{"id":180659,"date":"2025-02-17T19:23:14","date_gmt":"2025-02-17T18:23:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=180659"},"modified":"2025-02-17T19:24:19","modified_gmt":"2025-02-17T18:24:19","slug":"boost-02-ouvre-la-porte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/boost-02-ouvre-la-porte\/","title":{"rendered":"#boost #02 | ouvre la porte"},"content":{"rendered":"\n<p>Ouvre la porte de la rue en bois massif trop lourde pour \u00eatre pouss\u00e9e par un enfant sans g\u00e9mir la poitrine coll\u00e9e sur le bois fonc\u00e9 entre dans ce hall sombre respirant l\u2019humidit\u00e9 du trop longtemps inoccup\u00e9 et grave \u00e0 jamais cette odeur dans tes cellules de sorte que tu la retrouveras cette odeur derri\u00e8re toutes les vieilles portes que tu ouvriras durant le reste de ton existence.\u00a0Ouvre la porte silencieuse sur laquelle une rose est \u00e9pingl\u00e9e au-dessus du nom de ton p\u00e8re \u00e9crit sur une \u00e9tiquette entre dans cette pi\u00e8ce morte o\u00f9 git dans un cercueil le corps sans vie de celui qui t\u2019a aim\u00e9 grandir et laisse couler de tes yeux l\u2019eau sal\u00e9e d\u2019un impossible retour en arri\u00e8re dans le commencement d\u2019un souvenir au fond de toi qui ne s\u2019arr\u00eatera plus de fleurir. Ouvre la porte vitr\u00e9e de la cuisine de ton enfance au moment m\u00eame o\u00f9 tu rentres de l\u2019\u00e9cole apr\u00e8s avoir jet\u00e9 ton cartable devant la chambre entre dans la caverne aux odeurs de sucre caram\u00e9lis\u00e9 o\u00f9 ta m\u00e8re t\u2019accueille en souriant et prends d\u00e9licatement entre tes doigts un b\u00e2tonnet de p\u00e2te de coings encore en vie tant il est chaud pour le porter f\u00e9brilement au bout de tes l\u00e8vres. Ouvre la porte tachet\u00e9e de l\u2019atelier du peintre sur laquelle les \u00e9toiles de toutes les couleurs inventent de nouvelles constellations entre dans la pi\u00e8ce apais\u00e9e avec au centre une toile inachev\u00e9e qui dort sur un chevalet et respire l\u2019air du mouvement \u00e0 venir pour que la danse du pinceau dispose les derni\u00e8res touches de vie sur ce paysage de ton imaginaire \u00e9chapp\u00e9. Ouvre la porte lourde d\u2019autorit\u00e9 de ce patron bouffi de certitudes que tu entends rire derri\u00e8re la fa\u00e7ade de quelques illusions d\u00e9j\u00e0 perdues entre dans le bureau surchauff\u00e9 baignant dans l\u2019aveuglante lumi\u00e8re d\u2019un soleil insultant et laisse glisser sur la peau de ton visage imperm\u00e9able les reproches orduriers vomis dans ton indiff\u00e9rence d\u2019un flot de m\u00e9pris et de pestilence. Ouvre la porte de la voiture renvers\u00e9e sur le bas-c\u00f4t\u00e9 expirant de son capot d\u00e9glingu\u00e9 des fumeroles blanches et sifflantes entre dans l\u2019ext\u00e9rieur d\u2019une for\u00eat inconnue et silencieuse qu\u2019au bout d\u2019un fil le temps a suspendu et rel\u00e2che dans un soupir ton corps tes muscles jusqu\u2019\u00e0 tes os h\u00e9riss\u00e9s par la surprise et une peur indicible qu\u2019au plus profond de toi l\u2019accident a provoqu\u00e9es. Ouvre la porte de la chambre sans faire de bruit malgr\u00e9 le grincement que tu essaies de taire en poussant le battant au ralenti entre dans la nuit aussi doucement que tes mouvements le permettent dans un ballet presque immobile et entends le souffle de son sommeil dont tu per\u00e7ois le flux continu pour te poser comme une plume dans le lit \u00e0 son c\u00f4t\u00e9 sans m\u00eame respirer. Ouvre la porte d\u2019entr\u00e9e surcharg\u00e9 de plusieurs heures de labeur en abaissant de ta main lourde la poign\u00e9e froide d\u2019un retour chez toi entre sans n\u2019avoir plus d\u2019autre envie que de te laisser tomber \u00e9puis\u00e9 sur le premier canap\u00e9 passant et accueille ce fid\u00e8le ami te l\u00e9chant le visage te f\u00eatant comme un roi \u00e9clairant par\u00a0 son affection d\u00e9bordante la nuit sombre d\u2019une sale journ\u00e9e. Ouvre la porte de la grange sans d\u00e9ranger l\u2019araign\u00e9e sur sa toile repli\u00e9e en posant le creux de ta main sur le bois us\u00e9 des gestes r\u00e9p\u00e9t\u00e9s entre dans l\u2019odeur m\u00eal\u00e9e de la ferme de la paille du fumier du m\u00e9tal des outils de l\u2019huile de vidange du tracteur repos\u00e9 et ferme les yeux pour sentir \u00e0 nouveau le sang froid d\u2019une \u00e9poque \u00e0 jamais perdue couler lentement dans tes veines. Ouvre la porte de la grande armoire en bois qui vieillit dans la cave en tirant doucement sur la cl\u00e9 pour ne pas la casser entre tes mains ton regard pour apercevoir dans le linge sagement pli\u00e9 les vestiges d\u2019un pass\u00e9 lui aussi sagement pli\u00e9 et plonge tes doigts dans la fra\u00eecheur humide qu\u2019une fragrance de lavande exulte jusqu\u2019\u00e0 entendre le rire aigu de la grand-m\u00e8re oubli\u00e9e. Ouvre la porte c\u00e9leste qu\u2019un r\u00eave r\u00e9current affiche devant toi dans tes nuits comme si elle \u00e9tait celle d\u2019un paradis esp\u00e9r\u00e9 entre dans le nuage apaisant qui t\u2019invite \u00e0 la langueur d\u2019une vie \u00e9ternelle ang\u00e9lique sans saveur inodore agnostique et pr\u00e9f\u00e8re la folie anarchique d\u2019un enfer m\u00e9tallique duquel les flammes sataniques s\u2019\u00e9chappent t\u2019emportent et te rendent moins mort que vivant. Ouvre enfin la derni\u00e8re porte celle que tu as choisie une simple porte en bois brut pas m\u00eame vernie entre dans la pi\u00e8ce une odeur de frais une chaise empaill\u00e9e une fen\u00eatre ouverte sur un champ d\u2019oliviers et regarde tout autour cette vie qui s\u2019\u00e9coule une cigale qui fr\u00e9mit un chat qui miaule mollement un enfant qui joue un livre pos\u00e9 sur un gu\u00e9ridon un sourire en esquisse.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"683\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/miikka-luotio-jp8kEXKBVzU-unsplash-683x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-180670\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/miikka-luotio-jp8kEXKBVzU-unsplash-683x1024.jpg 683w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/miikka-luotio-jp8kEXKBVzU-unsplash-280x420.jpg 280w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/miikka-luotio-jp8kEXKBVzU-unsplash-768x1152.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/miikka-luotio-jp8kEXKBVzU-unsplash-1024x1536.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/miikka-luotio-jp8kEXKBVzU-unsplash-1365x2048.jpg 1365w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/miikka-luotio-jp8kEXKBVzU-unsplash-scaled.jpg 1707w\" sizes=\"auto, (max-width: 683px) 100vw, 683px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Photo de&nbsp;<a href=\"https:\/\/unsplash.com\/fr\/@mluotio83?utm_content=creditCopyText&amp;utm_medium=referral&amp;utm_source=unsplash\">Miikka Luotio<\/a>&nbsp;sur&nbsp;<a href=\"https:\/\/unsplash.com\/fr\/photos\/porte-en-bois-vert-sur-mur-de-briques-brunes-jp8kEXKBVzU?utm_content=creditCopyText&amp;utm_medium=referral&amp;utm_source=unsplash\">Unsplash<\/a><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ouvre la porte de la rue en bois massif trop lourde pour \u00eatre pouss\u00e9e par un enfant sans g\u00e9mir la poitrine coll\u00e9e sur le bois fonc\u00e9 entre dans ce hall sombre respirant l\u2019humidit\u00e9 du trop longtemps inoccup\u00e9 et grave \u00e0 jamais cette odeur dans tes cellules de sorte que tu la retrouveras cette odeur derri\u00e8re toutes les vieilles portes que <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/boost-02-ouvre-la-porte\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#boost #02 | ouvre la porte<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":352,"featured_media":180670,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[7342,7302],"tags":[],"class_list":["post-180659","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-boost-02-beckett-portes","category-boost"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/180659","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/352"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=180659"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/180659\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":180672,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/180659\/revisions\/180672"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/180670"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=180659"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=180659"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=180659"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}