{"id":180815,"date":"2025-02-20T15:06:31","date_gmt":"2025-02-20T14:06:31","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=180815"},"modified":"2025-02-20T15:06:32","modified_gmt":"2025-02-20T14:06:32","slug":"boost-02-ouvrir-la-porte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/boost-02-ouvrir-la-porte\/","title":{"rendered":"#Boost #02 | Ouvrir la porte"},"content":{"rendered":"\n<p>Avancer dans un long couloir un peu sombre les murs d\u00e9fra\u00eechis r\u00e9verb\u00e9rant \u00e0 peine la lumi\u00e8re tremblante d\u2019ampoules fatigu\u00e9es. Ouvrir les portes qui se pr\u00e9sentent les unes apr\u00e8s les autres chaque battant grin\u00e7ant r\u00e9v\u00e9lant un univers fig\u00e9 dans le temps traces et souvenirs entrem\u00eal\u00e9s. Chercher l\u2019issue le moyen de s\u2019\u00e9chapper de ce lieu dans lequel on se sent enferm\u00e9 poursuivant malgr\u00e9 tout sur sa lanc\u00e9e vaille que vaille en ouvrant encore d\u2019autres portes. Dans la r\u00e9p\u00e9tition infinie de ce geste m\u00e9canique. Ouvrir fermer ouvrir fermer. Et derri\u00e8re ces portes d\u2019autres encore comme autant de souvenirs communiquant ensemble tout en \u00e9cho et correspondance intimes. Fr\u00f4ler le mur les mains effleurant du bout des doigts la peinture \u00e9caill\u00e9e son l\u00e9ger relief irr\u00e9gulier qui s\u2019effrite sous la pression. Pousser la porte. D\u00e9couvrir une pi\u00e8ce aux murs verts tapisserie d\u00e9chir\u00e9e pr\u00e8s de la fen\u00eatre un fauteuil en velours \u00e9lim\u00e9 terni par une \u00e9paisse couche de poussi\u00e8re les traces d&rsquo;un corps assis l\u00e0 autrefois. Continuer. Pousser une autre porte sombre. Sentir sous la main sa poign\u00e9e de porcelaine \u00e0 la mati\u00e8re lisse et froide. Sur une porte en bois brut les marques de gestes et frottements r\u00e9p\u00e9t\u00e9s. Une cuisine vide sur la table des assiettes empil\u00e9es un verre fendu une flaque d&rsquo;eau sur la nappe cir\u00e9e aux couleurs vives aur\u00e9ol\u00e9e d\u2019ombres l&rsquo;eau renvers\u00e9e un peu plus t\u00f4t tarde \u00e0 s\u00e9cher malgr\u00e9 la chaleur \u00e9touffante de la pi\u00e8ce. Continuer d&rsquo;avancer malgr\u00e9 tout dans ce couloir \u00e9troit. Longer les murs. D&rsquo;anciens cadres photos y ont laiss\u00e9 leur trace sur le papier peint jauni br\u00fbl\u00e9 par une lumi\u00e8re trop vive qui laisse imaginer les visages effac\u00e9s disparus avec le temps. Tourner la poign\u00e9e dor\u00e9e d\u2019une porte blanche. Entrer dans un salon aux fauteuils trop larges l&rsquo;imposante chemin\u00e9e attire le regard son \u00e2tre noirci depuis longtemps. Poursuivre. Franchir une porte vitr\u00e9e des ombres fuyantes au fond de la pi\u00e8ce sur le sol en damier formes insaisissables se d\u00e9robant sous l\u2019\u00e9clat vacillant. Poser la main sur une poign\u00e9e dor\u00e9e. Une salle \u00e0 manger s&rsquo;ouvre sur une table dress\u00e9e fig\u00e9e dans l\u2019attente les petits plats dans les grands vaisselle ancienne assiettes de porcelaine et verres en cristal. Ne pas pousser plus avant une porte \u00e0 peine entreb\u00e2ill\u00e9e jeter juste un regard \u00e0 travers l\u2019espace ouvert pour v\u00e9rifier l&rsquo;ordonnancement du lieu. Une salle de bain aux carreaux de fa\u00efence bleu de la vapeur s&rsquo;\u00e9chappant de la baignoire pleine d\u2019eau chaude au moment o\u00f9 une silhouette glisse son corps pour faire dispara\u00eetre son visage sous l\u2019eau. Continuer encore. Entrer dans un bureau vide d\u00e9sordre de papiers froiss\u00e9s \u00e9parpill\u00e9s au sol. Continuer dans ce couloir qui para\u00eet de plus en plus long comme s\u2019il s\u2019agrandissait \u00e0 mesure qu\u2019on s&rsquo;y projette d\u00e9pliant vertigineusement l\u2019espace. Pousser plus loin le mouvement d\u2019exploration au risque de se perdre. Apr\u00e8s un moment d\u2019h\u00e9sitation geste arr\u00eat\u00e9 en suspens ouvrir finalement la porte. Traverser une chambre d\u2019enfant apercevoir des jouets dispers\u00e9s au sol sur le parquet stratifi\u00e9 \u00e0 larges bandes blanches ne pas parvenir \u00e0 distinguer ceux de ses enfants et ceux de son enfance souvenirs superpos\u00e9s. Avancer encore un peu vers une porte \u00e0 double battant miroir piqu\u00e9 reflet impr\u00e9cis d\u2019un visage qui ne se reconna\u00eet plus. Passer dans un hall d\u00e9sert \u00e9couter l\u2019\u00e9cho d\u2019un pas qui ne semble pas \u00eatre le sien. Tourner la poign\u00e9e en cuivre poli d\u2019une autre porte. D\u00e9couvrir un atelier en d\u00e9sordre lumi\u00e8re tamis\u00e9e odeur de peinture s\u00e8che et de bois ancien des toiles inachev\u00e9es align\u00e9es contre le mur des bustes en pl\u00e2tre. Avancer toujours. Devant une porte \u00e0 la serrure forc\u00e9e h\u00e9siter \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer dans la pi\u00e8ce apeur\u00e9 par ce qu&rsquo;on craint d&rsquo;y trouver. Descendre dans une cave sombre humer l\u2019odeur de terre humide le silence profond se diffractant entre les murs en brique. Saisir une poign\u00e9e branlante d\u2019une autre porte. Une biblioth\u00e8que vide avec des \u00e9tag\u00e8res poussi\u00e9reuses livres disparus vestiges d\u2019histoires qu\u2019on a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 oublier. Avancer toujours franchir une derni\u00e8re porte. La lumi\u00e8re explose derri\u00e8re effa\u00e7ant tout.<\/p>\n\n\n\n<p>Codicille : En commen\u00e7ant ce texte je me suis souvenu de <a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/spip\/spip.php?article4306\">l\u2019atelier propos\u00e9 en 2016 \u00e0 partir d&rsquo;<em>Esp\u00e8ces d&rsquo;espaces<\/em> de Georges Perec, <em>neuf portes seront pass\u00e9es<\/em><\/a>, du texte que j&rsquo;avais \u00e9crit \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque <em><a href=\"https:\/\/liminaire.fr\/ecriture\/palimpseste\/article\/le-secret-derriere-la-porte\">Le secret derri\u00e8re la porte<\/a><\/em>, et d&rsquo;un atelier que j&rsquo;ai propos\u00e9 plusieurs fois \u00e0 partir du texte <em><a href=\"https:\/\/liminaire.fr\/creation\/ateliers-d-ecriture\/article\/seance-87\">Regard fatigu\u00e9, de Christophe Marchand-Kiss<\/a><\/em> qui r\u00e9p\u00e8te la proposition <em>ouvre la porte<\/em> pour d\u00e9crire un lieu (dans lequel l&rsquo;auteur n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 depuis longtemps) comme si i y \u00e9tait cr\u00e9ant ainsi un inventaire en mouvement dont il rapporte avec soi quelques objets-souvenirs en s\u2019interrogeant sur le temps qui passe et la m\u00e9moire qui flanche. Le lieu fictif de mon texte rappelle le d\u00e9dale des couloirs de la Maison de la Radio et d\u2019un film vu et revu dans ma jeunesse : <em>Alphaville<\/em>, de Jean-Luc Godard. \u00ab C\u2019est toujours comme \u00e7a : on ne comprend jamais rien et un soir on finit par en mourir \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avancer dans un long couloir un peu sombre les murs d\u00e9fra\u00eechis r\u00e9verb\u00e9rant \u00e0 peine la lumi\u00e8re tremblante d\u2019ampoules fatigu\u00e9es. Ouvrir les portes qui se pr\u00e9sentent les unes apr\u00e8s les autres chaque battant grin\u00e7ant r\u00e9v\u00e9lant un univers fig\u00e9 dans le temps traces et souvenirs entrem\u00eal\u00e9s. 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