{"id":179607,"date":"2025-02-07T09:55:04","date_gmt":"2025-02-07T08:55:04","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=179607"},"modified":"2025-02-08T08:02:20","modified_gmt":"2025-02-08T07:02:20","slug":"boost-00-255300-6s-324011-8e","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/boost-00-255300-6s-324011-8e\/","title":{"rendered":"# boost #00 | 25\u00b053&rsquo;00.6&Prime;S 32\u00b040&rsquo;11.8&Prime;E"},"content":{"rendered":"\n<p>D\u00e9brits, gravats, broutilles, morceaux, de ferraille, de plastique, de polystyr\u00e8ne, tas de sable, tas de gravier, tas de terre, rouge, noire, boueuse, cl\u00f4tures \u00e9lectriques, cl\u00f4tures barbel\u00e9es, cl\u00f4tures ma\u00e7onn\u00e9es, portails de fer forg\u00e9 t\u00e9l\u00e9command\u00e9s, bruit de climatisations t\u00e9l\u00e9command\u00e9es, cam\u00e9ras de vid\u00e9osurveillance t\u00e9l\u00e9command\u00e9es, fa\u00e7ades inachev\u00e9es, fa\u00e7ades craquel\u00e9es, fa\u00e7ades opacifi\u00e9es de fen\u00eatres miroirs, encadr\u00e9es de colonnades, de marbres noirs, maison sans fa\u00e7ade, \u00e0 nue, petites maisons \u00e0 peine plus que des cabanes, odeur de friture, jardin ch\u00e9tif, enfants jouant nu pieds, enfants portant de l\u2019eau, portant du bois, portant une b\u00eache, coups de marteau, ciment sec, ciment frais, odeur du ciment, odeur des moellons d\u00e9sagr\u00e9g\u00e9s, salp\u00eatre, flaques, jappement de chiens, des gros, des petits, sur les chemins d\u00e9fonc\u00e9s, des 4&#215;4, des hommes \u00e0 la recherche de chantiers, des hommes accroupis, des hommes rencogn\u00e9s, des gardes arm\u00e9s, des femmes portant sur la t\u00eate des bassines, aux angles des chemins d\u00e9fonc\u00e9s, de petites \u00e9choppes bricol\u00e9es en bois et en t\u00f4les. Des r\u00e9verb\u00e8res, allum\u00e9s de nuit comme de jour. Ils traversent le monde connu et conduisent au bout.<\/p>\n\n\n\n<p>Sous le dernier r\u00e9verb\u00e8re, \u00e0 l\u2019angle de la derni\u00e8re enceinte, commence un sentier caillouteux qui m\u00e8ne \u00e0 la mangrove. Il s\u2019arr\u00eate. Les pieds s\u2019enfoncent dans la vase. Sous un arbre, des hommes et des femmes mangent et boivent. Ils habitent la derni\u00e8re cabane avant l\u2019\u00e9tendue. &nbsp;Sauvage, inhospitali\u00e8re, gluante, myst\u00e9rieuse, malsaine, inextricable, pestilentielle, m\u00e9phitique, maligne, fi\u00e9vreuse, insalubre, imp\u00e9n\u00e9trable. C\u2019est le point de vue qu\u2019on a sur ce bout du monde qui, d\u00e9j\u00e0, engloutit nos chaussures imperm\u00e9ables. C\u2019est qu\u2019on est vertical et plant\u00e9 dans le sol. Conqu\u00e9rant, sous notre chapeau de brousse, mais d\u00e9sorient\u00e9. Car c\u2019est par la mer que nos anc\u00eatres sont arriv\u00e9s. Nous sommes \u00e0 contre sens. Nous tournons le dos aux chantiers. On pense aux machettes qui taillaient dans le vert. Aux dents serr\u00e9es. \u00c0 toute l\u2019inutilit\u00e9 visqueuse qu\u2019il fallait pi\u00e9tiner, qu\u2019il fallait ass\u00e9cher, qu\u2019il fallait rentabiliser. Conqu\u00e9rant de rien, nous. Attir\u00e9s par l\u2019id\u00e9e d\u2019un oc\u00e9an derri\u00e8re. On ne le voit pas. On ne le sent pas. L\u2019air n&rsquo;est m\u00eame pas sal\u00e9. Des hommes et des femmes boivent des bi\u00e8res sous l\u2019arbre, et bient\u00f4t la mangrove absorbe le bruit de leur conversation. On a fait dix pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Piqu\u00e9 de pneumatophores. Le sol. Trou\u00e9 de galeries creus\u00e9es par les crabes. Parsem\u00e9 d\u2019empreintes de pas d\u2019hommes aux pieds nus et de pattes d\u2019oiseaux. On suit un chenal tidal qui supporte nos pas. Les pal\u00e9tuviers s\u2019y contorsionnent pour ne pas y verser. Peut-\u00eatre devrait-on parler de rythme pour d\u00e9crire des branches. Nous sommes dans un lieu rythm\u00e9 par le flot et le jusant. Rythm\u00e9 par les \u00eatres qui ne s\u2019y installent jamais vraiment. Mangrove \u00e0 gueule \u00e9paisse. Respire. On sent la pr\u00e9sence de nombreux oiseaux, mais leurs chants nous sont \u00e9trangers. Le peuplement v\u00e9g\u00e9tal c\u00e8de un passage qui ouvre sur d\u2019autres passages, qui s\u2019enfoncent l\u00e0 o\u00f9 tout s\u2019enfonce, qui parfois aboutissent dans un fouillis de branches. Des p\u00eacheurs ont tendu des filets dans le chenal. On croit distinguer des silhouettes allong\u00e9es dans les ombres. On croit sentir une odeur. On se dit, c\u2019est comme pour les chants d\u2019oiseaux, comme pour les nuances de vert, c\u2019est une odeur qu\u2019on ne sait pas nommer. Et le bout du monde, nous y sommes. Ce n\u2019est pas une fronti\u00e8re. C\u2019est un passage.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Codicille&nbsp;: La mangrove s\u2019\u00e9tend derri\u00e8re chez moi. Ma d\u00e9marche consiste tout d\u2019abord \u00e0 accueillir les repr\u00e9sentations h\u00e9rit\u00e9es du temps colonial (prolong\u00e9 \u00e0 mon sens dans l\u2019urbanisation actuelle des zones humides) tout en me laissant toucher par un lieu qui peut se r\u00e9v\u00e9ler \u00e9tonnamment accueillant.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9brits, gravats, broutilles, morceaux, de ferraille, de plastique, de polystyr\u00e8ne, tas de sable, tas de gravier, tas de terre, rouge, noire, boueuse, cl\u00f4tures \u00e9lectriques, cl\u00f4tures barbel\u00e9es, cl\u00f4tures ma\u00e7onn\u00e9es, portails de fer forg\u00e9 t\u00e9l\u00e9command\u00e9s, bruit de climatisations t\u00e9l\u00e9command\u00e9es, cam\u00e9ras de vid\u00e9osurveillance t\u00e9l\u00e9command\u00e9es, fa\u00e7ades inachev\u00e9es, fa\u00e7ades craquel\u00e9es, fa\u00e7ades opacifi\u00e9es de fen\u00eatres miroirs, encadr\u00e9es de colonnades, de marbres noirs, maison sans fa\u00e7ade, \u00e0 <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/boost-00-255300-6s-324011-8e\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"># boost #00 | 25\u00b053&rsquo;00.6&Prime;S 32\u00b040&rsquo;11.8&Prime;E<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":627,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[7303,7302],"tags":[7089],"class_list":["post-179607","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-boost-01-bailly-bout-du-monde","category-boost","tag-mangrove"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/179607","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/627"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=179607"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/179607\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":179642,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/179607\/revisions\/179642"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=179607"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=179607"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=179607"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}