{"id":179494,"date":"2025-02-06T17:13:24","date_gmt":"2025-02-06T16:13:24","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=179494"},"modified":"2025-03-10T11:18:41","modified_gmt":"2025-03-10T10:18:41","slug":"482147-n-43148-w","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/482147-n-43148-w\/","title":{"rendered":"#boost #00 |\u00a048\u00b021\u201947\u2019\u2019 N 4\u00b031\u201948\u2019\u2019 W"},"content":{"rendered":"\n<p>Lecture par Nicolas Larue ! Mille mercis reconnaissants !<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/JC-Bailly-2.m4a\"><\/audio><\/figure>\n\n\n\n<p>On a entendu un barouf \u00e9norme, un fracas de fin du monde. Ils ont fait sauter les \u00e9normes citernes, un peu plus haut. Le carburant pour les bateaux. Fallait surtout pas laisser tomber aux mains des occupants alors ils ont fait ce qu\u2019il fallait pour. \u00c7a a d\u00e9chir\u00e9 une br\u00e8che invraisemblable dans la nuit, suivie d\u2019une danse&nbsp;: un feu glacial et bris\u00e9 en milliers d\u2019\u00e9clats sur les vagues de la rade en contrebas, un gueulement de sir\u00e8nes peut-\u00eatre, des cris, des hurlements, une puanteur de mazout, des tourbillons de fum\u00e9e noire. Enfin c\u2019est comme \u00e7a que j\u2019imagine. Le feu a ensuite d\u00e9goulin\u00e9 sa p\u00e2te incandescente sur les cabanes, l\u00e0 o\u00f9 les p\u00e9cheurs entreposaient leurs rames, leurs filets, leurs cannes, tout leur fourbi en somme. L\u2019en est rien rest\u00e9. Combien de temps \u00e7a a dur\u00e9&nbsp;? Faudrait trouver des archives, les consulter. Extirper l\u2019histoire des tourbillons de l\u2019imagination. \u00c7a lui redonnerait des proportions, plus s\u00fbrement m\u00eame \u00e7a l\u2019agrandirait d\u2019en lire les noms, ceux qui sont venus silencieux dans la nuit ou le matin, comment ils s\u2019en sont caus\u00e9 avant et pr\u00e9par\u00e9 l\u2019exp\u00e9dition, que m\u00eame il y avait un ou deux anglais venus aider parmi. \u00c7a dirait les moyens pris, marcher la trouille au ventre si jamais des sentinelles, combien de temps \u00e7a a dur\u00e9, s\u2019il y a eu des rafales de mitrailleuses en contrepoint des ronflements br\u00fblants, s\u2019il y a eu des projecteurs pour d\u00e9plier les parts d\u2019ombre, si seulement il en restait, ou bien si tout sautait et tremblait comme devant une gigantesque lanterne magique \u00e0 l\u2019haleine enfi\u00e9vr\u00e9e. Mais tout \u00e7a c\u2019est du vieux. Aujourd\u2019hui encore, avant d\u2019arriver jusqu\u2019ici par la route de la Corniche, apr\u00e8s la porte des Quatre Pompes, on longe les installations de la base navale, les murs avec leur cr\u00eate fris\u00e9e de barbel\u00e9, les portes m\u00e9talliques avec les cam\u00e9ras et le n\u00b0 de l\u2019article&nbsp;: \u00ab&nbsp;terrain militaire d\u00e9fense de photographier.&nbsp;\u00bb Les gens d\u2019ici disent que si la nucl\u00e9aire survient, vu qu\u2019on en parle de plus en plus de la troisi\u00e8me, avec tout ce qui s\u2019entend et se voit, ils auront pas le temps de souffrir, \u00e7a fera une r\u00e9plique grandissime de l\u2019ancien enfer. En direct. Aux premi\u00e8res loges. Tout le coin c\u2019est cible de choix. Pourtant c\u2019est dr\u00f4lement beau&nbsp;! \u00c7a emp\u00eache rien comme dit G.&nbsp;: les militaires se trouvent toujours des supers emplacements. Toujours je cracherais pas&nbsp;! \u2013 mais souvent on leur envie la vill\u00e9giature, vue sur la baie, les silhouettes \u00e9tir\u00e9es des tankers au loin, comme des chenilles noires qui remonteraient du fond de l\u2019eau et se tra\u00eenent sur l\u2019horizon. Une reptation microscopique mais certaine vers le bord du regard, en partance infinie vers l\u2019ailleurs. Suivre la route. Arriv\u00e9e Porte Oc\u00e9ane le paysage c\u2019est miettes et cassures. Le monde recoll\u00e9 fa\u00e7on kintsugi. Gonfl\u00e9e vers le large une voile de fragments de verre translucides et multicolores dans laquelle souffle un g\u00e9ant \u00e0 catogan, visage fin et d\u00e9termin\u00e9, torse solide, verdi par le temps et les embruns. \u00c0 travers les carreaux le phare orange les barques rouges sur l\u2019oc\u00e9an de sang une fa\u00e7ade bris\u00e9e les nouvelles citernes sous le ciel vert une barri\u00e8re aux couleurs changeantes. Ceux de 1940 auraient pas imagin\u00e9 pareil kal\u00e9idoscope. Apr\u00e8s c\u2019est l\u2019arriv\u00e9e \u00e0 Maison Blanche. La calle traverse la petite crique de galets o\u00f9 se tordent les chevilles, les barques sont align\u00e9es au sommet de la gr\u00e8ve comme des poissons \u00e0 s\u00e9cher. On a reconstruit tout ce qui avait disparu dans l\u2019incendie. Balanc\u00e9 de grosses poign\u00e9es de cabanes de bric et de de broc, fa\u00e7on favelas, toits de t\u00f4les ondul\u00e9s, cloisons de planches. C\u2019est bariol\u00e9 et de guingois \u00e7a tient comme \u00e7a peut \u00e7a se chevauche \u00e7a s\u2019enchev\u00eatre \u00e7a se bouscule comme un chaos de d\u00e9s. Ici la peinture kaki \u00e9caill\u00e9e cloque et pend comme les branchies d\u2019un monstre marin, la porte orange gueule MA.TU.VU. La rue de la soif est d\u00e9chiquet\u00e9e de rouille un poisson \u00e0 demi effac\u00e9 navigue dans le bleu us\u00e9 d\u2019une paroi. Les cabanes ne s\u2019ach\u00e8tent pas. Elles se transmettent et abolissent toute hi\u00e9rarchie sociale. \u00c7a s\u2019appelle Maison Blanche pour l\u2019ancien bar qui faisait un peu maison de passe. Aujourd\u2019hui la vitrine affiche BBQ party et boys don\u2019t cry. Un dr\u00f4le de chien avec une tache noire autour de l\u2019\u0153il droit fixe les passants \u00e9ternellement. Les deux rencontr\u00e9s sur la plage, assis sur leur fauteuil de toile face \u00e0 l\u2019oc\u00e9an, n\u2019ont pas de cabane, mais une petite maison plus haut. La route \u00e0 traverser. Ici c\u2019est leur paradis. Ils viennent d\u00e8s qu\u2019ils peuvent. Mais une cabane, certainement pas, \u00e0 cause des rats&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><em>Les ateliers du Bout du Monde je connais. J\u2019ai bien failli y retourner mais je n\u2019ai pas os\u00e9. Voil\u00e0 qui m\u2019a entra\u00een\u00e9 dans cet autre recoin d\u2019un d\u00e9partement qui revendique pleinement son statut d\u2019extr\u00e9mit\u00e9 terrestre. Il m\u2019aurait fallu plus de temps pour explorer le capharna\u00fcm des cabanes. Le chaos li\u00e9 \u00e0 la fois aux caract\u00e9ristiques de l\u2019endroit, mais aussi au c\u00f4t\u00e9 disjoint d\u2019un regard qui saisit par \u00ab&nbsp;bouts&nbsp;\u00bb et a du mal \u00e0 reconstituer l\u2019ensemble, ce chaos est \u00e0 la fois concentr\u00e9 et vertigineux et bien s\u00fbr d\u00e9stabilisant. C\u2019est sans doute la raison pour laquelle je n\u2019ai pu lancer l\u2019\u00e9criture qu\u2019apr\u00e8s l&rsquo;avoir ancr\u00e9 dans un moment d\u2019histoire, comme la doublure \u00e9lim\u00e9e d\u2019un tissu rapi\u00e9c\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lecture par Nicolas Larue ! Mille mercis reconnaissants ! On a entendu un barouf \u00e9norme, un fracas de fin du monde. Ils ont fait sauter les \u00e9normes citernes, un peu plus haut. Le carburant pour les bateaux. 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