{"id":180312,"date":"2025-02-14T01:07:32","date_gmt":"2025-02-14T00:07:32","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=180312"},"modified":"2025-02-14T01:07:33","modified_gmt":"2025-02-14T00:07:33","slug":"boost-01-la-terre-est-pleine-de-mots","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/boost-01-la-terre-est-pleine-de-mots\/","title":{"rendered":"#Boost #01 | La terre est pleine de mots"},"content":{"rendered":"\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>ST1<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>La terre est l\u00e0, elle s\u2019\u00e9tend, s\u2019allonge sous le ciel, elle recouvre tout. Rien ne peut l\u2019arr\u00eater. Elle s\u2019efface sous les pas. Sous le pied, sous la paume, le souffle, elle tient, puis elle c\u00e8de, mais elle r\u00e9siste toujours. Elle roule, elle glisse, elle se d\u00e9robe. Elle fuit et revient, toujours l\u00e0, insaisissable. La terre porte, la terre p\u00e8se, la terre tombe, la terre remonte. Elle s\u2019effrite entre les doigts, s\u2019agglom\u00e8re en mottes, se tasse en blocs, \u00e9clate en poussi\u00e8re. Elle s\u2019envole dans le vent, retombe en pluie d&rsquo;\u00e9toiles. Parfois s\u00e8che, ou lourde, parfois fendue, lisse aussi. Elle se fendille sous la chaleur, elle gonfle sous la pluie, s\u2019efface sous le gel. Je la ramasse, je la laisse couler, elle file entre mes doigts. Je la tiens, elle se dissout. Elle s\u2019\u00e9paissit, devient dure quand il fait sec et craque. Elle se gorge et s\u2019ass\u00e8che, la forme du monde.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>ST2<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Elle p\u00e8se sur les mots. Collant aux l\u00e8vres, elle obstrue la bouche, freine la langue. Elle s\u2019\u00e9tale, coinc\u00e9e dans la gorge, elle emp\u00e2te, \u00e9touffe. Elle crisse sous les dents, durcit la voix, aspire les sons. Elle est dedans, dehors, elle glisse et gratte. On dit : terre battue, terre arable, terre meuble, terre br\u00fbl\u00e9e. On la morcelle en mots, en poussi\u00e8re verbale, en s\u00e9diments de langage. On dit limon, glaise, argile, humus. Tout n\u2019est que poussi\u00e8re. On la laboure avec la langue, avec des syllabes. Elle suinte de la voix, se glisse sous les lettres. Elle durcit le langage, l\u2019alourdit, le fait tr\u00e9bucher pour mieux le faire entendre. On parle, elle tombe. On parle encore, elle nous recouvre. Elle remplit tous les creux, bouche le moindre trou, elle p\u00e8se sur toutes les phrases. On articule, elle \u00e9crase. On prononce, elle efface.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>ST3<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>J\u2019en ai sur les mains, sous les ongles, noirs, parfois m\u00eame sur les l\u00e8vres. Elle s\u2019infiltre dans mes veines, laisse des traces sur ma peau. Je la porte, la soul\u00e8ve, elle m\u2019alourdit. Mes pieds s\u2019enfoncent, mes genoux s\u2019y cognent, mon souffle y reste. Elle entoure, elle enferme, elle fa\u00e7onne. Si je tombe, elle me prend dans ses bras. Si je cours, elle se tra\u00eene derri\u00e8re moi. Si je creuse, elle me recouvre. Elle s\u2019insinue dans mes cheveux. Rouge, elle me ronge, elle s\u2019incruste partout, elle s\u2019envole en poussi\u00e8re. Je la lave, elle revient. Je la chasse, elle s\u2019accroche. Sur mes paupi\u00e8res, sur ma peau.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>ST4<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Marne, motte, poudingue, terre, liti\u00e8re, trou\u00e9e.<br>Lisi\u00e8re d\u2019un sol meuble.<br>Argile grasse m\u00eal\u00e9e de calcaire.<br>Masse de terre compact\u00e9e.<br>Amas de cailloux pris dans une gangue de boue durcie.<br>Poussi\u00e8re ancienne accumul\u00e9e par le vent.<br>Terre noire, riche, \u00e9paisse.<br>La terre est un mot qui ne se vide pas.<br>Flache, falun, fumure, fumagine, ravi\u00e8re.<br>Accumulation lente des feuilles mortes sur le sol.<br>TL\u2019absence qui d\u00e9coupe la for\u00eat.<br>Mare \u00e9ph\u00e9m\u00e8re o\u00f9 le ciel se renverse.<br>M\u00e9moire friable des mers disparues.<br>R\u00e9surgence vive qui traverse la pierre.<br>Mariage de la mati\u00e8re en attente.<br>Poussi\u00e8re obscure qui s\u2019accroche aux fruits.<br>Terre stri\u00e9e par les sillons de raves.<br>B\u00e2chasse, croue, lentrite, sable, limon.<br>L\u2019endroit o\u00f9 l\u2019\u00e9tang touche la route.<br>Pan de sol arrach\u00e9, terre soulev\u00e9e.<br>Friction du sable et de la marne.<br>D\u00e9rive silencieuse des fleuves.<br>Masse \u00e9paisse qui retient l\u2019eau.<br>Sol nu que le vent polit.<br>Terre satur\u00e9e d\u2019eau, gonfl\u00e9e, cendreuse.<br>L\u2019horizon est la couche du sol o\u00f9 tout commence.<br>Gley, humus, tangue, gr\u00e8s, lat\u00e9rite, gypse.<br>Ombre fertile du sous-bois.<br>Boue marine qui durcit au soleil.<br>M\u00e9moire compacte, s\u00e9dimentation fig\u00e9e.<br>Terre rougie par le temps.<br>Pierre qui s\u2019effrite en sel sous les doigts.<br>La terre est pleine de mots. <\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-preformatted\">Codicille :<br>C'est un voyage, chaque mot est un pas qui nous rapproche du sol et nous en \u00e9loigne dans le m\u00eame temps, au fil des saisons, dans la mati\u00e8re des sensations, ce sont les strates du texte qui nous rapproche, la langue y prend racine et nous r\u00e9v\u00e8le la forme du monde.<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ST1 La terre est l\u00e0, elle s\u2019\u00e9tend, s\u2019allonge sous le ciel, elle recouvre tout. 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