{"id":179684,"date":"2025-02-19T15:11:12","date_gmt":"2025-02-19T14:11:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=179684"},"modified":"2025-03-14T20:01:36","modified_gmt":"2025-03-14T19:01:36","slug":"lvme-de-01-a-10_5-rue-de-lile-de-re","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/lvme-de-01-a-10_5-rue-de-lile-de-re\/","title":{"rendered":"#LVME_#BOOST_5 rue de l&rsquo;\u00eele de R\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<p><a href=\"#-LVME_-01_quelque-part\">#LVME_#01_quelque part<\/a><br><a href=\"#-LVME_-01_quelque-part\">#LVME_#02_angle de vue<\/a><br><a href=\"#-LVME_-03_ce-serait-une-cuisine\" data-type=\"internal\" data-id=\"#-LVME_-03_ce-serait-une-cuisine\">#LVME #03 | ce serait une cuisine<\/a><br><a href=\"#-LVME_-04_d\u2019une-pi\u00e8ce-\u00e0-l\u2019autre\" data-type=\"internal\" data-id=\"#-LVME_-04_d\u2019une-pi\u00e8ce-\u00e0-l\u2019autre\">#LVME #04 | d\u2019une pi\u00e8ce \u00e0 l\u2019autre<\/a><br><a href=\"#-LVME_-05_Phospho-Guano\" data-type=\"internal\" data-id=\"#-LVME_-05_Phospho-Guano\">#LVME #05 | Phospho Guano<\/a><br><a href=\"#-LVME_-06_quelques-recoins\" data-type=\"internal\" data-id=\"#-LVME_-06_quelques-recoins\">#LVME #06 | quelques recoins<\/a><br><a href=\"#-LVME_-07_quartier-de-la-Pallice\" data-type=\"internal\" data-id=\"#-LVME_-07_quartier-de-la-Pallice\">#LVME #07 | quartier de la Pallice<\/a><br><a href=\"#-LVME_-08_vue-g\u00e9n\u00e9rale\" data-type=\"internal\" data-id=\"#-LVME_-08_vue-g\u00e9n\u00e9rale\">#LVME #08 | vue g\u00e9n\u00e9rale<\/a><br><a href=\"#-LVME_-09_chez-Augustine\">#LVME #09 | chez Augustine<\/a><br><a href=\"#-LVME_-10_faits-divers\" data-type=\"internal\" data-id=\"#-LVME_-10_faits-divers\">#LVME #10 | faits divers<\/a><br><a href=\"#boost--00-|-46\u00b009'54''N-1\u00b013'08''W-6m\">#boost #00 | 46\u00b009\u201954\u2019\u2019N 1\u00b013\u201908\u2019\u2019W 6m<\/a><br><a href=\"#boost--01-|-empreintes\">#boost #01 | empreintes<\/a><br><a href=\"#boost--02-|-\u00e0-la-d\u00e9rob\u00e9e\">#boost #02 | \u00e0 la d\u00e9rob\u00e9e<\/a><br><a href=\"#boost--03-|-l'indicible\" data-type=\"internal\" data-id=\"#boost--03-|-l'indicible\">#boost #03 | l&rsquo;indicible<\/a><br><a href=\"#boost--04-|-tenir-t\u00eate\">#boost #04 | tenir t\u00eate<\/a> <br><a href=\"#boost--05-|-est-ce-que-le-cri-r\u00eave-?\">#boost #05 | est-ce que le cri r\u00eave ?<\/a><br><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"-LVME_-01_quelque-part\">#LVME_#01_quelque part<\/h2>\n\n\n\n<p id=\"LVME01|quelque-part\">On est le 10 juillet 2022 en milieu de matin\u00e9e. Camille gare sa voiture devant le portail gris, en descend, comme une voyageuse perdue dans un quartier inconnu. Elle lit les diff\u00e9rents panneaux d\u2019information accroch\u00e9s en hauteur. S\u2019approche, recule, voudrait faire le tour du b\u00e2timent mais un grillage l\u2019en emp\u00eache. Elle regarde au-del\u00e0. Prends un ou deux clich\u00e9s. Retourne vers le portail \u00e0 la recherche d\u2019une sonnette.<br>On est le 10 juillet 2022 en milieu de matin\u00e9e. Jean et Jacqueline se h\u00e2tent vers le march\u00e9, tirant leur caddie \u00e0 roulette. Elle a rang\u00e9 la liste des courses dans son porte-monnaie \u00e0 clip, celui qu\u2019elle a conserv\u00e9 de sa m\u00e8re. Lui, pense d\u00e9j\u00e0 aux huitres qu\u2019il ach\u00e8tera pour le d\u00e9jeuner. Il trouve le quartier chang\u00e9 depuis son enfance, il se le dit chaque dimanche.<br>On est le 10 juillet 2022 en milieu de matin\u00e9e.1, 2, 3,4&nbsp;! Quatre ricochets. Paul rit. L\u00e9a et Vincent se pr\u00e9cipite sur les galets pour choisir les plus ronds et les plus plats. Le ciel est parsem\u00e9 de nuages. Un paquebot est amarr\u00e9 au port. On ne distingue pas la coque, camoufl\u00e9e par le blockhaus.<br>On est le 10 juillet 2022 en milieu de matin\u00e9e. Dans sa chambre, Alain a soulev\u00e9 la couette du lit et l\u2019a d\u00e9pos\u00e9e sur la rambarde de la fen\u00eatre. Le temps d\u2019a\u00e9rer il allume une cigarette. Le chat a pris place sur le fauteuil crapaud qu\u2019il a trouv\u00e9 dans la rue il y a quelques jours. Il regarde les voitures passer sur l\u2019avenue.<br>On est le 10 juillet 2022 en milieu de matin\u00e9e. S\u00e9verino applique un rose tr\u00e8s p\u00e2le au-dessus du vert. \u00c7a fait dix ans maintenant qu\u2019il bombe les b\u00e2timents abandonn\u00e9s. Il a cr\u00e9\u00e9 un personnage qui habite les vieux murs et les failles. Le barbel\u00e9 a d\u00e9chir\u00e9 le bas de son tee-shirt. Il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 assez vigilant. La cam\u00e9ra de l\u2019usine de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la rue l\u2019aura s\u00fbrement film\u00e9.<br>On est le 10 juillet 2022 en milieu de matin\u00e9e. Jean-Claude vient de passer devant les silos, la t\u00eate et le bras lev\u00e9s, b\u00e9ret de marin sur la t\u00eate et v\u00eatu d\u2019une marini\u00e8re. Il explique la vie du port. La surveillance de la biodiversit\u00e9. La sp\u00e9culation sur le bl\u00e9. Les alv\u00e9oles destin\u00e9es \u00e0 cacher les sous-marins pendant la guerre.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"-LVME_-01_quelque-part\">#LVME_#02_angle de vue<\/h2>\n\n\n\n<p>Il a gar\u00e9 sa fourgonnette sur le parking visiteurs et s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9 au poste de garde. Des chaussures de s\u00e9curit\u00e9 noires alourdissent son pas. Sa venue \u00e9tait attendue et r\u00e9pertori\u00e9e dans le registre des entr\u00e9es. C\u2019est la troisi\u00e8me fois ce mois-ci qu\u2019il vient r\u00e9gler les cam\u00e9ras de s\u00e9curit\u00e9. Il pianote sur sa tablette tactile, v\u00e9rifie les param\u00e8tres de programmation, ajuste les angles de vue. Deux agents de s\u00e9curit\u00e9 le guident. Tous les regards sont tourn\u00e9s vers les cinq \u00e9crans align\u00e9s les uns \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des autres. Aucun regard vers l\u2019horizon qui se faufile entre deux b\u00e2timents de stockage cylindriques. A la fin de son intervention, il prendra le temps de manger le sandwich pr\u00e9par\u00e9 la veille au soir assis sur les rochers.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"-LVME_-03_ce-serait-une-cuisine\">#LVME_#03_ce serait une cuisine<\/h2>\n\n\n\n<p>Ce serait une cuisine \u00e9troite dont la fen\u00eatre donnerait sur la rue. Des meubles en enfilade, l\u2019\u00e9vier pos\u00e9 au-dessus de l\u2019un d\u2019entre eux et une table pouss\u00e9e contre le mur oppos\u00e9 \u00e9quip\u00e9e de deux rabats fix\u00e9s par des chevilles afin de pouvoir la rallonger. Les meubles seraient en simple bois, sans moulures, ni vernis, recouverts d\u2019une simple couche de peinture blanche. Au fond, un meuble prendrait toute la largeur du mur, on y rangerait la vaisselle et les couverts rang\u00e9s dans un bac en plastique permettant de s\u00e9parer fourchettes, couteaux, cuill\u00e8res et petites cuill\u00e8res. Il y aurait des appareils m\u00e9nagers m\u00e9caniques comme la mandoline dont la cuisini\u00e8re se servirait souvent pour pr\u00e9parer son gratin dauphinois, souvenir de sa ville d\u2019enfance. Au plafond, un lustre en pyrex agr\u00e9ment\u00e9 d\u2019un tournesol. Sous l\u2019\u00e9vier une bassine, la serpill\u00e8re et la poubelle.<br><br>Ce serait une cuisine carr\u00e9e dont la fen\u00eatre donnerait sur le jardin, comportant une ouverture arrondie ouvrant sur la salle \u00e0 manger pour passer les plats. Les meubles seraient en bois vernis, travaill\u00e9s de moulures en biseau. Un carrelage mural \u00e0 petits carreaux d\u00e9cor\u00e9s de motifs proven\u00e7aux monterait \u00e0 mi-hauteur du mur. Pour terminer la pi\u00e8ce il y aurait un cellier qui abriterait les casseroles, une marmite et un faitout, des passoires et un \u00e9gouttoir, un moulin \u00e0 pur\u00e9e, une poissonni\u00e8re et la vaisselle h\u00e9rit\u00e9e des grands-m\u00e8res de chaque c\u00f4t\u00e9 de la lign\u00e9e. Les couverts en argent seraient dans le buffet de la salle \u00e0 manger pr\u00e8s des assiettes bord\u00e9es de dorures, personnalis\u00e9es aux initiales de la famille. Il y aurait une table ronde entour\u00e9e de quatre chaises en bois \u00e0 l\u2019assise paill\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce serait une cuisine salle \u00e0 manger donnant tout enti\u00e8re sur le jardin. Le haut des hortensias roses affleurerait \u00e0 la fen\u00eatre de droite. Entre la fen\u00eatre et une porte vitr\u00e9e menant \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, un buffet-vaisselier aux portes vitr\u00e9es occuperait enti\u00e8rement le mur. On distinguerait un assortiment de verres rose fum\u00e9s allant du verre ap\u00e9ritif au verre \u00e0 digestif. L\u2019\u00e9vier serait perpendiculaire au jardin, il faudrait tourner le regard pour observer le potager par une ouverture d\u2019un seul pan. Par cette pi\u00e8ce, on traverserait des chambres jusqu\u2019au jardin. Au centre, une longue table avec plus de chaise que de membres de la famille.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"-LVME_-04_d\u2019une-pi\u00e8ce-\u00e0-l\u2019autre\">#LVME_#04_d\u2019une pi\u00e8ce \u00e0 l\u2019autre<\/h2>\n\n\n\n<p>Il y aurait un couloir aux carreaux de mosa\u00efques color\u00e9es et des murs peints en blanc cass\u00e9 habill\u00e9 de pat\u00e8res de bois clair.<br>Il y aurait un carrelage en carreaux de ciment aux motifs rouge brique&nbsp;: des feuillages regroup\u00e9s autour d\u2019un cercle color\u00e9 de jaune. Les murs seraient peints d\u2019un jaune coquille brillant.<br>Il y aurait une porte tapiss\u00e9e d\u2019un d\u00e9cor floral. Le seuil serait us\u00e9 par les allers et retours entre la cuisine et la salle \u00e0 manger.<br>Il y aurait un parquet aux lattes abim\u00e9es prot\u00e9g\u00e9es par un tapis blanc aux poils \u00e9pais en descente de lit. Les murs seraient enti\u00e8rement recouverts d\u2019une tapisserie aux motifs vert clair et vert fonc\u00e9 repr\u00e9sentant des cercles les uns au-dessus des autres.<br>Il y aurait un lino blanc aux marbrures bleut\u00e9es, reprenant la couleur des murs, marqu\u00e9 par les pieds de la baignoire et d\u00e9coup\u00e9 autour du pied de l\u2019\u00e9vier.<br>Il y aurait un parquet \u00e0 chevron vernis et des murs tapiss\u00e9s d\u2019un motif floral beige.<br>Il y aurait un sol de terre battue, tr\u00e8s noir, et des murs de ciment recouverts d\u2019enduit. Accroch\u00e9s \u00e0 des hauteurs diff\u00e9rentes, des paniers et des sacs remplis de bouts de ficelles, de vieux journaux et outils de jardinage.<br>Il y aurait une tapisserie de ces ann\u00e9es-l\u00e0 que l\u2019on voudra changer un jour o\u00f9 l\u2019on aura le temps. On conservera le parquet en pin verni malgr\u00e9 les interstices qui emprisonne la poussi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"-LVME_-05_Phospho-Guano\">#LVME_#05_Phospho Guano<\/h2>\n\n\n\n<p>C\u2019est un graffiti recouvrant toute la longueur du mur de l\u2019ancienne usine Cie du PHOSPHO GUANO dont les lettres sont d\u00e9coup\u00e9es dans une bande d\u2019acier couleur brique qui m\u2019accueille. Des lettres jaune canari dansent dans l\u2019enlacement d\u2019un liser\u00e9 violet ou bien est-ce les formes d\u2019un langage inconnu dont le regard me scrute. Le pirate de dessin\u00e9 anim\u00e9, dents jaunis, sourcils \u00e9pais grogne en silence, arborant des cranes et os blanchis sur l\u2019avant de son chapeau. Son tonneau de tr\u00e9sors s\u2019enfonce dans les mauvaises herbes du trottoir.<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019int\u00e9rieur, de grandes b\u00e2ches tendues sur les barreaux rouill\u00e9s de la cl\u00f4ture d\u2019enceinte retracent en photo la vie du quartier. Les vagues l\u00e8chent la digue, emport\u00e9es par la temp\u00eate, seul le phare se dresse droit. La temp\u00eate de 1885 a fait 23 victimes indique l\u2019encart.<\/p>\n\n\n\n<p>Un couple, pied \u00e0 terre des v\u00e9los, regardent l\u2019objectif, la femme en jupe longue et chapeau fleuri, l\u2019homme la jambe pos\u00e9e devant l\u2019autre en un mouvement d\u00e9contract\u00e9. Ils sont au niveau d\u2019une bitte d\u2019amarrage. Elles sont au nombre de huit sans aucun bateau de p\u00eache \u00e0 leur perpendiculaire. Le noir et blanc masque la couleur du ciel et celle des phares de jet\u00e9e. Un bateau s\u2019avance vers un large calme. A l\u2019oppos\u00e9, sur le mur de la jet\u00e9e, un homme se tient debout pour scruter l\u2019horizon ou bien p\u00e9cher De dos, il masque ses gestes. Certainement l\u2019une de ces photos que l\u2019on d\u00e9veloppait en carte postale. Un timbre vert de cinq centimes a \u00e9t\u00e9 coll\u00e9 sur l\u2019image, repr\u00e9sentant La Semeuse, motif cr\u00e9\u00e9 par Oscar Roty.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"-LVME_-06_quelques-recoins\">#LVME_#06_quelques recoins<\/h2>\n\n\n\n<p>Ils sortent en courant de l\u2019\u00e9cole, Raymond, Jean, Lucien, Robert, Roland et Ren\u00e9. Ils ont pr\u00e9vu de se retrouver derri\u00e8re l\u2019usine Cosmo apr\u00e8s avoir d\u00e9pos\u00e9 leur cartable. Ils ont interdiction d\u2019aller dans cette zone, ordre des Allemands. Mais la tentation est trop grande et personne de les d\u00e9couvre jamais. Il y aura des denr\u00e9es ou des documents \u00e0 voler. Ils n\u2019ont pas encore trouv\u00e9 d\u2019arme ou de grenade. Ils en r\u00eavent.<br>L<em>eurs noms sont not\u00e9s dans le registre ainsi que leurs \u00e2ges et leurs adresses, les uns apr\u00e8s les autres en tant que personnes en causes. Six enfants \u00e2g\u00e9s entre 11 et 13 ans, en culottes courtes et chaussettes blanches, align\u00e9s dans les locaux de la gendarmerie. Leur affaire&nbsp;: non fr\u00e9quentation d\u2019\u00e9cole.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il est cinq heures du matin. Sur sa mobylette, Jeanne part en direction du port pour attendre les premiers bateaux puis passera au march\u00e9. Toutes les denr\u00e9es rentreront dans les deux sacoches accroch\u00e9es au porte bagage. Elle improvisera le menu selon l\u2019arrivage de la p\u00eache, les l\u00e9gumes du moment et surtout le rationnement. Elle tuera peut-\u00eatre un lapin de son clapier. Si elle d\u00e9cide de confectionner un dessert, les \u0153ufs du poulailler seront suffisants. Chaque jour se ressemble, faire les courses puis pr\u00e9parer le repas pour les ouvriers et p\u00eacheurs du quartier. Louise viendra l\u2019aider \u00e0 faire le service.<br><em>Il n\u2019y a pas de trace de la cantine ouvri\u00e8re. Ni enregistrement au tribunal de commerce ni photographies. C\u2019\u00e9tait entre 1940 et 1942. C\u2019\u00e9tait au num\u00e9ro 5 d\u2019une rue qui n\u2019est plus une rue. C\u2019est une histoire de vies masqu\u00e9e par une entreprise de produits c\u00e9r\u00e9aliers. Un espace plat entre les silos \u00e0 grain qui fut habit\u00e9 par de nombreuses familles. Je recherche leurs traces.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il aimerait que tombe le brouillard. Qu\u2019il l\u2019enveloppe et accroche les ombres. Il marche \u00e0 grandes enjamb\u00e9es apercevant au loin les phares de jet\u00e9e. Il passe devant le caf\u00e9 populaire, bifurque \u00e0 sa droite. Un regard sur les moutons qui broutent d\u00e9j\u00e0 l\u2019herbe. Il pr\u00e9f\u00e8re rentrer par la porte secondaire justement pour ce paysage qui contraste des usines environnantes. Il s\u2019est port\u00e9 volontaire pour l\u2019entretien de leur abri. Il ne sait encore pourquoi. Peut-\u00eatre pour changer de l\u2019horizon vertical des chemin\u00e9es d\u2019usine, de l\u2019anthracite des silos. Homme de la ville, il conna\u00eet tr\u00e8s peu le travail de la terre.<br><em>En zone industrielle de La Palice, vingt-six moutons ont \u00e9t\u00e9 install\u00e9s sur des parcelles en herbe d\u2019une usine c\u00e9r\u00e9ali\u00e8res pour une tonte \u00e9cologique \u00e0 l\u2019ann\u00e9e. Ils broutent entre les b\u00e2timents de t\u00f4le et les grillages d\u2019enceinte.<\/em><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"-LVME_-07_quartier-de-la-Pallice\">#LVME_#07_quartier de la Pallice<\/h2>\n\n\n\n<p>&#8211; Marcel Longchamp, ajusteur, Jeanne Longchamp, cuisini\u00e8re et leurs quatre enfants habitant au num\u00e9ro 5 de 1940 \u00e0 fin 1941.<br>&#8211; La Pallice, quartier de La Rochelle<br>&#8211; Paul Bertrand, journalier, Cl\u00e9li\u00e9 Laurier et leurs cinq enfants habitant au num\u00e9ro 5 en 1906<br>&#8211; Usine de la Cie Phopho Guano, 336 avenue Denfert Rochereau<br>&#8211; Louis Tercinier,&nbsp;Pr\u00e9sident de&nbsp;Sica Atlantique<br>&#8211; Jean Rollin, man\u0153uvre, Jeanne sa femme, sans profession et leurs trois enfants habitant au num\u00e9ro 5 en 1911<br>&#8211; Sylvain GIRARD, Pr\u00e9sident de la soci\u00e9t\u00e9 Eco Mouton<br>&#8211; Violaine, berg\u00e8re<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"-LVME_-08_vue-g\u00e9n\u00e9rale\">#LVME_#08_vue g\u00e9n\u00e9rale<\/h2>\n\n\n\n<p>Histoire de la cl\u00e9 retrouv\u00e9e dans une boite \u00e0 chaussure<br>Histoire du facteur qui perdait son courrier<br>Histoire des moutons en bord de rocade<br>Histoire de la famille Bertrand, le p\u00e8re, la m\u00e8re et leurs cinq enfants<br>Histoire de Germaine qui dansait la nuit dans le kiosque \u00e0 musique<br>Histoire du docker qui cr\u00e9ait des herbiers<br>Histoire d\u2019Octavie qui \u00e9levait des lapins<br>Histoire de l\u2019explosion de la citerne<br>Histoire de l\u2019enl\u00e8vement des r\u00e9sidus de pyrites<br>Histoire de la gr\u00e8ve des ouvri\u00e8res du Comptoir Linier<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"-LVME_-09_chez-Augustine\">#LVME_#09_chez Augustine<\/h2>\n\n\n\n<p>Accroch\u00e9s \u00e0 droite de la porte d\u2019entr\u00e9e, un almanach des postes, un calendrier des mar\u00e9es et un barom\u00e8tre indiquant la pluie. Sur le rebord de la fen\u00eatre, un s\u00e9cateur rouill\u00e9 pr\u00e8s d\u2019un pot de g\u00e9ranium rouge. Un \u00e9vier blanc au robinet col de cygne fix\u00e9 au mur, un porte savon en carrelage blanc. De grandes tables en bois occupent la pi\u00e8ce. On pourrait penser \u00e0 une cuisine familiale s\u2019il n\u2019y avait pas tant de bancs et tant de vaisselle. De la vaisselle ordinaire et blanche. Chez Augustine, on s\u2019assied les uns \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des autres, selon son arriv\u00e9e. Le premier plat est une soupe chaude o\u00f9 l\u2019on trempe le pain. Souvent du poisson accompagn\u00e9 de pommes de terre bouillies. Au plafond, un abat-jour opaline ourl\u00e9 d\u2019une dentelle de verre.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"-LVME_-10_faits-divers\">#LVME_#10_faits divers<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019inspecteur Fouquier se tenait bien droit devant le d\u00e9bit de boisson du coin de la rue Moncalm. Les voisins pouvaient \u00e0 peine le distinguer dans la brume, alors ils vinrent se masser devant la devanture, repouss\u00e9s par les autorit\u00e9s. Toutes les suppositions fusaient&nbsp;: march\u00e9 noir, assassina d\u2019une prostitu\u00e9e comme la semaine pass\u00e9e, cellule de r\u00e9sistants d\u00e9mantel\u00e9e. Le brouhaha des conversations dispersait la nuit et risquait de faire \u00e9chouer l\u2019enqu\u00eate. L\u2019inspecteur avait \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t par le propri\u00e9taire d\u2019une br\u00fblerie de caf\u00e9 \u00e0 quelques rues de l\u00e0. Dans la nuit, des voleurs \u00e9taient pass\u00e9s par la porte de derri\u00e8re et avaient d\u00e9rob\u00e9 637 kilos de caf\u00e9 frais grill\u00e9. L\u2019inspecteur avait tout de suite rep\u00e9r\u00e9 une piste gr\u00e2ce \u00e0 des grains de caf\u00e9 \u00e9chapp\u00e9s d\u2019un sac qui devait \u00eatre trou\u00e9. Il avait suivi la piste jusqu\u2019au d\u00e9bit de boisson et s\u2019appr\u00eatait \u00e0 proc\u00e9der rapidement \u00e0 la perquisition avant que les patrons du caf\u00e9 n\u2019entendent le tumulte. Les sacs de caf\u00e9 furent retrouv\u00e9s et l\u2019arrestation des voleurs mit fin \u00e0 une s\u00e9rie de cambriolages qui avaient d\u00e9but\u00e9 trois jours auparavant. Dans le m\u00eame temps, une ambulance militaire passait sur le boulevard, transportant un sergent tomb\u00e9 accidentellement dans le bassin de La Pallice. L\u2019inspecteur Fouquier se demanda si les deux affaires \u00e9taient li\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"boost--00-|-46\u00b009'54''N-1\u00b013'08''W-6m\">#boost #00 | 46\u00b009&rsquo;54\u00a0\u00bbN 1\u00b013&rsquo;08\u00a0\u00bbW 6m<\/h2>\n\n\n\n<p id=\"-BOOST--00-|-46\u00b009\u201954\u2019\u2019N-1\u00b013\u201908\u2019\u2019W-6m\">A la surface des flaques d\u2019eau se refl\u00e8tent le poteau d\u2019appui du portail gris clair surmont\u00e9 de barbel\u00e9s et les mauvaises herbes longeant enveloppant la cl\u00f4ture de grillage fin. La rue s\u2019y heurte stopp\u00e9e d\u00e9coup\u00e9e entre voie publique et voie priv\u00e9e, arrach\u00e9e \u00e0 sa fonction de voie de circulation reliant une rue \u00e0 une autre. Un panneau vitesse limit\u00e9e \u00e0 10 kilom\u00e8tres heure pourrait le laisser croire pourtant. Aucune silhouette d\u00e9ambulant sur le trottoir, aucune destination \u00e0 atteindre. Les automobilistes, sur la rue voisine, seraient \u00e9tonn\u00e9s d\u2019y apercevoir une pr\u00e9sence, l\u00e0, dans cette rue qui n\u2019en est plus une, \u00e0 deux pas de l\u2019intersection entre la rue Montcalm et l\u2019avenue Denfert Rochereau, ancienne rue dite de la Soif o\u00f9 les bars, c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, rassemblaient la vie du quartier. Ravalements oubli\u00e9s, maisons avoisinantes d\u00e9sert\u00e9es, bomb\u00e9es de couleurs vives, artificielles&nbsp;: poitrines aguichantes, oiseaux d\u2019\u00eeles lointaines, gueule de pirate aux sourcils ail\u00e9s et bouches incendie rouge \u00e9carlate ponctuant la grisaille. Les mousses cascadent des goutti\u00e8res ou y gisent retenant l\u2019humidit\u00e9 de l\u2019oc\u00e9an, les nuages s\u2019\u00e9l\u00e8vent au-dessus des silos cylindriques, de tours, sorte de chemin\u00e9es, jaune canari. Pas un pas plus en avant, <em>Acc\u00e8s interdit \u00e0 toute personne non autoris\u00e9e. <\/em>Fureterentre <em>Toutes directions<\/em> et <em>centre du quartier<\/em> avant de revenir \u00e0 ce bout de rue, et on ne sait pas, on se sait plus ce qu\u2019il y avait au-del\u00e0, \u00e0 quelques pas, dans le rayon d\u2019un soleil que l\u2019on voudrait poursuivre de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du portail, qui nous \u00e9chappe, bondissant contre la fa\u00e7ade tagu\u00e9e de l\u2019usine de phosphore voisine, <em>sous vid\u00e9o protection<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"boost--01-|-empreintes\">#boost #01 | empreintes<\/h2>\n\n\n\n<p>ST1<br>La terre est de sable et de limon. Humide d\u2019oc\u00e9an et de pluie. C\u2019est une terre sous la mer qui draine et s\u2019\u00e9coule. Particules et granules transport\u00e9s par les courants. Venue des roches. Venue des terres au-del\u00e0 des mers. Une terre d\u2019algues et de coquillages, concass\u00e9s, broy\u00e9s sous le poids du tangage des vents. Une terre plate affleurant la falaise.<br>ST2<br>la terre s\u2019\u00e9chappe s\u2019engloutie couverte recouverte enterr\u00e9e la terre s\u2019enterre et dispara\u00eet sous les pas le b\u00e9ton les horizons de silos la terre sinue s\u2019insinue sous les fondations frondaisons d\u2019usines diss\u00e9mine l\u2019odeur d\u2019humus l\u2019humeur des chemins humides d\u2019engrais de d\u00e9bris de graviers devenus gravi\u00e8res la terre \u00e9chappe au v\u00e9g\u00e9tal.<br>ST3<br>Les jardins ont disparu, la terre labour\u00e9e, retourn\u00e9e, n\u2019existe plus. Je ne cueille ni rose tr\u00e9mi\u00e8re ni pivoine. Je me heurte \u00e0 la poussi\u00e8re de la terre. La poussi\u00e8re du b\u00e9ton, de la d\u00e9composition. La couleur est de gris, de bruns, de poutres d\u2019acier. La terre a pris la couleur de ce qui la creuse, de ceux qui l\u2019exploitent. La terre entre mes mains s\u2019enfuit. Je cherche les empreintes, le dessin des semelles happ\u00e9es par la boue, le trac\u00e9 d\u2019une marelle dans un square. Le b\u00e9ton a recouvert la terre. Je forme des sillons, disperse des gravillons dans le caniveau. Ils tombent sur le bout de mes chaussures, rebondissent, entrent entre le cuir et la peau, \u00e9corchent la plante du pied. La terre entre dans ma chair.<br>ST4<br>Une nappe est une vaste \u00e9tendue d\u2019eau \u00e0 la surface du sol ou sous la terre.<br>Le compost est une mati\u00e8re organique d\u00e9compos\u00e9e, utilis\u00e9e pour enrichir la terre.<\/p>\n\n\n\n<p>La porte en bois de ch\u00eane \u00e0 deux vitrages rectangulaires prot\u00e9g\u00e9s par une grille d\u00e9corative. La poign\u00e9e ronde et dor\u00e9e ne sert pas \u00e0 l\u2019ouvrir. Elle s\u2019ouvre d\u2019un mouvement de clef sur un couloir au carrelage ancien. Tapisserie beige dans l\u2019escalier \u00e0 la rampe cir\u00e9e et effluves de potage aux l\u00e9gumes. La porte en fer peinte d\u2019un vert for\u00eat que l\u2019on entretient chaque printemps. On la pousse la ram\u00e8ne \u00e0 soi la pousse encore \u00f4tant du bout du pied les graviers et gravillons qui la retiennent. Le sol est noir et les \u00e9tag\u00e8res poussi\u00e9reuses d\u2019oubli ou de d\u00e9sinvolture sans aucune fioriture sur les bacs remplis d\u2019objets h\u00e9t\u00e9roclites trouv\u00e9s dans la laisse de mer. La porte vitr\u00e9e \u00e0 la peinture \u00e9caill\u00e9e et la poign\u00e9e de fer gris s\u2019ouvrant sur la cuisine surchauff\u00e9e par le po\u00eale plein des b\u00fbches ramass\u00e9es l\u2019hiver pass\u00e9 entrepos\u00e9es derri\u00e8re la porte en contreplaqu\u00e9 que l\u2019on aper\u00e7oit dans l\u2019enfilade de l\u2019\u00e9vier et qui m\u00e8ne au garage. La porte assemblage de planches clou\u00e9es coll\u00e9es qui se soul\u00e8ve par une corde grosse comme un poignet menant jusqu\u2019\u00e0 la cave o\u00f9 des bouteilles sont rang\u00e9es \u00e0 plat dans des casiers d\u2019acier. La porte enjamb\u00e9e t\u00eate baiss\u00e9e la poussi\u00e8re en suspension dans l\u2019air sous la lucarne recevant la lumi\u00e8re. Pas un bruit pas un espace pour faire une enjamb\u00e9e quelques petits pas \u00e0 peine jusqu\u2019aux livres empil\u00e9s aux revues de mode conserv\u00e9es depuis des ann\u00e9es aux objets que l\u2019on n\u2019a pas voulu jeter.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"boost--02-|-\u00e0-la-d\u00e9rob\u00e9e\">#boost #02 | \u00e0 la d\u00e9rob\u00e9e<\/h2>\n\n\n\n<p>La porte en bois de ch\u00eane \u00e0 deux vitrages rectangulaires prot\u00e9g\u00e9s par une grille d\u00e9corative. La poign\u00e9e ronde et dor\u00e9e ne sert pas \u00e0 l\u2019ouvrir. Elle s\u2019ouvre d\u2019un mouvement de clef sur un couloir au carrelage ancien. Tapisserie beige dans l\u2019escalier \u00e0 la rampe cir\u00e9e et effluves de potage aux l\u00e9gumes. La porte en fer peinte d\u2019un vert for\u00eat que l\u2019on entretient chaque printemps. On la pousse la ram\u00e8ne \u00e0 soi la pousse encore \u00f4tant du bout du pied les graviers et gravillons qui la retiennent. Le sol est noir et les \u00e9tag\u00e8res poussi\u00e9reuses d\u2019oubli ou de d\u00e9sinvolture sans aucune fioriture sur les bacs remplis d\u2019objets h\u00e9t\u00e9roclites trouv\u00e9s dans la laisse de mer. La porte vitr\u00e9e \u00e0 la peinture \u00e9caill\u00e9e et la poign\u00e9e de fer gris s\u2019ouvrant sur la cuisine surchauff\u00e9e par le po\u00eale plein des b\u00fbches ramass\u00e9es l\u2019hiver pass\u00e9 entrepos\u00e9es derri\u00e8re la porte en contreplaqu\u00e9 que l\u2019on aper\u00e7oit dans l\u2019enfilade de l\u2019\u00e9vier et qui m\u00e8ne au garage. La porte assemblage de planches clou\u00e9es coll\u00e9es qui se soul\u00e8ve par une corde grosse comme un poignet menant jusqu\u2019\u00e0 la cave o\u00f9 des bouteilles sont rang\u00e9es \u00e0 plat dans des casiers d\u2019acier. La porte enjamb\u00e9e t\u00eate baiss\u00e9e la poussi\u00e8re en suspension dans l\u2019air sous la lucarne recevant la lumi\u00e8re. Pas un bruit pas un espace pour faire une enjamb\u00e9e quelques petits pas \u00e0 peine jusqu\u2019aux livres empil\u00e9s aux revues de mode conserv\u00e9es depuis des ann\u00e9es aux objets que l\u2019on n\u2019a pas voulu jeter.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"boost--03-|-l'indicible\">#boost #03 | l&rsquo;indicible<\/h2>\n\n\n\n<p>Ses parents et son mari lui r\u00e9p\u00e8tent, elle le dit elle-m\u00eame \u00e0 ses enfants, aux voisins, aux amis de passage&nbsp;; tu ne dois pas avoir peur&nbsp;; peur de la tomb\u00e9e du jour, du lendemain, peur des jours qui reviennent. Tu ne dois pas avoir peur du manque, de la joie de vivre, de manquer d\u2019horizon, de la ligne d\u2019horizon&nbsp;; peur du regard suspicieux de l\u2019inconnu crois\u00e9 au coin de la rue, peur des langues qui se d\u00e9lient, de ce qui se cache sous le b\u00e9ton, sous les k\u00e9pis, sous tes pas, ce grouillement indicible qui remonte au creux de l\u2019estomac&nbsp;; peur de ce que tu ne vois pas, de ceux que tu ne vois pas derri\u00e8re les murs de barbel\u00e9s, peur de ton visage qui ne sait plus sourire, de tes mains que tu serres et enserres, frottes, consoles, l\u2019une contre l\u2019autre comme pour te convaincre que rien ne te fait peur&nbsp;; peur des ombres, des \u00e9toiles \u00e0 peine visibles, des figures de la nuit&nbsp;; peur de l\u2019inqui\u00e9tude et de la douleur, peur du m\u00e9pris, des intrusions&nbsp;; peur du rivage d\u00e9sert\u00e9, de l\u2019immensit\u00e9 de l\u2019oc\u00e9an, du bleu profond, des d\u00e9ferlantes, des grains de sable au fond de ta chaussure&nbsp;; peur de te dissoudre dans le si\u00e8cle, de ne plus retrouver l\u2019insouciance et les images d\u2019enfance, le velours d\u2019une robe, les rubans soyeux dans les cheveux, le rose de tes joues, peur de ne plus sauter \u00e0 la marelle, de chanter frivolement, peur d\u2019oublier que l\u2019on peut se cacher juste pour rire, pour jouer, se retrouver&nbsp;; peur du naufrage, peur des sir\u00e8nes, de celles du fond des mers, de celles qui extirpent des r\u00eaves au mitan de la nuit&nbsp;; peur des trous de la m\u00e9moire, dans le corps, peur des oubli\u00e9s, des disparus, de ceux que l\u2019on ne reverra plus&nbsp;; peur des aurevoirs d\u2019un soir, peur du chao, des tirs de DCA, des \u00e9clats de lumi\u00e8re, des fum\u00e9es qui s\u2019\u00e9l\u00e8vent, peur du silence avant le tumulte, des uniformes noirs, de bottes vernies, des marches en cadence militaire&nbsp;; peur de l\u2019indicible, des fissures dans les murs, des creux dans le temps&nbsp;; peur des conversations derri\u00e8re les fen\u00eatres, au d\u00e9tour des chemins&nbsp;; peur de tout dire, de trop en dire, peur des cicatrices qui se dessinent sur le c\u0153ur, peur des bouches tortur\u00e9es, des gestes camoufl\u00e9s, peur des signes dans le ciel, des vols al\u00e9atoires, des explosions, des courses effr\u00e9n\u00e9es, des grilles qui s\u2019\u00e9l\u00e8vent, des portes qui se referment&nbsp;; peur de la faim, des restrictions, de la couleur des bons de rationnement, peur du jour qui s\u2019\u00e9paissit, des barbares, des monstres, des hommes \u00e0 deux visages, des sentiments qui tanguent, des actions que l\u2019on n\u2019entreprend pas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Codicille&nbsp;: je suis en 1941, au 5 rue de l\u00eele de R\u00e9, quartier de La Pallice, La Rochelle. J\u2019ai tent\u00e9 d\u2019imaginer ce que pouvaient ressentir les habitants alors que les Allemands entreprenaient la construction de la base sous-marine, transformant le quartier en base militaire.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"boost--04-|-tenir-t\u00eate\">#boost #04 | tenir t\u00eate <\/h2>\n\n\n\n<p>Tenir t\u00eate \u00e0 l\u2019obscurit\u00e9 \u2014 c\u2019est se perdre dans les couloirs \u2014 courir dans le d\u00e9dale des caves \u2014 avaler la fin des bouteilles \u2014 suivre le pas de l\u2019autre \u2014 la semaine serait identique \u00e0 la pr\u00e9c\u00e9dente \u2014 les d\u00e9jeuners du dimanche \u2014 la sortie sur la place pr\u00e8s du kiosque \u00e0 musique \u2014 l\u2019enthousiasme \u2014 il y aurait d\u2019autres questions d\u2019autres peurs \u2014 vers quel horizon se tourner&nbsp;? \u2014 observer la houle \u2014il y aurait presque moins de danger \u2014 sautant \u00e0 deux pieds&nbsp;? \u2014 les bras en avant la t\u00eate en arri\u00e8re&nbsp;? \u2014 plonger dans l\u2019obscurit\u00e9 la clart\u00e9 de la lune&nbsp;? \u2014 en ressortir sans attendre \u2014 devenir une ombre \u2014 longeant les murs \u2014 camoufl\u00e9 \u00e0 l\u2019opacit\u00e9 \u2014 chantant dansant \u00e0 la lumi\u00e8re oubli\u00e9e \u2014 et se perdre encore \u2014 sans l\u2019affronter \u2014 sous la d\u00e9flagration des \u00e9clairs \u2014 \u00eatre dans un demi-jour &nbsp;une incertitude \u2014 fuyant une silhouette \u00e9quivoque \u2014 devan\u00e7ant les mensonges noircis \u2014 quand la terre se fait plus s\u00e8che \u2014 l\u2019herbe en fuite \u2014 y aurait-il brume brouillard \u00e0 dissiper&nbsp;? \u2014 aveuglement surnaturel&nbsp;? \u2014 sans m\u00e9chancet\u00e9 \u2014 tenir t\u00eate \u00e0 l\u2019obscurit\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>Codicille&nbsp;: toujours en 41, quartier de La Pallice \u2013 proposition qui m\u2019a sembl\u00e9e difficile \u2013 peut \u00eatre parce que je ne me suis pas focalis\u00e9e sur un personnage ou un sujet<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"boost--05-|-est-ce-que-le-cri-r\u00eave-?\">#boost #05 | est-ce que le cri r\u00eave ?<\/h2>\n\n\n\n<p>Le cri est silence sans m\u00e9moire. Oubli. Le cri se heurte \u00e0 l\u2019indiff\u00e9rence, aux fant\u00f4mes sans voix ni paroles. Le cri se hisse des valves du c\u0153ur pour se perdre dans la glotte. Il est sur la langue. Il glisse. Il m\u00e2che, crache ce qui ne peut \u00eatre dit. Qui \u00e9taient-ils&nbsp;? Qu\u2019ont-ils laiss\u00e9&nbsp;? Not\u00e9&nbsp;? Partag\u00e9&nbsp;? Pourquoi ne pas avoir parl\u00e9&nbsp;? L\u2019avoir r\u00e9p\u00e9t\u00e9&nbsp;? L\u2019avoir griff\u00e9 sur les murs&nbsp;? Griff\u00e9 du cri de non-oubli. Je vous imagine crier, dans les rues, dans la nuit. Est-ce que le cri vient dans votre sommeil&nbsp;? Est-ce que le cri entre dans le r\u00eave&nbsp;? Est-ce que l\u2019on r\u00eave dans ces p\u00e9riodes-l\u00e0&nbsp;? De quoi r\u00eave-t-on dans ces p\u00e9riodes-l\u00e0&nbsp;? Est-ce que l\u2019on crie encore apr\u00e8s ses enfants&nbsp;? Est-ce que l\u2019on crie encore apr\u00e8s son chien&nbsp;? Alors que dehors tout bourdonne, alors que les canons crient eux-m\u00eames d\u2019une couleur \u00e9clatante&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Codicille&nbsp;: rattacher ce texte \u00e0 un nouveau projet dans la lign\u00e9e des textes de LVME et Boost. Difficile au d\u00e9part de caract\u00e9riser ce cri. Cri de l\u2019ignorance, de la recherche, de l\u2019\u00e9loignement du lieu.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>#LVME_#01_quelque part#LVME_#02_angle de vue#LVME #03 | ce serait une cuisine#LVME #04 | d\u2019une pi\u00e8ce \u00e0 l\u2019autre#LVME #05 | Phospho Guano#LVME #06 | quelques recoins#LVME #07 | quartier de la Pallice#LVME #08 | vue g\u00e9n\u00e9rale#LVME #09 | chez Augustine#LVME #10 | faits divers#boost #00 | 46\u00b009\u201954\u2019\u2019N 1\u00b013\u201908\u2019\u2019W 6m#boost #01 | empreintes#boost #02 | \u00e0 la d\u00e9rob\u00e9e#boost #03 | l&rsquo;indicible#boost #04 | <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/lvme-de-01-a-10_5-rue-de-lile-de-re\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#LVME_#BOOST_5 rue de l&rsquo;\u00eele de R\u00e9<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":247,"featured_media":96849,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[7132,7142,7175,7188,7210,7211,7212,7243,7255,7256,7303,7317,7342,7351,7363,7369,7131,1],"tags":[],"class_list":["post-179684","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-01-en-ce-jour-et-a-cette-heure","category-02-lhomme-de-passage","category-03-interieurs-avec-meubles-cusines","category-04-sols-murs-22-fois","category-05-vue-exterieure","category-06-commencer-par-la-fiction","category-07-le-repertoire-des-noms","category-08-le-repertoire-des-histoires","category-09-perec-medecin-de-quartier","category-10-perec-auteur-de-polar","category-boost-01-bailly-bout-du-monde","category-boost-01-tarkos-la-terre","category-boost-02-beckett-portes","category-boost-03-jeanney-la-peur-en-lautre","category-boost-04-paul-valet-tenir-tete-a","category-boost-05-artaud-le-cri","category-roman-maison","category-atelier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/179684","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/247"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=179684"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/179684\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":182466,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/179684\/revisions\/182466"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/96849"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=179684"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=179684"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=179684"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}