{"id":177769,"date":"2025-01-11T04:16:27","date_gmt":"2025-01-11T03:16:27","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=177769"},"modified":"2025-01-11T16:08:44","modified_gmt":"2025-01-11T15:08:44","slug":"roman-maison-06-14-la-fiction-ou-la-realite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/roman-maison-06-14-la-fiction-ou-la-realite\/","title":{"rendered":"#LVME #06\u00a0|\u00a0la fiction ou la r\u00e9alit\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>L&rsquo;escalier aux 21 marches<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Il est l\u00e0, discret mais omnipr\u00e9sent, l&rsquo;escalier qui s&rsquo;enfonce vers les profondeurs de la maison. Vingt et une marches, ni plus ni moins. Chacune semble charg\u00e9e de sa propre histoire \u00e0 raconter \u2014 si tant est que quelqu\u2019un ait la patience de l\u2019\u00e9couter -. L&rsquo;escalier descend en une courbe douce, presque timide, comme s&rsquo;il craignait d&rsquo;attirer l&rsquo;attention. Les premi\u00e8res marches, encore baign\u00e9es par la lumi\u00e8re du rez-de-chauss\u00e9e, ont un air rassurant. Puis, \u00e0 mesure que l\u2019on descend, l\u2019obscurit\u00e9 gagne du terrain. La lumi\u00e8re vacille, h\u00e9site \u00e0 suivre. Une ampoule nue pend au plafond, balan\u00e7ant l\u00e9g\u00e8rement au rythme des courants d\u2019air invisibles. La cave attend en bas, silencieuse, presque vivante. Les murs suintent un parfum d\u2019humidit\u00e9 ancienne. Mais c\u2019est l\u2019escalier lui-m\u00eame qui intrigue le plus. Vingt et une marches, un chiffre \u00e9trange, imparfait, presque volontairement d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9. Qui l\u2019a con\u00e7u ainsi ? Pourquoi vingt et une, et pas vingt ou vingt-deux ?Descendre cet escalier, c\u2019est traverser un seuil. On quitte la surface lumineuse de la maison pour s\u2019aventurer dans une zone grise, entre r\u00eave et r\u00e9alit\u00e9. \u00c0 mi-chemin, on h\u00e9site. Faut-il vraiment aller jusqu\u2019au bout ? En-dessous un renfoncement \u00e9troit, refuge des objets sans usage. Une pile de journaux jaunis, un sac de ciment trou\u00e9, une ampoule grill\u00e9e. Ce lieu ne vit qu\u2019en silence dans l\u2019ombre des marches<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<br><strong>&nbsp;On reprend la rampe<\/strong><br>La chambre du premier \u00e9tage ressemble \u00e0 une vieille boite en carton. On y acc\u00e8de par un escalier aussi pr\u00e9tentieux qu\u2019une chasse \u00e0 courre, chaque marche s\u2019impose comme un troph\u00e9e. La porte, massive, ferme mal, mais cela semble sans importance : qui viendrait ici, sinon celui qui s\u2019y cache ?Les murs disparaissent sous une tapisserie dense, aux motifs d\u2019une chasse imaginaire. Cerfs fig\u00e9s, chiens lanc\u00e9s \u00e0 pleine course, cavaliers invisibles. Tout y est mouvement, sauf la pi\u00e8ce elle-m\u00eame. L\u2019air, charg\u00e9 d\u2019une odeur de poussi\u00e8re et de cuir ancien. Sur le lit \u2014 un vieux sommier m\u00e9tallique \u2014, une couverture grise, rugueuse, \u00e9tal\u00e9e sans soin. Au-dessus, un miroir \u00e9br\u00e9ch\u00e9, marqu\u00e9 de visages oubli\u00e9s. Dans un coin, une armoire ferm\u00e9e. On h\u00e9site \u00e0 l\u2019ouvrir. Le fusil est forc\u00e9ment l\u00e0, quelque part. Dans l\u2019ombre d\u2019un placard ou derri\u00e8re une porte d\u00e9rob\u00e9e, il attend. Charg\u00e9 ou non, on n\u2019ose imaginer. Quant au propri\u00e9taire des lieux, rien n\u2019indique s\u2019il est encore l\u00e0 ou s\u2019il a d\u00e9sert\u00e9 depuis longtemps, son absence prot\u00e8ge de l\u2019oubli. On la sent partout, dans les plis des draps, dans le froissement des tapisseries. Une pr\u00e9sence par d\u00e9faut.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019homme au fusil&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il est l\u00e0, quelque part. On le devine sans le voir, \u00e9touff\u00e9 par l\u2019\u00e9chos des pi\u00e8ces trop grandes, trop vides. La maison de ma\u00eetre, b\u00e2tie au si\u00e8cle dernier, semble pos\u00e9e dans un \u00e9tat de veille permanent. Rien ne bouge vraiment, tout est simplement l\u00e0, pr\u00eat \u00e0 reprendre vie \u00e0 la moindre injonction. L\u2019homme au fusil traverse les couloirs sans se presser. Son pas r\u00e9sonne sur les dalles froides, s&rsquo;efface dans les tapis \u00e9pais. Il conna\u00eet chaque pi\u00e8ce, chaque porte qui grince, chaque marche et son poids de souvenirs. Le fusil, accroch\u00e9 \u00e0 son \u00e9paule, semble un prolongement naturel de son corps. Pas une arme de chasse, non. Un outil. Peut-\u00eatre une protection, peut-\u00eatre une menace. On ne sait jamais vraiment. Dans la chambre du premier \u00e9tage, la lumi\u00e8re filtre \u00e0 peine \u00e0 travers les lourds rideaux. Il pose le fusil pr\u00e8s de la fen\u00eatre, le bois us\u00e9 par les ann\u00e9es. Il s\u2019assoit sur le lit. Attente ou habitude ? Nul ne le sait. Il regarde la tapisserie, ces sc\u00e8nes de chasse r\u00e9p\u00e9t\u00e9es \u00e0 l\u2019infini, des cavaliers une poursuite sans commencement ni fin. Si dehors, le vent agite les arbres du parc. Dedans, seul l\u2019homme veille.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L&rsquo;escalier aux 21 marches<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Sous l\u2019escalier, un r\u00e9duit sans souci d\u2019\u00e9l\u00e9gance. Le b\u00e9ton est brut, inalt\u00e9rable. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur, des objets entass\u00e9s : un balai sans poils, un vieux seau caboss\u00e9, des \u00e9tag\u00e8res bancales. L\u2019odeur du moisi flotte encore, m\u00e9lang\u00e9e \u00e0 celle des \u00e9gouts. Les murs suintent d\u2019un myst\u00e8re qu\u2019on ne cherche plus \u00e0 percer. Le r\u00e9duit ne s\u2019ouvre qu\u2019\u00e0 de rares occasions, le temps d\u2019y glisser une nouvelle chose inutile. Et puis, on referme, oubliant aussit\u00f4t ce qui s\u2019y cache. Ce n&rsquo;est pas un lieu \u00e0 visiter, c&rsquo;est un espace \u00e0 \u00e9viter.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>On reprend la rampe<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La chambre, au premier \u00e9tage, est modeste et sombre. Les murs disparaissent sous une tapisserie aux tons fan\u00e9s, o\u00f9 des sc\u00e8nes de chasse se r\u00e9p\u00e8tent \u00e0 l\u2019infini : des cerfs bondissant, des chiens haletants, des cavaliers immobiles. Le papier jauni s&rsquo;\u00e9caille par endroits, r\u00e9v\u00e9lant le pl\u00e2tre en dessous. Le lit en fer forg\u00e9, noirci par le temps, occupe le centre de la pi\u00e8ce. Le sommier grince d\u00e8s qu&rsquo;on y pose la main. Une couverture de laine \u00e9paisse, couleur tabac, est pli\u00e9e au pied du lit. \u00c0 gauche, une table de chevet en bois brut supporte une lampe \u00e0 p\u00e9trole et un verre \u00e9br\u00e9ch\u00e9. L\u2019armoire, massive et vieillie, d\u00e9gage une odeur de cire et de vieux cuir. \u00c0 ses pieds, une paire de bottes boueuses, abandonn\u00e9es. Une chaise solitaire, dossier us\u00e9, se tient pr\u00e8s de la fen\u00eatre aux rideaux \u00e9pais. Un silence qui p\u00e8se lourd.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019homme au fusil&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;homme au fusil est l\u00e0, dans la chambre meubl\u00e9e comme une relique du pass\u00e9. Le lit \u00e0 baldaquin, massif, avec ses rideaux lourds, donne l&rsquo;impression d&rsquo;avoir vu des g\u00e9n\u00e9rations se succ\u00e9der sans jamais \u00eatre d\u00e9rang\u00e9. Le bois du lit est verni, une patine qui capte la lumi\u00e8re, mais les draps, eux, sont ternes, un peu us\u00e9s, comme si l&rsquo;homme n&rsquo;avait pas l\u2019habitude de se coucher ici. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 du lit, un lavabo Napol\u00e9on III, en marbre blanc, semble trop grand pour la pi\u00e8ce. Il brille sous le raie lumi\u00e8re, rond bien poli, ses robinets d&rsquo;\u00e9poque que l&rsquo;homme n\u2019utilise jamais. Il ne se sert de rien ici, ni de l&rsquo;eau ni du confort. Le fusil repose contre un coin de la table, sans h\u00e2te, comme une pr\u00e9sence qui aurait pass\u00e9 son heure il est l\u00e0, seul. Lui, un homme sans pass\u00e9, sans futur, juste un corps dans l\u2019ombre de cette chambre, entre le bois du lit et la froideur du marbre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;escalier aux 21 marches Il est l\u00e0, discret mais omnipr\u00e9sent, l&rsquo;escalier qui s&rsquo;enfonce vers les profondeurs de la maison. Vingt et une marches, ni plus ni moins. Chacune semble charg\u00e9e de sa propre histoire \u00e0 raconter \u2014 si tant est que quelqu\u2019un ait la patience de l\u2019\u00e9couter -. L&rsquo;escalier descend en une courbe douce, presque timide, comme s&rsquo;il craignait d&rsquo;attirer <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/roman-maison-06-14-la-fiction-ou-la-realite\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#LVME #06\u00a0|\u00a0la fiction ou la r\u00e9alit\u00e9<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":604,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[7211,7131],"tags":[],"class_list":["post-177769","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-06-commencer-par-la-fiction","category-roman-maison"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/177769","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/604"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=177769"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/177769\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":177797,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/177769\/revisions\/177797"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=177769"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=177769"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=177769"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}