{"id":178649,"date":"2025-01-24T10:31:12","date_gmt":"2025-01-24T09:31:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=178649"},"modified":"2025-01-24T10:31:53","modified_gmt":"2025-01-24T09:31:53","slug":"09lvme-salon-double","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/09lvme-salon-double\/","title":{"rendered":"#LVME#09\/ Salon double"},"content":{"rendered":"\n<p>Le salon ne d\u00e9semplit jamais. Il y a ceux qui attendent cigarettes \u00e0 la main adoss\u00e9es \u00e0 la vitre, il y a ceux qui poussent la porte et attendent sur les poufs color\u00e9s qu\u2019une place se lib\u00e8re, il y a ceux qui ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9voyants, qui ont pris rendez-vous mais qui arrivent en retard, le trafic dans le quartier \u00e0 cette heure, et qui rejoignent lourdement l\u2019une des chaises qui longent le mur, il y a ceux d\u00e9j\u00e0 install\u00e9s dans un fauteuil, t\u00eate en arri\u00e8re, les yeux ferm\u00e9s, qui profite d\u2019un instant de calme, dans l\u2019odeur du shampoing bon march\u00e9, il y a ceux qui se contemplent dans le miroir, se reconnaissent \u00e0 peine, ou au contraire trouvent qu\u2019ils n\u2019ont pas chang\u00e9, il y a ceux qui coupent, pr\u00e9cis, qui tournoient comme des insectes autour des t\u00eates livr\u00e9es, il y a les serviettes mouill\u00e9es, les cheveux qui s\u2019entassent, il y a celle qui balaie, qui passe autour de chaque t\u00eate offerte, il y a celle qui encaisse, qui annonce la couleur, le tarif, qui raconte une histoire, qui prend des nouvelles de la famille, il y a ceux qui repartent bredouilles, apr\u00e8s s\u2019\u00eatre endormis dans un pouf, et qui reviendront demain, il y a ceux qui de toute fa\u00e7on ne savaient pas o\u00f9 aller, et qui ont profit\u00e9 de la chaleur des lampes \u00e0 s\u00e9cher, il y a ceux qui attendent les yeux \u00e9parpill\u00e9s sur les murs, les mod\u00e8les de tresses, les visages souriants, les cheveux de jais, il y a ceux qui s\u2019\u00e9merveillent devant les photos d\u2019un village, et celle de la famille.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis, il y a ceux qui ne prennent pas la peine de s\u2019inscrire sur la liste des rendez-vous, ceux qui entrent et ressortent avec la coupe inchang\u00e9e, il y a ceux qui se dirigent tous droits vers la porte du fond, ceux qui ne font que traverser, ceux qui d\u2019un regard entendu des insectes tourbillonnants, ceux encourag\u00e9s par le sourire de celle qui encaisse, il y a ceux qui s\u2019approchent de la porte du fond, ceux qui frappent doucement et attendent qu\u2019on leur crie \u201centrez\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la porte, il y a celle qui est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, qui attend assise \u00e0 une table de cuisine, il y a celle qui regarde la lumi\u00e8re p\u00e2le qui traverse la petite fen\u00eatre donnant sur cour, il y a comme un son \u00e9touff\u00e9 de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la porte, une cabine insonoris\u00e9e, d\u00e9j\u00e0 si loin les bruits du monde, les bruits des ciseaux, les exclamations de ceux qui attendent et ceux qui coupent, de celles qui s\u2019impatientent et de ceux venus pour la compagnie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la porte, il y a celui qui attend lui aussi, qui reste debout et qui fait les cent pas, qui parcourt des yeux le mur d\u00e9nud\u00e9, ici pas de photos, juste de la couleur, des murs fraichement repeints, un jaune safran qui caresse l\u2019oeil, qui finira par s\u2019asseoir, au bord du tabouret rest\u00e9 vide, juste en face d\u2019elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis il y a une porte. Au fond de la petite cuisine, derri\u00e8re la table o\u00f9 elle et lui attendent, o\u00f9 elle et lui se sont servis caf\u00e9, ont fait tambouriner leurs doigts, ont liss\u00e9 leurs pantalons, ont esquiss\u00e9 quelques mots, comme un d\u00e9but de conversation, un murmure si fin.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand la porte s\u2019ouvre, il y a celle qui entre, qui passe pr\u00e9cautionneusement sur le seuil, qui dit bonjour \u00e0 celle qui la regarde, silhouette \u00e9lanc\u00e9e au sourire doux, il y a celle qui guide la nouvelle venue jusqu\u2019\u00e0 une petite table, il y a le lit qui longe un mur et qui est recouvert de coussins, il y a celle qui s\u2019y assoit au bord, face \u00e0 la nouvelle venue sur la chaise en face d\u2019elle, juste derri\u00e8re la petite table, il y a l\u2019armoire entrouverte dans un&nbsp; coin de la pi\u00e8ce, il y a les piles de linges que l\u2019on aper\u00e7oit bien pli\u00e9es, il y a dans un coin une table \u00e0 repasser couverte de linge qui patiente, il y a une table de nuit encombr\u00e9e de photos, des enfants souriants, et des assembl\u00e9es aust\u00e8res, des cadres dor\u00e9s, et des papiers jaunis, il y a la nouvelle venue qui picore des yeux chaque coin de la pi\u00e8ce, il y a l\u2019encens qui finit de br\u00fbler et qui embaume l\u2019air, il y a celle qui enfin demande, vous \u00eates l\u00e0 pour votre fr\u00e8re c\u2019est bien \u00e7a? Il y a celle qui prend une grande feuille de papier, qui choisit un stylo, qui se masse une \u00e9paule et qui demande, on y va, qu\u2019est-ce que vous voulez lui raconter \u00e0 votre fr\u00e8re? Il y a la nouvelle venue qui se concentre, qui prend une grande respiration, et celle qui \u00e9coute et qui trace aussi vite que les mots qui jaillissent, une belle \u00e9criture soign\u00e9e, qui deviendra une lettre, une lettre pour le fr\u00e8re.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le salon ne d\u00e9semplit jamais. Il y a ceux qui attendent cigarettes \u00e0 la main adoss\u00e9es \u00e0 la vitre, il y a ceux qui poussent la porte et attendent sur les poufs color\u00e9s qu\u2019une place se lib\u00e8re, il y a ceux qui ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9voyants, qui ont pris rendez-vous mais qui arrivent en retard, le trafic dans le quartier \u00e0 <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/09lvme-salon-double\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#LVME#09\/ Salon double<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":287,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[7255,7131],"tags":[],"class_list":["post-178649","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-09-perec-medecin-de-quartier","category-roman-maison"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/178649","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/287"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=178649"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/178649\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":178652,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/178649\/revisions\/178652"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=178649"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=178649"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=178649"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}