant un virage ou un carrefour, g\u00e9n\u00e9ralement une jeune femme v\u00eatue de blanc, parfois un homme ou une femme \u00e2g\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"l_auto_radio\">Auto radio<br><br>Il faut imaginer en ces p\u00e9rip\u00e9ties ou autour les gens qui se rendent au travail, s&rsquo;y jettent. Se projeter avec eux. Dans leurs habitacles, leurs si\u00e8ges. Il faut les voir avant l&rsquo;aube. Pris d\u00e9j\u00e0 dans la circulation. Automobiles, les entendre. Il faut \u00eatre dehors. Imaginer dessous, le bandeau d\u00e9roulant de la route stress\u00e9 par le roulement. L&rsquo;auto-radio l\u00e0-dedans. Isol\u00e9ment. On se croirait en dehors de tout en auto. L&rsquo;automobile suit sa pente, est un plongeon, perp\u00e9tuel. \u00c7a glisse. On se laisse p\u00e9n\u00e9trer ais\u00e9ment en auto. L&rsquo;air, sans le sentir. On infuse. Caisse de r\u00e9sonance, la r\u00e9duction de bruit, l&rsquo;absorption phonique int\u00e9rieure n&rsquo;y changent rien&nbsp;: l&rsquo;auto est gorg\u00e9e de voix. La radio est partie avec l&rsquo;auto, prendre un appel, \u00e0 croire \u00e0 une motorisation hybride&nbsp;: mon auto roule aussi aux mots. On peut se croire p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 de tout, on a les flashes info. La m\u00e9t\u00e9o. \u2014 Les chansons&nbsp;! S&rsquo;illusionner partie prenante, dans le mouvement de tout, y tra\u00e7ant sillage, laissant tout derri\u00e8re. Abstrait de tout. Expos\u00e9 \u00e0 tout. Attention aux hommes en jaune, en blanc. \u00c7a commence aujourd&rsquo;hui, le danger. Dans les phares&nbsp;? \u00c0 l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 de leur balayage, \u00e0 la limite des c\u00f4nes qu&rsquo;ils dessinent&nbsp;? Ou le long d&rsquo;eux comme sur un fil&nbsp;? M&rsquo;y tiendrai-je&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-medium-gray-color has-text-color has-link-color has-small-font-size wp-elements-bcfa8ab93cba44ecab9e20627a839c9b\"><em>\u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;une vapeur aux \u00e9tirements irr\u00e9guliers<\/em><br>G.&nbsp;Simenon<\/p>\n\n\n\n<p id=\"la_voisine\">Sa porte, d&rsquo;entr\u00e9e, claque. Midi pass\u00e9 donc <strong><a href=\"\/ateliers\/testard_roman_maison_1_1\/#la_voisine\">[&nbsp;]<\/a><\/strong>\u2026 Odeur entrante du dehors, frais courant au sol, retour de ses pas dans le couloir, approche\u2026 La voisine ira-t-elle droit dans sa cuisine faire, avant-avant-avant-derni\u00e8re page apr\u00e8s les Courses, avant Culture, Programmes, M\u00e9t\u00e9o, ses mots fl\u00e9ch\u00e9s sur la table de cuisine, pendant que la barquette d\u00e9jeuner r\u00e9chauffe \u2014 ou bien les liquide-t-elle avec le caf\u00e9&nbsp;? la t\u00e9l\u00e9&nbsp;? Qui saura, lui pose la question&nbsp;? Sa fille&nbsp;? Passe une fois par semaine pour l&rsquo;amener en courses. Le courrier va dans le bureau \u2014 mais le journal&nbsp;? Est-ce qu&rsquo;ils ne s&#8217;empilent pas sur le porte-revue \u00e0 droite du canap\u00e9&nbsp;? Se souvenir de la derni\u00e8re galette\u2026&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p id=\"le_s\u00e9jour\">Le rez-de-chauss\u00e9e entier dans le jour attend. \u00c7a&nbsp;: deux bips proviennent du couloir, et la voix de bo\u00eetier, un rien trop grave&nbsp;: Alarme d\u00e9sactiv\u00e9e. On entend l&rsquo;escalier. Les toilettes sont sous l&rsquo;escalier. L&rsquo;ouverture de la porte des toilettes offre en sortie le point de vue sur la t\u00e9l\u00e9 au salon&nbsp;: rien. Pas de r\u00e9action. La vieille voisine a demand\u00e9 RTL et Alexa sans un mot a obtemp\u00e9r\u00e9, depuis la cuisine et une paire d&rsquo;heures diffuse son continuum vocal. Plusieurs dizaines de minutes plus t\u00f4t, les volets se sont ouverts sans non plus pr\u00e9venir de part en part. \u00c9lectriques, programmables sur jardin et rue, ils se ferment et s\u2019ouvrent seuls. On est entr\u00e9 avec l&rsquo;\u00e9clairage public <strong><a href=\"\/ateliers\/testard_roman_maison_1_2\/#les_volets\">[&nbsp;]<\/a><\/strong>. La lumi\u00e8re s&rsquo;est install\u00e9e automatiquement, puis progressivement, enfin naturellement, du dehors. Avec le jour l&rsquo;image s&rsquo;est faite nette. Va-et-vient de la robe de chambre dans l&rsquo;encadrement des portes, l&rsquo;escalier a r\u00e9sonn\u00e9 de nouveau, l&rsquo;eau fl\u00fbt\u00e9 par la tuyauterie, l&rsquo;escalier encore grinc\u00e9\u2026 Comment est-on entr\u00e9 sans bouger, sans d\u00e9tection, rien d\u00e9clencher&nbsp;? Le d\u00e9clenchement des volets a d\u00e9sinhib\u00e9 la machine de vision. Leur mouvement est d&rsquo;ensemble, mais l&rsquo;image fixe. Que la luminosit\u00e9 change n&rsquo;a rien de suspect. Tout le s\u00e9jour est immobile. Soit vide. Y baigne.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"les_minutes\">La machine de vision<br><br>La maison a des paupi\u00e8res. Ses paupi\u00e8res s&rsquo;ouvrent comme un film commence, sauf que c&rsquo;est par se rembobiner. Machine de vision que la maison. De l&rsquo;encha\u00eenement des images, l&rsquo;ouverture des volets a la m\u00e9canique. L&rsquo;automatisme. Trous, traits, fentes vite, lignes et rangs puis rien, l&rsquo;enroulement. Rien jusqu&rsquo;au soir ne se d\u00e9roulera plus, Alexa scrupuleuse sur ce point. Alors ce sont les longues minutes, durant plus que de raison. N&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;entr\u00e9e du jour, la dissipation, la sc\u00e8ne est immobile. Comment r\u00e9sister \u00e0 ce qui se dessine alors, s&rsquo;impose&nbsp;? On est l\u00e0, qu&rsquo;y faire&nbsp;? sinon voir la maison accuser des contours, sans pouvoir s&rsquo;en d\u00e9fendre. Sans que rien ne bouge. Vides les minutes. Nu le carrelage. Le jour est distill\u00e9 l\u00e0 comme de la poussi\u00e8re se rassemble sous les meubles. Minutes alambiqu\u00e9es, minutes dans le sens de leur longueur. Des d\u00e9tails se pr\u00e9cisent, les pieds sortent de leur ombre, il y a des saillies, des contractures. Le jour blanchit encore, comme une chair se refroidit. On est l\u00e0. Bient\u00f4t sans l\u2019ombre d\u2019un doute. Rien qu&rsquo;une certaine disposition mobili\u00e8re au jour. Le jour prend tout le temps. Les minutes cependant, pour interminables qu&rsquo;elles soient, sont compt\u00e9es avant que la vieille voisine, revenant du coin de la rue, qu&rsquo;il lui prenne alors de venir s&rsquo;affaler dans son canap\u00e9, y tombant comme une pierre, se poser devant son \u00e9cran encastr\u00e9, elle aussi ne le d\u00e9couvre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p id=\"l_influenceur\">Images <br><br><em>Il grimpe dans un ch\u00eane. Il court quasiment. Torse nu, saute de branche en branche, la r\u00e9ception pr\u00e9cise. Il grimpe \u00e0 une liane, sur une musique tendue. L\u00e0 il fait de son poids ployer la cime d&rsquo;un arbre, en prend en main un autre. Il s&rsquo;accroche. Il s&rsquo;assure. Il prend pied. On le voit qui tombe d&rsquo;une branche qui se casse. Qui se recasse. Retombe. Qui se casse en boucle. On le voit tomber en boucle. La branche qui c\u00e8de. Lui qui s&rsquo;accroche aux feuillages. Dispara\u00eetre dans les feuilles. En boucle. Il cumule 2 millions d&rsquo;abonn\u00e9s sur Instagram, 375\u00a0000 sur YouTube (271 vid\u00e9os). Il grimpe dans des c\u00e8dres avec des macaques. On le regarde se tirer une liane d&rsquo;entre les jambes, laisser descendre le long, rejoindre les pieds nus le sol. L\u00e0 se balance en haut d&rsquo;un pin et se suspend \u00e0 son voisin. Explique ici en anglais comment utiliser la cam\u00e9ra Insta360. S\u00e9quence o\u00f9 il saute dans le vide, il n&rsquo;en revient pas, pousse un cri de soulagement, de joie en se r\u00e9tablissant. Il est \u00e0 30\u00a0m du sol. Il \u00e9volue dans les arbres. On voit jouer les muscles sur son corps. On le voit approch\u00e9 par un jeune chimpanz\u00e9. Il a d\u00e9but\u00e9 sa carri\u00e8re de youtubeur et grimpeur fran\u00e7ais en escaladant les gratte-ciels \u00e0 mains nues. Il est traceur. Il traverse la canop\u00e9e. Il dit que c&rsquo;est la for\u00eat qui l&rsquo;appelle. Il est interview\u00e9. Il est l&rsquo;invit\u00e9 matinal d&rsquo;une \u00e9mission de radio de grande \u00e9coute. Lui met le contact, aussit\u00f4t dans l&rsquo;habitacle la radio se lance. La question qui lui est soumise, se pr\u00e9sente ainsi\u00a0: donc vous avez d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;avancer main dans la main avec la mort\u2026 Lui conduit. Lui s&rsquo;astreint au respect du code de la route. Lui s&rsquo;expose \u00e0 la circulation routi\u00e8re. \u00c0 des amendes. Des \u00e9carts. Des poursuites. \u00c0 la vid\u00e9osurveillance rurale <\/em><strong><a href=\"\/ateliers\/testard_roman_maison_5_1\/#vid\u00e9osurveillance_rurale\">[\u00a0]<\/a><\/strong><em>, \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e des villes. Lui dans sa caisse. Lui roule. Cependant \u00e9coute. D\u00e9couvre. Il r\u00e9pond\u00a0: \u00ab\u00a0Nous vivons dans une soci\u00e9t\u00e9 qui omet la mort alors que la mort peut \u00eatre <\/em><strong><a href=\"\/ateliers\/testard_roman_maison_6_1\/#la_chute_1\">[\u00a0]<\/a><\/strong><em> au coin de la rue qui nous attend\u2026\u00a0\u00bb<br><\/em><br>Au coin de la rue<\/p>\n\n\n\n<p id=\"la_dame\">Je passe.&nbsp;D&rsquo;une aube dans une auto \u00e0 la dame blanche, de la dame blanche \u00e0 l&rsquo;auto-stoppeuse fant\u00f4me, d&rsquo;une auto-stoppeuse fant\u00f4me aux hommes en jaune, d&rsquo;Attention aux hommes en jaune aux Gilets jaunes, aux premiers de corv\u00e9e, aux soutiers de la croissance, il y a un fil, je passe. De laque en auto, d&rsquo;auto en aube, d&rsquo;aube en blancheur, en dame blanche. De dame blanche en homme en jaune. De dames blanches en auto-stoppeuses fant\u00f4mes, en hommes seuls au volant, de l&rsquo;auto \u00e0 l&rsquo;accotement, en gilet jaune. En gyrophares, je passe. Je pense aux patrouilleurs autoroutiers, aux ripeurs, aux caristes, aux vigiles. Aux voisins. Agents d&rsquo;entretien, de maintenance, chauffeurs-livreurs, magasiniers. Op\u00e9rateurs de production. Aux infirmi\u00e8res, brancardiers, aides-soignantes. Eachers, stowers, pickers, packers. Aux autres. De la bande blanche aux travailleurs de l&rsquo;aube. De celle qui se l\u00e8ve t\u00f4t \u00e0 ceux qui ne sont rien. De mon stop \u00e0 la France des ronds-points\u2026 Aux autres\u2026<\/p>\n\n\n\n<p id=\"la_mort\">\u2014 <em>M<em>ais pas \u00e0 elle\u2026 Je n&rsquo;avais pas pens\u00e9 \u00e0 \u00e7a. Pas un seul instant. Pas en ce terme <a href=\"\/ateliers\/testard_roman_maison_6_2\/#les_mots\">(&nbsp;)<\/a>. Sont pass\u00e9s entre mon r\u00e9veil et la clart\u00e9 de cette voix trois ans et demi, leurs \u00e9quivalents en mois, jours sans que j&rsquo;aie fait le lien\u2026 C<\/em>omment se fait-il que cette alerte <a href=\"\/ateliers\/testard_roman_maison_6_2\/#l_auto_stoppeuse\">(&nbsp;)<\/a> \u00e0 l&rsquo;aube, je ne l&rsquo;aie pas prise pour moi&nbsp;? Comment est-il arriv\u00e9 que je la prenne pour quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre&nbsp;? M\u00e9prise jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, \u00e0 cette \u00e9mission de radio\u2026 J&rsquo;ai pris ma mort pour une autre.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p id=\"l_influenceur_2\"><em>\u2014 \u00ab&nbsp;On apprend \u00e0 cohabiter avec la mort\u2026 On apprend \u00e0 cohabiter avec ces personnes-l\u00e0\u2026&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:30px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/250113_LVME_6_2-1024x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-178093\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/250113_LVME_6_2-1024x1024.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/250113_LVME_6_2-420x420.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/250113_LVME_6_2-200x200.jpg 200w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/250113_LVME_6_2-768x768.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/250113_LVME_6_2-1536x1536.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/250113_LVME_6_2-2048x2048.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<div style=\"height:30px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-light-gray-background-color has-background has-small-font-size\" id=\"les_mots\"><em>(&nbsp;) \u00ab&nbsp;\u2026 Cela est d\u00fb au fait que j&rsquo;\u00e9cris en images&nbsp;: en <\/em>image po\u00e9tique<em>. C&rsquo;est ni plus ni moins que de la po\u00e9sie, ce que j&rsquo;\u00e9cris. Pour un roman, je pars sur un tr\u00e8s mauvais pied\u2026 C&rsquo;est que je \u00ab\u00a0pense\u00a0\u00bb, j&rsquo;avance, je compose en mots. L&rsquo;assemblage de mots est mon unit\u00e9 de base, mon seul squelette \u2014 quelque chose du corail&nbsp;? Je lance une phrase qui a l&rsquo;air d&rsquo;un pitch, alors qu&rsquo;elle n&rsquo;est qu&rsquo;un jeu entre des mots, sans que j&rsquo;y aie a priori aper\u00e7u de ressorts ou implications fictionnels. Je \u00ab\u00a0pense\u00a0\u00bb en <\/em>jeu de mots<em>, en image po\u00e9tique, hors de tout r\u00e9alisme ou pragmatisme. Je laisse ou je fais r\u00eaver mes phrases. Je n&rsquo;ai pas la r\u00e9alit\u00e9 des faits. Je n&rsquo;ai pas le sens des r\u00e9alit\u00e9s.<\/em><br><br><em>\u00ab&nbsp;Tout \u00e9nonc\u00e9 est un <\/em>jeu de mots<em>. (Au sens d<\/em>&lsquo;<em>un<\/em> ensemble de choses qui vont ensemble, de m\u00eame type<em>. Jeu de cartes, de fiches, de tuyaux d&rsquo;orgue.) <em>Ce premier <\/em><\/em>jeu<em><em> en rec\u00e8le un autre<\/em>, perp\u00e9tuel, entre les mots (au sens m\u00e9canique d&rsquo;un <\/em>espace entre deux pi\u00e8ces donnant une libert\u00e9 de mouvement<em>).<\/em><br><br><em>\u00ab&nbsp;C&rsquo;est, qui plus est, parce que je mets un temps fou \u00e0 faire le pont entre les mots que j&rsquo;\u00e9cris et la r\u00e9alit\u00e9 qu&rsquo;ils recouvrent, entre une proposition et ses implications \u2014 quand je le fais, ce pont, ou quand le hasard de la vie le fait pour moi\u2026 (Et bien qu&rsquo;\u00e9crire aussi, sans doute, \u00ab\u00a0provoque\u00a0\u00bb les rencontres\u2026)<\/em><br><br><em>\u00ab J&rsquo;ai \u00e9crit&nbsp;:&nbsp;<\/em><br><br>\u00ab Je ne sais pas ce que je dis.&nbsp;\u00bb<em>&nbsp;<\/em><br><br><em>\u00ab&nbsp;Je \u00ab\u00a0pense\u00a0\u00bb en mots, sans comprendre tout de suite, ce qu&rsquo;ils \u00ab\u00a0veulent\u00a0\u00bb ou peuvent dire, ou simplement ce qu&rsquo;ils disent. Je ne veux rien dire&nbsp;: j&rsquo;\u00e9cris. J&rsquo;ai \u00e9crit&nbsp;:&nbsp;<\/em><br><br>\u00ab&nbsp;Je ne sais pas. Je l&rsquo;\u00e9cris.&nbsp;\u00bb<em>&nbsp;<\/em><br><br><em>\u00ab Ce que je sais, si je le sais, je ne le sais pas avant de l&rsquo;\u00e9crire. Je ne sais rien sans l&rsquo;\u00e9crire, non&nbsp;: rien sans l&rsquo;<\/em>avoir \u00e9crit<em> \u2014 et encore, ce que je veux dire, c&rsquo;est qu&rsquo;il faut que je l&rsquo;aie d&rsquo;abord, de loin en loin, non seulement \u00e9crit, mais oubli\u00e9 que je l&rsquo;ai \u00e9crit. Que \u00e7a l&rsquo;\u00e9tait. Et encore, cela ne suffit pas. C&rsquo;est une condition sine qua non, mais pas suffisante. La suite, la mue de l&rsquo;\u00e9nonc\u00e9 en prise de conscience est tout \u00e0 fait aventureuse, ou hasardeuse&nbsp;: ce sont les hasards des rencontres du v\u00e9cu \u2014 du ressenti \u2014 et de l&rsquo;\u00e9crit. Rien de moins garanti que ces rencontres\u2026 Tout ce que j&rsquo;ai \u00e9crit et qui reste lettre morte, demeure intact, inaccessible au fond d&rsquo;oubliettes\u2026&nbsp;<\/em><br><br><em>(Ce que je veux dire, c&rsquo;est que, non, cela ne pourrit pas. Les mots sont imputrescibles, pas comme l&rsquo;exp\u00e9rience, ou les autres sortes d&rsquo;exp\u00e9rience, l&rsquo;exp\u00e9rience de la vie, qui se d\u00e9compose, forme un substrat nourrissant la vie, je veux dire&nbsp;: l&rsquo;\u00e9paisseur du temps et la possibilit\u00e9, cette \u00e9paisseur, comme un ver, de l&rsquo;habiter, de l&rsquo;a\u00e9rer, de la nourrir en retour.)<\/em><br><br><em>\u00ab Ce que je voulais dire encore, c&rsquo;est que je m&rsquo;avance, en mots, bien en avant de ma vie, comme au-dessus d&rsquo;un vide, un vide d&rsquo;exp\u00e9rience, dans une absence de tout fondement. J&rsquo;avance dans l&rsquo;infond\u00e9, dans l&rsquo;invention, sur un fil, ce que j&rsquo;\u00e9cris c&rsquo;est, comme on dit, de la pure invention.<\/em><br><br><em>\u00ab&nbsp;Je suis confus\u2026 Je ne sais plus si je ne veux rien dire ou bien tout\u2026&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-light-gray-background-color has-background has-small-font-size\" id=\"l_auto_stoppeuse\"><em>(&nbsp;) J&rsquo;ai pens\u00e9\u2026 ou justement non, j&rsquo;ai \u00e9crit&nbsp;:&nbsp;<\/em><br><br><em>\u00ab&nbsp;L&rsquo;esp\u00e8ce de dame blanche qu&rsquo;est une auto-stoppeuse fant\u00f4me annonce un danger imminent, une mort prochaine\u2026 Ou bien ne fait-elle que rejouer sa disparition&nbsp;? Ce pourquoi il lui faut de temps en temps r\u00e9appara\u00eetre\u2026 N&rsquo;est-elle que comm\u00e9moration de sa mort \u2014 ou son actualisation, sa revivification (re- ou survivance) ? Le passage d&rsquo;un v\u00e9hicule, de nuit la r\u00e9active. Elle intervient ou surgit comme contre-exemple&nbsp;: ne faites pas comme moi. Elle est sa contre-publicit\u00e9. Est-ce que sa mort se boucle ou branche sur celle, ou l&rsquo;\u00e9vitement de celle d&rsquo;une ou d&rsquo;un autre&nbsp;? Lie-t-elle le destin de qui la prend au stop au sien&nbsp;? Et de quelle mani\u00e8re ? Son apparition n&rsquo;est pas brusque, elle est somme toute normale, hors le fait qu&rsquo;elle est nocturne et isol\u00e9e, elle est \u00ab\u00a0r\u00e9elle\u00a0\u00bb. C&rsquo;est sa disparition (re-disparition&nbsp;?) qui l&rsquo;est \u2014 elle se retrouve soudain en dehors de l&rsquo;auto, sans qu&rsquo;on n&rsquo;est rien compris, ni comment, ni rien vu venir. L&rsquo;auto-stoppeuse fant\u00f4me rejoue son \u00e9vanouissement, sa fin, elle est boucl\u00e9e sur ses derniers instants, ses derniers kilom\u00e8tres, hecto-, d\u00e9ca-, m\u00e8tres. Elle est toute, ou n&rsquo;est rien qu&rsquo;une distance de freinage. Quel \u00e9cart dans cette distance\u2026 Incommensurable, irr\u00e9sorbable.<\/em><br><br><em>\u00ab&nbsp;Elle est \u00e0 la fois l&rsquo;annonce de la mort et son retour&nbsp;: elle en est la menace. Son apparition, sa pr\u00e9sence constituent en elles-m\u00eame une mise en danger d&rsquo;autrui. Elle est menace de mort. Elle est prochaine. Elle s&rsquo;assied \u00e0 la place du mort \u2014 et, soit dit en passant, de la femme. En son esp\u00e8ce singuli\u00e8re de signalisation, le signal et le danger se confondent. Elle est en d\u00e9finitive sans pr\u00e9vention. De sorte qu&rsquo;on peut consid\u00e9rer cette dame blanche comme un appel de la mort, une invitation. Une fois introduite dans le v\u00e9hicule, qui l&rsquo;a prise en charge a d\u00e9j\u00e0 un pied, sinon dans l&rsquo;au-del\u00e0, du moins dans une dimension ou forme de vie qui est celle de l&rsquo;image et du spectre, de la sous-existence a\u00e9rienne, sublunaire, du d\u00e9mon ou du g\u00e9nie. \u2014 D&rsquo;o\u00f9 la r\u00e9ussite en g\u00e9n\u00e9ral des films de fant\u00f4mes&nbsp;: film et fant\u00f4me sont de m\u00eame nature. R\u00e9cit ou conte et fant\u00f4me de m\u00eame. Les uns et l&rsquo;autre rel\u00e8vent du spectre, d&rsquo;une existence spectrale, soit constitu\u00e9e d&rsquo;un faisceau de pr\u00e9somptions, de doutes, de contradictions. Qu&rsquo;ils convergent ou divergent, ils contribuent toujours \u00e0 l&rsquo;\u00e9paississement de cette existence, ils font sa concr\u00e9tude. Un fant\u00f4me n&rsquo;en est que l&rsquo;incessante fluctuation, n&rsquo;a ni forme ni place tout \u00e0 fait fixes, cela \u00e9tant son probl\u00e8me et son atout, sa puissance et son handicap.&nbsp;\u00bb<\/em><br><br><em>\u2014 Cela a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit sans \u00eatre pens\u00e9, ou sans plus y penser. \u00c0 titre purement suggestif ou inductif. \u00c7a n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 pes\u00e9, juste lanc\u00e9 en l&rsquo;air, en vrac.<\/em><\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D&rsquo;une aube dans une auto \u00e0 la dame blanche, de la dame blanche \u00e0 l&rsquo;auto-stoppeuse fant\u00f4me, d&rsquo;une auto-stoppeuse fant\u00f4me aux hommes en jaune, d&rsquo;Attention aux hommes en jaune aux Gilets jaunes, aux premiers de corv\u00e9e, aux soutiers de la croissance, il y a un fil, je passe. 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