{"id":180852,"date":"2025-02-21T15:47:25","date_gmt":"2025-02-21T14:47:25","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=180852"},"modified":"2025-04-20T15:16:33","modified_gmt":"2025-04-20T13:16:33","slug":"boost-02-portes-la-fabrique-des-reves","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/boost-02-portes-la-fabrique-des-reves\/","title":{"rendered":"#boost #02 |\u00a0portes (la fabrique des r\u00eaves)"},"content":{"rendered":"\n<p>enfant il \u00e9tait un endroit que je regagnais parfois o\u00f9 je parvenais en poussant dans la porte d\u00e9rob\u00e9e d&rsquo;un mur dans la cage d\u2019escalier que rien ne laissait deviner que j&rsquo;\u00e9tais seule \u00e0 conna\u00eetre je me souviens de la grande ouverture d\u00e9chirure du sentiment d&rsquo;\u00eatre petite de l&rsquo;extraordinaire d&rsquo;un mur qui s&rsquo;ouvre de la profondeur des espaces qui s&rsquo;ouvraient \u00e0 moi comme une succession ouverte en \u00e9ventail de pi\u00e8ces d&rsquo;espaces de vie d&rsquo;appartements que j&rsquo;explorais lentement o\u00f9 je r\u00eavais de pouvoir m&rsquo;installer et vivre qu&rsquo;aucune lumi\u00e8re du dehors ne p\u00e9n\u00e9trait sans qu&rsquo;il y fasse compl\u00e8tement sombre o\u00f9 je ne rencontrais personne dont les lieux se modifiaient quelque peu \u00e0 chacune de mes visites c&rsquo;\u00e9tait comme un r\u00eave si ce n&rsquo;est que ce n&rsquo;en \u00e9tait pas un j&rsquo;avais d&rsquo;autres secrets semblables. <\/p>\n\n\n\n<p>la porte est ouverte bris\u00e9e une petite vitre est bris\u00e9e la double porte vitr\u00e9e est bris\u00e9e je la passe mon fr\u00e8re est dans la cour enfant ses courts et doux cheveux roux ses lunettes fines ses grands yeux bleus dans le vide&nbsp; il ne dit rien je vois sa fr\u00eale silhouette immobile en culottes courtes il tient une main devant lui je regarde le sol et vois du sang qu&rsquo;il ne voit pas un goutte \u00e0 goutte il est possible que je le lui d\u00e9signe le sorte ainsi de sa torpeur qu&rsquo;il tressaille d&rsquo;effroi il est possible que j\u2019\u00e9prouve aujourd\u2019hui encore une sorte de honte \u00e0 lui avoir montr\u00e9 le sang alert\u00e9e ma m\u00e8re appelle une ambulance. <\/p>\n\n\n\n<p>de sa petite cuisine premier \u00e9tage c\u00f4t\u00e9 cour une porte donne sur le vide barr\u00e9e seulement d&rsquo;un garde-corps assez bas personne ne passe jamais cette porte sauf un mainate il est&nbsp;vrai je me souviens de son vol du chaton qui s\u2019aplatit au sol lui se perche sur l\u2019armoire qui barre la deuxi\u00e8me porte de la petite cuisine de ma m\u00e8re il ne fr\u00e9quentera pas les autres pi\u00e8ces o\u00f9 pourtant elle essaie de l\u2019attirer ne passe pas la porte qu\u2019il n\u2019y pas vers la salle \u00e0 manger dans l\u2019entreb\u00e2illement de laquelle devant un miroir ma m\u00e8re me brosse les cheveux le matin le soir me coiffe fait et d\u00e9fait mes nattes le mainate reste quelques jours dit quelques mots ma m\u00e8re s\u2019y attache il repart par o\u00f9 il \u00e9tait venu c\u2019est le printemps nous regardons par la porte-fen\u00eatre croyons le voir dans le jardin au grand ch\u00eane. <\/p>\n\n\n\n<p>de cette poign\u00e9e de porte je ne sais plus rien est-elle blanche ou dor\u00e9e sur laquelle pourtant ma main repose longtemps moi accroupie dans l\u2019ombre du couloir puis que j&rsquo;enclenche j&rsquo;ouvre la porte du salon ou j&rsquo;ouvre la porte de la salle \u00e0 manger selon les sons espionn\u00e9s per\u00e7us entendus de leurs conversations je n&rsquo;arrive pas \u00e0 dormir et suis redescendue trouver mes parents j&rsquo;invente cette sale histoire que mon fr\u00e8re me r\u00e9veille je me fais consoler re\u00e7ois une tasse de lait chaud je le referai plusieurs fois jusqu\u2019\u00e0 ce que mon p\u00e8re n\u2019interroge le mince enfant et que face \u00e0 l\u2019innocence extr\u00eame que d\u00e9gagent ses yeux ses yeux bleus sa stup\u00e9fiante beaut\u00e9 ne d\u00e9couvre le pot aux roses mes mensonges. <\/p>\n\n\n\n<p>la porte peinte blanc \u00e9cru qu&rsquo;il faut pousser de l&rsquo;atelier de mon p\u00e8re dont on traverse la premi\u00e8re pi\u00e8ce celle o\u00f9 se trouve le grand canap\u00e9-lit o\u00f9 il nous sermonne quelquefois gentils\u00e9rieusement qui donne sur la rue pour parvenir \u00e0 la salle de bain autre porte blanche \u00e9crue pi\u00e8ce de la longueur de la baignoire de la largeur de l\u2019\u00e9vier surmont\u00e9 probablement d\u2019un petit n\u00e9on qui clignote parfois fen\u00eatre o\u00f9 descendent des stores m\u00e9talliques toujours baiss\u00e9s sur le tapis apr\u00e8s le bain parfois je m&rsquo;agenouille me recroqueville sous une grande serviette qui me recouvre enti\u00e8rement et j&rsquo;attends de s\u00e9cher je viens de me souvenir qu\u2019il y a l\u00e0 aussi des toilettes. c&rsquo;est dans la deuxi\u00e8me pi\u00e8ce de son atelier que mon p\u00e8re je crois interroge mon fr\u00e8re et s&rsquo;\u00e9blouit du bleu de ses yeux et de son innocence une innocence qui rend coupable quiconque l&rsquo;aper\u00e7oit qui le frappe jusques au fond du c\u0153ur c&rsquo;est dans l&rsquo;entreb\u00e2illement entre ces deux pi\u00e8ces entre les portes grandes ouvertes que je me tiens \u00e9galement mais beaucoup plus tard lorsque dans le contre-jour mon p\u00e8re me parlera de mes p\u00e9ch\u00e9s mortels je me souviens de flots de lumi\u00e8re de la poussi\u00e8re qui s&rsquo;y tenait en suspens. <\/p>\n\n\n\n<p>porte de rue porte de rue vitr\u00e9e devant laquelle mon p\u00e8re me tend riant une lettre que je me suis \u00e9crite \u00e0 moi-m\u00eame porte de bois blond devant laquelle je suis avec ma m\u00e8re qui me presse de sortir pour aller \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole et je ne sais si je formule la crainte de me montrer dans ma nouvelle jupe d\u2019uniforme je n\u2019ose passer la porte je ne le veux tellement pas une jupe portefeuille un va-et-vient de passants se devine derri\u00e8re la vitre de verre bull\u00e9 couverte d&rsquo;une grille en fer forg\u00e9 au soir cette m\u00eame porte par ma m\u00e8re referm\u00e9e sur moi revenant de l\u2019\u00e9cole je me plains de mes dents je veux porter un appareil je veux un appareil elle me raconte qu&rsquo;elle porte un dentier et quelle porte de salle de bain vitr\u00e9e de carreaux color\u00e9s lui a \u00e9t\u00e9 claqu\u00e9e au nez et la douleur nous sommes debout sur le paillasson encastr\u00e9 dans le marbre du sol. <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"821\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/1972-Ecce-Homo-1024x821.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-184631\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/1972-Ecce-Homo-1024x821.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/1972-Ecce-Homo-420x337.jpg 420w, 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\u00e0 une qui reviennent souvent en r\u00eave et l\u00e0 en face de moi \u00e0 quelque 4 ou 5 m\u00e8tres l\u2019entr\u2019ouverture de la porte \u00e9galement vitr\u00e9e \u00e0 quatre carreaux sur la cour chaul\u00e9e blanc juste \u00e0 ma gauche la petite porte du monte-charge que nous n&rsquo;utilisons pas l&rsquo;\u00e9tage s&rsquo;appelle cuisine-cave[1] c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9tage anciennement des domestiques pour nous devenu \u00e9tage de la salle de jeu et l\u00e0 sur la gauche \u00e0 3 pas la porte de la salle de jeu \u00e0 proprement parler porte vitr\u00e9e \u00e0 4 carreaux et imposte que j&rsquo;ouvre et trouve mes fr\u00e8res 2 qui jouent ma m\u00e8re l\u00e0 fait ses lessives et m&rsquo;enseigne le piano et m&rsquo;\u00e9nerve il y a l\u2019armoire aussi \u00e0 droite de la chemin\u00e9e du haut des 2 m\u00e8tres de laquelle je m\u2019amuse \u00e0 sauter dont je r\u00eave une fois r\u00eave inoubliable o\u00f9 sur son dessus je d\u00e9couvre les cendres d\u2019un g\u00e9nocide c\u2019est l\u2019armoire jumelle de celle des recels de mes larcins dans la pi\u00e8ce \u00e0 c\u00f4t\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>la porte de ma chambre sous les toits j&rsquo;ouvre et vois la lucarne voil\u00e9e de trois jolis rideaux pos\u00e9s par mes parents par o\u00f9 un homme qui m&rsquo;attend \u00e0 la sortie de l&rsquo;\u00e9cole puis qui m\u2019entra\u00eene dans sa rue que je n&rsquo;ai pas suivi chez lui m&rsquo;a dit qu&rsquo;il me rejoindrait la nuit sans doute mes parents furent-ils par moi pr\u00e9venus car je ne le vis jamais plus derri\u00e8re moi la porte ouverte de la chambre de mes deux fr\u00e8res la porte close de la chambre de mes parents \u00e0 droite la porte du grenier qui s&rsquo;ouvre sur une pi\u00e8ce aux immenses hauteurs que j&rsquo;explore parfois \u00e0 l&rsquo;instar de la cave et dont je r\u00eave aussi souvent la tr\u00e8s haute et dangereuse et interdite \u00e9chelle qui m\u00e8ne \u00e0 une \u00e9troite galerie tout y est brun sombre poussi\u00e9reux encombr\u00e9 de cartons cuisses coffres aucun objet en particulier dont je me souvienne. au final la petite barri\u00e8re devant les escaliers que je descends la nuit \u00e0 l&rsquo;adolescence les heures que \u00e7a prend le c\u0153ur qui bat la cham les marches craquent pour prendre la porte de rue la double porte de rue vernie blonde.<\/p>\n\n\n\n<p>[1]&nbsp; cuisine-cave : en Belgique, cuisine construite en sous-sol ou en rez de jardin dans une maison sur\u00e9lev\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>codicille<\/strong>: sceptique, ne pensant pas y arriver, j&rsquo;ai commenc\u00e9 par noter ce qui venait, ce qui revenait. toujours ennuy\u00e9e quand il s&rsquo;agit d&rsquo;autobiographique, toujours apeur\u00e9e, d\u00e8s ce que j&rsquo;ai r\u00e9alis\u00e9 que je pouvais rester dans la maison, d\u00e8s que j&rsquo;ai pens\u00e9 \u00eatre \u00e0 l&rsquo;abri, \u00e0 l&rsquo;abri des trous de m\u00e9moire ou de ce qui pourrait en surgir, j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 de m&rsquo;approprier la consigne et de faire le tour de la maison par les portes. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>enfant il \u00e9tait un endroit que je regagnais parfois o\u00f9 je parvenais en poussant dans la porte d\u00e9rob\u00e9e d&rsquo;un mur dans la cage d\u2019escalier que rien ne laissait deviner que j&rsquo;\u00e9tais seule \u00e0 conna\u00eetre je me souviens de la grande ouverture d\u00e9chirure du sentiment d&rsquo;\u00eatre petite de l&rsquo;extraordinaire d&rsquo;un mur qui s&rsquo;ouvre de la profondeur des espaces qui s&rsquo;ouvraient \u00e0 <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/boost-02-portes-la-fabrique-des-reves\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#boost #02 |\u00a0portes (la fabrique des r\u00eaves)<\/span><span 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