{"id":181015,"date":"2025-02-24T07:52:11","date_gmt":"2025-02-24T06:52:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=181015"},"modified":"2025-02-24T13:41:24","modified_gmt":"2025-02-24T12:41:24","slug":"ecorchee-vive","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ecorchee-vive\/","title":{"rendered":"# boost #3, Jeanney, la peur en l&rsquo;autre|\u00c9corch\u00e9e vive"},"content":{"rendered":"\n<p><br>Elle, dans l&rsquo;entre-deux des jours <em>avec<\/em> et des jours <em>sans<\/em>. De jours normaux et de jours de d\u00e9sordre. Avec ces signes d&rsquo;alerte qu&rsquo;il fallait rep\u00e9rer tr\u00e8s vite pour ne pas sombrer. Alors peur de trop de fatigue, d&rsquo;une d\u00e9pense physique ou mentale trop intense. Peur de la survenue dans le bas du cr\u00e2ne d&rsquo;une migraine. Peur d&rsquo;une n\u00e9vralgie nouvelle qu&rsquo;il faudrait pouvoir maitriser rapidement pour qu&rsquo;elle n&rsquo;envahisse pas. Peur de ces insomnies o\u00f9 tout se rejoue \u00e0 l&rsquo;infini. Parvenir co\u00fbte que co\u00fbte \u00e0 \u00e9carter le spectre d&rsquo;une possible d\u00e9pression. Peur de ce qu&rsquo;il pourrait arriver si. Depuis l&rsquo;enfance, les mots de la peur s&rsquo;ins\u00e8rent dans son vocabulaire: la menace des morts qui s&rsquo;enchainent comme des avalanches, la crainte du miroir alli\u00e9e \u00e0 la honte du reflet, la r\u00e9pulsion face \u00e0 la main du fr\u00e8re qui s&rsquo;insinue l\u00e0 o\u00f9 il est d&rsquo;interdit d&rsquo;aller, le cauchemar de la t\u00eate d&rsquo;animal qui surgit dans ce m\u00eame miroir et le doute autour de sa v\u00e9racit\u00e9. Peur de ces voix venues d&rsquo;ailleurs qui envahissent. Et face au monde o\u00f9 elle grandit, l&rsquo;appr\u00e9hension de se sentir incompl\u00e8te, de manquer de lucidit\u00e9, l&rsquo;inqui\u00e9tude de ne plus avoir de robe maternelle o\u00f9 blottir son visage, l&rsquo;absence possible de printemps pour elle et du chant des oiseaux, la phobie d&rsquo;\u00eatre regard\u00e9e, d\u00e9visag\u00e9e, observ\u00e9e comme une b\u00eate fauve et de rester incomprise. La crainte de ne pas <em>\u00eatre<\/em> enti\u00e8rement, et d&rsquo;\u00eatre recluse dans la ouate d&rsquo;un quotidien sans pouvoir en d\u00e9tacher le motif cach\u00e9 dessous, de rester enfouie sous la couche \u00e9paisse du non-\u00eatre. Le trouble d&rsquo;oublier tous les petits incidents de la vie qui partent \u00e0 la d\u00e9rive. Et la peur de la flaque dans l&rsquo;all\u00e9e \u00e0 franchir, quand l&rsquo;irr\u00e9el prend possession de son corps et que l&rsquo;on ne peur rien faire d&rsquo;autre que se recroqueviller et attendre que cela cesse. Peur de la venue des voix \u00e0 nouveau. Peur que le feu ne soit pas \u00e9teint le soir avant de se coucher et que les flammes vacillent sur les murs. Et l&rsquo;angoisse de ne plus trouver les mots, de n&rsquo;avoir plus acc\u00e8s \u00e0 leur transparence, de ne plus pouvoir \u00e9crire, d&rsquo;un jamais plus, mais peur aussi de finir l&rsquo;\u00e9criture d&rsquo;un livre, des critiques qui allaient suivre; Peur des mutilations de la mort, de ces absences toujours vives. Peur de ces pr\u00e9sences invisibles et de ces voix qui envahissent l&rsquo;esprit, des hallucinations qui font douter du monde r\u00e9el et peur de passer de l&rsquo;<em>autre c\u00f4t\u00e9 <\/em>et d&rsquo;y rester. Peur de ces vibrations de pens\u00e9es et de cette folie qui guette, des crises de m\u00e9lancolie, de cette hypersensibilit\u00e9 permanente et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e. Peur de ces voix qui volent autour d&rsquo;elle, de perdre pied, de tr\u00e9bucher, de ne pas pouvoir se relever, de tomber dans le n\u00e9ant, de la fen\u00eatre par laquelle on peut sauter, des m\u00e9dicaments que l&rsquo;on peut avaler, de la corde \u00e0 laquelle se pendre, peur de se suicider encore une fois, faute de retrouver un paradis perdu. Peur de n&rsquo;arriver plus \u00e0 vivre. Peur de d\u00e9border d&rsquo;elle-m\u00eame, de passer la ligne qui m\u00e8ne \u00e0 la folie, de franchir cette ligne de la folie, de la folie dont on murmure qu&rsquo;elle est atteinte. Peur de d\u00e9raper vers la violence lors des crises. Peur de ne plus pouvoir gu\u00e9rir. Peur de vivre ainsi.Peur de rayer ainsi des jours et des jours de vie. Peur de perdre le contact avec le monde r\u00e9el. Peur de la nourriture qu&rsquo;il faut avaler. Peur de l&rsquo;\u00e9puisement apr\u00e8s des logorrh\u00e9es de plusieurs jours. Peur des insomnies, migraines, palpitations, \u00e9nervement qui n&rsquo;en finissent pas de creuser en elle. Peur de penser \u00e0 la mort en continu pendant les ann\u00e9es de guerre. Et ne plus pouvoir assumer et choisir la d\u00e9livrance. Virginia emplit ses poches de pierres et se suicide le 28 mars 1941 dans la rivi\u00e8re l&rsquo;Ouse pr\u00e8s de chez elle \u00e0 Monk&rsquo;s House dans le village de Rodmell.<\/p>\n\n\n\n<p><em>[Codicille: J&rsquo;\u00e9cris \u00ab\u00a0autour\u00a0\u00bb de Virginia Woolf depuis des mois et ce texte a donc jailli tout seul. La consigne tombait \u00e0 point! ]<\/em><br><br><br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Elle, dans l&rsquo;entre-deux des jours avec et des jours sans. De jours normaux et de jours de d\u00e9sordre. Avec ces signes d&rsquo;alerte qu&rsquo;il fallait rep\u00e9rer tr\u00e8s vite pour ne pas sombrer. Alors peur de trop de fatigue, d&rsquo;une d\u00e9pense physique ou mentale trop intense. 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